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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en mai 2017

3 Juillet 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Avec deux jours de retard voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers mais cette fois j’essaie d’oublier Trump, Poutine et Macron….. Encore que Trump reste incontournable surtout quand il décrète que l'Amérique se retire des accords de Paris.

 

Éditorial du 3 juin : Une Amérique défaitiste.

« Le monde assiste à une séquence diplomatique sans précédent. Sur l'un des sujets les plus graves de l'heure pour l'avenir de la planète – le réchauffement climatique –, l'Amérique se retire. Elle renonce à l'exercice de son " leadership ". Elle ne sera ni un exemple ni un guide. Elle rapetisse, pays continent replié sur lui-même et accusant les autres de lui vouloir du mal. Par la voix de Donald Trump, c'est l'Amérique du Charles Lindbergh de 1940, du nom du pionnier de l'aviation civile et ardent opposant à l'entrée des Etats-Unis dans la deuxième guerre mondiale, qui s'est exprimée, jeudi 1er juin à Washington.

L'Amérique, reniant les engagements pris et ardemment défendus par Barack Obama, quitte l'accord de Paris sur la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Elle fuit la bataille pour le climat. Elle ne participera pas aux efforts décidés par les 194 autres pays signataires. Elle estime ne plus avoir d'obligations à cet égard ni techniques ni financières. Elle juge que son développement économique en serait entravé, a dit M. Trump. Cette régression infantile est déjà en soi un événement. Elle est peut-être l'une de ces évolutions qui font que le XXIe siècle ne sera pas " américain ", comme l'a été le XXe. Mais elle est d'autant plus remarquable qu'elle est accompagnée d'un autre mouvement en parallèle : face au vide de leadership ainsi créé, l'Europe cherche à exister. La chancelière Angela Merkel avait donné le ton la semaine dernière à Munich. Elle tirait les leçons d'un sommet de l'OTAN à Bruxelles et d'une réunion du G7 en Italie où M. Trump s'est réfugié dans un quant-à-soi querelleur et isolationniste. Au sein du camp occidental, les Européens, a dit la chancelière, doivent en tirer les conséquences : " prendre leur destin en mains ".

Jeudi soir, poursuivant cette étonnante séquence, c'est à Emmanuel Macron qu'il est revenu de dresser les leçons du retrait américain. Sans l'impulsion décisive d'Obama et de son homologue chinois, Xi Jinping, l'accord de Paris, signé en décembre 2015, n'aurait sans doute pas vu le jour. Mais il doit aussi beaucoup aux efforts du président François Hollande et de son ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius. Puissance hôte, la France est au premier rang dans la bataille pour le climat. A ce titre, dans une initiative sans précédent, le président Macron est intervenu – en français puis en anglais – pour dire qu'il n'y aurait pas de " plan B ", pas de renégociation, et pour appeler les 194 à demeurer fidèles à l'accord tel qu'il a péniblement été conclu. Quelques instants plus tard, Allemands et Italiens se joignaient aux Français pour défendre cette position dans une déclaration commune. C'était l'esquisse d'une réponse européenne à la défaillance américaine, le glissement d'un leadership à l'autre.

Climatosceptique militant, M. Trump avait choisi le cadre enchanteur de la roseraie de la Maison Blanche pour annoncer son retrait. Volontiers hargneux, maniant la caricature et le mensonge, le président a présenté les Etats-Unis en victimes de la rapacité et de l'injuste ingratitude des autres pays – des puissances émergentes, comme la Chine et l'Inde, qui bénéficient de délais dans l'application de l'accord  ; des Européens, et notamment des Allemands, qui " ont coûté à l'Amérique des milliards de dollars du fait d'impitoyables pratiques commerciales, tout en étant (…) pour le moins laxistes à propos de leur contribution " à l'OTAN. M. Trump prétend défendre l'économie américaine. Il fait fi de la responsabilité historique des Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, dans le réchauffement climatique. Il se trompe d'époque : la transition énergétique est portée par une évolution technologique qui fait constamment baisser le coût des énergies renouvelables. Les grandes entreprises américaines, les maires des grandes villes du pays, l'ont compris. Ils entendent bien résister à la Maison Blanche et suivre, de leur côté, les prescriptions de l'accord de Paris. Mais l'application de l'accord, qui repose sur la bonne volonté des Etats, sera plus difficile. C'est affaire d'impulsion politique, de " leadership ". Bref, plus vieille démocratie du monde, première puissance économique, " leader " technologique, les Etats-Unis manqueront cruellement dans la bataille pour le climat. Une Amérique défaitiste : ce n'est bon ni pour les Américains ni pour le reste du monde.»

 

Éditorial du 2 juin : Après le massacre de Kaboul, agir collectivement.

« On ne compte plus les années de guerre et de massacres en Afghanistan. Le pays est synonyme de martyr depuis tant d'années ! L'insurrection contre l'occupation soviétique en 1979 marque le début d'une série d'affrontements quasi ininterrompus à ce jour. Mais, pour les habitants de Kaboul, l'attaque au camion piégé du mercredi matin 31 mai restera comme l'un des moments les plus abominables que la capitale ait connu depuis longtemps.

Au moins 90 personnes ont été tuées et quelque 400 autres blessées. Pour l'essentiel, on sait qui elles sont : des Afghans qui, à 08 h 20, se rendaient au travail à l'entrée de la " zone verte ", ce quartier de la ville abritant le palais présidentiel, le gouvernement et nombre d'ambassades étrangères. Le camion a explosé alors qu'il venait d'être arrêté à un barrage de l'armée. L'explosion a creusé un cratère de plus de 4  mètres de profondeur. Elle a provoqué l'écroulement de plusieurs immeubles et projeté du verre à plus d'un kilomètre à la ronde. On ne sait pas, ou pas encore, qui sont les auteurs de l'attentat. Les talibans, qui mènent une lutte armée sans relâche pour renverser le gouvernement, ont démenti être à l'origine de ce bain de sang. Mais ils sont coutumiers de ce genre de dénégation. Ils en usent à chaque fois que l'une de leurs opérations terroristes visant une cible politique ou militaire fait trop de victimes dans la population civile. Le printemps est le moment où, chaque année, ils repartent à l'offensive. Depuis le départ de l'essentiel des troupes étrangères du pays en 2014 – plus de 120 000 hommes des forces de l'OTAN –, les talibans gagnent du terrain. Ils contrôleraient aujourd'hui presque le tiers de la population du pays. Accusés d'avoir donné refuge à Al-Qaida, ces adeptes d'une version rétrograde et barbare de l'islam, ont été chassés du pouvoir en 2001 – et veulent y revenir par la force. Les talibans bénéficient toujours de leurs bases arrière au Pakistan et, vraisemblablement, du soutien d'une fraction des services de renseignement pakistanais. Mais, curieusement, personne – pas plus la Chine que la Russie, les Etats-Unis ou les Européens – ne songe à faire sérieusement -pression sur Islamabad. Pas même au lendemain d'un crime de masse comme celui de mercredi.

L'insécurité générale a aussi permis un renforcement de la présence djihadiste dans le pays. Outre Al-Qaida, des cellules de l'organisation Etat islamique (EI) s'y sont installées. Au fil des défaites de l'EI en Irak et en Syrie, le territoire de l'Afghanistan pourrait, comme avant 2001, de nouveau servir de refuge et de base de repli aux -djihadistes du monde entier. Que faire ? Les Etats-Unis ne veulent pas quitter le pays sur une défaite, laisser les -talibans s'emparer de quelques grandes villes et menacer Kaboul. L'armée américaine réclame des renforts pour les quelque 10 000 hommes dont elle dispose encore sur place. Le président Donald Trump -hésite et, comme son prédécesseur Barack Obama, il pose une bonne question : y a-t-il une solution militaire ?Rien n'est moins sûr. Chine, Inde, Pakistan, Russie, Etats-Unis, Union européenne, sans parler de l'Iran et de l'Arabie saoudite : l'Afghanistan a de nombreux parrains. Les uns s'y intéressent pour des raisons stratégiques, les autres pour des raisons économiques, certains pour les deux à la fois. Ils sont collectivement capables de pressions. Ils doivent agir. Il ne suffit pas de déplorer les morts après chaque attentat.»

 

Éditorial du 23 juin. En Arabie saoudite, l'ascension de " MBS ".

« De santé fragile, âgé de 81 ans, le roi d'Arabie saoudite, Salman, a décidé que le visage de son pays au XXIe siècle serait celui de l'un de ses fils, un jeune homme de 31 ans, Mohammed Ben Salman, volontiers impulsif, déjà doté de vastes pouvoirs et appelé à régner sur ce pays-clé du Golfe à un moment où la région traverse de graves tensions. Ce n'est pas forcément rassurant.

Dans un décret royal, mercredi 21 juin, Salman a nommé son fils, surnommé " MBS ", prince héritier, en lieu et place du ministre de l'intérieur, le prince Mohammed Ben Nayef. Jusqu'alors, c'est ce dernier qui assumait la fonction de prince héritier et " MBS " n'était qu'en deuxième position. Mais il en va ainsi dans la maison des Saoud : le roi décide, les princes s'inclinent (de plus ou moins bonne grâce). Héritage du fondateur de la dynastie et de l'Arabie saoudite moderne, le grand roi Ibn Saoud, le système est suffisamment opaque pour que l'on ne se risque pas à annoncer que le roi Salman pourrait bientôt se retirer pour raisons de santé. Mais l'hypothèse est plausible. Ce qui est sûr, c'est que " MBS " voit son pouvoir renforcé. Le voilà, tout à la fois, ministre de la défense, vice-premier ministre, chargé de la réforme de l'économie, et prince héritier. Il a la haute main sur les affaires du royaume – 31 millions d'habitants, l'un des tout premiers producteurs d'hydrocarbures du globe, allié le plus proche des États-Unis dans le monde arabe. Son frère, le prince Khaled Ben Salman, est l'ambassadeur saoudien à Washington.

En politique régionale, " MBS " est un " dur ". Il est décidé à contrer l'influence montante de l'autre puissance régionale, l'Iran. Il accuse la République islamique de " vouloir prendre la tête du monde musulman ". Il perçoit la main de " l'impérialisme perso-chiite " en Irak, en Syrie, à Bahreïn, au Yémen, au Liban. Depuis trois ans déjà, ministre de la défense, il mène au Yémen une guerre dévastatrice contre une rébellion locale, celle des houthistes, qui passe pour être soutenue par Téhéran. Sous le choc de bombardements aveugles, des millions de Yéménites sont aujourd'hui menacés de famine. L'impulsivité du jeune homme inquiète une partie du gouvernement américain. Si sa promotion a été saluée par Donald Trump, le département d'État, que dirige Rex Tillerson, est moins enthousiaste. A Washington, un porte-parole vient de dénoncer une initiative prise il y a quinze jours par " MBS " : la mise en quarantaine du Qatar, émirat voisin que Riyad accuse, entre autres, de sympathies pro-iraniennes. La " ligne MBS " – soutenue par la Maison Blanche et par Israël – est celle de la poursuite de l'affrontement avec l'Iran sur le théâtre régional, notamment en Syrie.

Sur le plan intérieur, " MBS " se veut un réformateur. Il entend sortir le pays d'une gestion économique où la rente pétrolière sert à subventionner chaque famille saoudienne. Il faut favoriser le secteur privé et diminuer l'énormité du budget de l'État. Partisan d'une " libéralisation  sociétale " prudente, " MBS " a la faveur d'une jeunesse qui forme plus de la moitié de la population du royaume. La question est de savoir si, dans sa volonté réformatrice, il renoncera à cette version cauchemardesque de l'islam – rétrograde et violente –, qui est celle du royaume, qui sert de base idéologique au djihadisme et que les Saoudiens exportent dans le monde entier. Il n'y a sur ce sujet guère plus de visibilité qu'un jour de vent de sable dans le désert du Nejd.»

 

Éditorial du 28 juin : En Chine, le sacrifice du professeur Liu.

« C’est une histoire chinoise comme il y en a beaucoup d'autres dans la Chine du XXIe  siècle, première ou deuxième économie du globe, puissance réémergente au premier rang des nations. Il y en a beaucoup de ces histoires-là, mais elles sont vite étouffées par la presse locale et occidentale. Elle a pourtant son importance. Le 8  octobre 2010, le Prix Nobel de la paix a été attribué à un intellectuel chinois, fin lettré, âgé de 55 ans, Liu Xiaobo. Il purgeait une peine de onze ans de prison, prononcée en  2009 pour dissidence politique. Son crime ? Etre l'un des auteurs d'un document intitulé Charte 08, rédigé en 2008 par 300 intellectuels et réclamant une démocratisation du régime – en fait, la stricte application de la loi. Liu Xiaobo n'a pas été autorisé à se rendre à Oslo, dont le jury disait vouloir honorer " un long combat non violent en faveur des droits fondamentaux ". Il n'a jamais reçu son prix. La nouvelle a été quasi censurée en Chine. A tout le moins, ce jour-là, le nom de Liu Xiaobo – grand front et lunettes d'intellectuel souriant, santé fragile – a-t-il acquis une certaine célébrité, et le courage d'un homme seul face à la machine répressive du système a-t-il été honoré. Puis le professeur de lettres est retourné à l'anonymat, celui d'une prison dans la province de Liaoning, dans le nord-est du pays, à la frontière avec la Corée du Nord. On imagine les conditions de détention.

Depuis quelques jours, M. Liu a été sorti de prison et hospitalisé à Shenyang, capitale du Liaoning. Motif ? Cancer du foie en état avancé, diagnostiqué fin mai, selon son frère et des sources jointes par Le Monde. Sa peine n'a pas été commuée. Sa femme n'a pas pu venir le voir. Depuis la condamnation de son époux, Liu Xia a été placée de facto en résidence surveillée, dans son appartement de Pékin, et elle a sombré dans la dépression.

La vérité ? Depuis des années, Liu Xiaobo souffre d'hépatite, sans doute contractée lors de ses précédents séjours en prison ou en camp de travail, et le régime, à la veille du XIXe congrès du PCC, veut éviter la mort d'un éminent dissident politique en détention. Ce n'est pas très important, à l'aune du PNB chinois, des immenses réussites économiques, sociales, scientifiques, artistiques du pays, bien réelles, mais c'est tout de même une mauvaise publicité. Car elle révèle la fermeture, et la brutalité, d'un système politique encore accentuée depuis 2012 et l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Elle témoigne d'un régime qui, particulièrement sous la houlette du président Xi, veut, certes, davantage ouvrir l'économie chinoise, mais ne supporte pas la moindre dissidence politico-intellectuelle, fût-elle des plus pacifiques. Comme celle de Liu Xiaobo, comme celle de ces dizaines, voire centaines, d'avocats jetés en prison, " disparaissant " quelques jours, quelques mois, et impitoyablement condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir réclamé cette incongruité juridique : l'application de la loi…

A l'automne, le Congrès doit verrouiller davantage encore le pouvoir personnel déjà très fort du président Xi. Le cœur du PCC doit être renouvelé : les sept membres du comité permanent du Bureau politique. On attend des hommes sages et expérimentés. Ils le seraient plus encore s'ils avaient pris soin d'écouter – écouter seulement – un lettré fragile plein d'ambition pour son grand pays. Mais, à ce cette date, le professeur Liu Xiaobo sera peut-être mort..»

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