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Blog à part…… L’auréole ternie de la ‘’Lady’’ de Rangoon.

13 Septembre 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Blog à part

J’ai commencé à m’intéresser à Aung San Suu Kyi en octobre 1991 lorsqu’elle se vit décerner le prix Nobel de la Paix. Mais mon véritable engouement pour l’icône Birmane je le dois au réalisateur Britannique John Boorman et à son magnifique film « Rangoon » réalisé en 1994 et sorti en salles en octobre 1995, après avoir été présenté en mai au festival de Cannes. Ce film relate des évènements qui se sont déroulés en août et septembre 1988, Une période de grèves et de manifestations qui provoquèrent la chute du général Ne Win, l’homme fort du régime, qui était au pouvoir depuis 26 ans. Il démissionna le 23 juillet et fut remplacé par une junte militaire chargée de rétablir l’ordre. A Rangoon le peuple et les étudiants continuaient à manifester. Le 26 août, Aung San Suu Kyi, entrait en politique en s'adressant à un demi-million de personnes à la pagode Shewdagon . Fille du général Aung San, "père de l'indépendance" assassiné en 1947, Suu Kyi devenait alors la figure emblématique de la démocratie. ….. Après quelques semaines confuses, au cours desquelles des soldats commençaient à fraterniser avec les manifestants, la junte militaire instaurait la loi martiale, le 18 septembre, et la répression fut terrible, faisant plus de 3000 morts. Nombreux furent ceux qui s’enfuirent, se cachant dans la jungle avant d’essayer de rejoindre la Thaïlande. Ces évènements sont la trame de ce beau film qui n’eut pas un très grand succès en France. Certes l’histoire est romancée notamment avec la présence d’une jeune touriste américaine interprétée par Patricia Arquette, mais aussi grandie par le personnage d’U Aung Ko, le professeur d’université qui est interprété par U Aung Ko lui-même. Lui qui vivait alors en France accepta ce rôle d’intellectuel en fuite pour servir la cause démocratique dans son pays. Il est impressionnant d’aisance et de sincérité dans ce film.

Le 20 juillet 1989 Aung San Suu Kyi fut arrêtée par le gouvernement militaire qui lui proposa la liberté à condition qu’elle quitte le pays, ce qu’elle refusa. En 1990, la junte militaire, face aux condamnations des grandes puissances, organisa le 27 mai des élections générales ; des élections qui furent remportées très largement par le parti d’Aung San Suu Kyi. La junte militaire ne tint pas compte de ces résultats et les principaux opposants furent, soit arrêtés soit, comme la ‘’Lady’’, assignés à résidence.  

« The Lady » est le titre d’un autre très bon film, celui  de Luc Besson, sorti en France en novembre 2011. Cette fois c’est un film biopic qui concerne donc plus directement l’icône birmane interprétée par la grande actrice Malaisienne, Michelle Yeho. Dans un billet de juillet 2012 je suis une nouvelle fois, et à l’instar de Luc Besson, dithyrambique pour la grande figure de la démocratie …. Et ce d’autant plus qu’Aung San Suu Kyi était alors reçue en France. Son assignation à résidence avait été levée le 13 novembre 2010, alors que Besson finissait de tourner son film en Thaïlande.  

En juin 2012 Aung San Suu Kyi effectuait un tour d'Europe qui la conduisit en Suisse, en Norvège, en Irlande, en Grande-Bretagne et en France. Son objectif était d'inciter l'Occident à soutenir la Birmanie sur la voie des réformes politiques et à favoriser son développement économique. Elle fut reçue à Londres et Paris avec les honneurs réservés aux chefs d'État  à Oslo elle reçut, le 16 juin 2012 , plus de vingt ans après son attribution, le Prix Nobel de la Paix.  

Début 2012, Suu Kyi fut autorisée à être candidate à une  élection partielle et fut élue députée le 1er avril 2012. Puis le 1er mai elle acceptait de prêter serment à la constitution ce qui, étant veuve et mère de deux fils, tous les trois citoyens britanniques,  devait l’empêcher d’être candidate à l’élection présidentielle.

 En novembre 2015, son parti remportait une nouvelle fois  les élections générales et elle commença à préparer la transition démocratique. Le parlement fut  réuni le 15 mars 2016 pour désigner le nouveau Président de la république. Ne pouvant postuler Suu Kyi, proposa la candidature de l’un de ses proches Htin Kyaw qui fut élu président de la République par le Parlement Birman, recueillant 360 voix sur 652 députés. Il devenait le 1er avril 2016 le premier président élu démocratiquement depuis 1957.

Aung San Suu Kyi prenait en charge un grand ministère comprenant les postes de conseillère spéciale de l'État, de porte-parole de la présidence et de ministre des Affaires étrangères.

Après soixante ans de dictature militaire, le nouveau pouvoir se trouvait face à une tache difficile d’autant plus compliquée que des problèmes ethniques et surtout religieux récurrents dans ce pays avaient repris depuis quatre à cinq ans. A noter que les minorités opprimées n’ont jamais apporté un soutien ostensible à Suu Kyi qui pour eux restait une représentante de la classe dominante, qui plus est fille d’un général qui lutta pour l’indépendance de la Birmanie (aujourd’hui appelée Myanmar en langue birmane).

Le problème le plus important concerne les Rohingyas qui ne sont même plus reconnus birman depuis 1982, le régime dictatorial les ayant exclus de la liste des 135 ethnies officiellement reconnues pat l’état birman. Ces 135 ethnies correspondent aux minorités présentes en Birmanie avant 1824, c'est-à-dire avant l'arrivée des colons Britanniques dans la région. Étant considérés comme un peuple importé par les Britanniques, les Rohingyas n'étaient pas vus comme Birmans mais comme des apatrides du moins pour les 800.000 personnes installés au nord ouest de la Birmanie dans l’État  d’Arakan à la frontière avec le Bangladesh où vivent aussi des Rohingyas. ( De l’ordre de 300.000 personnes. Il y en aurait aussi au Pakistan et d’en d’autres pays asiatiques pour un total de plus de 1.5 millions.) Les Rohingyas parlent une langue qui se rapproche proche du Bengali et sont de religion musulmane.

Ces dernières années les violences se sont multipliées dans l’état d’Arakan entre Bouddhistes et Rohingyas. En juin 2012 des Rohingyas furent accusés du viol d’une Birmane et ce fut en Arakanan de point de départ d'une escalade de mesures de représailles menées d’abord par des moines bouddhistes puis amplifiées par l’armée. Aung San Suu Kyi refusa longtemps de réagir, afin de ne pas « attiser le feu d'un côté ou de l'autre ».

En avril 2013, une ONG humanitaire publia un rapport accusant les autorités birmanes d'avoir organisé, à partir d'octobre 2012, une « campagne de nettoyage ethnique » contre les musulmans, ce que récuse formellement Aung San Suu Kyi.

 Lors des élections législatives de 2015, le parti qu'elle dirige  a exclu les musulmans de ses investitures, y compris les députés sortants, ce qui produit un parlement sans aucun élu musulman. En 2016, trois mois après l'arrivée au pouvoir d'Aung San Suu Kyi, l'ONU publiait un rapport évoquant de possibles crimes contre l'humanité commis sous la mandature précédente.

Suite à une attaque armée du 9 octobre 2016, vraisemblablement commise par une organisation Rohingya et qui aurait tué 9 policiers, une nouvelle vague de répression était lancée. Des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent des exactions de grande ampleur des forces de sécurité birmanes.

Le 29 décembre 2016, onze lauréats du prix Nobel de la paix signent, avec d'autres lauréats du prix Nobel et des personnalités, une lettre ouverte aux Nations-Unies pour demander l'arrêt du « nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. » Ils dressent un parallèle avec de précédents génocides, expriment leur « frustration » contre Aung San Suu Kyi, et soulignent sa « responsabilité » dans ces exactions de masse. Desmond Tutu, qui avait soutenu Suu Kyi lors de son silence sur les Rohingya en 2012-2013, figure parmi les signataires

Après une nouvelle vague d'exactions de l'armée qui commence en août

2017, le 6 septembre 2017 Aung San Suu Kyi sort de son silence en accusant la communauté internationale et les médias étrangers d'avoir un parti pris pro-rohingya.  Lors d'un échange téléphonique — publié par son service de presse — avec le président turc Erdogan qui avait fait part de ses « inquiétudes » sur le sort de la minorité musulmane, elle affirme : « Ce genre de fausse information est seulement la partie émergée d’un énorme iceberg de désinformation créé pour générer des problèmes entre les différentes communautés et promouvoir les intérêts des terroristes » (En bleu des paragraphes empruntés à wikipedia)

Je dois bien avouer que mon admiration pour la « Lady de Rangoon » en a pris un coup. Trop d’informations concordantes et déconcertantes : on ne peut pas fermer les yeux et si, comme j’en ai peur Suu Kyi en porte une grande responsabilité, il faut absolument le faire savoir. Pour terminer ce billet je reporte ci-après l’éditorial du journal  « Le Monde » du 5 septembre 2017 où l’on trouve en conclusion une possibilité d’avancer et espérer un espoir de sortie du drame.  

 

 « Birmanie : l'icône face au drame des Rohingya

 Peut-on être Prix Nobel de la paix, avoir sacrifié sa famille et une partie de sa vie au combat pour la démocratie, avoir accédé au statut d'icône mondiale, puis se taire devant les persécutions à grande échelle infligées à une minorité ethnique et religieuse de son pays ? C'est la douloureuse question qui se pose à Aung San Suu Kyi, aujourd'hui chef de facto du pouvoir civil en Birmanie après avoir été la plus célèbre opposante de la dictature.

Cette question se pose de manière encore plus aiguë depuis deux semaines. L'attaque, le 25 août, de postes de police birmans par un groupe de rebelles se réclamant de la minorité musulmane rohingya, dans l'État de Rakhine (Arakan), dans l'ouest de la Birmanie, a provoqué des représailles de l'armée qui ont entraîné un exode massif de cette population vers le Bangladesh voisin. Villages incendiés, civils massacrés : les témoignages d'exactions recueillis parmi les réfugiés, dont le nombre a dépassé 130 000 en deux semaines, sont accablants pour les militaires, soupçonnés de se livrer à une opération de nettoyage ethnique.

Pressée d'intervenir par la communauté internationale et les défenseurs des droits de l'homme, qui l'ont si longtemps soutenue, Aung San Suu Kyi est finalement sortie de son silence, mardi 5 septembre. Ses déclarations auront, malheureusement, lourdement déçu ses admirateurs : elle a préféré porter le blâme sur " l'iceberg de désinformation " qui, selon elle, obstrue la crise des Rohingya plutôt que sur la brutalité des forces armées. Cela tient du déni et n'est pas à la hauteur de l'autorité morale qu'elle représente.

Aung San Suu Kyi, qui déteste être qualifiée d'icône et souligne régulièrement qu'elle fait, moins glorieusement, " de la politique ", semble avoir ici atteint la limite du compromis négocié avec les militaires et de la transition imparfaite qui en est issue. Ils restent, finalement, les maîtres du pays. Aung San Suu Kyi ne détient qu'une partie du pouvoir et n'a aucun contrôle sur les forces de sécurité. Incapable d'enrayer la montée du nationalisme birman dans un pays ravagé par la dictature et les conflits ethniques, elle n'a pas pu faire face non plus à l'activisme croissant des extrémistes bouddhistes, sur lesquels s'appuient les militaires.

Le drame des Rohingya, minorité apatride et "pestiférée" de l'Asie du Sud-Est, qu'aucun des pays voisins de la Birmanie ne souhaite accueillir, n'est pas nouveau. Aung San Suu Kyi avait au moins eu le mérite cette année de confier à Kofi Annan, l'ancien secrétaire général de l'ONU, la présidence d'une commission chargée de lui remettre des recommandations pour l'amélioration du sort de cette communauté de plus d'un million de personnes dans l'État birman de Rakhine.

Il se trouve que Kofi Annan a remis son rapport le 24 août, veille de l'attaque de postes de police par le groupe de rebelles et du déclenchement de la crise actuelle. Ce rapport de 63 pages, sans concessions sur l'ampleur des discriminations dont sont victimes les Rohingya et sur les risques de radicalisation qu'elles entraînent, formule des propositions, en particulier sur la question centrale de la citoyenneté, dont ces derniers sont privés. C'est sur la mise en œuvre de ces propositions qu'Aung San Suu Kyi, les dirigeants militaires birmans et les responsables internationaux, notamment de pays musulmans, qui affirment se soucier des Rohingya, devraient à présent concentrer leurs efforts. »

Au moment où j’allais publier ce billet de nouvelles informations étaient publiées. Je les ajoute donc sans plus de commentaire.

 

AFP, publié le mercredi 13 septembre 2017 à 16h32

La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi sortira publiquement de son silence sur la crise des Rohingyas la semaine prochaine lors d'une allocution télévisée, une annonce faite mercredi à quelques heures d'une réunion de l'ONU sur cette urgence humanitaire.

Le Conseil de sécurité se retrouve à huis clos à partir de 15H00 GMT pour discuter des violences dans l'État birman du Rakhine (ouest) qui ont déclenché l'exode de réfugiés rohingyas vers le Bangladesh.

L'ex-dissidente et prix Nobel de la paix est sous le feu des critiques à l'international pour sa position ambiguë sur le sort de cette minorité musulmane persécutée en Birmanie.

Mercredi matin, Suu Kyi a annulé un déplacement prévu fin septembre à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies. À cette même tribune l'an dernier, elle s'était engagée à défendre les droits de la minorité musulmane.

Pressée de s'exprimer par la communauté internationale, mais devant maintenir un précaire équilibre dans ses relations avec la très puissante armée birmane, Suu Kyi prononcera finalement le 19 septembre un discours télévisé sur la situation au Rakhine, ont annoncé ses services.

L'ONU considère que les Rohingyas sont victimes d'une "épuration ethnique" au Rakhine (aussi appelé Arakan), région historiquement en proie à des troubles communautaires et sujette à une nouvelle flambée de violences depuis fin août.

Lors de son seul commentaire officiel sur cette crise, la cheffe du gouvernement birman avait dénoncé un "iceberg de désinformation" sur les Rohingyas et défendu l'action de l'armée.

Plus de 379.000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août pour fuir une campagne de répression de l'armée birmane consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Et des milliers d'autres seraient toujours sur les routes.

Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine. Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés et affamés, après des jours de marche sous la pluie et au péril de leur vie.

Dans un hôpital du district bangladais de Cox's Bazar visité par une équipe de l'AFP, une salle entière était remplie de réfugiés rohingyas blessés, le plus souvent par balle mais aussi par des mines antipersonnel pour certains.

Le silence n'était rompu que par les gémissements de douleur d'un adolescent de 15 ans ayant perdu ses deux jambes. Les médecins ne lui donnaient plus longtemps à vivre.

A quelques kilomètres, au-delà des camps de réfugiés transformés en bourbiers par les pluies, la rivière Naf - frontière naturelle entre la Birmanie et le Bangladesh - continuait de charrier des cadavres de réfugiés ayant péri dans le naufrage de leurs embarcations de fortune.

Dans une lettre ouverte au Conseil de sécurité, une dizaine de prix Nobel ont appelé mercredi les Nations unies à "des actions audacieuses et décisives".

"Nous vous demandons d'agir immédiatement pour faire cesser les attaques militaires aveugles sur des civils innocents", indique ce texte signé entre autres par le Bangladais Muhammad Yunus, la Pakistanaise Malala Yousafzai et le Sud-Africain Desmond Tutu.

Le Conseil de sécurité s'annonce divisé: la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son "soutien" à Naypyidaw (la capitale birmane) et loué "ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national".

"Nous espérons que le Conseil de sécurité va proposer des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes", a déclaré de son côté Phil Robertson de Human Rights Watch.

Traités comme des étrangers dans ce pays à plus de 90% bouddhiste d'Asie du Sud-Est, les Rohingyas sont apatrides, même si certains y vivent depuis des générations.

Ils sont victimes de multiples discriminations: travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Mais la tâche d'Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années. Et surtout par la grande autonomie de l'armée birmane, qui reste toute puissante dans cette zone de conflit et tient les rênes de trois ministères importants: l'Intérieur, les Frontières et la Défense.

"Aung San Suu Kyi doit parler, c'est un impératif moral pour elle", a estimé Phil Robertson, ajoutant que "ce n'est pas seulement sa réputation internationale qui est en jeu, mais aussi son statut vis-à-vis de l'armée".

 

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