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Histoire de rôle….. Jacques Cartier ouvre la voie de la Nouvelle-France

24 Septembre 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

En 1532 le navigateur malouin Jacques Cartier fut chargé par le roi de France François 1er de trouver une voie nordique pour atteindre l’Asie et surtout ses richesses. En fait Cartier était chargé de poursuivre le travail commencé en 1524 par l’explorateur florentin Giovanni da Verrazzano qui, déjà au service de François 1er, avait reconnu la côte est de l’Amérique de l’estuaire du Cape Fear (Caroline du Nord) jusqu’à Terre neuve où le florentin s’interrogeait sur un possible passage vers les Indes et Cathay. De retour en France après six mois de voyage, Verrazzano entame les préparatifs pour un nouveau voyage d’exploration de cette zone, de cette éventuelle nouvelle route vers l’Asie. Cependant l’Europe est en guerre et les navires sont réquisitionnés. La capture de François Ier à la Bataille de Pavie met fin à ce projet. Verrazzano a trouvé de nouveaux commanditaires et vogue vers les Antilles où il aurait été tué par des indigènes en 1528.

 Libéré, le roi de France cherche un bon navigateur pour reprendre l’exploration du passage marin de Terre neuve. C’est Jean Le Veneur, évêque de Saint-Malo, qui présente Jacques Cartier au roi arguant du fait que l’homme, qui a déjà 43 ans, a fait plusieurs voyages, du Brésil à Terre-Neuve et lui semble être le plus à même de répondre au souhait du roi….. Peut-être même, a t-il accompagné Verrazano en Amérique en 1524 et/ou 1528 comme en témoigne la facilité par laquelle il trouva la "baie des Châteaux" (détroit de Belle Isle) en 1534, lors de son premier voyage

C’est effectivement en seulement 20 jours que Cartier, parti de Saint Malo le 20 avril,  atteint Terre-Neuve avec seulement deux navires et une soixantaine d’hommes. En explorant le littoral du Labrador l’équipage constate quelques semaines plus tard que ces terres sont habitées : « Il y a des gens à ladite terre, qui sont d'assez belle corpulence, mais ils sont farouches et sauvages. Ils ont leurs cheveux liés sur leur tête, à la façon d'une poignée de foin tressé, et un clou passé parmi, ou autre chose; ils y lient des plumes d'oiseaux. Ils se vêtent de peaux de bêtes, tant hommes que femmes; mais les femmes sont plus closes et serrées en leurs dites peaux et ceinturées par la taille. ». Et signe que l’équipage de Cartier n’arrive pas vraiment en terres inconnues, ils aperçurent le 10 juin dans le golfe qui s’appellera Saint Laurent un bateau originaire de La Rochelle dont l’équipage après une longue campagne de pèche à la morue s’était quelque peu égaré et qu’ils aidèrent à se réorienter.

Le 6 juillet, Ils purent établir un premier contact avec les autochtones au large de la Baie des Chaleurs (Nom donné par Cartier en raison de la brume qui la recouvrait lorsqu'il l'a découverte, ce qui lui donna la fausse impression que l'eau était chaude.) Ces Amérindiens de la tribu Micmac n’étaient guère impressionnés par l’arrivée des européens et leurs grands bateaux et se prêtèrent volontiers à des échanges commerciaux : colifichets, couteaux, tissus... contre des peaux d'animaux.

Le 24 juillet Cartier arrive dans la baie de Gaspé où il érige une croix pour indiquer la prise de possession du territoire au nom du roi de France. C'est à cet endroit qu’il rencontre Donnacona le chef de la tribu des Iroquois. Ceux-ci se trouvent assez loin de chez eux, un pays qu’il nomme Canada (d’après le mot iroquois kanata ‘’village’’), situé en amont du fleuve. Mais comme chaque été ils descendent le fleuve et rejoignent la baie pour une campagne de pêche.

 « Comme s’il eut voulu dire que toute la terre était à lui. …… Et pour le mauvais temps qu’il fit, nous fûmes en cette baie et rivière jusqu’au XXVe jour dudit mois, sans pouvoir sortir ; durant lequel temps nous vint un grand nombre de sauvages qui étaient venus en ladite rivière pour pêcher des maquereaux, desquels il y a grande abondance ; et ils étaient tant, hommes et femmes ou enfants, que plus de deux cents personnes qui avaient environ quarante barques, venaient franchement avec leurs barques aborder près de nos navires. Nous leur donnâmes des couteaux, des pacotilles de verre, des peignes et autres ouvrages de peu de valeur ; de quoi ils faisaient plusieurs signes de joie, levant les mains au ciel en chantant et dansant devant leurs barques. […]

Ils sont tout nus, à l’exception d’une petite peau dont ils couvrent leur sexe, et quelques vieilles peaux de bêtes qu’ils jettent sur eux en écharpes. Ils ne sont point de la nature ni de la langue des premiers que nous ayons trouvés. […]. Ils mangent leur chair quasi crue, après l’avoir un peu chauffé sur les charbons et pareillement leur poisson. Nous descendîmes franchement parmi eux, de quoi ils montrèrent grande joie. Mais ils avaient fait fuir toutes les jeunes femmes dans les bois, à part deux ou trois qui demeurèrent, et à qui nous donnâmes chacune une petite clochette d’étain, ce qui leur causa une grande joie, de sorte qu’ils remercièrent le capitaine en lui frottant les bras et la poitrine avec leurs mains. Et en voyant ce qui avait été donné à celles qui étaient restées, ils firent venir celles qui avaient fui dans les bras, pour qu’elles aient la même chose. […]

Le XXIIIIe jour dudit bois nous fîmes faire une croix de trente pieds de haut, qui fut faite devant plusieurs d’entre eux, sur la pointe de l’entrée de la baie, sous laquelle nous mîmes un écusson à fleurs de lys, et dessus un grand écriteau en bois avec en grosses lettres « VIVE LE ROI DE FRANCE ». Cette croix, nous la plantâmes sur la pointe devant eux, et ils la regardèrent faire et planter. Et après qu’elle fut élevée en l’air, nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en l’adorant devant eux et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par elle était notre Rédemption, ce qu’ils admirèrent beaucoup, en tournant et regardant la croix.

Nous étions retournés en nos navires, quand vint le chef, vêtu d’une vieille peau d’ourse noire, dans une barque avec trois de ses fils et son frère, qui s’approchèrent si près du bord, comme ils avaient coutume, et nous fit une grande harangue, nous montrant ladite croix avec deux doigts, et puis nous montra la terre tant à l’entour, comme s’il eut voulu dire que toute la terre était à lui, et que nous ne devions pas planter ladite croix sas son congé. Et après qu’il eut fini sa harangue, nous lui montrâmes une hache, feignant de lui vendre pour sa peau, à quoi il entendit et peu à peu s’approcha du bout du navire, croyant avoir ladite hache. Et l’un de nos gens mit la main sur sa barque et incontinent on les fit entrer dans notre navire, de quoi ils furent bien étonnés, et une fois qu’ils furent entrés, on leur montra qu’il ne leur serait fait nul mal […] on les fit boire et manger, et puis on leur fit signe que la croix avait été plantée pour faire balise, pour entrer dedans la baie et que nous y retournerions bientôt et leur apporterions des présents, et que nous voulions emporter leurs fils avec nous […]. Vers midi de ce jour, retournèrent six barques à bord, où il y avait en chacune cinq ou six hommes, lesquels venaient pour dire adieu aux deux que nous avions retenus, et leur apportèrent du poisson et nous firent signe qu’ils n’abattraient pas la croix, en nous faisant plusieurs harangues que nous n’entendions pas. Relation originale du voyage de Jacques Cartier. »

Et c’est ainsi que Cartier décide de retourner en France en emmenant deux des fils de Donnacona. La rentrée à Saint-Malo se fait le 5 septembre après une autre courte traversée de 21 jours.

A peine revenu au pays il rêve d’un nouveau départ qu’il obtient du roi.

Le 16 mai 1535, il arme trois navires, la Grande Hermine, la Petite Hermine et l’Erminion dont la mission est de parachever ses découvertes. Il part cette fois avec 110 hommes d’équipage et 15 mois de provisions et compte désormais à son bord avec Domagaya et Taignoagny, les fils du chef Donnacona, deux guides précieux qui comprennent et parlent maintenant le français, Cartier pénètre dans le fleuve Saint-Laurent qui, au niveau de l’estuaire, a une largeur de 50 km pensant toujours qu’il correspond au passage qu’il cherche pour atteindre l’Asie d’autant qu’il y voit des baleines. Mais la remontée du Saint Laurent lui montre assez vite, lorsque l’eau devient douce, que ce n’est pas un bras de mer mais un grand fleuve. Déçu, mais subjugué par les paysages traversés et leurs richesses potentielles, il poursuit la remontée du fleuve atteignant le 7 septembre le village de Donnacona, ramenant ainsi, comme promis ses fils, au chef Iroquois. Ce lieu nommé Stadaconé (bourgade en Iroquois) se trouve dans la zone où s’élèvera la ville de Quebec. Jacques Cartier informe Donnacona qu’il veut poursuivre la remontée du fleuve, ce dernier tente de l’en dissuader. Il veut probablement s'assurer le monopole du commerce avec les Français.

Le 19 septembre 1535, Cartier prend à bord du seul Erminion, le plus petit des navires, la direction de Hochelaga tandis que le reste de l’équipage commence l’édification d’un fortin. Après avoir navigué sur 240 kilomètres il est bien accueilli à Hochelaga. C'est la première fois que des européens pénètrent aussi loin à l'intérieur du continent. « [...] nous naviguâmes par un temps agréable jusqu'au deuxième jour d'octobre, jour où nous arrivâmes à Hochelaga [...]. Durant ce temps et chemin faisant, trouvâmes plusieurs gens du pays, qui nous apportaient du poisson et autres victuailles, dansant et manifestant grande joie de notre venue […]. Et au milieu de ces campagnes, est située et sise la ville d'Hochelaga, près et joignant une montagne qui est à l'entour de celle-ci, labourées et fort fertile et du sommet de laquelle on voit fort loin. Nous nommâmes ladite montagne Mont-Royal.»

(Ce site deviendra plus tard la ville Montréal). Le chef du village affirme que l'on peut continuer à remonter le fleuve vers l'ouest durant trois lunes puis se diriger vers le nord pour atteindre une contrée où l'on trouve de l'or. Voila une information qui intéresse fortement Cartier mais une expédition incertaine en chaloupes vers ces terres lointaines n’est pas à l’ordre du jour et il doit retourner à Stadaconé où la construction du fortin a bien avancé. Il était temps car l’hiver arrive et bientôt les navires sont prisonniers des glaces. Cartier et ses hommes hivernent près de la rivière Sainte-Croix (maintenant rivière Saint Charles). Les hommes sont malades, souffrant du scorbut, et beaucoup meurent alors que les indiens, touchés également guérissent. Donnacona explique à Cartier qu’il doit faire boire à ses hommes des infusions d’aiguilles de pin. Il applique le traitement qui s’avère efficace sauvant le reste de l’équipage. Les rapports restent corrects entre Indiens et français mais sans plus, les iroquois sont méfiants…. Mais peut-être pas assez : Donnacona qui ambitionne sans doute d’établir des liens commerciaux avec les étrangers vante les richesses de son pays, ce qui donne une triste idée à Cartier : l’emmener en France afin qu'il en témoigne au roi : " Et aussi, il était bien décidé d'amener ledit seigneur Donnacona en France, pour conter et dire au Roi ce qu'il avait vu en ces pays occidentaux des merveilles du monde; car il nous a certifié avoir été à la terre du Saguenay, où il y a infinité d'or, rubis et autres richesses, où sont les hommes blancs, comme en France, et accoutrés de draps en laine […]». Et au printemps, à la fonte des glaces il piège le chef indien, ses fils et quelques autres, et les emmène en France. Cartier explique à Donnacona qu'il veut l'amener en France pour qu'il raconte au roi tout ce qu'il avait vu au Saguenay. Il lui promet qu'il recevra de nombreux présents et qu'il sera de retour dans son pays dans dix ou douze mois. Du pont du navire, Donnacona rapporte ces propos aux gens de son village et leur dit au revoir. En gage Cartier laisse le navire Petite Hermine, qu’il ne pouvait d’ailleurs pas faire rentrer, faute d’équipage suffisant suite à l’épisode scorbut. Le 6 mai, l'ancre est levée et les deux navires prennent le large en direction de la France où Il arrive le 5 septembre 1536. Cartier n'a rien apporté de substantiel mais le roi est enthousiasmé par les découvertes du navigateur et la présence du chef indien qui a bien compris ce que cherche les français, or et épices, vante les richesses de son pays. François 1er souhaite commissionner une nouvelle expédition mais la guerre l'empêche de confier tout de suite une nouvelle mission au Malouin.

Ce troisième voyage eut bien lieu mais cinq ans plus tard et ce fut trop tard pour Donnacona, ses fils et les quelques autres : aucun n’a survécu suffisamment longtemps dans les nouvelles conditions de vie. 

Pour ce troisième voyage Jacques Cartier se prépare : il prévoit une flotte de cinq navires et 1500 hommes d’équipage pourtant il apprend, fin 1540, que le roi a nommé, Jean-François de La Rocque, sieur de Roberval, vice-roi du Nouveau Monde et demande à Cartier d'établir, sous ses ordres, la première colonie française en Amérique. L'expédition doit partir, Cartier est prêt mais pas de Roberval. Il attend encore l'artillerie. Le roi donne l'ordre à Cartier de partir. L'expédition appareille donc le 23 mai 1541, l'homme est maître de l'expédition. En arrivant à Stadaconé le 23 août 1541 où il est bien reçu par Agona le nouveau chef de tribu «. Et après que ledit Agona eût demandé où Donnacona et les autres étaient, le capitaine lui répondit, que Donnacona était mort en France, et que son corps reposait dans la terre, et que les autres y avaient demeurés en tant que grands Seigneurs, et étaient mariés, et ne reviendraient pas dans leur pays [...] Agona ne fit aucun signe de colère à ces paroles [...] je crois qu'il l'accepta si bien parce qu'il devenait Seigneur et gouverneur du pays par la mort dudit Donnacona. » Agona a t-il perçu la de mensonges de l’information ?Sans doute car les rapports se dégradent avec les indiens et Cartier décide de s'installer ailleurs. Il fait le fort de Charlesbourg Royal  au confluent du Saint Laurent et de la rivière Cap Rouge, pour préparer la colonisation. Le 2 Septembre, Cartier renvoie deux navires faire un rapport au roi. Puis il repart jusqu'à Hochelaga. Là les indiens l'accueillent sans animosité et Cartier accumule « l'or et les diamants », qu'il négocie avec eux. A son retour au Cap, les Iroquois du site sont devenus nettement moins amicaux et l’hiver est arrivé mais pas Roberval.

 En juin 1542, las de l’attendre Roberval, Cartier décide de rentrer en France pour y vendre sa précieuse cargaison. A Terre-Neuve, il croise La Rocque, sieur de Roberval, qui est enfin arrivé. Malgré l'ordre que ce dernier lui donne de rebrousser chemin et de retourner sur le Saint-Laurent, Cartier met le cap vers la France. Roberval grâce aux cartes du Malouin, arrive à rejoindre le site du Cap Rouge mais devra à son tour abandonner l’occupation et rentrer en France en Septembre 1543.

Plein d’espoir à son retour Jacques Cartier fit voir ses pierres et métaux ‘’précieux’’ ? Hélas l'examen des échantillons montre que les diamants se révèlent être du quartz, et l'or, de la pyrite de fer. Sa mésaventure est à l'origine de l'expression « faux comme des diamants du Canada »…et du toponyme actuel, « Cap Diamant », pour désigner l'extrémité est du promontoire de Québec.

 

On ne sait pas grand-chose du reste de la vie de Jacques Cartier. Il serait né en 1491 à Saint Malo et a probablement fait, comme tout fils de pêcheur malouin morutier, son apprentissage de mousse et de matelot. Il se maria en avril 1520 avec Catherine, fille de Jacques des Granches, connétable de la ville de Saint-Malo ; un mariage qui améliora sa condition sociale. De cette union ne naîtra aucune descendance. Sa fin de vie est aussi énigmatique : Déçu, Cartier se retira dans son manoir de Limoelou à Rothéneuf, près de Saint-Malo. Considéré comme un sage il donne des conseils aux marins aventureux et semble avoir été anobli puisque dans certains actes il est qualifié de sieur de Limoelou. Il mourut le 1er septembre 1557, probablement de la peste qui frappa la ville cette année-là.

Pour ce qui concerne la Fondation de l’habitation Québec, vrai début de la Nouvelle France il faudra attendre 1608 et Samuel de Champlain.

 

Je me suis bien sur inspiré de nombreux textes pour préparer cet article. Il me faut d’abord citer un hors série Le Point de Septembre 2014 : ces voyages qui ont changé le monde et notamment le texte « Comme s’il eut voulu dire que toute la terre était à lui. »

J’ai trouvé sur internet des biographies intéressantes, avec parfois quelques contradictions, dont j’ai cherché les éléments concordants ; Bien sûr celle de Wikipedia, mais aussi celle de Médarus. Nouveau Monde

et celle de Larousse.

Voilà c’est fait et maintenant il n’y a plus qu’à aller là bas.

 

(A suivre)

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