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Presse aidant…. Ainsi allait le monde en Août 2017

1 Septembre 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Parmi les éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’ voici les cinq articles que j’ai retenus comme étant les plus intéressants du mois de d’août. En fin de billet je fournis le titre d’autres billets très intéressants qui méritent aussi d’être lus.

 

Éditorial du 1er août : Le Yémen en voie de destruction avancée.

« La guerre qui ravage le Yémen depuis deux ans est la quintessence des guerres d'aujourd'hui : on tue d'abord des civils. On les bombarde, on les déplace, on les affame, on les prive de soins. Le 19  juillet encore, l'ONU dénonçait un bombardement de l'aviation saoudienne sur une colonne de civils en fuite : vingt morts – presque tous appartenant à la même famille. A peine une " brève " dans les journaux. Cette tragédie yéménite, on la voit peu. Elle se joue à l'abri de la presse, parce que les protagonistes le veulent ainsi. Pour Le Monde, Jean-Philippe Rémy et le photographe Olivier Laban-Mattei ont réussi à longuement parcourir le terrain. Leur conclusion : un pays entier est en train de s'écrouler, menacé de destruction massive. Dans l'indifférence générale.

La guerre oppose d'un côté une coalition d'Etats arabes conduite par l'Arabie saoudite, appuyant le dernier président, Abd Rabbo Mansour Hadi, et, de l'autre, une rébellion houthiste (une des branches du chiisme) alliée à l'avant-dernier président, Ali Abdallah Saleh, et mollement soutenue par l'Iran (chef de file du monde chiite). Les experts y voient l'un des théâtres de l'affrontement majeur qui oppose Riyad à Téhéran pour la prépondérance au Moyen-Orient.

Les Yéménites, eux, paient cette rivalité au prix fort. Le drame humanitaire est immense. Près de 60 % des 10  000 morts de ces deux années de guerre sont des civils. Le pays est en proie à la plus importante épidémie de choléra de la planète. Plus grave encore : du fait des bombardements de la coalition saoudienne sur les rives de la mer Rouge, des millions de personnes risquent d'être privées d'aide alimentaire.

Les deux protagonistes sont coupables de crimes de guerre. Aucun d'entre eux ne paraît pour le moment en mesure de l'emporter. Il n'y a pas de dialogue entre Riyad et Téhéran, pas plus sur le Yémen que sur la Syrie ou l'Irak. Les " parrains des parrains " – les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni côté saoudien ; la Russie côté iranien – sont diplomatiquement passifs. Le président Donald Trump a même jeté de l'huile sur ce brasier en accordant son soutien le plus enthousiaste aux Saoudiens, le camp le plus belliciste. En somme, mettre fin à la guerre du Yémen n'est une priorité pour personne.

C'est une lourde erreur, au-delà même de l'indifférence manifestée à l'égard de ce que vit le Yémen, déjà l'un des pays les plus pauvres du monde et qui, depuis un demi-siècle, a, comme l'Afghanistan, connu davantage d'années de guerre que de paix.

C'est une erreur parce que, sur les ruines d'un Etat déjà fragile, prolifèrent les cellules d'Al-Qaida ou de l'organisation Etat islamique. Parce que le salafisme, cette gangrène idéologique, version sectaire et brutale de l'islam exportée de Riyad, s'étend dans les zones contrôlées par la coalition saoudienne. Le salafisme, on ne le sait que trop en Europe et au Proche-Orient, est la terre nourricière du djihadisme.

C'est une erreur, enfin, parce que le Yémen est encore une fois divisé entre le Nord et le Sud, comme il l'a déjà été dans le passé – ce qui augure d'un nouveau drame dans un Etat en voie de faillite avancée. Autrement dit, plus cette guerre se poursuit, à quelques encablures de la route du pétrole, plus elle génère d'autres sources de conflits et de violence. Tout se passe comme si ce pays, qu'on appelait autrefois " l'Arabie heureuse ", était pour l'heure condamné à être malheureux.»

 

Éditorial du 9 août : L’Europe au défi de l’immigration.

« Que l'on analyse la question à l'horizon de quelques semaines, de plusieurs années ou des prochaines décennies, le même constat s'impose : plus que jamais l'Europe va devoir apprendre à vivre avec l'immigration, qu'il s'agisse des flots de réfugiés fuyant des conflits proche-orientaux ou africains, ou des flux de migrants cherchant à échapper à la misère, voire à la famine. Et l'évidence n'est pas moins claire que l'Europe, et en son sein la France, n'est pas prête à relever ce défi historique.

Dans l'immédiat, c'est l'Italie qui en fait l'amère expérience. Certes, l'on est très loin, cette année, du million de réfugiés qui avaient frappé aux portes de l'Europe en 2015. En 2016, grâce à l'accord entre l'Union européenne et la Turquie, le flux avait fortement diminué, avec 363 000 arrivées dans l'UE. Du fait de la quasi-fermeture des portes d'entrée par la Grèce et par l'Espagne, toute la pression se concentre désormais sur l'Italie. Depuis le début de l'année, elle a accueilli 85 % des 118 000 migrants qui ont atteint les côtes européennes depuis la Libye, tandis que 2 400 périssaient en mer. Or, depuis des semaines et en dépit des belles paroles qui lui sont adressées, Rome appelle en vain ses partenaires à la rescousse, tandis que l'exaspération ne cesse de croître entre les autorités italiennes et les ONG humanitaires, accusées de faire le jeu des passeurs en multipliant les opérations de secours en mer.

Au-delà de l'accueil humanitaire immédiat, chacun sait bien qu'il faudrait s'efforcer de traiter le problème avant que les candidats à l'exil ne s'embarquent vers l'Europe depuis les côtes libyennes. Ainsi, le président de la République, Emmanuel Macron, a défini, en juillet, les deux objectifs de sa politique migratoire : contrôler plus étroitement les frontières extérieures de l'espace européen en renforçant l'agence européenne Frontex et prendre le problème à la racine, dans les pays du Sahel. C'est cohérent, mais, à ce stade, largement irénique. D'une part, sans même parler du chaos libyen, cela suppose un minimum de stabilité et de sécurité dans l'immense zone sahélienne par où transitent aujourd'hui la plupart des migrants. On en est loin. D'autre part, cela implique de faire la distinction entre réfugiés politiques, éligibles à l'asile, et migrants économiques, qui ne le sont pas. Or, les chiffres démontrent qu'actuellement les seconds – notamment Guinéens, Ivoiriens, Gambiens, Sénégalais, Nigérians – sont de très loin les plus nombreux. On peut douter qu'ils se rendent dans les " hotspots " envisagés par M. Macron, où ils n'auraient aucune chance d'obtenir leur billet d'entrée en Europe.

A plus long terme, enfin, l'immigration constitue une donnée structurelle pour l'Europe. Le rapport de l'ONU sur les perspectives démographiques mondiales, dont Le Monde a rendu compte hier, prévoit, en effet, que la population africaine va exploser dans les prochaines décennies : elle devrait passer de 1,3 milliard d'habitants aujourd'hui à 2,4 milliards en 2050 et plus de 4 milliards à la fin du siècle, alors que, dans le même temps, la population – et par conséquent la main-d'œuvre – européenne déclinera.

Un tel déséquilibre ne peut que nourrir les tensions et les mouvements migratoires du Sud vers le Nord. Sauf à construire, avec le continent africain, une politique d'aide au développement moderne et de grande ampleur. C'est, en réalité, le vrai défi pour l'Europe, et l'on en est loin.»

 

Éditorial du 17 août : Les transgressions sans précédent de Donald Trump.

« Qu’ils le veuillent ou non, les Américains ont été obligés de s'habituer aux provocations assumées, aux saillies à l'emporte-pièce et aux Tweet intempestifs de Donald Trump, incessants depuis son installation à la Maison Blanche, il y a huit mois. Mais il semble bien que la tempête soulevée depuis quatre jours soit en passe de créer une rupture irrémédiable entre le président des Etats-Unis et les valeurs fondamentales qu'il est censé incarner et défendre. L'affaire, on le sait, remonte au samedi 12 août. Ce jour-là, l'extrême droite américaine la plus activiste – suprémacistes blancs, néonazis, antisémites et membres du Ku Klux Klan, nombre d'entre eux lourdement armés – avait décidé, après plusieurs rassemblements ces derniers mois, de faire une démonstration de force à Charlottesville (Virginie). Le prétexte était la défense de la statue de Robert E. Lee, chef militaire des sudistes durant la guerre de Sécession, que la municipalité a décidé de déboulonner. Mais pour cette " alt-right " raciste, encouragée par l'élection de Donald Trump, il s'agissait de se compter et de frapper les esprits. Après des affrontements violents avec les militants antiracistes, la démonstration s'est terminée de façon dramatique, un jeune manifestant d'extrême droite ayant foncé avec sa voiture dans la foule, tuant une jeune femme et blessant gravement une vingtaine de personnes.

La réaction du président américain, comme souvent erratique et imprévisible, menace désormais de cristalliser contre lui une indignation qui dépasse largement le camp de ses opposants politiques. Dès le lendemain des affrontements de Charlottesville, Donald Trump a renvoyé dos à dos les deux camps, condamnant de la manière la plus ferme " cette énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence venant, a-t-il martelé, de diverses parties ".

Devant le malaise et l'indignation provoqués par cette déclaration, le président américain a semblé changer d'attitude. Lundi 14  août, la Maison Blanche rendait publique une déclaration assurant que sa condamnation de la veille incluait " bien sûr, les suprémacistes blancs, le Ku Klux Klan, les néonazis et tous les groupes extrémistes ". Mais le naturel est revenu au -galop, mardi.

Comme exaspéré par les multiples commentaires jugeant sa réaction tardive et ambiguë, M. Trump a réitéré son premier jugement. Depuis sa Trump Tower new-yorkaise, il a réaffirmé qu'il y avait eu, à Charlottesville, " des torts des deux côtés ", mettant sur le même plan l'extrême droite et une extrême gauche (une " alt left " inventée pour l'occasion) " très, très violente ". L'un des responsables du Ku Klux Klan n'a pas tardé à saluer cette condamnation des " terroristes de gauche ", tandis que plusieurs responsables des républicains, et jusqu'au chef des marines, dénonçaient ce nouveau revirement. Car la faille est profonde. En établissant une équivalence entre les mouvements antiracistes et une extrême droite pure et dure (qui l'avait ostensiblement soutenu durant sa campagne et dont il avait déjà tardé, à l'époque, à se démarquer), Donald Trump assume une transgression sans précédent. Il a été élu à l'instinct, en rupture avec l'histoire des Etats-Unis et en guerre contre la " bien-pensance ", surfant sur les mauvais démons d'une Amérique blanche hérissée par sa transformation en une nation multiculturelle. Il entend, à l'évidence, user des mêmes ressorts pour gouverner le pays. Pour le meilleur, veut-il croire. Pour le pire, hélas.»

 

Éditorial du 22 août : Le Venezuela s’enfonce dans la dictature.

« Le coup d'Etat institutionnel mené par Nicolas Maduro, le président vénézuélien, est désormais parachevé. Vendredi 18 août, l'Assemblée constituante, qu'il a fait élire le 30 juillet malgré le boycott de l'opposition et hors de tout cadre ou calendrier institutionnels, s'est arrogé, sans surprise, la plupart des pouvoirs législatifs normalement dévolus au Parlement dominé par ses adversaires politiques depuis leur victoire aux législatives de décembre 2015. La tentative par la Cour suprême, aux mains des chavistes, de priver le Parlement – et donc l'opposition – de ses pouvoirs a déclenché le vaste mouvement de protestation qui, depuis début avril, a été réprimé dans le sang par les forces de -sécurité. Plus de 120 manifestants ont déjà trouvé la mort. Le processus de destitution du président Maduro lancé au Parlement par l'opposition s'est retourné contre elle : Nicolas Maduro a usé de tous les moyens à sa disposition, y compris la force armée, pour briser la dynamique politique qui menaçait de l'emporter. Le coup de force de la Constituante chaviste est donc l'aboutissement d'une longue crise, mais pas son dernier acte. Si l'héritier d'Hugo Chavez a désormais tous les pouvoirs en main, y compris la justice depuis le limogeage de la procureure générale, une chaviste devenue trop critique, le Venezuela lui a échappé depuis longtemps. Depuis, en fait, que les cours du pétrole ont chuté, en 2015, plongeant les comptes du pays dans le rouge. Tout au long des années 2000, Hugo Chavez, théoricien d'une " révolution bolivarienne " soutenue par Cuba, a distribué sans compter l'argent du pétrole à sa clientèle électorale. Il a aussi largement rétribué ses généraux, dont certains trempent dans le trafic de drogue international. Pendant ce temps, l'appareil productif est tombé en ruine. Lorsque la manne pétrolière s'est tarie, l'économie du pays, déjà mal en point, a plongé. L'inflation a explosé et les pénuries sont devenues insupportables. Le système de santé s'est effondré. L'insécurité s'est largement amplifiée, faisant de Caracas l'une des métropoles les plus dangereuses du monde.

Alors que des pans entiers des classes populaires, touchées de plein fouet par la crise, ont commencé à se détourner du pouvoir, l'opposition, longtemps revancharde et factieuse, a su s'unir et choisir la voie des urnes. En vain. Trop d'intérêts, semble-t-il, sont en jeu pour que Nicolas Maduro et l'aile dure du chavisme, y compris dans l'armée, acceptent une alternance. Le Venezuela, démocratie imparfaite et populiste sous Hugo Chavez, a glissé vers la dictature. Plus de 2 millions de Vénézuéliens ont fui leur pays depuis l'avènement du chavisme. Et l'exode s'accélère.

L'Organisation des Etats américains n'a pas ménagé ses critiques envers le pouvoir à Caracas ; le Mercosur, l'organisation économique sud-américaine, a suspendu le Venezuela. La crise vénézuélienne, cependant, est à présent trop grave pour rester une affaire strictement régionale. Les Nations unies et l'Union européenne doivent peser et faire pression sur le régime Maduro pour convaincre ceux qui le soutiennent encore qu'il est dans l'impasse. Les Etats-Unis, pour leur part, feraient mieux de s'abstenir de toute démarche unilatérale, telle que la menace de " l'option militaire " récemment brandie par le président Trump, sous peine d'offrir sur un plateau à Nicolas Maduro un nouveau souffle inespéré contre " l'impérialisme yankee "..»

 

Éditorial du 29 août : Continuité à haut risque en Angola.

« A première vue, c'est le scénario politique rêvé sur un continent, l'Afrique, à la gouvernance notoirement troublée : un autocrate qui quitte volontairement le pouvoir au terme de trente-huit ans de règne, un successeur installé avec une majorité confortable (65 % des voix) sans être outrancière, une campagne électorale ouverte, du moins en apparence, à l'opposition, un pays reconstruit grâce à la manne pétrolière après des décennies de guerre civile. C'est l'image que le président sortant, José Eduardo dos Santos, aimerait que l'on retienne de l'Angola qu'il lègue à son successeur désigné, Joao Lourenço, un général à la retraite formé en Union soviétique, à l'issue des élections du 23 août. La réalité, malheureusement, est moins convaincante. S'il a décidé de se retirer à 74 ans pour raisons de santé, M. dos Santos ne disparaît pas pour autant du paysage politique. Il garde la présidence du tout-puissant Mouvement populaire pour la libération de l'Angola, le parti-Etat qui distribue la richesse et les postes, dans le secteur public comme dans le secteur privé. Il conserve la haute main sur l'appareil sécuritaire, grâce à une loi adoptée avant son départ empêchant son successeur de remplacer les dirigeants des organes de sécurité nommés pour huit ans. Et surtout, il reste influent dans les secteurs-clés de l'économie contrôlés par ses enfants, notamment sa fille, et ses proches.

Le principal défi auquel va être confronté son successeur est, précisément, celui de l'économie. Après avoir bénéficié de la hausse providentielle des cours du brut au moment où le pays sortait de la guerre, l'Angola, deuxième producteur de pétrole africain derrière le Nigeria, a pâti de la chute tout aussi vertigineuse de ses prix. La croissance du PIB, qui a atteint 23 % dans les années 2000, dépasse péniblement 1 % aujourd'hui. La spectaculaire ascension de Luanda, la capitale, où les Chinois ont fait sortir de terre gratte-ciel et autoroutes à une vitesse impressionnante, a tout du mirage. Le deal " infrastructures contre pétrole " ayant perdu son lustre, les Chinois rentrent chez eux, aussi peu soucieux de leur héritage que les Cubains qui occupaient l'Angola pendant la guerre froide. Quant à la diversification de l'économie, elle est restée au stade de l'utopie. A ceux qui cherchent une illustration de la malédiction du pétrole, l'Angola fournit un cas d'école.Les pétrodollars ont essentiellement profité au clan proche du pouvoir, enrichi par la corruption. La population, elle, est restée spectatrice de l'expansion, depuis les immenses bidonvilles qui bordent les villes : 70 % des Angolais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Encore contenu, le mécontentement populaire s'est cependant exprimé pendant la campagne électorale ; si le nouveau chef de l'Etat angolais ne parvient pas à faire redémarrer l'économie, l'explosion sociale face aux inégalités et à l'indigence des services publics pourrait bien constituer son second défi.

Enfin, l'Angola ne peut oublier que son grand voisin, la République démocratique du Congo, est en train de sombrer dans le chaos. La violence du conflit dans les provinces du Kasaï s'est déjà traduite par l'afflux de 30 000 réfugiés dans le nord de l'Angola. Les Occidentaux attendent de Luanda, puissance régionale, qu'il contribue à la solution de cette crise. Homme de la continuité sans avoir le charisme de son prédécesseur, Joao Laurençou hérite aussi de la face cachée du boom angolais..»

 

Liste complémentaire :

Editorial du 3 août : La pétaudière du président Trump

Editorial du 13 août : La rhétorique contre-productive de Donald Trump

Editorial du15 août : Sombres nuages sur le Brexit.

Editorial du 18 août : Au Sahel la crainte d’une guerre sans fin.

Editorial du 19 août : La tragique litanie djihadiste.

Editorial du 20 août : L’implacable emprise de Pékin sur Hongkong

Editorial du 23 août : Afghanistan, Donald Trump cède aux généraux. .

Editorial du 24 août : Migrants l’horreur du verrou libyen.

Editorial du 30 août : Le Sahel, une question européenne.

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