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Presse aidant..... Ainsi allait le Monde en septembre 2016

3 Octobre 2016 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Voici ma traditionnelle revue mensuelle des éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’. Comme tous les mois je propose quatre articles entiers plus les liens pour quelques autres éditoriaux intéressants.

 

Editorial du 4 septembre: Au Gabon, un scrutin à recompter.  

« Normalement, le million et demi d'habitants du Gabon devraient vivre dans la richesse, santé et emploi garantis. Ce petit État d'Afrique centrale est l'une des grandes puissances pétrolières du continent – une sorte de Koweït africain. Mais les deux tiers des Gabonais vivent dans la pauvreté. Au fond, ce qu'il y a de plus tragique en ce lendemain d'élection présidentielle au Gabon, c'est cet arrière-plan politico-économique : la permanence d'un " système " qui entretient la misère.

Et sans doute faut-il attribuer une partie de la colère qui s'est emparée de nombre de Gabonais à l'issue de l'élection présidentielle du samedi 27 août à un sentiment d'impuissance face à un état de fait qui ne devrait pas être. La violence des manifestations et des combats de rue de ces quatre derniers jours à Libreville, la capitale, dépasse la seule contestation des résultats du scrutin. Elle témoigne d'un gros coup de ras-le-bol. L'élection mettait en lice deux caciques du régime. D'un côté, Ali Bongo Ondimba, 57 ans, fils d'Omar Bongo, qui " dirigea " le pays quarante ans durant. M. Bongo Ondimba, élu une première fois en 2009, avait déjà vu ce résultat assez largement contesté. En face, son ancien beau-frère, plusieurs fois ministre du temps du président Omar Bongo, Jean Ping, 73 ans, décidé à en finir avec la dynastie régnante. Quelque 700 000 électeurs ont voté le 27 août, sous haute surveillance internationale. Mercredi soir, les résultats officiels donnaient la victoire à M. Bongo Ondimba : 49,80 % des voix, contre 48,23 % à son adversaire.

Score immédiatement contesté par l'opposition qui réclame un recomptage des votes et dont nombre de partisans sont descendus dans la rue. Emeutes, pillages, affrontements avec les forces de l'ordre, incendie partiel de l'Assemblée nationale, cinq morts au moins et des centaines d'interpellations : Libreville vit dans le chaos. Le QG de M. Ping est cerné par des troupes, qui retiennent en otage une bonne partie des dirigeants de l'opposition. Nombre d'observateurs internationaux s'étonnent de la façon dont le scrutin s'est déroulé dans le fief de la famille Bongo. Il y a matière à contestation. Longtemps complice du "système" de prévarication et de corruption qui tient lieu de gouvernance à Libreville, la France s'est cette fois alignée sur la position de l'Union européenne : il faut republier les résultats, bureau par bureau. Le Conseil de sécurité de l'ONU a fait part de sa " profonde préoccupation ". M. Bongo Ondimba – qui, durant sept ans, a été assez largement incapable de rompre avec le " système " – ne veut rien entendre.

Que faire ? L'Union européenne se défie de toute ingérence directe. Elle aimerait que les organisations régionales, notamment l'Organisation africaine, fassent pression sur M. Bongo Ondimba et imposent ce recomptage des votes. Mais l'Organisation, au nom du sacro-saint principe de souveraineté, semble s'y refuser. Solidarité mal comprise entre dirigeants africains ? C'est pourtant à eux qu'il revient de jouer franchement le jeu de la démocratie, de savoir quitter le pouvoir, d'interrompre ces lignées dynastiques – particulièrement en Afrique centrale – dans lesquelles une population africaine, jeune, urbaine et dynamique ne peut pas se reconnaître. Un vrai homme d'État se juge à son aptitude à céder la direction de l'État, justement. La longévité au pouvoir est le signe d'une " mal gouvernance " synonyme de corruption.»

 

Editorial du 13 septembre septembre : Corée du Nord, l'impasse.

« Provocations, sanctions… L'enchaînement se poursuit avec une désespérante régularité. On peut débattre des capacités nucléaires et balistiques nord-coréennes et tonner, à juste titre, contre un régime tyrannique. Un fait est là : la République populaire démocratique de Corée (RPDC) s'est dotée d'armes atomiques et progresse dans la miniaturisation des ogives et la portée de ses missiles. Le test auquel Pyongyang a procédé, vendredi 9 septembre, est la plus forte et la plus aboutie des explosions nucléaires réalisées par la Corée du Nord depuis 2006.

Force est de constater que la politique dite de " patience stratégique " des Etats-Unis et, dans leur sillage, de leurs alliés, a eu des effets contraires aux objectifs poursuivis. Elle a conduit à une dégradation de la situation sécuritaire en Asie orientale. La crise nord-coréenne est l'une des plus durables impasses internationales de ce début du XXIe siècle. Il n'y a pas de solution militaire. Une attaque préventive de la RPDC par les Etats-Unis entraînerait une riposte au coût inacceptable en termes de perte de vies humaines en Corée du Sud, où sont, par ailleurs, stationnés 24 000 soldats américains. Une attaque américaine ne serait pas tolérée par la Chine.

Reste la diplomatie, mais, là aussi, c'est l'impasse. La crise s'inscrit dans un jeu complexe d'intérêts géopolitiques entre la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, le Japon et la Russie. Tous condamnent les ambitions de Pyongyang mais divergent sur la stratégie à l'égard de la RPDC et s'opposent sur des questions bilatérales. Les principaux protagonistes, Chine et Etats-Unis, n'ont pas les mêmes priorités : Washington n'a qu'un objectif – l'élimination du risque nucléaire nord-coréen –, tandis que Pékin est plus préoccupé par un effondrement du régime de Pyongyang. Pour la Chine, le problème nucléaire est d'abord une question bilatérale entre les Etats-Unis et la RPDC.

Pékin entretient des relations houleuses avec les deux alliés des Etats-Unis dans la région : le Japon et la Corée du Sud. La droitisation de Tokyo sous le gouvernement de Shinzo Abe, qui élude la question du passé militariste du Japon, ne facilite pas les choses. Avec la Corée du Sud, les désaccords territoriaux sur la souveraineté d'îlots de mer de Chine ne favorisent guère une collaboration. La Chine bat froid la Corée du Sud pour avoir accepté le déploiement de batteries antimissiles américaines sur son territoire. Moscou est sur la même ligne.

Il est trop tard pour forcer la RPDC à renoncer à ses armes, estime William Perry, ancien secrétaire à la défense de Bill Clinton. La reprise d'un dialogue n'est pas impossible, si Washington ne fait plus du renoncement à l'arme nucléaire une condition préalable à toute négociation. La RPDC ne refuse pas des pourparlers sur la dénucléarisation, mais elle entend que ceux-ci portent sur toute la péninsule et non pas seulement sur son armement nucléaire, et que soit mise sur le tapis la protection nucléaire américaine de la Corée du Sud. Un point de vue que partage la Chine, qui refuse de faire pression sur les Nord-Coréens.

Pyongyang exige, en outre, que la question nucléaire soit envisagée dans le cadre de négociations en vue de la signature d'un traité de paix (qui n'a jamais suivi l'armistice de 1953) entre les deux Corées. Une -réduction de l'état de belligérance dans la péninsule serait un premier pas vers un règlement de la question nucléaire nord-coréenne..» 

 
Editorial du 24 septembre : en Syrie un terrible jeu de dupe

« Des sources crédibles font état de près de 500 000 morts. Le nombre de blessés dépasse les 2  millions. Sur les 22 millions de Syriens, pas moins de la moitié sont considérés comme des " personnes déplacées ", à l'intérieur ou à l'étranger. Des villes de plus de 100 000 habitants ont été rasées dans les bombardements. Le flot des malheureux qui fuient les combats autour de la deuxième agglomération du pays, Alep, ne tarit pas. Les images sont cauchemardesques : celles de parents, nouveau-nés dans les bras, émergeant des décombres des dernières frappes aériennes. Les camps de réfugiés aux frontières débordent, en Jordanie comme en Turquie : la machine à fabriquer les djihadistes de demain tourne à plein.

On s'épargnera les adjectifs censés provoquer l'indignation ou le désespoir. Ils ne servent à rien. Cinq ans déjà que la Syrie est dans la guerre. Elle y reste. Des tonnes de bombes, de barils d'explosifs lestés de clous, d'obus chargés au chlore vont continuer à tomber sur des villes assiégées – tuant, aveuglant, mutilant, arrachant la peau, les yeux, la vie. On n'attendait pas grand-chose des conversations sur la Syrie à l'occasion de la réunion d'automne de l'Assemblée générale de l'ONU. On a été servi au-delà de toute espérance. Américains et Russes, qui " parrainent " ces pourparlers, ont constaté l'échec du cessez-le-feu qu'ils avaient conclu le 9 septembre. Il a tenu moins de dix jours. Un précédent -arrêt des combats négocié en février avait duré près de deux mois. On régresse.

Américains et Russes s'invectivent sur la responsabilité des uns et des autres dans la reprise des combats. Les premiers prétendaient avoir assez d'influence sur le Qatar, l'Arabie saoudite, voire la Turquie, pour qu'ils cessent d'appuyer et isolent les factions djihadistes au sein de la rébellion syrienne. Il n'est pas sûr que Washington s'en donne vraiment les moyens. Les Russes, eux, devenus le bras armé aérien du régime de Bachar Al-Assad, qu'appuie au sol une immense soldatesque de mercenaires iraniens, libanais, irakiens et afghans, promettent de faire pression sur Damas. -Hypocrisie : les Russes ne peuvent pas ignorer que la " stratégie " de Bachar Al-Assad est de reconquérir l'ensemble du pays par la guerre – quitte à créer des géné-rations de djihadistes dans une partie de la population, ce qui est le cadet des soucis de Damas.

Les guerres syriennes ne se réduisent pas à un affrontement binaire entre, d'un côté, Damas, et, de l'autre, les formations djihadistes. Elles sont multiples. L'Iran veut garder et conforter son point d'appui dans le monde arabe qu'est la Syrie. Le Hezbollah libanais veut rester en Syrie, lui aussi, pour développer au besoin un deuxième front contre Israël. Les milices afghanes et irakiennes, chiites, obéissent à Téhéran. La Turquie, maintenant présente sur le terrain, combat les Kurdes. Saoudiens et Qataris entendent, par rébellions islamistes interposées, contenir la poussée de l'Iran au Machrek. Esprits simples et clairs, bienvenue au Moyen-Orient.

L'action combinée des Etats-Unis et de la Russie reste l'unique chemin pour arriver à un arrêt des combats en Syrie, avant d'envisager un front commun contre les djihadistes. Mais il faut que Moscou et Washington affrontent au préalable, l'un et l'autre, leurs protégés locaux, pour les forcer à respecter un cessez-le-feu. Il en va de leur crédibilité dans cette affaire. Et de la vie des Syriens. »

 

Editorial du 28 septembre :  Clinton-Trump, l'exprérience face à l'incohérence .

«  On l'avait vue vaciller, prise de malaise, le 11  septembre. Deux semaines plus tard, c'est une candidate démocrate en pleine forme, visiblement -totalement rétablie, qui a affronté Donald Trump, lundi soir 26  septembre, pour le premier de trois débats présidentiels programmés à la télévision d'ici au 8  novembre, jour de l'élection.

A l'aune des critères classiques du combat électoral, Hillary Clinton a remporté ce premier duel haut la main. Contrairement à son adversaire républicain, ce débat, elle l'avait préparé sur le fond. C'est dans sa nature : Hillary Clinton travaille, elle connaît ses dossiers, et c'est plutôt rassurant. " Oui, j'ai préparé ce débat, et vous savez à quoi d'autre je me suis préparée ? A être présidente ", a-t-elle rétorqué à Donald Trump. Sur les trois grands volets débattus (économie et emploi, relations raciales, sécurité nationale) la candidate démocrate a opposé à la description par M. Trump d'une " Amérique qui perd ", ruinée par deux mandats Obama, une vision résolument positive et réaliste.

L'ex-secrétaire d'Etat est aussi apparue volontiers caustique, plus offensive face à la gouaille de l'homme d'affaires, n'hésitant pas à l'attaquer frontalement, notamment sur son refus de publier ses feuilles d'impôt. La meilleure défense étant l'attaque, Mme Clinton a marqué des points sur ce terrain ; elle a même réussi à faire oublier sa propre vulnérabilité sur l'affaire gênante de ses e-mails au département d'Etat et à placer M. Trump plus d'une fois sur la défensive.

Toute la question, bien sûr, est de savoir si les critères classiques du combat électoral fonctionnent dans cette campagne 2016 hors norme. Les derniers sondages avant le débat donnaient les deux candidatsau coude-à-coude : il est donc crucial pour Hillary Clinton, à six semaines du vote, de gagner des voix dans le camp des indécis, encore estimé à près de 20 % de l'électorat. Mais la rationalité et l'expérience peuvent-elles encore influer sur le choix des électeurs indécis ? Compte tenu du climat de défiance et de colère populaire qui règne sur cette campagne, rien n'est moins sûr.

Ce débat a pourtant permis aux deux candidats de formuler assez clairement le choix qu'ils offrent aux Américains. M.  Trump affirme pouvoir préserver l'emploi par une baisse massive de l'impôt sur les sociétés et des mesures protectionnistes ; Mme Clinton, moins à l'aise sur ce terrain en raison de son soutien antérieur aux traités de libre-échange, considère que cela accroîtra dangereusement la dette. Sur la question des armes à feu, des femmes et des minorités ethniques, ils sont aux antipodes l'un de l'autre.

Les citoyens des pays alliés des Etats-Unis ne votent pas dans cette élection. C'est pourtant sur le dernier volet du débat, la sécurité nationale, que l'opposition entre Hillary Clinton et Donald Trump est la plus inquiétante, car elle nous concerne tous. Qu'il s'agisse du rôle de l'OTAN, de Vladimir Poutine, de la lutte contre l'organisation Etat islamique, du réchauffement climatique ou de l'arsenal nucléaire, les incohérences, l'ignorance et le manque d'expérience manifestés par Donald Trump sont indignes d'un candidat investi par le Parti républicain pour la présidence d'un pays qui est une superpuissance. Son adversaire démocrate a raison : Donald Trump " n'est pas qualifié pour devenir commandant en chef ". Le vote des électeurs américains, le 8  novembre, est tout aussi crucial pour le reste du monde. »

 

Editorial du 7 septembre : Climat: Pékin et Washington donnent l'exemple

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160907/html/1251465.html

 

Editorial du 17 septembre : Antonio Guterres, le bon candidat pour l'ONU

http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160917/html/1252683.html

 

Editorial du 20 septembre : Poutine vers un quatrième mandat. http://www.lemonde.fr/journalelectronique/donnees/protege/20160920/html/1252900.html

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