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Presse aidant.... Ainsi allait le Monde en Septembre 2017

1 Octobre 2017 , Rédigé par niduab

Parmi les éditoriaux traitant de géopolitique du journal ‘’Le Monde’’ voici les quatre articles que j’ai retenus comme étant les plus intéressants du mois de d’août. Je rappelle que l’éditorial du 5 septembre intitulé « Birmanie : l'icône face au drame des Rohingya » a été reporté en fin d’un récent billet « L’auréole ternie de la ‘’Lady’’ de Rangoon ».En fin de billet je fournis le titre d’autres éditoriaux très intéressants qui méritent aussi d’être lus.

 

Éditorial du 5 septembre : Pyongyang provoque Pékin et Washington.

« La route semble tracée. L'essai nucléaire auquel a procédé le régime nord-coréen, dimanche 3 septembre, montre la direction. D'ici à la prochaine décennie, la Corée du Nord, petit pays, pauvre, refermé sur lui-même et ses obsessions, devrait être une puissance nucléaire. Elle disposera de la panoplie complète : missiles intercontinentaux, têtes nucléaires et -maîtrise de l'ensemble. Le monde sera un peu plus dangereux.

Kim Jong-un, 33 ans, le numéro un du régime, a passé l'été à transmettre le message. Après quelques tirs de missiles, l'essai de dimanche – peut-être une bombe à hydrogène – marque une étape de plus dans la course de Pyongyang à l'arme absolue. Depuis 2003 et l'arrêt des pourparlers engagés par Washington au milieu des années 1990, rien n'a intimidé la Corée du Nord – ni les gesticulations militaires américaines, ni les sanctions économiques internationales, ni les attaques cybernétiques venues des Etats-Unis, ni les remontrances de la Chine. La Corée du Nord connaissait encore de terribles famines en 1990, mais elle soignait ses laboratoires…Kim a l'histoire pour lui. Jamais un pays se situant en dehors du cadre du régime de non-prolifération – la " légalité " onusienne dans ce domaine – et résolu à acquérir l'arme nucléaire n'a pu en être empêché. C'est vrai de l'Inde et du Pakistan. Ce devrait l'être demain pour la Corée du Nord (elle a quitté le traité de non-prolifération en 2003). Ce jour-là, le régime de non-prolifération sera un peu plus ébranlé. Au XXIe siècle, le club des puissances nucléaires pourrait s'agrandir.

Dernier de la dynastie des Kim, élevé en partie en Suisse, le mystérieux jeune homme à la tête de la Corée du Nord (25 millions d'habitants) ne  bluffe pas. Il veut que son pays soit reconnu en tant que puissance nucléaire. C'est pour lui la garantie qu'il ne sera pas renversé. Il pérennise un régime dictatorial cruel mais dépositaire d'une partie d'un nationalisme coréen forgé pendant la guerre et qu'entretient la propagande officielle. Kim s'adresse aux Etats-Unis, l'ennemi de la guerre froide et le pays qui, en 2003, a classé la Corée du Nord dans l'" axe du Mal ". Mais il s'adresse aussi à la Chine. L'essai de dimanche a eu lieu au moment où le président Xi Jinping inaugurait le sommet des BRICS, les grandes économies émergentes. Kim voudrait que Pékin fasse pression sur Washington pour admettre la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire.

Les Etats-Unis n'ont cessé de changer de stratégie face à la Corée du Nord. La rupture des négociations en 2003 n'a eu d'autre effet que d'accélérer la course de Pyongyang vers le nucléaire. Donald Trump manie des menaces apocalyptiques peu crédibles, pendant que son équipe maintient que la voie diplomatique reste ouverte. Autant de signaux confus et inefficaces. La Chine, dont la Corée du Nord dépend pour sa survie économique, a été complaisante, sinon complice. La perspective de ce voisin incontrôlable équipé de l'arme nucléaire ne lui plaît pas. Mais celle d'imaginer un effondrement du régime de Pyongyang, entraînant une réunification de la péninsule coréenne sous l'égide d'une Corée du Sud alliée militaire des Etats-Unis, encore moins. La Chine accepte trop facilement le risque Kim.

Seul un front uni sino-américain semble capable, sinon d'empêcher que Pyongyang se dote de l'arme nucléaire, du moins d'en contenir les effets déstabilisateurs. Trump et Xi sont comptables de la question –coréenne »

 

Éditorial du 6 septembre : Le Cambodge sur le chemin de la dictature.

« Il y a quelque chose de particulièrement cruel dans ce qui arrive au Cambodge. Déjà l'un des plus pauvres du monde, ce petit pays, traumatisé par le génocide perpétré par les Khmers rouges, est chaque année davantage soumis au pouvoir d'un seul homme. Il aspirait à la démocratie. Il tourne à l'autocratie, comme le montre le coup de force perpétré cet été contre l'opposition. Le premier ministre, Hun Sen, n'entend pas perdre le pouvoir qu'il occupe depuis trente-deux ans. A moins d'un an des élections, prévues en juillet 2018, il muselle les voix critiques et ne veut rien laisser au hasard. Il est vrai que cet ancien commandant du groupe totalitaire et génocidaire des -Khmers rouges, aujourd'hui à la tête d'un Parti du peuple cambodgien (PPC) qui -monopolise le pouvoir, n'a jamais été un parangon de démocratie. En 2013, l'opposition avait boycotté l'ouverture de la législature pour protester contre un scrutin qu'elle jugeait truqué et qui avait permis au PPC une courte victoire. Hun Sen, déjà, lassait une partie de la population, notamment la jeunesse. Il craint cette fois que la nouvelle génération n'en vienne à choisir massivement l'alternance. Il a cherché l'apaisement avec l'opposition, mais cela n'a pas duré.

Kem Sokha, le chef de la principale formation d'opposition, a été arrêté avec ses gardes du corps à son domicile, dans la nuit du samedi 2 au dimanche 3 septembre. Le gouvernement lui reproche d'avoir dit, à la télévision, il y a quatre ans, qu'il recevait le soutien des Etats-Unis pour former une opposition démocratique. Le voilà accusé de trahison et d'espionnage. M.  Kem a pris la tête du Parti du sauvetage national du Cambodge en mars, alors que le pouvoir s'apprêtait à interdire à un individu condamné de diriger une formation politique.

Au même moment, les autorités s'en prennent à la presse encore libre. Après vingt-quatre ans de bons et loyaux services, le journal Cambodia Daily a été -contraint de fermer et a publié sa dernière édition lundi. Les nombreuses radios du pays qui retransmettent les programmes d'information en khmer de Radio Free Asia et de Voice of America, toutes deux financées par Washington, ont été suspendues quelques jours plus tôt. Phnom Penh a beau jeu de dénoncer les leçons de morale de Washington. Le Cambodge ne se soucie guère des réactions américaines : il reçoit chaque année une importante aide économique de la Chine. La République populaire obtient, en retour, un alignement du Cambodge sur ses oppositions dans les domaines qui intéressent Pékin. C'est ainsi que le Cambodge est devenu l'un des plus gros obstacles à la formation d'un front uni des pays d'Asie du Sud-Est face aux revendications croissantes de Pékin en mer de Chine méridionale.

Ce soutien et la croissance économique rapide du pays (7 % en 2016) permettent à Hun Sen de s'affranchir des exigences de ses autres donateurs – qu'il s'agisse des Etats-Unis ou de la France. Les accords de Paris, qui, en 1991, mettaient le pays sur les rails de la démocratie, après quatre années de génocide par les Khmers rouges et une décennie d'occupation vietnamienne, ne sont plus qu'un " vulgaire bout de papier ", regrette le leader d'opposition en exil, Sam Rainsy. Le dernier titre qu'a pu se permettre le Cambodia Daily résumait parfaitement la dérive actuelle du royaume khmer. " Descente en pleine dictature ", proclamait, lundi, sa manchette en forme de baroud d'honneur. »

 

Éditorial du 21 septembre : Trump rabaisse l'ONU

« Pour son premier discours à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, mardi 19 septembre, Donald Trump n'a pas déçu. Ni ses électeurs, que la promesse de toujours placer " l'Amérique d'abord " aura confortés, ni ses détracteurs, effarés par la brutalité et l'agressivité du discours du président des Etats-Unis, première puissance militaire mondiale, menaçant de " destruction totale " un Etat voyou, la Corée du Nord, -devant une institution dont la raison d'être est la résolution des conflits.

Dans la forme, ce discours est une sorte de long Tweet trumpien, simpliste, vulgaire et incohérent, émaillé de quelques for-mules-chocs pour dénoncer les " missions-suicides " de " régimes dépravés " et autres " dictatures corrompues ". M. Trump a été si fier de sa référence à la chanson d'Elton John, Rocket Man, employée quelques jours plus tôt sur son fil Twitter à propos du dictateur nord-coréen, qu'il a jugé bon de la reprendre mardi, confondant tribune de l'ONU et émission de télé-réalité. Le mot choisi pour critiquer l'accord sur le nucléaire iranien promu par son prédécesseur, Barack Obama, " embarrassant ", disqualifie comme quasiment honteux l'un des plus grands efforts diplomatiques multilatéraux de ces dernières années.

Dans sa substance, la tirade de Donald Trump n'est guère plus rassurante. C'est la version de politique étrangère de son discours d'investiture du 20 janvier : le principe de base du chef de l'exécutif américain pour les relations internationales est la souveraineté nationale pour tous, autre variante du chacun pour soi. Donald Trump tourne ainsi le dos non seulement à des accords multilatéraux considérés comme cruciaux par la communauté internationale, tels que l'accord de Paris sur le climat ou l'accord sur le nucléaire iranien, mais aussi à une longue tradition américaine d'engagement et de leadership sur la scène internationale.

On cherche en vain dans ce discours des références positives aux droits de l'homme ou aux valeurs humanistes. Le président Trump renoue avec le concept d'" axe du Mal " rendu célèbre par l'un de ses prédécesseurs, George W. Bush, en vitupérant contre les régimes nord-coréen, iranien et vénézuélien, mais sans offrir l'ombre d'une perspective de solution. On peine à trouver dans ce discours, au-delà de l'idéologie nationaliste qui le sous-tend, l'esquisse d'une ligne politique claire, une stratégie internationale cohérente digne d'un pays comme les Etats-Unis. La " politique de réalisme de principe " évoquée par M. Trump sonne désespérément creux, à côté des menaces que font peser la perspective d'un retrait américain de l'accord avec l'Iran ou une guerre avec Pyongyang.

La mine sombre affichée par le secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, et sa représentante à l'ONU, Nikki Haley, pendant le discours de leur président trahissait peut-être la consternation des diplomates américains devant de telles postures. C'est là une autre des incohérences de la politique étrangère américaine depuis neuf mois. Pour le reste de la communauté internationale, ce discours est un terrible défi. Et tout particulièrement pour l'Europe, alliée et partenaire privilégiée des Etats-Unis, aujourd'hui à front renversé avec Washington sur de multiples dossiers : climat, Iran, multilatéralisme. Le discours du président Emmanuel Macron, deux heures plus tard, a été à cet égard d'une contradiction éclatante. Le partenariat euro-atlantique perd de son sens. »

 

Éditorial du 25 septembre : Merkel, un quatrième mandat à hauts risques

« Une Union CDU/CSU affaiblie, un parti social-démocrate KO, une extrême droite montante, l'Allemagne est à son tour entrée dans une zone de turbulences, dimanche 24  septembre, à l'occasion des élections législatives. Certes, Angela Merkel sera à la tête du prochain gouvernement allemand, mais nul ne peut dire aujourd'hui, pas même la principale intéressée, avec quel parti elle gouvernera.

Les électeurs ayant clairement sanctionné les trois partis sortants – l'Union CDU/CSU et le SPD –, le plus logique serait une alliance entre l'Union CDU/CSU, arrivée malgré tout très nettement en tête, et deux partis qui tirent plutôt bien leur épingle du jeu : les libéraux du FDP, qui font leur grand retour au Bundestag, et les Verts, qui sauvent les meubles. Problème : ces deux derniers partis ont été élus avec des programmes antagonistes sur trois questions-clés : l'Europe, la fiscalité et la politique énergétique. Les négociations vont être d'autant plus difficiles que la CSU, qui a réalisé son plus mauvais score depuis 1949, ne va faire aucun cadeau à Angela Merkel, alors que les Bavarois sont appelés aux urnes dès 2018.

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) ne va évidemment pas participer à ces négociations, mais son succès sera dans tous les esprits. Il y a deux façons, non contradictoires, d'analyser son entrée au Bundestag. On ne peut, certes, que s'inquiéter de voir une nouvelle fois un parti national-populiste séduire un nombre important d'électeurs. Mais ce succès est aussi le signe que l'Allemagne s'est normalisée. Comme dans les autres pays européens, on peut voter en Allemagne pour un parti d'extrême droite sans être nazi. Il revient aux autres formations de combattre l'AfD sans relâche – mais sans se tromper d'arguments.

Pour l'Europe, et singulièrement pour la France d'Emmanuel Macron, ces élections sont une mauvaise nouvelle. D'abord parce que l'Allemagne va entrer dans un long tunnel de négociations qui, sans doute, durant plusieurs mois, va la mettre aux abonnés absents. Comme en  2013, l'Union européenne va tourner au ralenti. Cela sera d'autant plus vrai que les questions qui vont être au cœur de la négociation – migrants, fiscalité, politique énergétique – vont être traitées sur des bases nationales et non pas européennes. Surtout, il est probable que, à la fin de ces négociations, les Allemands se mettent d'accord sur le dos des autres Européens.

En raison du score de l'AfD, mais aussi des libéraux, il paraît hors de question que l'Allemagne soit davantage prête à se montrer solidaire des autres Européens qu'aujourd'hui. Par leur vote du 24  septembre, les Allemands ont indiqué qu'ils souhaitaient, certes, que Mme Merkel continue de diriger le pays, mais aussi qu'ils n'entendaient pas lui confier un chèque en blanc, ni sur l'accueil des réfugiés ni sur les questions européennes.

" Celui qui sous-estime Angela Merkel a déjà perdu ", dit Horst Seehofer, président de la CSU bavaroise. On ne peut exclure que cette superbe tacticienne s'impose une fois de plus sur la scène tant allemande qu'européenne. Mais il n'est pas non plus impossible qu'elle sorte affaiblie des négociations à venir, que sonleadership s'étiole et que ce quatrième mandat prenne des allures crépusculaires. Avant et depuis son élection, Emmanuel Macron n'a cessé de dire aux Allemands : " J'ai besoin de vous. " Demain, la réponse d'Angela Merkel pourrait bien être : " Moi aussi. "»

 

Liste complémentaire :

Editorial du 9 septembre : Climat : la terrible inconséquence américaine.

Editorial du 13 septembre : Entre Madrid et Barcelone, faire entendre la raison

Editorial du15 septembre : Des ambitions réalistes pour l'Europe.

Editorial du 16 septembre : La Turquie, malgré Erdogan

Editorial du 18 septembre: Trump menace l'accord sur le nucléaire iranien.

Editorial du 20 septembre: Allemagne : une campagne trop atone.

Editorial du 21 septembre: Trump rabaisse l’ONU.

Editorial du 24 septembre : Kurdes : du bon usage du référendum.

Editorial du 28 septembre : Au japon des élections sur fond de menaces.

Editorial du 30 septembre : En Catalogne un référendum pour rien.

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