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Blog à part …. Mais que Marianne était jolie…

23 Novembre 2017 , Rédigé par niduab Publié dans #Blog à part

Non, malgré le titre je ne fais pas un billet sur  la magnifique chanson de Michel Delpech, qui méritait d’être rappelée, mais pour évoquer les symboles que Marianne représente : la liberté, la révolution, la République, la France…..C’est en mettant un peu d’ordre, pour ne pas parler de tri, dans ma documentation que j’ai retrouvé un hors-série du magazine « Marianne » d’octobre 2015 consacré aux grands textes de la République :  de Platon à Jean François Khan en passant par Rousseau, Condorcet,  Clémenceau , Jaurès, Blum, Mendes France, De Gaulle,….etc … que de beaux et grands textes ; un véritable trésor, ce hors-série qui bien évidemment a évité la poubelle papiers pour reprendre sa place dans mon conservatoire de mezzanine. Parmi tous les beaux textes c’est celui de Maurice Aguilhon «  Marianne, les visages de la République » qui m’a le plus particulièrement touché et que j’avais envie de présenter.

Maurice Agulhon, né en 1926 à Uzès et décédé en 2014 à Brignoles était un historien spécialiste de l'histoire contemporaine de la France des XIXe et XXe siècles. Il fut professeur au Collège de France de 1986 à 1997. Maurice Agulhon devint au fil du temps l'un des plus grands spécialistes des institutions de la République et de la symbolique du pouvoir républicain. Il fut aussi un citoyen politiquement engagé à gauche.  (source Wikipedia.)

Le texte publié dans  le magazine Marianne est extrait du livre « Marianne, les visages de la République » publié chez Gallimard en 1992 et cosigné par Maurice Agulhon et Pierre Bonte. Je ne connais pas ce petit livre de 128 pages mais je ne serais pas étonné qu’il se présente sous la forme d’un dialogue entre l’historien  et le journaliste et animateur à la radio et à la télévision d’émissions dont « Bonjour Monsieur le Maire » et, qui plus est, collectionneur d’effigies et représentations diverses de Marianne, notamment les bustes exposés dans les mairies. (source Wikipedia.)

Dernière précisions : j’ai du, aussi, raccourcir légèrement quelques paragraphes du texte publié.

 

Une Féminité héritée de l’Antique.

« La vieille monarchie n’est pas encore renversée, mais partout déferlent les images symboliques de cette grande idée : certaines représentent un arbre autour duquel on danse, d’autres un joug jeté à terre et brisé. Mais, plus souvent, l’image est celle d’une femme, drapée à l’antique et portant un bonnet phrygien. C’est la vieille tradition gréco-latine de l’allégorie, depuis longtemps codifiée à l’usage des artistes : mettre des corps humains pour représenter des choses abstraites ou lointaines […].

La liberté s'énonce au féminin, en latin et en français, et le genre grammatical entraîne naturellement le sexe et à l'allégorie […]. Marianne est féminine parce qu’elle signifie "République" ou "France en République" parce que ces mots sont féminins et parce que, dans la culture européenne reçue de l’antique, les valeurs abstraites prennent le genre de leur nom. »

La Révolution choisit la Liberté pour emblème.

« Afin que nos emblèmes circulant sur le globe présentassent à tous les peuples les images chéries de la liberté et la fierté républicaine… »  . La Convention fait sienne la proposition de l’abbé Grégoire. C’est la décision fameuse de 25 septembre 1792 : le nouveau sceau de l’État sera une "figure de la liberté" c'est-à-dire une femme avec un bonnet phrygien. Ainsi, à l’heure de sa fondation, la République française, née de 1792, emprunte son image caractéristique à la liberté abstraite venue de la lointaine Rome.

Cela ne va pas toujours sans quelques difficultés. Quand un graveur veut représenter à la fois la République et la liberté, laquelle des deux doit avoir le bonnet sur la tête ?  Après des années de péripéties, le résultat est clair à l’issue de la décennie révolutionnaire, la femme à bonnet phrygien glisse de la définition d’idée universelle de la liberté à celle de la République française, où le politique et le territorial en viennent à s’associer [….]. »

Une chanson occitane donne un prénom à la République.

« Pendant ce temps, en Languedoc, les badauds s’apostrophent familièrement d’un " Comment va Marianne ? " Pour demander comment vont les affaires du temps de la Révolution, le régime en place. Si ces propos sont rapportés en français dans le rapport de la police qui les signale sporadiquement, ils sont en fait tenus en occitan. C’est en effet à l’automne de 1792 qu’apparait pour la première fois le nom de Marianne au sens de la République ou de la France en Révolution.

D’où vient donc ce fait de langage populaire ? Du succès d’une chanson. Bon patriote, le chansonnier d’expression occitane Guillaume Lavabre, un cordonnier protestant de Puylaurens, dans le Tarn, fait imprimer une chanson intitulée la Garisou de Marianno […].

Mais pourquoi ce prénom-ci plutôt qu’un autre ? Deux suppositions prévalent. L’une consiste à lire dans Marianne la contraction de Marie-Anne. Doublement lié à  la vénération de la Vierge Marie (dont Sainte Anne était la mère), ce prénom est extrêmement répandu au XVIIIe siècle. C’est même le plus commun des prénoms doubles à composante mariale dans la région méridionale  du Massif central où Mariano est écrit. Très populaire car c’est le peuple qui porte des prénoms de tradition pieuse tandis que les aristocrates et les bourgeois aiment à se distinguer par des prénoms recherchés,  il peut, par la même, bien convenir à l’idée d’une Révolution issue du peuple et lui voulant du bien. […].

Consulat, Premier Empire, Restauration, monarchie de Juillet, Second Empire : de 1800 à 1870, la République disparaît et Marianne entre dans l’opposition. La IIe République ne l’a ramenée au pouvoir que pendant quatre ans. Pourtant, c’est durant ces périodes d’opposition ou de brève action que la République acquiert définitivement tous ses emblèmes, son prénom et ses deux visages, l’un légaliste et l’autre combattant […].

Avec la révolution de 1848, la République redevient le régime officiel de la France. Il faut remplacer les emblèmes et effigies du roi et l’on recourt à nouveau à l’allégorie féminine. Le gouvernement provisoire ne se contente pas de solliciter des artistes de la création d’un nouveau sceau pour l’État et de nouveaux types monétaires : il met aussi au concours entre peintres et des sculpteurs, la création d’une "figure de la République"[…]. »

 Bonnet rouge ou couronne de laurier ?

C‘est elle qui inspire donc les nouveaux choix d’emblèmes officiels. La République de Soitoux ne porte pas le bonnet phrygien mais une couronne de laurier surmontée d’une étoile ; le nouveau sceau de l’État, conçu et gravé par Barre, est une république assise, coiffée d’une sorte de diadème en rayons de soleil, qu’on peut toujours voir sur les ponceaux des notaires. Sur les nouvelles pièces de monnaie, elle porte une couronne ou une étoile. Et le premier timbre-poste s’orne d’une République couronnée d’épis de blé, ce qui lui vaut le titre, bien connu encore aujourd’hui des philatélistes, de timbre à la "Céres" , du nom de la déesse romaine des moissons. Mais il s’agit moins d’un choix positif pour honorer l’agriculture que d’un choix négatif pour éviter le bonnet rouge.

En revanche, dans le camp des républicains convaincus, qui sont dans l’opposition entre 1849 et 1851, en attendant d’être proscrits ou emprisonnés par le coup d’États du 2 décembre, c’est la République à bonnet rouge qui règne ; celle qu’on trouve dans la littérature "démocratique et sociale" semi-clandestine qui diffuse le colportage , ou sur les affiches naïvement coloriées dont les "rouges" comme on les appelle désormais, ornent leurs lieux confidentiels en réunion […].

En 1870, la république, qui renait définitivement, possède à la fois sa panoplie d’emblèmes, son prénom et ses deux faces. Elle retrouve naturellement la conjoncture de 1848 : l’extrême gauche radicale et révolutionnaire, qui se soulève, instaure la Commune de Paris, lutte sous un déferlement de bonnets rouges, tandis que les plus modérés, futurs maîtres  de la IIIe République, couronne les bustes de sages lauriers. […]. »

Marianne reprend le pouvoir.

La IIIe République et surtout la période qui précède la Première Guerre mondiale, est la grande époque de l’affirmation républicaine par l’image. La République est alors un régime officiel et durable – ce qu’elle n’était pas avant – porteur d’enthousiasmes – ce qui sera moins évident après. Officiellement sur tous les emblèmes de l’État., officieusement dans les mairies, l’image de Marianne s’inscrit partout.

En hâte, après le 4 septembre 1870, il faut effacer la forme impériale qu’avait donnée (ou rendue) Napoléon III aux emblèmes officiels. On ressort donc les emblèmes républicains qui ont servi de 1848 à 1851 : le sceau de l’État avec la femme  assise à couronne solaire, le timbre-poste à la Cérès, les monnaies, où l’allégorie de la République, sous impulsion radicale et maçonnique, osent consacrer des têtes à bonnet phrygien comme type monétaire – la Semeuse, entre autres – ou philatélique. Le sceau reste inchangé […].

Parvenue au pouvoir, Marianne connait des destinées contradictoires. Représentant la République, qui est désormais l’État, elle est à la limite, l’emblème de la France. Mais le souvenir des luttes et des ambitions que la République a inspirées en fait aussi un support de ferveur. Dans certains domiciles privés, son image fonctionne comme un objet de piété d’un nouveau genre ; et sur certaines places publiques, elle est le signe de reconnaissance des pays "rouges" [….].

La IIIe République est à la fois la grande époque de la République triomphante et l’un des régimes les plus critiqués de l’histoire de la France. En établissant, en 1881, la liberté de la presse, elle ouvre les vannes à toutes les caricatures de son image symbolique. Marianne toujours icône pour les uns, se voit rendre par d’autres les miroirs déformants de la furie desséchée ou de la mégère obèse [….]. Toutefois la caricature confirme d’abord que la France s’identifie à Marianne  […].

Mort et résurrection dans la France occupée.  

Sous Vichy, Marianne entre dans la Résistance. La République est expressément abolie – le régime de vichy s’intitule État français – son effigie en femme tombe en disgrâce. Sur les timbres, le profil du maréchal Pétain remplace celui de Marianne […].Le principal résultat de cette "mariannophobie" vichyssoise est, par choc en retour, de donner à la République et à son image une sorte de bain de jouvence. L’iconographie de la France libre, celle de la résistance et, plus encore à partir d’août 1944, les élans expressifs et symboliques de la libération voient réapparaître Marianne sur les supports légaux traditionnels, tandis qu’un certain courant de sculpture, de peinture, ou de dessin de presse traduit une ferveur renouvelée. Et, comme Vichy a été à la fois, en politique, complice de l’occupant étranger, et, en politique intérieure, fauteur de réaction, Marianne s’identifie doublement à la France républicaine. République–République française–France : cette ambivalence née sous la IIIe République se confirme ici.

Gaullistes et antigaulliste se disputent l’icône.

Dans la crise issue du 13 mai d’Alger, et qui voit, avec le retour du général de Gaulle, se fonder la Ve République, Marianne est une combattante assez sollicitée. Les adversaires du Général, autour de Pierre Mendes-France, tentent de lui opposer une vieille tradition de la République,  allergique au pouvoir personnel, Marianne contre le militaire factieux, comme du temps de Bonaparte et de Boulanger. Mais le Général et ceux des siens qui ont été nourris dans la gauche affirment énergiquement que la République est dans leur camp, rajeunie, mais non anoblie, et ils usent tout aussi largement de ses symboles. Depuis cette date, le mot "république" figure dans tous les langages de parti, à droite, au centre, à gauche, dans une confusion ou des contestations de vocabulaire qui ne sont sans doute pas près de cesser […]. 

De la déesse à la star.

La popularité de l’effigie féminine n’est pas moindre, mais elle s’éloigne de la symbolique politique. En 1969, le dessinateur et sculpteur Aslan s’amuse à sculpter le buste de femme à bonnet phrygien avec les traits bien reconnaissables, et le torse à peine voilé, de l’actrice de cinéma Brigitte Bardot […]. Avec Bardot, il ne s’agit plus guère, évidemment de politique. Et moins encore avec ses émules (dont la succession de plus en plus rapide, et d’initiative toute privée, tend à faire de ces mariannes starisées –ou pour mieux dire de ces stars mariannisées – une sorte de palmarès ou de remise des Oscars de la notoriété féminine. Marianne sort du champ de l’institutionnel. Pour entrer dans quel autre ? Mythologie nationale ? Folklore national ? Inconscient de la personnalité nationale ? Ce débat conduit hors de l’histoire politique : la bataille d’images ouverte  il y a deux siècles en contrepoint de la bataille idéologique peut-être considérée comme achevée. Dans la phase médiatique de l’histoire présente de Marianne, un rôle dominant se trouve joué par une société commerciale spécialisée dans la fourniture de services aux mairies. Ce n’est pas par hasard ! C’est au contraire une juste intuition de la liaison privilégiée établit par l’histoire entre le buste familier et l’institution de base de démocratie politique. "Bonjour, Monsieur le Maire"  est un écho lointain mais direct du "Vive la liberté" de 1792. Entre les temps les plus emphatiques de l’époque la plus familière, Marianne, comme la République, s’est incorporée à l’identité culturelle de la France.

 

Autres informations trouvées par internet, notamment sur Wikipédia :

Selon certains le premier modèle de Marianne vers 1792  aurait été Anne Marie épouse de Jean François Reubell de Colmar. Lors d'une réception chez eux, Paul Barras aurait prononcé à propos du prénom de l’hôtesse « votre prénom sied à la République autant qu’il sied à vous-même »

 La République a été matérialisée par M. de Lamartine, lors de l’assemblée constituante de 1848. Il a fait irruption, alors que les pairs de France, réunis, cherchaient leur modèle. C’est donc le buste de Marianne de Lamartine, érudite, artiste, anglaise, muse et épouse du poète restée à Milly qui a donné pour la première fois son buste, sans lequel Alphonse ne voyageait pas.

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