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Presse aidant .................... Droit d'asile et immigration

22 Février 2018 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Hier le ministre de l'intérieur présentait en Conseil des ministres son projet de loi sur le droit d'asile et l'immigration; un projet qui pose problème y compris pour une partie de la majorité. Peut-être y aura t-il quelques modifications lors de son examen à l'Assemblée nationale : du moins je l'espère. Voici quelques éléments de réflexion que j'ai trouvé dans la presse d'aujourd'hui, d'abord l'éditorial du journal « Le Monde » et puis le point de vue d’un professeur-chercheur dans le journal « Les Echos ».

Je terminerai ce billet   rapportant une lettre ouverte parue dans «  Le Monde » il y a un peu plus d'un mois.  Une lettre politiquement  importante de par son contenu, mais aussi par ses signataires et surtout son  destinataire puisqu'il s'agit du Président de la République.

 

« Éditorial du Monde Asile et immigration : un projet déséquilibré

 Le gouvernement aura fort à faire pour apaiser le débat sur sa politique en matière d'immigration et d'asile. Le projet de loi présenté, mercredi 21 février, par le ministre de l'intérieur, Gérard -Collomb, ne suscite pas seulement, pour la première fois depuis le début de la législature, interrogations et réticences dans la majorité. Il déclenche contre lui le feu croisé de toutes les oppositions. Les droites le jugent trop timoré, les gauches trop musclé. Et les associations qui assurent l'essentiel de la prise en charge des réfugiés déplorent que ce projet manque au devoir élémentaire d'accueil humanitaire de la France.

Face à cette salve de critiques, le gouvernement fait bloc et fait front. Depuis des mois, le président de la République martèle, comme le 16 janvier à Calais, que la France doit " garantir un accueil digne et humain " et donner à tous les demandeurs d'asile " une réponse rapide ", mais qu'elle doit également, sans états d'âme, reconduire dans leur pays ceux qui ne sont pas admis. Quant au ministre de l'intérieur, il défend le caractère " totalement équilibré " de son projet, seul capable d'assurer " une immigration maîtrisée  et un droit d'asile effectif ".

Or, c'est bien là que le bât blesse, tant il est clair que la balance n'est pas égale entre humanité et fermeté. Certes, le gouvernement peut mettre en avant quelques mesures destinées à améliorer la situation des demandeurs ou des bénéficiaires de l'asile : réduction de la durée des procédures d'instruction des dossiers ; carte de séjour de quatre ans (au lieu d'un an) pour les demandeurs agréés ; réunification des familles des mineurs réfugiés étendue aux frères et sœurs ; amélioration du statut des étudiants étrangers, des chercheurs ou de travailleurs hautement qualifiés. En outre, le rapport opportunément, remis le 19  février au premier ministre par le député Aurélien Taché (La République en marche), pour favoriser l'intégration des étrangers arrivant en France, offre au gouvernement un ensemble de mesures dans lequel il pourrait puiser pour calmer les inquiétudes de sa majorité lors du débat parlementaire.

Mais le centre de gravité du projet gouvernemental se situe, à l'évidence, du côté de la fermeté. En effet, plusieurs mesures-clés ont pour but de dissuader les demandeurs d'asile, de les débouter et de les expulser. Pour s'en tenir à l'essentiel : le délai de recours en cas de rejet de la demande d'asile est ramené d'un mois à quinze jours, et ce recours ne sera plus automatiquement suspensif quand les demandeurs viennent de pays " sûrs " ou présentent une menace à l'ordre public ; la durée de rétention administrative d'étrangers déboutés dans l'attente de leur renvoi dans leur pays d'origine sera portée de quarante-cinq jours à trois, voire quatre mois ; enfin, la durée de retenue administrative, de garde à vue en quelque sorte, pour vérifier le titre de séjour d'un étranger passera de seize à vingt-quatre heures.

Le gouvernement espère ainsi se prémunir contre le procès en laxisme que lui font la droite et l'extrême droite. En outre, il sait qu'il répond aux attentes d'une opinion publique majoritairement favorable à plus de fermeté en matière d'immigration. Mais, ce faisant, il néglige cruellement deux principes fondamentaux : l'accueil des personnes en détresse (quasiment absent de son projet) et le respect de la dignité humaine. En la matière, le " en même temps " cher au président de la République n'est plus que de façade. »

 

« Pourquoi la France doit s’ouvrir aux étrangers : Point de vue de Frédéric Cherbonnier  professeur à Sciences Po Toulouse: Extraits.

Notre pays aurait intérêt à ouvrir davantage ses frontières aux migrants, afin de compenser un manque de main-d’œuvre et limiter le vieillissement de notre population, et cela pourrait se faire sans pénaliser les travailleurs en place.

On constate, en effet, dans de nombreux exemples passés que les flux migratoires n'ont pas d'effets négatifs sur le marché du travail. …[…]….  Différentes études  confirment que ces vagues migratoires ne se sont pas traduites par une hausse du chômage ou une baisse des salaires. Autrement dit, les migrants viennent surtout en complément de la population locale et apportent de la richesse, à condition, bien sûr, que le marché du travail soit suffisamment ouvert et flexible pour leur permettre de s'intégrer.

La pression politique peut cependant contraindre des gouvernements même modérés à durcir leur politique migratoire, de peur de donner les clefs du pouvoir à des mouvements populistes à l'instar de ce qui s'est passé lors de l'élection de Trump ou du Brexit. La radicalisation d'une partie de la population résulte en partie de la crainte, généralement infondée, d'être pénalisée sur le plan économique par les nouveaux arrivants, mais surtout par la peur de voir sa culture balayée par celle des migrants, peur là encore largement induite par de fausses idées - les Français pensent en moyenne que les musulmans représentent près du tiers de la population, alors que le chiffre correct est proche de 8%.

Hélas, il semble très difficile de modifier ces croyances.  Une étude récente montre même que rectifier les mensonges tenus par le Front national en la matière peut s'avérer contre-productif. ;.. [….]… Fournir les vraies informations n'éloignerait pas du vote extrême, bien au contraire. Tout se passe comme si les individus une fois émotionnellement remontés contre les migrants devenaient insensibles à la vérité des chiffres.

Faut-il en conclure que le durcissement de la politique migratoire constitue la seule réponse face à la montée des extrêmes, faute de pouvoir corriger chez nos concitoyens certaines croyances ? Heureusement, une autre voie est possible : confronter davantage la population à la réalité des migrants.

Apparu dans les années 1950 la théorie du « contact » considère qu'un rapport humain constitue la meilleure façon de réduire les préjugés. Bien sûr, un véritable contact est nécessaire pour éviter que la peur de l'autre ne l'emporte, et ce afin qu'une compréhension mutuelle s'établisse. Cela suppose de répartir au mieux les nouveaux arrivants sur notre territoire, de les accompagner avec une formation adaptée, en lien étroit avec la population locale.

 A cet égard, les propositions contenues dans le rapport du député Aurélien Taché  paru cette semaine constituent une piste à suivre, depuis le renforcement des cours de langue jusqu'aux mesures en faveur du logement, comme l'« hébergement citoyen » permettant aux particuliers qui le souhaitent d'accueillir un migrant. Et il serait bien utile d'analyser et de tirer tous les enseignements de l'insertion des réfugiés que le gouvernement français s'est engagé à accueillir depuis 2015 - un volume au demeurant bien dérisoire, environ 10.000 personnes par an, soit moins de 0.02 % de la population française.

Frédéric Cherbonnier est professeur à Sciences Po Toulouse et chercheur à Toulouse School of Economics.

 

 Et voici, pour finir, la lettre ouverte au président de la République signée par un collectif regroupant d’éminentes personnalités parmi  lesquels l’économiste Jean Pisani-Ferry et le directeur général de Terra Nova Thierry Pech, tous deux soutiens d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle. Mentionnons aussi Laurent Berger secrétaire général de la CFDT, Jean François Rial PDG du groupe Voyageaur du Monde et Lionel Zinsou, président de Terra Nova

 

« M. Macron, votre politique contredit l'humanisme que vous prônez !

 Monsieur le président de la République, de votre projet, nous  avions retenu que nous aurions une politique de l'asile stricte, mais exemplaire : que sous votre autorité la France veillerait à ce que le droit d'asile ne soit pas détourné de son objet, et que, dans le même temps, elle accorderait sa protection à celles et ceux qui sont légitimes à la demander.

Les Français pour qui la protection des persécutés ne fait qu'un avec la vocation historique de notre pays pensaient trouver là un motif de fierté. Ils accueillirent donc avec joie votre profession de foi " universaliste " à Orléans le 27  juillet 2017. Ils saluèrent votre promesse d'une France où plus personne ne dormirait " dans la rue, dans les bois " et où l'on ne chercherait plus à dissuader quiconque d'exercer son droit à la protection. Comme ils avaient salué, quelques mois plus tôt, votre coup de chapeau à l'Allemagne de Mme Merkel qui, disiez-vous alors, avait sauvé la " dignité collective " de l'Europe en accueillant plus de 1 million de réfugiés. Enfin, ils approuvèrent votre souci de raccourcir les délais de procédure des demandes d'asile. Bref, à leurs yeux comme aux nôtres, et dans une assez grande diversité de sensibilités, votre présidence se plaçait sous les auspices d'un humanisme responsable et assumé.

Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l'on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l'on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l'on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d'hébergement d'urgence, au risque de -décrédibiliser le travail des associations et au mépris du principe d'accueil inconditionnel qui devrait seul régir ces sanctuaires. Où des projets de loi permettront bientôt de priver de liberté pendant quatre-vingt-dix jours des femmes et des hommes dont beaucoup n'ont fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement du territoire. C'est ainsi que des Erythréens, des Soudanais ou des Syriens, humiliés dans leur pays, torturés en Libye, exploités par des passeurs criminels, terrorisés en Méditerranée et entrés en Europe par la Grèce ou l'Italie, pourraient bientôt être privés de liberté en France.

Que se passe-t-il donc ? Tout porte à croire que les artisans de ces initiatives suivent un raisonnement d'une glaçante simplicité : puisque vous leur avez fait obligation d'appliquer le droit d'asile à 100  %, ils n'ont de cesse de faire baisser la demande en cherchant à dissuader les candidats de venir sur notre sol, voire en les éloignant avant même qu'ils aient pu tenter de faire valoir leurs droits. Pour cela, les moyens ne manquent pas. Ainsi du désormais fameux " règlement de Dublin ", qui dispose qu'à l'exception de certaines situations familiales, c'est le pays d'entrée dans l'Union européenne qui a la responsabilité d'examiner les demandes d'asile. En vertu de ce texte qui était resté longtemps sans véritable application, un réfugié du Darfour entré en Europe par l'Italie sans y avoir demandé l'asile, devrait y être rapidement reconduit.

A ce compte-là, il n'y aurait plus de problème puisque l'écrasante majorité des demandeurs d'asile ne sont pas entrés en Europe par notre pays. Donc, 100  %, oui, mais de pas grand-chose si possible. Le malheur et la guerre grondent aux portes de notre continent, mais nous laisserions ainsi aux Italiens, aux Grecs et aux Espagnols qui n'en ont bien souvent ni les moyens ni le désir, le soin d'être les gardiens exclusifs de nos proclamations d'hospitalité.

Cette logique et les mesures réglementaires qui l'accompagnent ont leur cohérence. Mais nous ne pouvons nous y retrouver, pour au moins deux raisons. La première est qu'elle a de fortes chances de ne pas atteindre ses fins. Si demain des " équipes mobiles " font irruption dans les centres d'hébergement d'urgence pour y recenser les migrants illégaux et autres " dublinés ", ils sèmeront le désordre que vous souhaitiez précisément combattre. Car une bonne partie des intéressés iront alors vivre dans les bois et dans les rues, formant de nouveaux campements de fortune sur la voie publique, indisposant les riverains, révoltant les élus, etc. C'est là un bien mauvais calcul.

La seconde est que cette logique est en rupture avec l'humanisme que vous prônez. Pire, elle sème dans les esprits le poison du doute : après les centres d'hébergement d'urgence, les forces de l'ordre visiteront-elles demain les hôpitaux, les dispensaires, les écoles… sans se soucier du secret professionnel et de la déontologie des acteurs de terrain ? Telles sont les questions que se posent aujourd'hui des milliers de travailleurs sociaux et des centaines d'associations dont vous aurez besoin demain parce qu'ils sont bien souvent le dernier rempart contre le malheur et le dénuement, d'où qu'ils viennent.

Pour être fidèle à la lettre comme à l'esprit de votre projet, il importe donc de mettre un terme à ces doutes et de convaincre chacune et chacun que l'exécutif n'a pas un double langage : celui des tribunes et celui de la nuit, celui des professions de foi et celui des intimidations, celui de la générosité publique et celui du zèle bureaucratique. La recherche de l'équilibre est vertueuse, mais on ne peut pas en même temps vouloir et refuser, promettre et dissuader. On peut appliquer les critères de l'asile avec rigueur et promptitude, et le dire, mais on ne peut porter un réel effort d'accueil en offrant -simultanément tous les signes du rejet.

Si l'on veut véritablement protéger les persécutés parce qu'ils y ont droit, où qu'ils se trouvent, il convient de se partager cette mission avec ceux des pays européens qui se reconnaissent dans ces valeurs. Dublin a été conçu pour un monde qui n'existe pas ou qui n'existe plus, celui de demandes beaucoup moins nombreuses et géographiquement beaucoup moins concentrées. Face au grand vent de la crise migratoire, il faut bâtir avec ceux de nos partenaires qui y sont prêts un nouvel accord aux termes duquel un office européen des réfugiés accorderait ou refuserait l'asile, à la seule lumière du droit et en toute indépendance, puis répartirait équitablement les réfugiés entre les différents pays participants. Cette politique commune de l'asile, vous en aviez puissamment dessiné les contours durant la campagne, notamment dans votre discours de Berlin, en janvier  2017.

En attendant qu'un tel cadre soit mis sur pied, il faut s'efforcer d'" être à la hauteur de nos idéaux ", pour reprendre vos mots. Toute autre voie viendrait ajouter sa pierre au mur d'indifférence morale qui grandit un peu partout sur notre continent. »

 

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