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A livre ouvert......La Révolution de 1848 dans les Deux-Sèvres.

19 Mai 2018 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

Ce billet complète celui du 5 mai dernier, intitulé « 1848, la révolution oubliée et l’apprentissage de la république », qui décrit la chute de la monarchie de juillet et la   naissance de la IIe République ; une analyse qui présente  les évènements qui se sont déroulés pour l’essentiel à Paris et qu’il serait utile d’avoir lue avant. Ce nouvel article analyse donc  la situation en Deux-Sèvres, un département rural, économiquement peu développé et socialement marqué par l’héritage du passé,  avec notamment le nord du département, Gâtine et Bocage, fortement influencé par le clergé et la noblesse et le souvenir encore présent des guerres de Vendée et le sud marqué par l'influence du protestantisme. Les éléments rapportés sont tirés d’un petit mais très riche ouvrage de 120 pages publié en 1971 par la Société Historique des Deux Sèvres. Les phrases et paragraphes en bleu sont les extraits qui m'ont le plus marqué lors de la lecture.

 En 1847 il y avait quatre députés deux-sévriens à l’Assemblée  Nationale parmi  l’ensemble des 458 élus selon le suffrage censitaire. Aucun de ces députés deux-sévriens ne soutenait alors le ministère Guizot, même si deux d’entre eux, Tribert et Allard, avaient été élus en 1846 sous l’étiquette « orléaniste » ;  puis ils s’en étaient écartés en se situant à la frange entre les orléanistes ministériels et les républicains dans un groupe incertain  nommé «  La gauche dynastique »

- Nelzir Allard était âgé de 49 ans en 1847 ; ancien général, il était député de Parthenay depuis 1839 siégeant dans la majorité orléaniste jusqu’en 1846. 

- Pierre Louis Tribert était alors âgé de 66 ans. Après une carrière en sous-préfecture, notamment à Bressuire, il devenait député en 1829. Depuis 1846 il était membre du groupe  d’Odillon Barrot qui, en 1847, lança la campagne des banquets pour obtenir une réforme électorale ; des banquets très politisés qui débouchèrent sur la révolution de février 1848.

- Un troisième député, Marc Horace Demarçay qui avait 34 ans en 1847, était initialement sur la même ligne que les deux précédents lorsqu’il entra à l’assemblée en 1845 après le décès Pierre René Auguis  député de Melle. Demarçay fut réélu en 1846 et siégea alors en tant qu’opposant de gauche.

 - Il y avait aussi Désiré Maichain, alors  âgé de 38 ans, médecin et républicain engagé. Il fut donc en 1846 le seul à découvrir l’assemblée comme député de Niort  après avoir battu un candidat pro gouvernement. Maichain siégea immédiatement dans l’opposition étant  même référencé extrême gauche.

Le parcours politique de ces quatre députés, plus ou moins opposants au fil du temps, plus ou moins à gauche, montre bien qu’il se passait politiquement quelque chose dans ce département. Beaucoup de notables, hommes politiques, électeurs censitaires ou des travailleurs militants pour évoquer les premiers socialistes, attendaient ou rêvaient de réformes et ce d’autant plus que le pays était en crise économique en agriculture comme dans l’industrie.

La grande originalité politique des Deux-Sèvres, c’est l’existence d’un parti républicain qui est nombreux et assez bien organisé, non seulement à Niort mais dans presque toutes les petites villes du département, principalement celles de la plaine…[…]… En janvier 1846 nait la Chronique des deux Sèvres. Elle déclare combattre pour la réforme électorale…. Les principaux rédacteurs du journal, A. Baugier et J. Richard, étaient les chefs du parti républicain.

A noter aussi la naissance d’un mouvement clandestin spécifiquement socialiste notamment sur Niort, Melle et dans d'autres villes…. Mais le plus spectaculaire s’est passé à Mauzé où, en 1846 à l’occasion d’élections partielles, les socialistes devenaient majoritaires au conseil municipal obligeant le maire à démissionner à l’été 1847, et laissant place à un exécutif  provisoire validé par la nouvelle majorité municipale qui décidait aussi d’arborer le drapeau rouge.

  En début d'année 1848 la province était informée des évènements parisiens qui allaient provoquer la chute de la monarchie de juillet. Le télégraphe optique permettait d’atteindre les principales villes en quelques heures.

La nouvelle de la constitution d’un gouvernement républicain le 25 février surprend tout le monde  et le préfet Vernoy de Saint-Georges, en l’absence de toute autre nouvelle, se contente d’appeler la population à garder son calme. Deux jours plus tard, le succès des vainqueurs lui paraissant consolidé, il quittait Niort tout en ayant bien soin de proclamer son ralliement à la révolution…. [...] …Le 29 février au matin, Désiré Maichain dont la nomination comme commissaire provisoire, datée de la veille, et signée Ledru-Rollin, arrive à Niort où il est l’objet d’une manifestation enthousiaste de la part de ses administrés. Cette nomination soulage tous les républicains locaux qui craignaient voir arriver un fonctionnaire étranger au département. Dès le 2 mars, Maichain nomme une commission composée de trois membres : l’industriel Blot et les docteurs  Depierris et Fontant, laquelle prend en charge la direction des affaires.

Le souci essentiel de ces représentants locaux du gouvernement provisoire va être de "républicaniser" le pays. Ils savent que l’avenir du nouveau régime dépend en grande partie des modifications apportées au personnel non seulement des administrations centrales et communales, mais aussi des parquets, des justices de paix, voire des perceptions et des commissariats de police. A une époque où la grande masse rurale ignore tout de la politique, le rôle des agents du pouvoir peut être primordial. La proximité d’élections au suffrage universel rend l’épuration particulièrement urgente ; une arrière-pensée électorale présidera aux révocations ou aux maintiens en place. …[…]… Dirigé dès la fin février, par des républicains convaincus, le département des Deux-Sèvres procède lui-même à l’épuration de ses administrations sans tenir compte des instructions parisiennes. Menée par des hommes de loi et des bourgeois désireux de s’écarter le moins possible de la légalité, soucieux également de ne pas tolérer une excessive agitation populaire cette réorganisation obéit à des règles précises. Les républicains en effet font une grande différence entre le sud et le nord du département : et curieusement c’est dans le nord, en terres catholiques et conservatrices que la commission s’est montré la plus modérée ; Il n’y eut aucune révocation ou dissolution dans les mairies du bocage. Dans le sud, au contraire, terres majoritairement protestantes et de tradition plus progressistes, il y a plusieurs endroits ou l’attitude des autorités était douteuse, le maire est alors révoqué et remplacé tandis que le conseil municipal est le plus souvent conservé. Le cas le plus symbolique est Mauzé où la commission a révoqué Claude Durand le maire cabétiste (communiste)  et son adjoint  désignés quelques jours plus tôt pour en nommer un autre, pourtant pas moins marqué à gauche.

La date de l’élection des députés à l’Assemblée Constituante fut finalement fixée au 23 avril, la campagne pour cette première élection au scrutin universel  allait être de courte durée. Elle est aussi marquée par un grand nombre de  candidatures, 66 prétendants pour 8 sièges dévolus au département. (Il y en avait 4 dans la précédente assemblée qui avait 458 députés alors que la Constituante en aurait près du double.)

Tous les candidats en avril 1848 se réclament de la République, tant l’étiquette républicaine parait nécessaire au succès. Beaucoup vont jusqu’à souligner qu’ils étaient républicains avant la révolution ou, du moins, faisaient partie de l’opposition au ministère Guizot. L’adhésion générale au nouveau régime est en effet une des caractéristiques de la campagne électorale : chaleureuse chez les républicains de la veille, elle est plus nuancée dans les professions de foi des anciens partis monarchiques…. […] ….Comme ceux du reste de la France, les habitants des Deux-Sèvres ont pris très au sérieux leur devoir électoral : encadré par leur maire, leur curé, leur instituteur et les notables, les masses compactes de paysans viennent les 23 et 24 avril déposer, côte à côte avec les citadins, leur bulletin de vote dans l’urne au chef-lieu de canton…..

 Sur 90.578 inscrits dans le département, 78.211 électeurs votèrent soit une participation de 84 %. Cette participation est forte un peu partout et pourtant il est étonnant de constater que c’est dans le nord  du département qu’elle fut la plus élevée avec quasiment un score supérieur à 90% dans presque tous les cantons alors que dans le sud elle fut plus dispersée tout en restant supérieure à 75%. La position de l’église catholique faisant de ce vote un devoir de conscience explique, probablement, le résultat du nord. Pour ce qui concerne les territoires du sud les consignes des églises et du ministère de l'Intérieur à l'intention notamment des instituteurs et fonctionnaires furent peut-être moins suivies  et l'on peut aussi penser que les mesures de réorganisation administrative par la commission départementale n'ont pas fait que des heureux. Et puis on peut se poser des questions sur la validité des votes quand on sait que beaucoup d’électeurs quasiment analphabètes, notamment dans le milieu rural, ne pouvaient pas choisir et voter de façon autonome.

Les résultats proclamés le 29 avril attestent du triomphe de la liste républicaine avec 43.859 voix soit 48% des inscrits. La deuxième place revient à la liste des conservateurs dite de conciliation avec 19.889 voix soit 22% des inscrits. Trois autres listes qui, a priori, semblaient importantes se partagent le reste des suffrages : il s’agit de la liste club démocratique, d’une seconde liste conservatrice et d’une liste comité des ouvriers socialistes voire des candidatures confuses comme une liste d’extrême gauche qui obtint quelques voix à Mauzé.   

La carte des résultats est fort claire : le bocage bressuirais et dans une certaine mesure la Gâtine parthenaisienne ont voté à droite. Les autres régions ont voté massivement pour la gauche républicaine…. On relève toutefois que l’institution du suffrage universel n’a pas marqué la fin du règime des notables et cela aussi bien dans les anciens fiefs royalistes du nord que dans les territoires progressistes du sud….. Dans les Deux-Sèvres, comme partout en France, le scrutin du 23 avril constitue une victoire pour la république bourgeoise.

Les 8 candidats ayant obtenu le plus de voix qui allaient représenter le département à l’assemblée Constituante, étaient tous  issus de la liste républicaine. Il s’agit de  Maichain, Charles de Brelou, Demarçay, Baugier, Blot, Jules Richard, Chevallon et Boussi.  Tous ces nouveaux députés avaient été électeurs censitaires lors des précédents scrutins  et Maichin et Demarcay étaient des élus censitaires de la dernière assemblée de la Monarchie de juillet.

  Ce moment d’espoir, de renouveau se dissipa très vite, notamment avec l’aggravation de la crise économique et sociale. Le département comme beaucoup d’autres de l’ouest manquait de numéraires, problème auquel s’ajouta l’abondance des récoltes qui fit tomber au plus bas le prix des denrées, ce qui met le monde agricole dans une situation pécuniaire très précaire…. […]…  L’industrie eut aussi à souffrir de la pénurie de numéraires et du marasme commercial.

Les anciens partis royalistes sont les premiers à exploiter le mécontentement quasi général provoqué dans le pays par la crise économique. Leur tâche est grandement facilitée, il est vrai, par les maladresses des autorités républicaines.  De plus,  les journées de juin n’ont fait qu’accentuer le malentendu entre Paris et la province.

 

Au cours de l’été 1848 se succédèrent des élections : les municipales le 31 juillet puis la désignation des conseillers généraux le 27 août et enfin des conseillers d’arrondissement le 3 septembre.  En Deux-Sèvres le suffrage universel n’a guère bouleversé la composition des conseils municipaux : sur 354 maires en fonction en février 1848, 222 sont réélus, soit 62%, l’un des plus fort enregistrés alors en France….. […]…. La liste de conciliation présentée par le parti légitimiste remporte un franc succès…… Même à Niort qui était pourtant la seule ville à avoir eu un conseil en majorité républicain avant la révolution, n’y siégeaient plus après cette élection que 8 républicains modérés à côté de 10 notables légitimistes et 8 orléanistes…… Le nouveau préfet, Morin, arriva pourtant à faire nommer maire de Niort le républicain Giraud probablement dans le cadre d’un compromis entre les républicains modérés et les orléanistes.

Les désignations des conseillers généraux et des conseillers d’arrondissement eurent sensiblement le même résultat à savoir la réélection de la plupart des sortants et globalement le succès des partis de droite.

En résumé, ces élections locales sont un succès pour l’opinion conservatrice ou contre-révolutionnaire. Les déceptions, les peurs des derniers mois ont effacé l’enthousiasme né de la révolution. Par réaction, le suffrage universel vient consolider la puissance des notables, la grande propriété foncière retrouve une place prépondérante. Chose singulière, cette restauration du pouvoir local des notables les réconcilie  avec le suffrage universel……..

Les travaux de l'Assemblée Constituante permirent l'adoption de la  nouvelle constitution le 4 novembre 1848 par 739 voix favorables contre 30. Le point le plus important était que le Président de la République serait élu par le peuple (masculin) au suffrage universel. La date de l'élection fut fixée au 10 décembre  1848. La promulgation solennelle de la constitution fut faite le 21 novembre. Trois semaines de campagne officielle, peut être cinq semaines, du moins à Paris, par rapport à la date du vote de l'assemblée. Les candidats se sont déclarés immédiatement mais vu des Deux-Sèvres, seulement trois candidatures paraissaient digne d'intérêt : Cavaignac bien sûr, il était chef du gouvernement républicain et avait montré en juin qu'il était un homme d'ordre en n'hésitant pas à réprimer les révoltes ouvrières.

Ledru-Rollin ministre de l'intérieur de février à avril 1848, qui se posait en défenseur de la cause populaire totalement négligée par les républicains du National et qui était soutenu par le parti de la Montagne.

Louis-Napoléon Bonaparte, un nom très connu mais un personnage inconnu qui, jusque là révolution de février, vivait souvent hors de France (hormis un passage par la case prison). 

Et puis il y avait Lamartine, le stratège de février, qui n'est plus qu'un poète inconnu dans le milieu rural. Idem pour Arago ! Et puis Raspail vite référencé comme socialiste.

La courte campagne politique en Deux-Sèvres fut surtout orchestrée par  la presse de droite. L'écho de peuple tendance orléaniste  présente avec beaucoup de sympathie la candidature de Cavaignac, alors que L'Abeille légitimiste déployait une incontestable habileté dans l'orchestration de la campagne bonapartiste.

Les résultats du vote font apparaître une majorité massive pour Bonaparte avec 57.580 voix (83%) un résultat supérieur à la moyenne en France. Cavaignac avec 10.139 voix n'obtient que 14.7% des voix et Ledru-Rollin avec 750 voix  plafonne à 1% des voix. globalement la participation tout en restant d'un bon niveau est plus faible qu'en avril pour la Constituante : 73% contre 84%. Mais surtout l'abstention a changé de camp, elle s'est plus manifestée dans le nord et notamment dans les anciennes zones royalistes. Inversement le peuple du sud a plus participé au scrutin que le 23 avril. Il est aussi surprenant de constater que Cavaignac, candidat des républicains modérés, recueille moins de 5% des voix dans une douzaine de cantons du sud et que Bonaparte, bien que l'emportant un peu partout, fait ses scores les moins bons (moins de 50%) dans les fiefs royalistes du nord.

L'Assemblée Nationale fut renouvelée le 13 mai 1849. La participation fut encore en baisse avec 62% des inscrits en Deux Sèvres pour 68% pour l'ensemble de la France. Les résultats donnèrent une nette victoire du parti de l'ordre où siégèrent les sept députés élus, dont deux nobles, trois officiers ou anciens officiers dont le général Gourgaud un fidèle de l'empereur qui avait accompagné, un temps, Napoléon 1er à Sainte Hélène. Il y avait aussi deux avocats et un médecin. 

La révolution de février 1848 semblait bien loin !

 

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire l'ouvrage de Maurice Vinck et à préparer ce billet. J'ai beaucoup appris et j'ai choisi de reporter tels quels des  paragraphes de l'ouvrage. Le reste de l'article est aussi  en quelque sorte de la copie mais retranscrit à ma façon, du moins comme j'ai retenu cette  passionnante leçon d'Histoire. J'ai aussi puisé quelques informations pour certains députés sur internet.

En début de semaine je  suis allé au patrimoine  de Niort consulter des documents publiés par J. Garandeau dans "La République de 1848 en Deux Sèvres" (45p). J'ai ainsi pu apporter quelques minimes précisions à mon texte.

 

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