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Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.

31 Août 2018 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Pour ce billet de la rubrique « Presse aidant » je ne fais pas une revue de presse classique car les quatre  articles qui suivent sont tirés du journal Le Monde daté du 30 août. Dans cette édition j’ai trouvé les textes et avis qui répondaient complètement à mes interrogations quelques heures à peine après l’annonce de la démission du gouvernement de Nicolas Hulot. J’ai attendu 48 h pour faire mettre en ligne ce billet qui était prêt le soir même pour ne pas être accusé de favoritisme pour ce quotidien.

Éditorial: Le réquisitoire de l'ancien ministre

Spectaculaire dans le ton, inédite dans la forme, la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, annoncée en direct sur les ondes de France Inter, mardi 28 août, exprime d'abord un aveu d'échec de la part du ministre de la transition écologique et solidaire. Pas plus que ses douze prédécesseurs depuis vingt ans, il n'est parvenu à modifier en profondeur l'action de l'État face aux défis climatiques, environnementaux ou sanitaires du monde actuel. Indépendant et exigeant – trop anxieux et capricieux, disent déjà ses détracteurs –, il en tire la conséquence : il se retire en espérant, sans trop y croire, que ce geste provoquera un électrochoc et réveillera les consciences.

Mais cette décision singulière constitue surtout un revers cuisant pour le président de la république, qui plus est à l’orée d’une rentrée délicate. Au lendemain de son élection Emmanuel Macron avait réussi à convaincre cette personnalité atypique, symbole de l’engagement citoyen de ne plus se contenter de pouvoir d’influence qu’il exerçait depuis longtemps, mais de mettre son talent et sa notoriété au service de l’action gouvernementale. Par sa seule présence, son rang de ministre d’État et l’étendue de ses attributions, Nicolas Hulot apportait alors la garantie que la défense de la cause écologique ne restera plus un vain mot. Comme un boomerang, son départ quinze mois plus tard démontre que, pour une large part, c’était un vœu pieux.

C’est d’autant plus vrai que l’intéressé a justifié sa sortie dans des termes cinglants. Au-delà de l’hommage affectueux qu’il a rendu au chef de l’État, au premier ministre et à ses anciens collègues, à l’exception faite de celui de l’agriculture, c’est un véritable réquisitoire que M. Hulot à dressé contre la politique gouvernementale.

Avec trois griefs essentiels. D’abord, a-t-il plaidé, la politique des « petits pas » dans laquelle il a été cautionné, n’est pas à la hauteur des enjeux de cette « tragédie » climatique et environnementale qui menace la planète. «Avons-nous commencé à réduire nos émissions de gaz de serre ? Non. Avons-nous commencé à réduire l’utilisation de pesticides ? Non. A enrayer l’érosion de la biodiversité. Non.» a-t-il martelé.

A quoi s’ajoute « l’entêtement » des pouvoirs publics à préserver la filière nucléaire, « cette folie inutile ». Autant de sujets sur lesquels à l’évidence, l’ancien ministre n’a pas réussi à convaincre et a été contraint, au contraire, à de peu glorieux renoncements.

S’il apparaîtra pour le moins naïf à beaucoup, le deuxième grief n’est pas moins sérieux et sévère. Il concerne le poids exercé sur les décisions publiques par les lobbys de toutes sortes, qu’il s’agisse du nucléaire, des chasseurs, de l’agro-industrie…. La puissance de ces groupes d’intérêts, leur « présence dans les cercles du pouvoir » jusqu’au plus haut niveau a conduit M. Hulot à poser de rudes questions « C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? »

Mais plus encore, parce que cela touche directement le chef de l’État, responsable en dernier ressort, l’ancien ministre a pointé le grand écart qui existe à ses yeux entre les paroles et les actes, entre les déclarations flamboyantes et les arbitrages effectifs, entre une diplomatie environnementale offensive et ambitieuse et une politique nationale trop défensive et timorée. Avec ce mot terrible pour conclure : Nicolas Hulot ne voulait plus participer à « une forme de mystification »

Enfin le porte-voix de l’écologie a été au bout de ses convictions : comment affronter sérieusement les désordres planétaires si l’on « s’évertue à réanimer un modèle qui en est la cause » et si la dictature du court terme interdit de penser et de préparer les réorientation vitales à long terme, En clair peut-on être libéral pro-business et un écologiste pro-planète ? Cela revient à souligner les limites du « en même temps » macronien.

Nicolas Hulot reconnait qu’il n’a pas les réponses à ces questions. Il revient au chef de l’État à les trouver.

 

« La fin d’une aventure politique. » Article de Sophie Landrin, et Simon Roger.

« Éminence grise de plusieurs présidents, Nicolas Hulot a longtemps hésité à accepter un poste de ministre. Sans doute a-t-il mis un terme définitif à son expérience en politique. Nicolas Hulot, 63 ans, quitte le ministère de la transition écologique et solidaire un peu plus d'an après avoir gagné l'hôtel de Roquelaure. Un passage éclair pour ce militant écologiste qui longtemps hésita à  franchir le pas.

Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, avaient tenté en vain d'accrocher ce trophée au fronton de leur gouvernement. Si Nicolas Hulot a finalement accepté l'offre d'Emmanuel Macron en mai  2017, c'est qu'il y voyait " la dernière occasion " pour lui de construire " un nouveau modèle " de société plus durable. Combien de temps allait-il tenir ? Les doutes sur sa longévité ont surgi sitôt sa nomination. Une question de jours ou de mois, affirmait-on. Trop torturé, trop exigeant, trop impulsif, expliquaient ses amis comme ses détracteurs. Quinze mois ont emporté sa décision.

La politique et Nicolas Hulot, c'est une longue histoire d'attirance et de répulsion, d'envie et de blessure, d'engagement et de renoncement. L'ancien présentateur d'" Ushuaia " prend son bâton de pèlerin à la fin des années 1990. Ses voyages autour du monde pour ses émissions télévisées l'ont convaincu de la dégradation accélérée de l'environnement et de la nécessité d'alerter l'opinion publique et de mobiliser les responsables politiques.

Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.
Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.
Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.Presse aidant ....... La vacance de M.Hulot.

Au faîte de sa popularité, il commence à chuchoter à l'oreille du président Jacques Chirac. Ce dernier considère que Nicolas Hulot " est le seul qui sait de quoi il parle ". Lorsqu'il était maire de Paris, il a fait voter une subvention à la Fondation Ushuaia créée par l'ancien animateur en  1990. Les deux hommes qui se tutoient se rencontrent désormais régulièrement à l'Élysée les dimanches après-midi. -Nicolas Hulot accompagne le chef de l'État au Sommet de la Terre à  Johannesburg (Afrique du Sud), en  2002, où le président français met en garde les leaders mondiaux dans une fameuse formule inspirée par son -conseiller de l'ombre : " Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. "

Jacques Chirac lui propose alors le ministère de l'environnement. Nicolas Hulot a 47 ans. Il décline, trop attaché à son indépendance, à  sa liberté de parole. Mais il poursuit son dialogue et convainc le président d'inclure dans la -Constitution la charte de l'environnement en  2005.

En  2007, le militant est tenté d'aller plus loin et d'entrer dans la course à la présidentielle, puis -recule in extremis devant l'obstacle. Il laisse une empreinte en poussant tous les candidats, à l'exception de Jean-Marie Le Pen, à signer son " Pacte écologique ", une -initiative qui inspirera le futur Grenelle de l'environnement organisé par le ministre de l'environnement de Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Borloo.

Des regrets ? En  2011, il se décide et se porte candidat à la primaire organisée par les Verts en vue de la présidentielle de 2012. Sa campagne tourne au désastre. " Il pensait qu'il était prêt, racontait au Monde, en décembre  2014, l'eurodéputé Pascal Durand, l'un de ses proches. Mais il s'était seulement mis -d'accord avec lui-même. Il n'aime pas le conflit. Pendant la primaire, il n'a pas voulu taper sur ses adversaires, alors qu'en face ils ne s'en privaient pas. " Eva Joly, sa concurrente, rassemble près de 60  % des suffrages. Il sort de l'aventure défait et profondément meurtri.

Le perdant ne quitte pas tout à fait le monde politique. François Hollande, nouvellement élu, lui propose de rejoindre l'Élysée en  2012 au titre d'" envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète ", dans la perspective de la conférence -internationale sur le climat, la COP21, qui se tiendra près de Paris en décembre  2015.

Il raconte avoir mis un an à comprendre les codes du Château, des Nations unies, de la diplomatie, à trouver ses marques. Ce n'est pas son univers, il se sent un " ovni ", mais " cette mission, confie-t-il, était un instrument inespéré par rapport à mon engagement. J'avais une position assez inédite, avec un pied dehors et un pied dedans, dans l'ombre et dans la lumière, qui me permettait sans provoquer de miracle ou de révolution écologique de faire bouger les choses ".

Une " vraie relation de -confiance " s'est nouée entre -MM. Hulot et Hollande, témoigne Vincent Feltesse, qui occupait alors le poste de conseiller politique du président socialiste. Pour autant, le militant écologiste ne s'écartait jamais du cadre de la COP21, déclinant les propositions ministérielles de François Hollande et n'intervenant pas dans les autres dossiers, comme celui de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), qui faisait déjà -débat. Dès l'accord de Paris sur le climat conclu fin 2015, ce " grand brûlé de l'action politique ", selon Vincent Feltesse, reprend sa liberté, mais sans avoir été au bout de l'aventure politique.

La tentation de se porter personnellement candidat à la présidentielle de 2017 le taraude de nouveau et il organise autour de lui une task force, vouée à mobiliser la société civile sur son nom. Pourtant, face à l'âpreté de la bataille présidentielle à venir, il renonce brutalement, le 5  juillet 2016, à " endosser l'habit de l'homme providentiel et présidentiel ", laissant ses troupes dans le désarroi.

Ces tiraillements ont toujours accompagné, et brouillé, la réflexion politique de Nicolas Hulot." Lorsqu'il était envoyé spécial de François Hollande et qu'il recevait les ONG dans son bureau de l'hôtel de Marigny - qui jouxte l'Élysée -, on le sentait déjà mal à l'aise ", rapporte Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Reconnaissant la nécessité d'être au plus près du sommet de l'État pour espérer peser sur les -décisions mais supportant mal " la compromission " qui consistait à fréquenter les allées du pouvoir, interprète M.  Julliard.

Les mois passent et les regrets aussi pour cet " optimiste désespéré " qui avoue refaire, " chaque nuit, le procès de la veille ". Après le renoncement du président en exercice, François Hollande, le 1er  décembre 2016, il confie que la décision de ne pas concourir à l'élection présidentielle " est la plus lourde " de son existence. Son épouse, si réticente quelques mois plus tôt, l'incite à revoir sa décision. Mais le temps est trop court et Emmanuel Macron déjà trop installé dans le paysage.

Il sera donc ministre. A 62 ans, le néophyte découvre la dure réalité d'un ministère, le poids des lobbys et la difficulté à gagner des -arbitrages face à un chef de l'État et à un premier ministre qu'il n'a pas réussi à convertir à l'environnement. Quinze mois pour se convaincre qu'il redeviendrait plus utile en reprenant sa liberté. »

 

Dominique Simonnet : « Le mal-être de Hulot est un symbole »

Pour le cofondateur de Génération écologie, la sauvegarde de la planète ne fait toujours pas l'objet d'une vision générale et ambitieuse, quarante ans après la création du ministère.

 

« Comme une impression de déjà-vu : ce ministre amer, visage fermé, regard -affligé, mâchonnant ses regrets, qui classe soudain ses dossiers en avouant son impuissance : " Je me surprenais tous les jours à me résigner. " C'est donc cela, l'écologie en politique ? La même scène, la même lassitude, ces démissions et ces limogeages que l'actualité égrène au fil des gouvernements, cette désillusion récurrente, cette sensation de gâchis ? Les uns louent la persévérance et la sincérité de Nicolas Hulot – au fil des années, il a titillé bien des pouvoirs et contribué à d'incontestables avancées. Les autres critiquent sa versatilité et parfois sa naïveté – plus d'une fois, il s'est laissé berner par des Verts opportunistes dont il ne partageait pourtant pas la vision de la -société.

L'essentiel est ailleurs : ce n'est pas sa personnalité qui -interroge aujourd'hui. Mais sa fonction. A quoi sert un ministère de l'écologie, portefeuille que le premier détenteur, Robert -Poujade (1971-1974), qualifiait déjà de " ministère de l'impossible " ? N'est-il qu'une caution pour des gouvernements qui, quelle que soit leur couleur politique, ne -parviennent pas à se hausser à la hauteur des enjeux ?

Dans son mal-être, Nicolas -Hulot est un symbole. C'est d'abord celui d'un État qui, malgré l'ostentation volontariste d'Emmanuel Macron, a conservé en la matière les œillères d'autrefois et dont certains hauts fonctionnaires formés à l'ENA ou aux Ponts obéissent à des réflexes -désuets (l'obstination pour la -filière nucléaire et l'EPR en est un exemple), méprisent les urgences planétaires, qu'ils considèrent -irréalistes, et étouffent, par -conformisme ou arrogance, toute tentative de faire un pas de côté. C'est aussi le symbole de l'écologie elle-même, c'est-à-dire d'une culture, d'une prise de conscience, d'un sentiment d'urgence, d'un rêve peut-être, qui, depuis quarante ans, peine à trouver les bons moyens d'action et se noie dans la politique.

En  1972, à Stockholm, lors de la première conférence des Nations unies sur l'environnement, de jeunes visionnaires poussaient le cri de naissance de l'écologisme : " Nous n'avons qu'une seule Terre ! " Cette petite Planète bleue, on venait tout juste de la découvrir dans son intégralité depuis la Lune, grâce à Neil Armstrong et Buzz Aldrin. Eblouis par sa beauté et sa fragilité, les premiers écologistes posèrent les questions de la postmodernité, celles du développement et de la mondialisation : comment concilier croissance économique et préservation des ressources limitées ? Comment accorder mondialisation et enracinement local ? Comment garantir à la fois le bien commun et la -liberté de chacun ?

Traduire ces questions en politique, cela impliquait de bousculer le clivage droite-gauche et de -recomposer la scène démocratique. Les écologistes l'ont tenté. Ils ont échoué. Pis : en ancrant l'écologie à l'extrême gauche, le parti vert l'a décrédibilisée et marginalisée. Curieusement, c'est Emmanuel Macron, un homme tombé du ciel, qui a renversé l'échiquier. L'occasion était belle pour que la conscience écologique puisse -enfin sortir de sa gangue partisane et s'épanouir. C'était, croyait-on, l'ambition du candidat. La mésaventure de Nicolas Hulot le prouve, l'écologie n'est pas mieux lotie qu'avant.

Par nature, l'écologie bien -comprise est transversale, elle touche à tout : énergie, transports, agriculture, équipement, emploi, santé, éducation… Autre difficulté : elle se décline à tous les niveaux, et pas seulement national. Or l'État français, trop centralisé, n'est pas toujours le mieux placé. A l'évidence, le réchauffement climatique est un enjeu mondial ; la transition énergétique, en revanche, a besoin d'une plus petite échelle : l'énergie -solaire, par exemple, se prête mieux à des initiatives régionales, départementales, voire intercommunales. Une vraie politique écologique doit casser les frontières, des partis comme des cabinets. Et son ministre se voit -contraint d'empiéter sur le jardin des voisins, voué au mieux au compromis, au pis au conflit.

" Impossible ", donc, ce ministère ? Faut-il le renforcer, en lui confiant la tutelle de plus gros dossiers, l'énergie, les transports et l'équipement ? Faut-il le supprimer en disséminant l'écologie dans tous les ministères pour plus d'efficacité ? Une chose est sûre : une vraie politique écologique sera globale ou ne sera pas. Elle doit imprégner toute l'action gouvernementale et irriguer tous les domaines. Elle doit donc s'inscrire dans une vision élyséenne, faire l'objet d'une pédagogie soutenue et sans doute se concrétiser par une grande ambition nationale mobilisatrice.

Aujourd'hui, l'État français est en retard sur l'opinion publique. A l'heure où la planète surchauffe, où Donald Trump -engage son pays dans une régression environnementale dramatique, la France peut encore jouer un rôle moteur. C'est à leur compréhension des enjeux planétaires que l'Histoire jugera les présidents du troisième millénaire. Emmanuel Macron n'a qu'un choix : s'appliquer à lui-même le défi qu'il lançait l'an dernier à Donald Trump : " Make our planet great again. " Ou condamner son prochain ministre à la même impuissance que Nicolas Hulot et le voir " se surprendre tous les jours à se résigner ". »

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