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Presse aidant…… Les années élyséennes de François Hollande disséquées

8 Novembre 2018 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

Après plusieurs mois de travail et l'audition des principaux acteurs, la Fondation Jean-Jaurès publie le bilan de la période 2012-2017   

« Il pourrait être singulièrement masochiste, pour des sociaux-démocrates assumés, de dresser le bilan d'un président socialiste dont le mandat s'est terminé par une déroute électorale. La Fondation Jean-Jaurès (FJJ) a évité cet écueil : l'inventaire qu'elle vient de dresser du quinquennat de François Hollande ne cède pas à l'auto-flagellation  et pas davantage à l'acrimonie ou à la complaisance.

Cet exercice clinique inédit a été mené pendant plusieurs mois au sein d'une huitaine de séminaires thématiques consacrés à tous les aspects de la politique gouvernementale. Il a mobilisé plus de soixante chercheurs, analystes mais aussi des acteurs de premier plan de cette période (parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, Bernard Cazeneuve, Benoît Hamon, Pierre Moscovici, Laurent Berger, Jean-Christophe Cambadélis, Myriam El Khomri, Marisol Touraine, Michel Sapin, Olivier Faure…). En outre, il a été ponctué par une réunion publique qui a donné l'occasion à  François Hollande de livrer sa propre relecture de ses cinq années élyséennes. L'ensemble a  été coordonné par Alain Bergounioux, historien du socialisme, et Gilles Finchelstein, directeur général de la fondation.

Le copieux rapport qui en résulte (consultable sur le site de la fondation) témoigne d'une exigence de lucidité. Le premier constat est cruel : " Beaucoup a été fait " pendant cinq ans, mais " peu a été mémorisé " et encore moins défendu lors de la campagne présidentielle de 2017.

Le rappel des réformes réalisées est en effet éloquent : par exemple, le mariage pour tous, l'accord sur le climat à la COP 21, le non-cumul des mandats, le compte personnel d'activité, la Banque publique d'investissement, la mise en place des zones de sécurité prioritaire, l'alignement de la fiscalité du capital sur celle du travail, la création de 54 000 postes supplémentaires dans l'éducation nationale et celle de 150 000 emplois d'avenir, la généralisation du tiers payant, la réforme territoriale et bien d'autres mesures économiques, sociales ou sociétales.

Quant aux résultats économiques globaux, ils sont tout sauf négligeables : un déficit public ramené de 5,2  % à 2,7  % du produit intérieur brut (PIB), la Sécurité sociale pratiquement à  l'équilibre quand elle accusait un déficit de plus de 17  milliards d'euros en  2012, la croissance finalement relancée et même, en bout de course, le début de décrue du chômage. Mieux, souligne Gilles Finchelstein, " l'action a été largement conforme au programme " du candidat Hollande.

Pourtant, " la perception est diamétralement opposée ". Tout y a contribué. D'abord un premier semestre qui a d'emblée -imprimé une marque indélébile sur le reste du quinquennat. L'ampleur sous-estimée de la crise économique, le respect assumé des engagements européens et l'effort annoncé de restauration de la compétitivité des entreprises françaises ont rendu, dès l'été 2012, l'équation budgétaire impossible.

Les conséquences ont été calamiteuses pour la " crédibilité " présidentielle : une ponction fiscale brutale et le "ras-le-bol" immédiat des contribuables, le renoncement à la promesse de renégocier le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance signé par Nicolas Sarkozy et les autres chefs d'Etat européens en mars  2012 (qui a immédiatement rouvert la fracture ancienne du Parti socialiste en la matière et semé les germes des frondes ultérieures), enfin la promesse consolatrice mais irréalisable d'inverser la courbe du chômage en l'espace d'un an.

Quatre ans plus tard, l'année 2016 ajoutera à ce choc initial, aux déconvenues intermédiaires et au traumatisme des attentats djihadistes de 2015, une " rupture idéologique " irrémédiable provoquée d'abord par la proposition sur la déchéance de la nationalité, ensuite par la préparation, le contenu et l'adoption aux forceps de la loi travail. Dans les deux cas, le " procès en trahison des valeurs de la gauche " était inévitable.

Au-delà du réexamen critique des épisodes les plus marquants du quinquennat, la FJJ pointe une autre faiblesse structurelle. Qu'il s'agisse de la politique économique de l'offre, mal assumée jusqu'en  2014, ou de la plupart des politiques publiques dont le rapport fait un bilan précis (éducation, écologie, laïcité, sécurité, justice, immigration, aménagement du territoire, institutions, culture…), l'action menée s'est focalisée sur des mesures éparses sans s'inscrire dans une cohérence d'ensemble et une vision mobilisatrice.

Revient sans cesse, sous la plume des rapporteurs, l'absence d'un " récit " convaincant capable de donner sens aux réformes. Ce n'est qu'accessoirement affaire de communication, mais plus gravement de " gouvernance " et de " pratique chaotique du pouvoir ". La responsabilité de M.  Hollande en la matière est " éminente ", note sans ménagement le rapport : il " n'a trop souvent pas pu, ou plus sûrement pas voulu, imposer des choix, voire indiquer ses choix ". Ce " défaut d'autorité " a été d'autant plus dommageable qu'aucun dispositif de " pilotage efficace de la fabrique de la décision politique  entre l'exécutif, le Parlement et le parti " n'a été mis en place.

Mais la Fondation Jean-Jaurès fustige également " un excès d'irresponsabilité collective " de la part de tel ou tel partenaire social (patronat et CGT notamment), des Verts et, d'abord et avant tout des socialistes, au premier rang desquels les " frondeurs " qui, " emportés dans une surenchère sans fin ", ont contribué à convaincre " que les socialistes étaient divisés sur tout, y compris sur l'essentiel ".

Plusieurs des acteurs auditionnés, ajoute enfin le rapport, " ont insisté sur la faiblesse intellectuelle du PS durant les dix années d'opposition. (…) La gauche de gouvernement a  insuffisamment repensé quelques problématiques clés ", qu'il s'agisse du rapport à  l'économie, de l'Europe ou de l'islam.

Alain Bergounioux est plus cinglant encore : " Les divisions fortes qui ont porté atteinte à la crédibilité gouvernementale, les ambitions sans retenue qui ont tenu l'intérêt collectif comme quantité négligeable, les hésitations, tactiques ou non, de François Hollande qui a voulu garder le plus longtemps possible ouvertes toutes les options politiques, ont fait éclater les contradictions à un point jamais atteint depuis 1981 et ont conduit à la décomposition du PS. " Le reconnaître et le comprendre, ajoute-t-il, est " le fondement d'une reconstruction intellectuelle et politique ". On mesure l'ampleur de la tâche.»

 

Addendum : Cet article de Gérard Courtois est paru dans le Monde de cet après-midi à Paris et sur le net et sortira demain matin en Province ; c'est dire que c'est sur un gros coup de coeur que je le publie aussi rapidement sur mon blog. Je partage à 100% cette analyse et pourtant je ne suis plus militant politique. Je m'efforcerai quand même de lire le rapport complet de la fondation Jean Jaures car l'article ne mentionne pas une décision prise qui fut pour moi la grabde déception du quinquennat, c'est l'abandon de le écotaxe et le manque de courage face à quelques centaine de guignols portant un bonnet rouge. Et là c'est le militant socio-écolo qui parle mais aussi l'ingénieur des travaux publics. Et ça je l'ai dit à François Hollande quand il est venu à Niort faire la promotion de son livre..... J'ai déjà raconté cette rencontre dans la dernière partie d'un précédent billet. Je reporte ci-après ce chapitre :  

«  ..... je ne sais pas si je dois dire ça ...... mais je le fais quand même : il s'agit du livre de François Hollande « Les leçons du pouvoir » ; on ne pouvait trouver un titre plus explicite.  Je me suis régalé avec ce livre et je crois que je n'ai pas fini de le lire et de le relire; à chaque page il y a explications rationnelles sur les choix du président, ses convictions, ses certitudes du travail bien fait, ses doutes parfois et aussi des regrets. Je n'avais pas tout à fait fini la lecture du livre quand j'ai appris par la presse que le président viendrait présenter son ouvrage à Niort et j'ai décidé immédiatement que je serai au rendez-vous. Je n'ai plus d'engagement politique depuis quelques années, non pas par déception de l'action du président, même s'il y eut quelques décisions qui m'ont  dérangé, mais à cause du PS qui n'a pas fait son travail de soutien et surtout à cause des frondeurs, dont bon nombre de mes bons amis. Parmi les décisions gouvernementales qui m'ont déplu il y eut l'abandon de l'écotaxe suite aux manifestations des "bonnets rouges" et avant de rencontrer le président j'ai repris la lecture de l'ouvrage pour voir ce qu'il en disait .... et je n'ai rien trouvé. Cet oubli renforçait ma décision de le rencontrer et d'en parler. Mardi 12 juin un peu avant 10 H j'étais à l'entrée de la librairie des halles en compagnie de quelques ex-camarades et néanmoins copains quand il est arrivé. Il nous a chaleureusement serré la main avant d'entrer dans la librairie. Nous n'avons pas pu le suivre et dûmes nous rabattre sur l'entrée extérieure où nous devançait une file d'au moins 300 personnes. Ce fut assez long puisque je ne suis arrivé à la table où il dédicaçait son livre que vers 12h15..... Mais j'étais en bonne compagnie avec quelques amis et nous en avons profité pour rouvrir quelques vieux débats. Je savais que François Hollande m'avait reconnu bien que je ne l'ai plus rencontré depuis fin 2007 ou début 2008..... Il fut bien sûr très accueillant, comme avec tout le monde, et j'eus droit, comme presque tout le monde, à mes  trois à quatre minutes de discussion. Il m'a dit avec tutoiement (que moi j'évitais) qu'il m'avait bien reconnu, qu'il se rappelait aussi que  lors des conventions ou congrès je n'étais pas toujours de relation facile. Je lui ai dit que j'avais beaucoup aimé son livre et j'ai placé mon petit refrain sur l'écotaxe. "Ce projet, était mal fichu" m'a-t-il dit (normal c'était sous le quinquennat Sarkozy), "mais il a été voté à la quasi unanimité des députés (Hollande compris) et c'était un projet auquel je tenais beaucoup en tant que professionnel des travaux publics", ai-je répondu. Il a conclu par un "Tu as raison". Et puis il m'a fait une très amicale dédicace, avant que nous partagions une très chaleureuse poignée de main. »

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