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Blog à part....... Histoire du peuplement de l'Île de la Réunion.

13 Octobre 2019 , Rédigé par niduab Publié dans #Blog à part

Avant de s'interroger sur qui furent les premiers habitants de l’île de La Réunion, il convient de s'intéresser  à leurs voisins de Madagascar tant leurs histoires furent communes au XVIIe siècle et leurs destinées complémentaires. Et puis ces malgaches installés depuis très longtemps sur cette grande île qui s’étire sur 1.600 km du nord au sud et sur 600 km d'ouest en est et qui est située à quelques centaines de kilomètres de la côte est de l’Afrique, d'où viennent-ils? 

Les malgaches ont manifestement des origines austronésiennes, probablement de peuples de l'actuelle zone Indonésienne. La langue malgache est très proche de la langue de Bornéo ce qui a été aussi confirmé plus récemment par des analyses génétiques. Les historiens estiment que les ancêtres des malgaches auraient migré, avant le IVsiècle, traversant l'océan sur des vaisseaux constitués en roseaux cousus poussés par les alizés sur plus de 10.000 kilomètres, Ces migrants auraient-ils pu, au passage, faire escale sur la future île de La Réunion ? C’est possible mais peu probable….  

On sait que du VIIe au XVe ce sont surtout les marins orientaux qui commerçaient dans l’océan indien, notamment les Chinois comme l'amiral Zheng He, entre 1405 et 1431. Ces navigateurs seraient-ils arrivés jusqu'aux Mascareignes ? Aucune carte ou document d'époque ne le mentionne. Par contre des navigateurs arabes notamment les proches comoriens, connaissaient, à cette époque ces îles. Une carte trouvée, la carte de Cantino, comporte des indications qui, manifestement, concernent les trois îles : « Dina margahim » (île du couchant), «  Dina arobi » (île dévastée) et «  Dina morrare » (île du levant). 

A partir du XVe siècle les portugais se lancèrent dans de grandes expéditions maritimes. En 1497/1498, Vasco de Gama fut le premier à rallier l'Inde en passant par le cap de Bonne Espérance et en quelques décennies l'océan indien devint une chasse gardée portugaise avec Goa pour capitale et centre du commerce....

Le premier navigateur européen à avoir passé au large de l’île du couchant (La Réunion) pourrait être Diego Fernandez Peteira, en 1487, qui lui donna le nom de Danta Apollona, nom qui resta confidentiel….. Mais, a priori, les îles Mascareignes (nommées aujourd'hui La Réunion, Maurice et Rodrigues), n’intéressaient pas les navigateurs portugais sauf peut être en cas de nécessité pour faire le plein en eau douce : ce serait ce qui est arrivé au navigateur Diego Dias, capitaine de la flotte du Cabral, qui en 1500 se serait arrêté sur l’île du couchant, en lui donnant le nom du saint du jour Saint-Laurent.

Entre 1500 et 1528 près de 300 expéditions portugaises furent lancées vers les Indes ; les cartes de navigation devenaient aussi plus précises où l'on note sur certaines, les trois îles Mascareignes, référencées par le nom qui perdura, d'un navigateur Péro Mascarenhas dont le bateau avait été enregistré au départ de Lisbonne en 1511.

Le traité de Tordesillas (1494) qui organisait, sous l'égide de l'église catholique,  le partage du Monde entre l'Espagne et le Portugal ne concernait pas les Anglais et Hollandais qui, une cinquantaine d'années plus tard, se décidèrent, à leur tour, à aller chercher dans l'océan indien leur part du commerce et de richesses. Et c'est ainsi que parmi les premiers aventuriers connus pour avoir abordé l'île du couchant (future île de La Réunion) pour y séjourner quelques jours, il y aurait eu en mars 1613, l'Anglais Castleton capitaine du navire Pearl qui de retour de Ceylan resta une semaine avec quelques équipiers sur l'île qu'il nomma l'île verdoyante. Puis six ans plus tard, en 1619 ce fut le Hollandais Bonte-Koe qui y fit une longue escale au cours de laquelle l'équipage, en grande partie malade, retrouva la santé. Il la nomma donc l'île Paradis..... Compte tenu du trafic de plus en plus intense il y en eut peut-être d'autres qui n'ont pas laissé de trace. 

Mais a priori toujours pas de français (sauf si l'un d'eux fut membre d’un équipage anglais ou hollandais mentionné.)

Ce n'est qu'en 1601 qu'un armateur Breton créa de petites compagnies de commerce sur le modèle hollandais. Il fut suivi par des armateurs normands puis en 1630 par la première compagnie d'envergure nationale.

Il fallut attendre 1638 pour que les premiers Français prennent possession de l'île aux divers noms provisoires : île du couchant, île Mascarin, l'île verdoyante, l'île Paradis,.... Il fallait bien qu'un français s'y arrête enfin et le premier fut le commandant Salomon Goubert qui partant du port de Dieppe en janvier 1638 avec deux navires, la Marguerite et le Saint Alexis, atteignit l'île le 29 juin 1638, jour de la Saint-Paul, nom qu'il donna à la baie où sa flotte accosta pour que Goubert, accompagné de quelques hommes d'équipage, puisse marcher sur une nouvelle terre française qui bientôt serait baptisée île Bourbon.

En 1640 le Saint Alexis s'échoua sur les côtes malgaches.

En mars 1642 deux commis de la nouvelle compagnie des Indes Orientales, créée par Richelieu, messieurs Pronis et Foucquembourg accompagnés de douze colons embarquent de Dieppe à bord du Saint Louis pour fonder un comptoir commercial au sud de Madagascar. Ils atteignirent la baie de Sainte Luce où ils retrouvèrent dix survivants du Saint Alexis.

Après avoir débarqués les nouveaux colons le capitaine Cocquet du Saint Louis se rendit sur l’île mascareigne du couchant pour y planter les armes royales en baie de Saint Paul en nommant cette nouvelle possession française, l’île Bourbon.

En novembre de la même année, le Saint Laurent amène à Madagascar 70 hommes en renfort, mais l’effectif fond vite à cause des fièvres et des accrochages avec certaines tribus malgaches. Sainte Luce étant vraiment trop malsaine il fallait déménager. Les français s'installèrent 80 km plus au sud à Tholongar qu'ils baptisèrent le Fort-Dauphin. Entre 1644 et 1646 les navires Saint Laurent et Royal amenèrent de nouveaux colons par lots de 70 et 90 personnes tout en ramenant en France de l’ébène, du cuir et quelques colons malades ou à peine survivants.

Pronis et Foucquembourg avaient pour mission de développer la colonie sur une île grande comme la moitié de la France avec moins d’une centaine d'hommes valides. Mission impossible !

En 1646 c'est Foucquembourg qui quittait Madagascar, mais il mourut lors du voyage de retour. Une insurrection éclata dans la colonie du fort Dauphin et Pronis fut arrêté par des colons mutins. Six mois plus tard il était libéré par l'arrivée du Saint Laurent. Il fit immédiatement arrêter douze hommes, les meneurs, qui furent exilés sur l'Île Bourbon où ils sont débarqués avec quelques chèvres et des semences. Ils y restèrent près de trois ans.

C'est un nouveau gouverneur, Etienne de Flacourt, arrivé en décembre 1648, qui les fit revenir à Madagascar après avoir renvoyé Pronis en France. Flacourt est séduit par la description que les mutins exilés font de l'île qui prend de l'intérêt. Flacourt s'y rend avec Le Saint-Laurent, et il en prend possession pour la troisième fois au lieu dit la Possession. Il y débarque quatre génisses et un taureau dans la perspective d'une prochaine colonisation.

Mais à Madagascar la situation ne s'arrange pas avec un siège de Fort-Dauphin en janvier 1651 par une armée malgache qu'il a fallu disperser au canon.

En 1653 n'ayant aucune nouvelle de la France depuis quatre ans Flacourt tente désespérément de rentrer en France mais il subit la colère des colons et de son adjoint Antoine Couillard qui l’accuse de vouloir déserter. L'arrivée en octobre 1654 de deux navires L'Ours et le Saint Georges permit à Flacourt d'exiler Couillard et ses amis sur l’île Bourbon, et lui d’aller enfin aux nouvelles en France......d’où il ne reviendra pas.

En mai 1658 un bateau le Thomas Guillaume fit escale dans la baie Saint Paul. Son capitaine (Gosselin ??) rencontre les exilés et leur décrit la situation apocalyptique de la colonie française à Fort-Dauphin. Il leur propose de les prendre sur son bateau comme équipage complémentaire pour poursuivre son voyage vers l’Inde avant de rentrer en France. Les mutins de 1654 acceptèrent la proposition. Il n'y aura plus d'habitants sur l'île Bourbon pendant un peu plus de cinq ans (Lire un commentaire en fin d'article)

En novembre 1663, en pleine pagaille à Fort-Dauphin un colon, Louis Payen, qui est à Madagascar depuis 1656, demande à aller s’installer à Bourbon. Plus question d’exil cette fois, du volontariat … Auprès de Madagascar, Bourbon semble de plus en plus paradisiaque. Un autre colon, Pierre Pau, décide de l’accompagner et on leur adjoint dix malgaches parmi lesquels trois femmes. Ils embarquent en novembre 1663 sur le Saint Charles, capitaine Kergadiou. Trois jours plus tard ils débarquent dans la baie de Saint Paul. Il semble que la cohabitation ente les français et leurs "serviteurs" malgaches ne se passe pas bien du tout. L’explication la plus vraisemblable est l’évident déséquilibre entre le nombre d’hommes et de femmes.

En 1664 le roi Louis XIV imposait la création d’une nouvelle Compagnie des Indes dont le commis (le chargé de pouvoir) serait Etienne Regnault qui travaillait alors au service de Colbert. Le 7 mars 1665 cette compagnie quittait Brest. Elle comptait quatre navires et un maigre contingent de 288 colons pour Madagascar  et Bourbon. Son commandant est l’Amiral Beausse et ses ambitions étaient immenses : consolider la présence à Madagascar, occuper Bourbon, ouvrir la route de l’inde. Arrivée dans l’Océan Indien, la flotte se scinde : De Beausse va au Fort-Dauphin et découvre une colonie exsangue : ne survit qu’une petite centaine d’hommes sur les cent soixante qui avaient été laissés  là  deux ans auparavant.

Bourbon, en revanche, se révèle à la hauteur de sa réputation : mauvais mouillage, mais bon air. Les bateaux débarquèrent Etienne Regnault et une vingtaine d’hommes. Voici donc Bourbon avec ses premiers habitants définitifs. Seul Bémol : il n’y a pas de femmes hormis les trois Malgaches de l’équipe Payen.

Payen ne fit que croiser ces nouveaux arrivants, il allait repartir avec les bateaux après avoir passé vingt mois sur l'île. On ne sait pas si l’autre français le suit ou reste, par contre on sait que quelques mois plus tard l’une des malgaches a donné naissance au premier enfant né à Bourbon qui fut appelé Etienne Pau.

Regnault développa peu à peu l’île Bourbon, tandis que le Fort-Dauphin glissait inéluctablement vers la ruine.

En février 1667, l’île reçut la deuxième flotte de la compagnie. Quelques colons supplémentaires  débarquèrent, dont les premières européennes.

Cependant Saint Paul ne satisfaisait pas totalement Regnault qui en 1669 alla s’installer sur les bords de la rivière St Denis où la terre semblait meilleure pour l’agriculture.

En 1674 la désastreuse aventure malgache se termine dans un bain de sang.

Bourbon restait le seul point d’appui dans le sud de l’océan Indien.

L’île Bourbon devint peu à peu un lieu de ravitaillement pour les navires en route vers l’Inde. Sous la pression de la compagnie des Indes, la colonie se développait, on y cultiva le café et les épices, on allait chercher de la main d’œuvre en Afrique, à Madagascar et aux Indes.

En 1704 l’île comptait 734 personnes et en 1735 il y en avait plus de 8000

En 1735 Mahé de la Bourdonnais était nommé gouverneur général des trois îles Mascareignes pour le compte de la compagnie des Indes et il donna un essor considérable à l’île Bourbon en construisant un port commercial à Saint Denis et en encourageant  également les cultures vivrières.

L’île fut rachetée en 1764 par le roi après la faillite de la compagnie des Indes, ce fut le début d’une période faste grâce à l’exportation du café qui allait durer 30 ans.

En 1792 l’île Bourbon était rebaptisée l’île de la Réunion.

Elle allait devenir au cours des années suivantes, île Bonaparte, puis de nouveau Bourbon puis définitivement Réunion en 1848. C’était l’année de la mise en application de l’abolition de l’esclavage qui avait été refusé jusqu'à là par l’île. La population sur l’île était en 1848 d’un peu plus de 100.000 personnes. (Plus de 866.000 habitants, aujourd’hui.).

 

Commentaires : 

 

Pour écrire cet article je me suis beaucoup inspiré du magnifique livre de Daniel Vaxelaire. Je me suis procuré ce livre ainsi que le volume 2  en 2006 ou 2007 alors que j'avais quelques missions professionnelles à la Réunion. Les paragraphes en bleu sont des extraits du livre, parfois légèrement modifié pour ne pas faire un article trop long. J'ai pu faire quelques réductions de texte par comparaison avec l'article équivalent de Wikipédia. J'ai aussi emprunté quelques paragraphes d'autres écrits et analyses trouvés par internet toujours avec les soucis de raccourcir un peu les textes et ne garder que l'essentiel. 

J'ai placé l'alerte "commentaire" en fin du paragraphe où j'évoque l'escale à Bourbon du bateau Thomas Guillaum en mai 1656.  Je n'ai trouvé nulle par ailleurs que les mutins exilés aient été recueillis embarqués sur ce bateau. 

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