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A livre ouvert......... Le rêve doré, les Conquistadors de Walter Chapman

26 Avril 2020 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

Fin février 1975 je traînais dans Paris à la recherche d'un cinéma et surtout d'un film ; je voulais voir «  Aguirre, la colère dieu » de Werner Herzog. A l'époque je ne connaissais pas le réalisateur et je n’avais que très vaguement entendu parler de l'acteur principal Klauss Kinski, sans doute pour l'avoir vu dans un western spaghetti. Mais le sujet m'intéressait beaucoup et je voulais voir ce film avant de repartir en Afrique. Je suis sorti de la salle impressionné : c'était le meilleur film que j'avais vu au cours de cette parenthèse vacances de deux mois. J'étais rentré, l'avant veille de Noël, du Zaïre où je travaillais à la construction d’un barrage depuis novembre 1973, pour rejoindre Pilou et nos enfants rentrés un mois plus tôt pour profiter plus longtemps de la famille. Nous devions prendre l'avion le lendemain pour le Zaïre afin que je poursuive ma mission jusqu'à l'été 1976. Il n'y aurait plus de films intéressants à voir avant longtemps hormis quelques vieilleries de plus de 20 ans d'âge que nous adressait, une fois par semaine, le centre culturel de l'ambassade de France de Kinshasa.

Quelques mois plus tard, venait nous rejoindre une équipe de géophysiciens venue faire une mission de prospection, pour un éventuel projet complémentaire : une étude d’emplacement pour un autre barrage ? Quand des nouveaux arrivaient il était de tradition de les recevoir. J'ai le souvenir d'une très belle soirée africaine autour de barbecues. On a parlé un peu de tout.... et j'ai bien sûr demandé à l'un d'eux qu'est-ce qu'il y avait comme sorties de bons films en France... Je lui ai dis que j'avais vu Aguirre en février juste avant de revenir... Lui aussi l'avait vu et avait été également impressionné par le tournage sur les dangereux fleuves amazoniens et à la folle prestation de Klauss Kinski. Lucien S. me dit qu'il était là pour environ trois mois et qu'il avait justement acheté avant de partir « Le rêve doré, Les Conquistadors, un livre de Walter Chapman », en ajoutant « Je te le passerai dès que j'aurai fini de le lire. » Le temps passa, et avec des zones de boulots et des plages horaires assez différentes, nous ne nous sommes plus beaucoup vus ... Mais quelques jours avant de quitter le Zaïre, mission terminée, Lucien est venu nous dire au revoir et m'a donné son bouquin. Quand je l'ai ouvert j'ai trouvé une dédicace sympa « En souvenir d'une commune admiration »

 

1er chapitre : L'homme doré du Cundinamarca. (Pages 7 à 34)

La recherche de l'Eldorado fut une entreprise qui obséda les aventuriers européens pendant plus d'un siècle... [..]... Ils ne découvrirent pas l'Eldorado ! Le rêve ne se laisse point facilement transformer en réalité tangible. Venus pour chercher, ils cherchèrent et leur quête fantastique constitue à la fois un monument de futilité et une épopée haute en couleurs.

Dans cette affaire, tout n'était pas cependant de la fantaisie pure ; elle comportait un fond de vérité, sous la forme d'une histoire merveilleuse qui, colportée à partir du plateau de Bogotá, vint éblouir les conquistadors vers la fin du premier tiers du seizième siècle. Elle venait très précisément de Cundinamarca, le pays du condor, aujourd'hui l'une des plus hautes terres andines de la république de Colombie... [..]...

Mais voici la légende issue de Cundinamarca : Au lac Guatavitá sur le plateau de Bogotá, une cérémonie solennelle se déroulait chaque année pour "resacrer" le roi. Au jour fixé, le monarque sortait de son palais, se déshabillait et enduisait son corps de térébenthine afin de le rendre gluant ; puis il se roulait dans la poudre d'or jusqu'à ce qu'il fut recouvert d'une couche étincelante, de la tête aux pieds. Ainsi doré et vêtu de cette seule splendeur, le roi se relevait et se dirigeait vers le bord du lac escorté par la foule de ses sujets.... Le roi et ses nobles montaient à bord d'une pirogue et se dirigeaient jusqu'au milieu du lac ceinturé de montagnes ; là le roi lançait à l'eau des offrandes d'or et d'émeraudes; la cérémonie atteignait son apogée quand l'homme doré plongeait de la pirogue pour se baigner.... Quand il regagnait le rivage débutaient alors de grandes réjouissances populaires ..., [.]...

Les grandes explorations eurent lieu entre 1492, de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb à la conquête du Mexique par Hernan Cortez qui remportait une victoire définitive sur l'Empire Aztèque à Tenochtitlan en août 1521. Il faut aussi mentionner la découverte par Magellan du passage qui permettra de rejoindre l'océan pacifique et l'Asie.

Quelques décennies plus tôt, en 1500, Pedro Alvares Cabral avait atteint les côtes du Brésil précédent de peu l'andalou Vicente Yanez Pinzon ancien second de Colomb. Alors que Cabral prenait possession d'un vaste territoire, Pinzon s'intéressait aux fleuves, découvrant l'embouchure de l'Amazone puis celle de l'Orénoque.  

La conquête du reste de l'Amérique centrale découla de la chute des Aztèques. Pedro de Alvarado fit route vers le Guatemala tandis que d'autres capitaines de Cortez, tels Cristobal de Olid et Gonzales Davida, dominèrent rapidement le Honduras, le Nicaragua et le Yucatan…etc...

Entre 1524 et 1528 Francisco Pizarro, un espagnol d'Estrémadure et par ailleurs cousin de Cortes, organisa plusieurs campagnes préparant la conquête du Pérou. Deux expéditions en partant de Panama échouèrent. La première en 1524, la deuxième en 1528. La troisième expédition, en janvier 1531, était mieux préparée, avec trois caravelles, 180 hommes et 37 chevaux. Arrivé à Tumbes, Pizarro est informé qu'une guerre civile divise l'empire inca : depuis la mort de Huavna en 1529, ses deux fils Huascar et Atahualpa s'affrontent à mort pour prendre le pouvoir. Pizarro obtint une entrevue avec Atahualpa, à Cajamarca. Celui-ci apparut pour impressionner ses visiteurs, sur une couche en or, entouré de ses principaux seigneurs et suivi par environ 10.000 Indiens. Les espagnols leur tendirent une embuscade et parvinrent à capturer Atahualpa. Celui-ci offrit le paiement d'une rançon. Ce fut chose faite, mais Pizarro ne relâcha pas l'empereur inca ; il le fit "juger", puis exécuter. Ensuite Pizarro se rendit à la capitale Cuzco où il pénétra en novembre 1533. Il établit Lima sur la côte sur les berges du fleuve Rimac. L'un de ses capitaines, Sébastien de Belalcacazar, partit vers le nord fonda Quito en 1534. 

La légende des royaumes dorés avait la vie dure, des conquistadors comme Balboa, Solis et Cabot avaient aussi flairé la richesse du Pérou et Pizarro l'avaient trouvée. De nouveaux contes se répandirent, notamment à propos de l'homme doré du Cundinamarca, El Dorado. La recherche de l'Eldorado allait se multiplier dans la fièvre ; car les retentissantes réussites de Cortès et Pizarro ne pouvaient manquer de stimuler tous aventuriers, mercenaires, européens  inoccupés dans cette Europe quasiment rassemblée de Charles Quint.

 

2e chapitre : Les conquistadors allemands (pages 35 à 60)

A l'origine de la phase suivante dans l'exploration de l'Amérique du sud il y eut surtout des problèmes d'argent. C'est ainsi que l’Empereur Charles Quint dut céder un vaste territoire (une grande partie l'actuel Venezuela) à quelques banquiers allemands, les Welser, en guise de règlements de ses nombreuses dettes.

L'homme que la banque Welser a dépêché pour administrer cet énorme domaine s'appelait Ehinger ; il ne tarda pas à montrer qu'il pouvait surpasser n'importe quel espagnol en cupidité et en cruauté. Ehinger consacra tout son temps à chercher l'Eldorado entre 1529 et 1533 au point  que quand il rentrait à Coro, son camps de base, pour se ravitailler, ses patrons banquiers, le croyait mort. Mais il repartait avec sa troupe de fantassins Espagnols sans trop savoir où il allait et en massacrant tous les indigènes qu'il rencontrait.

Pendant qu'Ehinger se livrait à cette recherche vaine, sanglante et funeste du royaume de l'or, une tentative analogue se déroulait beaucoup plus à l'est sous le commandement de Diégo de Ordaz, l'un des plus vaillants capitaines de Cortès au cours de la conquête du Mexique. En 1530 il demandait à Charles Quint le droit de coloniser le secteur de l'embouchure de l'Amazone. Ce droit lui fut accordé. Il investit l'argent qu'il avait gagné au Mexique en l'équipement de trois navires et quitta l'Espagne pour rejoindre l'embouchure de l'Amazone.... [..].... La tentative de pénétration dans le fleuve fut un échec total ; des tempêtes et des hauts-fonds causèrent la perte des trois bateaux. Ordaz réussit à tirer son navire-amiral des eaux côtières marécageuses et peu profondes. Il se laissa pousser par des vents vers le nord en direction de l'embouchure de l'Orénoque où il eut la surprise de trouver un port espagnol. C'était Paria la ville fondée quelques temps plus tôt par Antonio Sedeno  après l'échec qu'il avait essuyé dans la colonisation de l'île de Trinidad... [...]...Cette rencontre ne fut du goût ni de l'un ni de l'autre. Sedeno n'avait de licence du roi que pour Trinidad, alors qu'Ordaz avait pleins pouvoirs sur le continent. Ordaz prit de force la forteresse puis il entreprit d'y rassembler une nouvelle flotte en faisant construire sept galères aptes à naviguer sur ce fleuve. Puis avec 280 hommes il s'engagea dans l'un des nombreux bras de l'Orénoque. Les galères progressaient avec prudence. Dans le delta, les indiens fournirent des provisions aux Espagnols. Ordaz ne se livrait pas aux atrocités gratuites que commettait Ehinger. Les guides indiens qu'il s'était procuré lui conseillèrent de quitter l'Orénoque pour remonter le Meta ; de fait cette rivière aurait pu le mener à la cordillère orientale des Andes et au plateau du Cundinamarca. Les indiens affirmaient qu'il y avait une nation civilisée, gouvernée par un puissant prince qui n'avait qu'un œil..... Cet or qui existait  donc à la source du Meta, ne pouvait que tenter Ordaz ; mais la saison sèche était arrivée et bientôt la Meta ne serait plus navigable.... il fallait retourner à Paria dans l'espoir de faire une nouvelle tentative en saison des pluies. En prévision d'une prochaine expédition il envoya son lieutenant Alonso Herrera en avant garde à la ville de Cumana située à plusieurs centaines de kilomètres à l'ouest de Paria. Mais Herrera fut très mal accueilli par ses compatriotes restés fidèles à Sedeno et il fut quelque temps emprisonné, puis il reparti avec ses hommes à la recherche de l'El Dorado. Possédé par cette fièvre étrange autant qu'incurable, la troupe progressait à travers les plaines inondées, sans indiens pour leur servir de guide, dans leur marche aveugle vers l'ouest. Ils furent attaqués par des indiens. Herrera fut tué et les survivants firent demi-tour. Quand à Ortal il conduisit son expédition en 1535 sans plus de réussite que les précédentes et connu même une rébellion de ses troupes. Il finit par rentrer en Espagne.

Ehinger s'était tellement abandonné à la fièvre de l'or qu'il avait complètement oublié les devoirs qui lui incombaient en tant que gouverneur du Venezuela. Les Welser envoyèrent un nouveau contingent où figurait Nicolas Féderman un jeune Allemand de 25 ans qui allait bientôt lui aussi courir à la recherche du royaume de l'or. Il arriva à Coro en mars 1530 et six mois plus tard il partait en mission accompagné de 110 fantassins  espagnols, 16 cavaliers et une centaine de porteurs indiens ; pour cette première il ne visait aucun objectif autre que de découvrir le pays et apprendre. En mars 1531 il était de retour à Coro où Ehinger se préparait à partir pour une nouvelle expédition qui devait lui être fatale dans une lointaine vallée sauvage de Colombie. Les Welser le remplacèrent encore par un Allemand Gerg Hohemut, qui lui aussi rêvait d'or. Au début de 1535, il commença à préparer son expédition... Le 13 mai 1535 il partit suivant la même route que Federmann avec 150 fantassins et 49 cavaliers il progressa rapidement. Mais les mois succédaient aux mois et il ne découvrait toujours pas d'or. Le 2 février 1536 Hohemut arriva devant le Rio Apure, important affluent de l'Orénoque. Franchissant encore 150 kilomètres dans une direction sud-ouest, il atteignit le Rio Casanare qui se jette dans le Meta. C'est dans cette région qu'il rencontra des indiens Zaquitios très pacifiques. Ils lui dirent que de l'autre côté des montagnes il y avait un plateau herbeux sur lequel vivait une tribu possédant beaucoup d'or ; ils lui parlèrent d'un chef qui s'appelait Caziriguey et d'un temple rempli d'objets en or ; les indiens tendirent le bras en direction de l'ouest vers le Cundinamara, le plateau  Bogotá. Mais comment franchir cette cordillera ?  Entre des murs de roches infranchissables et l'hostilité de certaines tribus bien organisées, Uaupes, Chogues. Hohemut reconnut en août 1537 sa défaite et prit la décision de rentrer à Coro où il arriva fin mai 1538, trois ans après son départ. Usé par trop d'effort, Hohemut resta à Coro avec le projet d'organiser une deuxième expédition au début de 1540... Mais il mourut avant que tout soit prêt pour partir. 

 

3e chapitre : La conquête de la Nouvelle-Grenade (pages 61 à 107)

Après avoir passé une année à explorer les Llanos (plaines), Federman reprit la direction de l'ouest et franchi le Rio Meta. Par les indiens qu'il rencontrait il apprit au cours de l'été 1537 que son chef, Hohemut, après s'être enfoncé loin au sud, avait fait demi-tour et renonçait. Il se mit alors en quête d'un passage à travers la cordillère ; il y consacra toute l'année 1538. Les indiens avaient réduit sa troupe à 200 hommes ; la pluie avait fait pourrir leurs uniformes, et ils se confectionnaient de grossiers habits avec des peaux de bêtes. Le franchissement fut une aventure terrible à 4000 m d'altitude, par des sentiers étroits et tortueux bordés de précipices impressionnants. Avec aussi des chargements et parfois des chevaux qu'il fallait hisser par cordes de corniche en corniche. Finalement, après une somme d'efforts épuisants, Federmann et son groupe triomphèrent de la cordillera et se trouvèrent début 1539 à la lisière de la vaste savane graminéenne du plateau de Bogotá. Devant eux s'étendait probablement le royaume de l'El Dorado.

Pendant qu'il accordait un peu de repos à ses hommes exténués, Federman envoya en éclaireur un officier, Pedro de Limpias, et quelques soldats. Limpias, ne tarda pas à faire une découverte surprenante et consternante : des hommes campaient dans les environs, et ce n'était pas des indiens; c'était des espagnols de Santa Marta. Trois années d'épreuves douloureuses leur avaient permis d'atteindre le plateau de la légende pour le trouver rempli de rivaux espagnols.

Les espagnols s'étaient installés sur la mer caraïbe dans la partie nord de l'actuelle Colombie dès 1525. Le développement de cette petite colonie, la première de l'Amérique du sud, fut entravé par des troubles internes à commencer par l'assassinat de Rodrigo de Batisda qui en était le fondateur, par un de ses lieutenants. Il fallut attendre 1535 pour qu'un nouveau gouverneur, Don Pedro de Lugo, arrive accompagné d'une armée de 1200 hommes. Quand ils firent leur entrée ils découvrirent une bourgade sordide et misérable. Il fallait vite trouver de l'or pour éviter de nouvelles mutineries. Quelques raids de proximité permirent d'en récupérer un peu, mais bien loin des espoirs escomptés. De plus Don Pedro Lugo fut trahi par son fils qui rentra en Espagne avec le maigre trésor.

Contrairement aux autres conquérants, Lugo décida de se consacrer à son rôle de gouverneur en restant à Santa Marta et il choisit d'éloigner son armée. Le corps expéditionnaire fut scindé en deux groupes : Son principal lieutenant Gonzalo Jimenez de Quesada et les deux tiers des soldats devaient longer la rive occidentale du fleuve Magdalena. Le reste des soldats et la presque totalité des bagages embarqueraient à bord de brigantins équipés pour la navigation en rivière. En avril 1536, juste avant le départ, les soldats furent réunis pour entendre Don Pedro de Logo conférer solennellement à Quesada le titre de général de l'infanterie et de la cavalerie de l'armée prête à partir pour découvrir les sources du grand fleuve Magdalena.

Comme les autres cette mission fut très difficile ; d'abord les brigantins chavirèrent en atteignant l'embouchure du Magdalena en raison de fortes crues, il fallait en reconstruire ainsi que des radeaux. La troupe de Quesada ne put guère compter sur des tribus accueillantes pour s'approvisionner. Ils s'enfoncèrent dans des régions de forêts denses, les hommes tombaient comme des mouches. Au quatrième mois il ne restait à Queseda que 200 hommes valides sur les sept cents qu'il avait emmenés dans la jungle ; grâce à un mélange de fermeté et tolérance il maintint son autorité. Il fallait aller de l'avant car un retour en arrière par la jungle conduirait à encore plus de pertes humaines. Quesada organisa alors une reconnaissance et il désigna un officier expérimenté, Juan San Martin qui avec douze espagnols et un indien interprète du nom de Pericon, et trois canots partirent  explorer le Rio Opon en amont.  Au bout de trois jours ils sortirent enfin de la jungle et trouvèrent des huttes,  puis un peu plus loin des villages et des champs en culture. San Martin ne prit pas le risque de pénétrer dans les villages. Il se contenta de s'emparer  de tout ce qui était entreposé dans les huttes et rebroussa chemin. Ils rentrèrent au camp, coiffés de couronnes de plumes, vêtus de manteaux indiens, les bras chargés de pains de sels. Jubilant ils annoncèrent que tierra buena, une bonne terre était proche. Les espagnols dansèrent de joie et passèrent le reste de la journée à fourbir leurs armes. Le lendemain ils levaient le camp et se dirigeaient vers les montagnes sur la rive gauche de l'Opón.

Quesada et ses 170 hommes, après avoir surmonté les cruelles épreuves de la jungle et de montagne, se trouvaient donc en ce mois de janvier 1537 au seuil du pays des Chibaba. Avant d'envahir et coloniser ce vaste territoire, Quesada rassembla ces hommes pour leur dire qu'ils étaient face à un pays organisé et qu'il ne fallait pas user de brutalité tant que ce n'était pas nécessaire. Pour un chef espagnol de cette époque c'était une attitude tout à fait remarquable.

En mars 1537, ils accédaient à l'Altiplano Cundinamarca un vaste territoire situé en moyenne à 2600 m d'altitude et relativement peuplé. Les espagnols s'exclamèrent de joie devant les vastes étendues de plaines cultivées et la présence de nombreux villages. Ils découvrirent la pomme de terre dans un bourg qui s'appelait Sorocota sans penser que c'était déjà un trésor qu'ils amèneraient en Europe. Ils trouvèrent aussi à Zipaquira les mines de sel. L'une des monnaies avec la poudre d'or pour le commerce avec les indiens d'autres régions, côtes, forêt et les peuples de plus haute altitude.

Mais Tisquesusa le Zipa Bogotá, tenant du pouvoir, n'avait pas l'intention de laisser faire les envahisseurs, mais ses troupes n'avaient que des lances et des massues pour se battre, même pas des arcs et flèches comme les indiens de la forêt. Même plus nombreux, que pouvaient-ils faire contre les chevaux et les armes métalliques de quelques dizaines de soldats espagnols ? L'armée de Quesada explora d'abord la région au sud de Bogotá mais comme ils n'y trouvèrent pas les richesses escomptées, ils remontèrent vers le nord où ils prirent par surprise, en août 1537, le deuxième personnage de pouvoir, Quemuenchatocha, le Zaque de Tunja. Ils récupérèrent aussi sa richesse, un trésor d'or et d'émeraudes non négligeable, mais comme ce fut le seul butin récupéré ça ne pesait pas lourd à côté des richesses récupérées au Pérou par Pizarro. Les Espagnols furent moins heureux à Sogamoso et n'y trouvant pas d'or, ils y détruisirent le Temple du Soleil.  Après s'être heurté à une forte résistance à Duitam, Quesada revint dans la région de Bogotá où Tisqueusa continua de les attaquer jusqu'à sa mort lors d'une escarmouche en fin d'année 1937. Son neveu, Sagipa, lui succéda et se soumit aux espagnols en échange d'une aide de Quesada pour combattre les indiens Panches. Mais Il y avait une réclamation du chef du bourg Chia avec des prétentions d’être le nouveau Zépa. Quesada jugea que la réclamation du chef de Chia était recevable et que Sagipa était un usurpateur. Il le fit arrêter pour usurpation du trône et vol des richesses de Tisqueusa. Il fut torturé jusqu'à la mort sans rien dire. Un acte déplorable qui ternit la carrière de Quesada.

Le bilan économique de cette campagne n'était pas nul, mais très, très décevant à coté de ce que Cortez au Mexique et Pizarro au Pérou avaient apporté à L'Espagne. Quesada fonda la ville de Santa Fe de Bogotá le 6 août 1538.

Queseda voulait se rendre en Espagne pour rendre compte de sa découverte mais il retardait son départ en espérant trouver d'autres trésors. A la fin de l'année 1538 il envoya son frère Hernan Pérez de Quesada en mission d'exploration de l'ouest du fleuve Magdalena. Au cours de ce voyage ce dernier appris qu'une autre expédition, celle de Sebastian de Belalcazar, partie de Quito en Equateur se dirigeait vers Santa Fe Bogotá

Belalcazar était un personnage hors série parmi les espagnols du Nouveau Monde : personne ne pouvait  rivaliser avec lui en courage et en ambition. Violent, opiniâtre, il s'était forgé un code de moralité personnel qui l'autorisait à mentir, tricher ou tuer quand il le fallait, non point pour le plaisir de faire couler le sang mais pour asseoir l'autorité de l'empire d'Espagne et son pouvoir.

Né dans un village d'Estramadure qui donna tant de conquistadors, il quitta à 14 ans sa famille de bûcherons pour prendre une voie d'aventures. Il atteignit Cadix où il put s'engager sous le nom de Sebastian de Belalcazar, dans la flotte que Pedrarias Davila rassemblait à destination de Panama.  Il arriva en Amérique en 1514 pour assister à la chute de Balboas à Panama, puis il se fit remarquer par son courage et son culot lors de la campagne réussie au Nicaragua. Ensuite Pizarro et son compadre Diego Almagro l'invitèrent à se joindre à eux pour envahir le Pérou. Il fit partie de la petite troupe d'espagnols qui affrontèrent les légions d'Atahuallpa à Cajarmaca à la fin de 1532. Après la capture et l'exécution d' Atahualpa, Pizarro décida d'aller soumettre le sud du Pérou en confiant à Belalcazar, une mission importante : le commandement de la garnison de la ville de San Miguel, seul et unique port d'entrée au Pérou. Quand il apprit en octobre 1533 qu'une tribu indienne demandait l'aide des espagnols pour chasser Ruminavi, un général inca qui s'était réfugié avec ses troupes à Quito, Belalcazar laissa le commandement de la garnison à l'un de ses lieutenants et sans l'autorisation de Pizarro se précipita à Quito pour châtier l’inca et puis il fit de ce territoire son fief avec le souci d'y faire fortune. Son pouvoir sur ce territoire faillit être menacé par un autre franc-tireur de la conquête espagnole ; le brillant Pedro Alvarado, ancien lieutenant de Cortes au Mexique et qui avait, après, soumis le Guatemala. Il débarquait sur le littoral équatorien ; Belalcazar se fit modeste face à ce glorieux conquérant, mettant même ses troupes à sa disposition ce qui effraya Pizzaro et Almagro. Finalement les trois héros se retrouvèrent à Cuzco pour s'expliquer et se coordonner en laissant Belalcazar gouverneur de Quito, fonction attesté par Almagro au nom de Pizzaro. Il resta à ce poste sans trouver le moindre trésor jusqu'en 1536, mais par ses indicateurs ou contacts indiens, il avait entendu parler de cette légende du roi doré qui viendrait d'une région qui  ne semblait pas trop difficile à atteindre en venant de Quito. Toutefois aucun Européen ne s'était aventuré dans ce pays, et les Incas eux-mêmes ne s'étaient pas souciés d'étendre leur empire si loin au nord. Un chef du nom de Popayan gouvernait la région sans qu'elle fut un État organisé ; Belalcazar y trouva une multitude de tribus dispersées et  non civilisées qui faisaient pousser de menus récoltes et extrayaient un peu d'or pour commercer avec les Chichas dont le plateau se situait plus au nord. Par prudence Belalcazar choisit de soumettre la région avant de progresser ; il y réussit sans trop de difficultés en faisant envahir les villages mal défendus par ses cavaliers armés de mousquets ; devant ces assauts effrayants les indigènes s'enfuyaient mais comme Belalcazar faisait détruire leurs cultures il les réduisit à la famine et à la soumission. Pour consolider sa victoire il fonda le bourg de Popayan à la fin de 1536, qui fut sa première base en pays conquis.

Il reprit sa marche vers le nord en suivant la route de l'ouest. A une centaine de kilomètres de Popayan il aménagea une autre base qui deviendrait plus tard la ville de Cali. Après l'avoir solidement installée en 1537, il choisit 200 fantassins, cent cavaliers et une importante force d'indiens pour pousser en direction d'El Dorado. La progression était lente car en dehors de ses soldats, des porteurs indiens et de quelques molosses il était accompagné d'un troupeau considérable de cochons destinés à fournir de la viande aux marcheurs quelles que soient les circonstances. Début 1539 il dressa son camp à Neiva d'où il put contempler le plateau d'El Dorado..... Il se rendit vite compte qu'il y avait aussi d'autres espagnols qui l'avaient devancé dans la conquête du Cundinamarca.

Le frère de Quesada savait que sa petite troupe vêtue de vêtements en peaux de bête n'avait pas fière allure en avançant vers le camp de Belalcazar et ce contrairement aux soldats espagnols qui venaient vers eux.  Belalcazar expliqua qu'il était l'un des conquérants du Pérou. Avec beaucoup de tact Herman de Quesada l'informa que la conquête du Cundinamarca était achevée et que son frère Gonzalo gouvernait le pays à Santa Fe de Bogotá. Belalcazar offrit à Hernan de Quesada des armes, des chevaux et des cochons. Il reçut en échange de la vaisselle d'or et de la toile chibcha. Il apprit aussi qu'il n'arrivait qu'en troisième position quelques jours ou semaines après Don Nicholaus Féderman. 

Bogotá devint le siège d'une conférence à trois sur le plateau de Cundinamarca. En somme, Quesada, Federmann et Belalcazar n'avaient erré séparément dans la jungle pendant des années que pour se rencontrer au pays de l'homme doré en février 1539. Pendant plusieurs jours les trois chefs ne songèrent qu'à festoyer ensemble : cochons et pommes de terre aux menus. Les trois généraux devenus des amis, se préparèrent à rejoindre la côte en descendant le Magdalena jusqu'à Cartagena pour embarquer à destination de L'Espagne. Quesada désigna officiellement son frère Herman comme administrateur du Cundinamarca, la future Nouvelle Grenade.

En arrivant au port Quesada apprit que de Don Pedro de Lugo était mort depuis trois ans peu après son propre départ.

Federmann apprit la mort de Hohemut. En arrivant En Europe il fut le plus mal  récompensé : rien de la part des Banquiers Welser et aucune promotion de Charles Quint....Federmann n'obtint qu'une petite part du médiocre trésor de son ami Quesada. Il prit le temps d'écrire son autobiographie puis sombra dans l'oubli.

Par contre Belalcazar fut bien accueilli par Charles Quint et reçut le brevet de gouverneur de la province de Popayan... et ce en dépit.... ou à cause... de sa querelle avec Pizarro  dont les exploits sanguinaires avaient contrarié Charles Quint.... mais il mourut à Cartagéna en 1544 après de nouveaux démêlés avec les Pizarros.

Enfin Quesada avait perdu trop de temps avant d'arriver à Madrid et ne reçut qu'un titre de maréchal de Bogotá.

C'est Anonso de Lugo le fils de Don Lego qui fut le mieux récompensé en mémoire de son père et parce qu'il avait amené une cagnotte qu'il avait dérobé à son père et un bon nombre de documents dont certains ont pu nuire à Quesada.

 

Informations : Pour cet article qui ne concerne que les trois premiers articles du livre, qui m'ont paru les plus importants, j'ai abondement pioché dans les paragraphes du livre de Walker Chapman. C'est extraits sont de couleur bleue. 

Pour ne pas faire plus long, et c'est déjà très long, j'ai remplacé certains paragraphes par des extraits plus concis trouvé dans la série "Histoire et civilisations" le n°26: l'ère des explorations. Ces extrais sont de couleurs marron.

Un extrait concernant la colonisation du pays des chibabas a été pris sur wikipedia et il est de couleur verte. 

Je suis l'auteur des textes de couleur noire dont l'introduction  et certaine simplification de paragraphe.

Je ne sais pas si je ferais une suite car il reste 6 articles et au même rythme ça nécessiterait encore deux articles. Sauf si j'arrive à plus résumer la suite ; c'est possible mais ça demande beaucoup plus de travail. Si je continue ça sera dans quelques semaines voire quelques mois. 

Si j'en restais là les lecteurs qui sont allés jusqu'à la fin de cet article, j'indique quels sont les chapitres qui suivent : 

4/ L'Eldorado des Omaguas.

5/ La croisière du tyran Aguirre.

6/ La foule de chercheurs. 

7/ Les expéditions d'Antonio de Berrio.

8/ Sir Walter Raleigh et l'or de Manoa

9/ La fin d'un rêve.  

 

En cherchant sur internet on peut trouver ce livre qui date de 1970 dans les grandes enseignes de ventes et sans doute ailleurs. 

 

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