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Presse aidant..... La Fontaine, le moraliste éternel ..... Analyse d'Erik Orsenna.

19 Avril 2020 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

En ces temps de confinement il faut bien s'occuper un petit peu et ça devient le temps du ménage, du rangement, du tri et plus particulièrement pour les journaux, revues et magazines que l'on entasse. Ce tri, ce débarras, n'est pas encore décisif car pour l'instant ça consiste à transférer ces paperasses du grenier au garage où j'empile tout ce qui peut être recyclé en attendant que la collecte des déchets fonctionne normalement. Pour l'instant elle ne concerne que la poubelle orange de résidus ménagers résiduels. Finalement ce n'est pas très grave car ça me permet de ne pas jeter trop vite, et parfois de remonter quelques exemplaires à portée d'ordinateur. C'est le cas de cet « Obs » d'août 2017 consacré à La Fontaine, la morale et la politique. Instructif, il méritait bien quelques jours, quelques semaines de répit.

Je reprends ci-après quelques paragraphes ou d'extraits de paragraphes d'une interview d'Erik Orsenna, académicien, par la journaliste C. Michel. Une interview promotionnelle pour un livre d'Orsenna intitulé « La Fontaine une école buissonnière » aux éditions Stock. Je n'avais pas tilté sur le bouquin et qui plus est, je ne suis pas certain d'avoir lu l'interview, du moins en entier. Il fallait donc bien que je me rattrape ! L'article le mérite. 

 

La morale des fables s’applique-t-elle encore à notre monde politique ?

Les fables sont d’une grande modernité parce que le cœur de l’humanité ne change pas..[..].. La vie est une longue variation sur des thèmes immuables : la mort, l’amour, la rapacité, l’envie. Tous ces thèmes, ce sont les sept péchés capitaux. Les époques y ont apporté des variations. Mais le cœur de l'humain, au fond, cela reste l'animalité. Des choses simples : ai-je froid ou pas, vais-je mourir ou pas; suis-je puissant ou pas, grands ou petits ? Vous pouvez imaginer toutes les sophistications du monde, pour finir, il n'en reste pas moins que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Le président de la République demeure le lion, le roi des animaux. [..].. Et gare à celui, qui étant le roi des animaux, ne peut pas être lion, car il cesse très vite d'être le roi des animaux. Ce qui est arrivé à François Hollande.

 Rien n'aurait changé depuis la cour du Roi-Soleil ? 

Qui dit pouvoir, dit cour. J'ai vu des cours partout. A l'Élysée, dans les entreprises, dans un journal. J'ai tellement vécu ça et j'ai tellement été courtisan moi-même. Quand vous êtes en courtisanerie, vous vous mettez en soumission. Flatter, c'est quand même le comble du ridicule. On s'abandonne soi-même, sans péril, sans drame, alors que tout va bien, et pourquoi ? Pour des postes, des trucs comme ça. [..].....

Quelle fable La Fontaine aurait-il pu tirer de nos dernières élections? 

« La naissance du lion » ou plutôt « Le lionceau en qui personne ne voyait un lion ». J'imagine très bien le scénario : François Hollande qui lui donne à manger, l'élève, le voit grandir.  Et à la fin, il se fait bouffer. Clairement, le plus fort a gagné. Et dès qu'il a gagné, il devient encore plus fort. L'élection est une preuve de sa qualité et, dès qu'il a l'onction, il change de monde. J'avais des relations amicales avec Emmanuel Macron. Cela n'a plus rien à voir, même si ça reste affectueux. La première fois que je le rencontre après l'élection, je lui demande : « Comment je vous appelle, monsieur le président ? » Il me répond : « Quand on est tous les deux, c'est Emmanuel. Mais quand il y a du monde c'est monsieur le président. » Cela change tout. Mais ça ne change moins, quand on n'attend rien. 

                       « Selon que vous serez puissant ou misérable 

                        Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.» 

                         Les animaux malades de la peste. 

Et si vous deviez conseiller une fable à Emmanuel Macron ?

Encore une fable à écrire ...[..]...Le jour où le lion découvre que les animaux de son royaume n'ont pas tous une grande crinière, que ces sujets ne sont pas tous des lionceaux et, qui plus est, n'ont pas envie de l'être.

Comment La Fontaine aurait-il réagi à la chute de François Fillon ?

La chute des politiques c'est évidemment la fable de la grenouille qui explose. Avec l'affaire Fillon on pourrait écrire dix fables.[..]..

Que nous dit La Fontaine de l'ambition ?

La Fontaine se moque des flatteurs mais aussi des ambitieux. Ce qu'il n'était pas lui même. Sinon il n'aurait pas pris la défense de Fouquet comme il l'a fait. La philosophie de La Fontaine est qu'il faut rester à sa place. Chacun à sa place et les veaux seront bien gardés. Il raconte des histoires de gens punis parce qu'ils prétendent être autres qu'ils ne sont. La Fontaine se moque, mais sans méchanceté. Il nous laisse entendre qu'on est beaucoup moins malin et moins fort qu'on ne le croit. Mais il ne manque pas d'ajouter : « Moi qui me moque de vous je ne suis pas meilleur que vous ». Il a un côté fraternel...[..]...

                   « Le monde est plein de gens qui ne sont plus sages 

                    Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs             

                     Tout petit prince a des ambassadeurs

                     Tout marquis veut avoir des pages.» 

                    La Grenouille qui veut se faire plus grosse que le Bœuf. 

Dans la querelle à l'Académie, il a évidemment pris le parti des Anciens contre les modernes...

Il est pour les anciens mais avec la forme la plus moderne. Et là, il faut évoquer son style, très concis une acupuncture de petits traits...[..]... Il faut lire comment il résume une nonne : « Elle était douce d'humeur et gentille de corsage.», ou d'un homme un peu vieux « un homme du moyen âge, et tirant sur le grison ».

Quand on relit « Dans La cigale et la fourmi », on se dit aussi que l’État, n’a pas beaucoup changé depuis Louis XIV, qu'il est bien plus cigale que fourmi.

La France n'a jamais cessé de dépenser plus qu'elle n'a. Mais la France, au lieu de chanter et de danser, est une cigale ronchonne. Nos voisins allemands sont des fourmis épanouies qui disent tout va bien, on est près pour l'hiver. C'est ça qui est formidable avec des fables. On a de petites catégories qu'on peut utiliser pour tout...[..]...

                        « La fourmi n'est pas prêteuse

                          C'est là son moindre défaut

                          Que faisiez-vous au temps chaud

                          Dit-elle à cette emprunteuse. » 

                           La Cigale et la fourmi

Pourquoi Jean de la Fontaine s'était-il  passionné pour les fables, un genre qui existait depuis l'Antiquité, mais qui était resté mineur dans la littérature. 

Il arrive aux fables assez tard. Il a bien 40 ans quand il commence à en publier. Il a d'abord fait des textes de circonstance et des vers de mirliton avec ses amis. Il rime sur tout et n'importe quoi.[...]... Ce sont en quelque sorte leurs textos. Mais il a une immense culture latine et grecque. Il a lu les premiers fabulistes, Ésope et Ovide, bien sûr. L'autre raison pour laquelle Jean de La Fontaine s'intéresse aux fables c'est qu'il n'est pas parisien. Toute son enfance se déroule à Château-Thierry, avec une famille où on est maître des Eaux et Forets, c'est à dire fonctionnaire pour le compte du seigneur, lui même rendant des comptes au roi. Cette famille possède des fermes. La Fontaine passe sa très longue jeunesse à la campagne.

Avec sa femme, il est un peu chameau ! 

La Fontaine était typiquement le genre de gars qui n'aurait pas du se marie. Il n'est à l'évidence, pas doué pour l'amour, qui signifie préférence et abandon. Son bon génie, c'est l'amitié, avec Fouquet, Racine, Boileau et madame de La sablière, qui n'était sans doute pas sa maîtresse. L'amitié, c'est la liberté, pas l'exclusivité. J'ai adoré raconter son histoire de duel avec le cousin de sa femme. Il faut imaginer qu'il quitte, sans arrêt Château-Thierry pour courir le guilledou à Paris. Quand il revient, on lui apprend que le cousin de sa femme vient souvent chez lui.  Lui répond : « C'est très bien. »  Tout comme dans « Le loup et l'agneau » chacun aurait droit à son bout de rivière, si le loup n'était pas si con. Donc chacun à droit au corps de sa femme, c'est assez typique de La Fontaine. J'aime bien ce personnage cohérent. Mais on lui objecte que ce n'est pas possible ! Donc il provoque en duel le cousin, qui était sans doute son copain. Evidemment le duel dure peu parce que'on n'imagine pas La Fontaine très violent. Et puis les deux boivent un coup et La Fontaine retourne à Paris auprès de ses gourgandines. Pourquoi s'inventer des conflits ? Il déteste la guerre...[..]... Comme il est rarement présent, il ne voit pas pourquoi un cousin ne rendrait pas des hommages répétés à son épouse. 

 

 

 

Pour en savoir plus, retrouver ce magazine vieux de 20 mois... où acheter le livre d'Erik Orsenna : La Fontaine une école buissonnière , éditions Stock..

 

 

 

 

 

 

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