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A livre ouvert .... Jardins sans murs de Maurice Genevoix

15 Novembre 2020 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

En période de confinement sans sorties, sans voyages, il n’y a pas beaucoup de grains à moudre pour écrire quelques articles et il faut bien reconnaître que mes seules sources d'inspiration sont en ce moment la télévision, les journaux et ma bibliothèque trop pleine de vieux bouquins. Eh bien cette semaine très riche en heureux évènements (défaite de Trump, annonce d'un vaccin prometteur, les hommages à De Gaulle sans oublier le traditionnel 11 novembre et l'anniversaire de Pilou, en tête à tête devant une quiche Lorraine enrichie de bougies virtuelles).... Eh bien c'est la cérémonie d'accueil des cendres de Maurice Genevoix au Panthéon qui m'a le plus marqué. Même le Président de la République, dont je ne suis pas toujours fan de ses discours, fut bon. J'ai pris quelques notes : « Le lieutenant Maurice Genevoix entre ici avec ceux de 14, l'écrivain Maurice Genevoix entre ici avec toutes les figures qui habitent les milles pages de son chez d'œuvre, tout un peuple dressé face à l'épreuve et au tourment. Ils sont tous là.» C'était beau ! C’était lyrique !

Je ne suis pas fin connaisseur de Maurice Genevoix et j'en suis désolé. Je ne connaissais pas son chef d'œuvre Ceux de 14 que j'ai découvert lors de l'émission qui précédait la cérémonie. Dès que j'aurai le droit d'entrer dans une librairie je me le procurerai ...et peut-être que dans quelques mois ...... Par contre J'ai lu, il y a très longtemps, et beaucoup aimé Raboliot ... (Prix Goncourt 1925). J’aurais aimé en tirer quelques paragraphes mais je n'ai pas retrouvé le livre dans ma bibliothèque.... mais j'ai trouvé Jardin sans mur un petit livre de 250 pages datant de 1968, un ensemble de courts récits-mémoire, très agréables. Faute de Grive (Raboliot le braconnier) je vous offre quelques pages de fleurs et couleurs du Jardin sans mur. J’ai retenu le récit de grand mère page 83 à 85. Bonne lecture. 

Rien au premier regard, ne distinguait la maison de grand-mère, la troisième, des deux maisons qui la suivaient. Elles avaient toutes la même porte vitrée surélevée de quelques degrés, flanquée de hautes fenêtres aux rideaux de guipure à festons. Le même toit les couvrait toute les trois, un toit à quatre pans avec deux girouette au faite. Du côté de la rue, presque toutes les maisons se rassemblaient. Elles se guindent  entre leurs voisines; mais c'est un faux visage qu'elles montrent, un masque inexpressif qu'elles ont mis une fois pour toutes. Les maisons n'aiment pas la rue :  ce n'est pas leur gré qu'on les a bâties tout au bord. Alors elles vivent de l'autre côté, vers les cours.
Comment la maison de grand-mère, celle des deux dames Semat, la quatrième, et celle de la Fée rouge, la cinquième, pourraient-elles se rassembler ? Toutes ces dames sont veuves et rentières. Mais Fan, sait bien que leur veuvage, leurs petites rentes, ce n'est aussi que leur « côté sur la rue..» Chez grand-mère, dès le vestibule, l'air est tiède et doux à la peau. Il se colore d'un beau rouge à travers le vitrail de la porte intérieure. 
Chez les deux dames Semat, on a froid tout le long de l'année. L’été, leur vestibule sent la suie froide. Et l'hiver lorsque les deux dames, toutes jaunes sous leurs bonnets ruchés, allongent leurs mains vers leur cheminée, il semble que le feu même devienne froid. 
Quand au logis de la Fée rouge, Fan n'y a jamais mis les pieds : Dieu la préserve d'y entrer jamais ! Mme Pichard a peut-être cent ans. Elle porte, elle aussi un bonnet; mais tout noir, avec de petites perles de jais. Et, dépassant le bord du bonnet; mais tout noir, avec de petits bandeaux ceigne son front, où pas un cheveu blanc n'apparait. On croirait un casque de crins raides et serrés, d'une affreuse nuance roussâtre et poussiéreuse. Un jour, le vieux Daudet du moulin, le grand-père de Jean Sautiquet, a dit en respirant la poudre de feu pour son asthme, que Mme Pichard portait perruque. Ce n'est pas vrai : ces cheveux ne peuvent pas blanchir. Ils sont, justement, d'une puissance surnaturelle; comme la petite taie bleuâtre qui voile l'œil droit de M. Vaissade; comme la double boiterie de Ludovic. Tout cela, Fan le sait aussi.
 Il sait encore que grand-mère est très bonne. Père et maman disent qu'elle est  « faible », mais c'est un raisonnement de grandes personnes : servir à table des choses qu'on aime, de la salade confite ou de des fraises des bois à la crème, il parait que c'est être faible. Accueillir les compagnons de l'île, leur abandonner le jardin et les y laisser « entre eux.», il parait que c'est être faible.
Fan se rappelle : un jour de l'hiver dernier, grand mère les avait pris, Patou et lui, sur ses genoux, et ils causaient de cœur à cœur. Elle leur a dit comme en rêvant qu'elle avait eu une enfance triste. A l'âge de Fan, elle était f=déjà orpheline. « Son tuteur n'était pas méchant ; il était rude, c'était presque pis. Alors maintenant qu'elle était vielle, qu'elle avait des petits- enfants, elle se souvenait de son enfance à elle sans caresses et sans jardin.»
Pauvre grand-mère ! Ses yeux s'embuaient tandis qu'elle leur parlait ainsi. Quelle tendresse, quelle bonté dans ces yeux là ! Ils étaient bleus et transparents, aussi limpides que ceux de Patou. «  Maintenant, grand-mère, tu n'es plus triste, n'est ce pas? Tu nous as.» Elle les serrait goulûment contre elle. Elle disait :«Mon trésor, mon petit roi.» Tant pis, tant mieux, il n'y avait personne entre eux, ni fils, ni bru pour hausser les épaules et lui reprocher sa faiblesse.
 « Qui est là ? »
Au coup de sonnette de Patou, presque dans la même seconde, on entendait sa voix de l'autre côté de la porte. Le visage de Patou se mettait à rayonner. Il ne répondait pas et grattait tout doucement au carreau: c'était un jeu à lui qui le mettait dans le ravissement.
 « Qui est là ? » 
Tout à coup le loquet du vitrage claquait, et le vitrage s'entrebâillait.
" Ah ! Ah ! disait grand-mère, c'est un petit passant qui a faim, un pauvre chemineau qui demande l'hospitalité.
Oui, criait le bambin, c'est Patou ! Et fan Aussi, avec Justine ! Bonjour, grand-mère, ouvre tout de suite. »
Il était toujours trop pressé. Avec lu, aucun jeu ne pouvait durer.

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