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Philo bath ..... Descartes, le discours de la méthode

24 Novembre 2020 , Rédigé par niduab Publié dans #Philo bath

Né le 31 mars 1596 à la Haye en Touraine, René Descartes a très tôt manifesté sa curiosité pour les choses de la nature. Sa mère étant morte un an après sa naissance il fut élevé par sa grand-mère maternelle. Son père conseiller au Parlement de Bretagne, le surnomme son « petit philosophe » car il ne cesse de poser des questions. Sa famille, de petite noblesse, était suffisamment aisée pour que, devenu adulte, il ait pu se consacrer à la science et à la philosophie en étant dispensé de gagner sa vie.

Au collège des jésuites de La Flèche, où il est entré à 11 ans pour faire ses humanités (grammaire, histoire, poésie et rhétorique) et où il a ensuite étudié la philosophie (logique, morale, physique et métaphysique.) il a surpris ses maîtres par ses aptitudes intellectuelles. D'une santé fragile, il a bénéficié d'un régime de faveur, installé dans une chambre particulière et autorisé à travailler alité le matin. Une habitude qui lui a permis d'explorer les champs de connaissance à son rythme, de lire tout ce qui lui tombait sous la main et d'approfondir sa discipline de prédilection les mathématiques. Il conservera toute sa vie cette façon de travailler.
Quand il sort de La Flèche, en septembre 1615, son père l'incite à étudier le droit à Poitiers, où il passe l'année suivante son baccalauréat et sa licence. Se destinant au métier des armes, Descartes part en en avril 1619 pour Breda, au Pays bas, où il s'engage dans l'armée du prince d'orange et stathouder de Hollande. A Breda il se lie avec un jeune néerlandais de vingt-huit ans, Issac Beeckam, passionné comme lui par les sciences et les mathématiques. Celui-ci attire, notamment, son attention sur la possibilité de traiter la physique par des formules mathématiques, donnant ainsi une direction décisive à son esprit [1]. Le jeune Descartes oscille cependant toujours entre la vie militaire et la vie philosophique ; alors que se prépare la guerre de Trente ans qui devait déchirer l'Europe jusqu'en 1848, il se rend en Allemagne afin de s'engager dans l'armée catholique du duc Maximilien de Bavière. Lors d'une pause dans un petit village près d’Ulm, il s'installe dans une pièce avec un gros four. Au cours de la nuit trois songes perturbent son sommeil, qu'il ressent comme des messages, notamment le dernier, sous forme d'un recueil d'un poème dont le titre est « Quad vitae sectabor iter » (Quel chemin suivrai-je dans la vie?). Il y voit une référence à Pythagore qui l'invite à chercher la vérité et la fausseté dans les connaissances humaines. Longtemps Descartes, le cartésien, verra dans cette expérience mystique sa véritable entrée en philosophie.
Le renoncement définitif à la vie militaire ouvre une période de voyages en France et en Italie au cours desquels il s'efforça de déraciner de son esprit toutes les erreurs qui s'y étaient glissées auparavant. Il séjourne souvent à Paris et fréquente le milieu scientifique où sa notoriété ne cesse de grandir. Descartes se lie notamment avec le Père Mersenne qui deviendra son principal correspondant lorsqu'il sera définitivement installé en Hollande.
A l'automne 1628 Descartes, qui a 32 ans, décide de s'installer en Hollande afin d'y travailler en paix. Il y restera vingt ans, changeant régulièrement de ville et de résidence : Amsterdam, Utrech, Leyde et finalement Bergen. C'est dans ce pays qu'il atteint l'âge de la maturité. Son projet véritable, d'ordre philosophique, consiste à faire des mathématiques le modèle universel de la science et de la pensée. Il estime qu'elles sont, par la rigueur de leurs raisonnements et la certitude de leurs conclusions, supérieures à toutes les autres disciplines.
En 1633, il s'apprête à publier le Traité du monde, dans lequel il soutient la thèse du mouvement de la terre autour du soleil, quand il apprend la nouvelle de la condamnation de Galilée, ce qui l'incline à renoncer [2]. C'est donc le 8 juin 1637, à Leyde, que parait pour la première fois, anonymement, un texte de Descartes : il s'agit du Discours de la méthode. Les Méditations métaphysiques paraissent en 1641 à Paris ; puis soucieux d'assurer la diffusion de sa philosophie, Descartes publie à Amsterdam en 1644, les Principes de la philosophie. Son traité sur les passions, les Passions de l'âme, fruit d'un dialogue épistolaire avec la princesse Elisabeth de Bohème, sera en 1649, le dernier texte publié de son vivant. [3]  
Le Discours de la méthode [4] fait son chemin dans les esprits. Volontairement simple ce texte s'adresse à un public bien plus large que les savants et les théologiens. Il tient en point essentiel, la règle de l'évidence : ne rien recevoir sans examen et n'admettre comme vrai que ce qui résiste au doute. Se méfier des préjugés, n'accepter une croyance que lorsqu'elle entraîne une conviction intime, celle du « for intérieur » : le principe nous semble aujourd'hui évident, voir banal mais à l'époque où Descartes rédige son Discours de la méthode, il est pourtant subversif en insistant sur la nécessité de penser par soi-même, il inaugure le grand conflit de la raison moderne avec la religion. Ce qui parait contradictoire quand on rappelle que jusque là, Descartes a toujours évité le moindre conflit avec l'Église.
Avec les Méditations métaphysiques Descartes revint longuement sur son cheminement personnel et sur la nécessité pour tout sujet pensant de faire sa propre expérience de la connaissance, en rejetant tout ce qui est douteux. Une idée résumée dans la célèbre Cogito ergo sum, (je pense donc je suis). L'intuition n'y est plus comprise comme un obstacle à la connaissance mais comme un chemin amenant à découvrir par soi-même le fondement de toute vérité.
[5]
Mais en ce XVIIe siècle où les découvertes scientifiques se multiplient le système cartésien commence à révéler ses faiblesses. Une nouvelle génération de mathématiciens de physiciens, (Charles Huygens, Blaise Pascal, Isaac Newton ...) dénoncent les affirmations de Descartes et ne se gênent pas pour critiquer leur illustre prédécesseur. Convaincu, qu'il est, d'avoir posé les fondements de la science, Descartes supporte mal la contradiction, et plus il se défend plus il est attaqué. Les esprits ouverts l'accusent d'être idéologue et d'être resté scolastique. Et pourtant l'église, Jésuites en tête, interdit son œuvre dans les écoles de la chrétienté. Même les protestants hollandais rejettent ses idées.[6] et [7]
A plus de 50 ans il compte autant d'adversaires que d'admirateurs. Parmi ceux-ci il y a la reine Christine de Suède qui l'invite en 1649 à venir enseigner sa doctrine à Stockholm. Il s'y installe en septembre 1649, mais ne s'y plait pas et surtout il ne va pas supporter les rigueurs de l'hiver suédois. Il meurt de pneumonie le 11 février1650.
Pauvre Descartes ? Sur le plan scientifique, il faut bien reconnaître que ni la physique, ni les mathématiques n'ont vraiment résisté aux avancées de ses successeurs. Pourtant comme l'écrit d'Alembert dans le premier livre de l'Encyclopédie, en 1751, « Descartes a osé du moins montré aux bons esprits à secouer le joug [...] des préjugés et de la barbarie...»
Pourtant le fait est là : l'esprit cartésien, ce fameux « doute méthodique» à la lumière duquel Descartes prétendait passer au crible de la critique des idées reçues, à survécu à la révolution. S'affirmant en face de la religion, de la politique, de la culture, il a débordé de loin le cadre national français pour s'étendre à l'espace des démocraties du monde. Et il faut l'espérer, il survivra encore aux hommes à se défier de leurs propre Lumières.

Sources : Ca fait pas mal de temps que je voulais faire cet article de vieil étudiant et j'ai beaucoup lu pour arriver à comprendre le personnage. J'ai emprunté, bien évidement, et j'ai retenu en priorité un article des cahiers de Science et vie d'octobre 2018 consacré aux hommes de génie, où j'ai trouvé une magnifique analyse de Pascale Desclos intitulée « Descartes sans l'ombre d'un doute.» (Pages 44 à 49.). Mes emprunts furent mesurés en essayant d'alléger quelque peu les paragraphes sans dénaturer l'essentiel, notamment quand l'auteur évoque les publications de Descartes. Chaque fois que je le pouvais j'ai intercalé des paragraphes, également allégés, du philosophe et ancien ministre Luc Ferry dans son livre-CD Descartes « Je pense donc je suis » dans la collection Sagesses d'hier et d'aujourd'hui, trouvé au chapitre élément de biographie. (Pages 51 à 55). 
Enfin le lecteur pourra trouver ci-après quelques précisions ou explications du professeur Pierre Guenancia que j'ai relevé dans i'Obs du 10 au 16 août 1917. L'article était une interview et je n'ai retenu, très partiellement, que les réponses du professeur de philosophie. J'ai référencé par un report [1] à quel paragraphe du texte précédent il se rapporte.

[1] Les essais « La dioptrique » et « Les météores » le font connaître dans toute l'Europe savante. Il contribue comme Galilée à édifier la nouvelle physique en formulant le principe d'inertie. Sa géométrie algébrique, qui permet d'exprimer les tracés de figure des équations, est en quelque sorte le joyau de son travail.

[2] Apprenant les ennuis de Galilée au sujet de l'héliocentrisme, Descartes n'a pas publié son « Traité du monde », mais il l'a résumé quelques années plus tard dans le « Discours de la méthode ».

[3] Descartes ressentait une profonde admiration pour la princesse Elisabeth. C'est en correspondant avec cette toute jeune femme qu'il livre ses réflexions les plus profondes, faisant même preuve de modestie, qui n'était pourtant pas sa qualité première. Elle le pousse à s'expliquer sur ce qu'il avait laissé dans l'ombre : à savoir la difficile question de l'union de l'âme et du corps, deux dimensions totalement distincte mais pourtant liées en l'homme. 

 [4] Le « Discours de la méthode » débute par cette phrase célèbre « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » Tout ce qui est profond doit pouvoir être dit et entendu: la vérité n'est pas une affaire d'initiée, la vérité philosophique moins encore. Elle doit pouvoir être constatée, observée par chacun.......C'est pourquoi il rédige le « Discours de la méthode » en français et non en latin, langue des doctes.

 [5] Il y a un avant et un après- Descartes. Son génie, c'est d'avoir perçu cette chose fondamentale et évidente : nous pensons et tout découle de ce principe et de cette certitude absolue. « Je pense donc je suis » n'est ni un théorème ni intuition existentielle, mais le point de départ d'une méthode de découverte et d'analyse des données les plus certaines de l'esprit.

[6] Pour la scolastique, la philosophie devait être servante de la théologie, apprenait-on dans les écoles où tous discours relatifs à Dieu étaient prohibés. Descartes entendant, à l'inverse, « Jeter la clarté » en tout domaine et « ouvrir grand les portes et les fenêtres » dissiper les ténèbres  dues à l'ignorance des mois et des phénomènes naturels. 

[7] Descartes rejette l'autoritarisme de ceux qui veulent que l'on obéisse plutôt que de chercher à comprendre. Lui-même a souffert des attaques et percutions de théologiens qui l'accusaient d'athéisme pour avoir cherché à démontrer l'existence de Dieu. Il est vrai que sa conception de Dieu n'est pas religieuse. Son Dieu n'a pas de figure particulière, ce n'est pas Jésus-Christ ou tel prophète, mais comme le dira plus tard Kant, une idée de la raison. 

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