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A livre ouvert..... Les racines du ciel

10 Décembre 2020 , Rédigé par niduab Publié dans #à livre ouvert

Je vais commencer cet article par quelques extraits de la préface de l'auteur ; une préface qui n'est pas d'origine, en 1956, quand ce livre est sorti et obtint le prix Goncourt. Romain Gary a jugé utile d'ajouter cette préface lors d'une réédition en 1980. 

« On a bien voulut écrire, depuis la parution de ce livre il y a 24 ans, qu'il était le premier roman « écologique », le premier appel au secours de notre biosphère menacée. Je ne mesurais cependant pas moi-même, à l'époque, l'étendue des destructions qui se perpétraient ni toute l'ampleur du péril... [...].. 
On mesurera, en 1980, le chemin parcouru. Sur toute la terre les forces s'organisent et une jeunesse résolue est à la tête de ce combat. Elle est ne connaît certes pas le nom de Morel, le pionnier de cette lutte et le héros de mon roman. C'est sans importance.... [...]...
J'ai situé mon récit dans ce qu'on appelait encore en 1956 l' "Afrique- Équatoriale Française" parce que j'y ai vécu et peut-être aussi parce que je n'ai pas oublié que ce fut l'A;E.F. qui, la première, répondit jadis à un appel célèbre contre l'abdication et le désespoir et que le refus de mon héros de se soumettre à l'infirmité d'être un homme et à la dure loi qui nous est faite rejoignait ainsi dans mon esprit d'autres heures légendaires....
Les temps n'on guère changé depuis la publication de cet ouvrage: on continue à disposer tout aussi facilement des peuples au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. La prise de conscience « écologique » elle même se heurte à ce que j'appellerais l'inhumanité de l'humain. Au moment où j'écris, 1200 éléphants viennent d'être massacrés au Zimbabwe pour protéger l'habitat des autres espèces... Il s'agit là d'une contradiction fondamentale qu'aucune pensée, aucune religion ne sont parvenues à résoudre... [....]...Les éléphants de mon roman ne sont dons pas nullement allégoriques : ils sont de chair et de sang, comme les droits de l'homme justement »

Il paraît qu'il se tue en Afrique équatoriale trente mille éléphants par an, et le cheptel à défenses de tout le continent s'en trouve dangereusement affaibli. Les marchands d'ivoire sont intéressés à ce massacre, mais la viande de ces pachydermes est aussi grandement appréciée et recherchée de la population noire du Centre africain, sous-alimentée et qui a besoin de protéines.
Les spécialistes se sont préoccupés du problème de la disparition des éléphants, et des congrès internationaux ont eu lieu, ces dernières années, pour organiser la protection de la faune et de la flore mondiales, également menacées par la modernisation de l'univers. C'est là-dessus que M. Romain Gary est parti pour organiser son roman, plus livre à idées que roman bien que l'anecdote en soit traitée avec une vie extraordinaire. Diplomate en poste en Afrique noire, les fonctions et séjour de M. Gary lui ont permis de s'initier à ces questions, que le conteur a su traduire en forme concrète dans une passionnante aventure, animée par une conviction pressante....[...]... Un Français, Morel, ancien résistant et déporté en Allemagne, venu traîner ses chausses en Afrique-Équatoriale française, a pris fait et cause pour les éléphants, dont il vaudrait empêcher la disparition. C'est un homme qui aime la nature, les bêtes et l'homme lui-même qui au milieu des atrocités de la guerre et de l'ignominie des camps... [...]... et devant les folles perspectives, rêve encore d'une marge de liberté, de respect et de dignité assurée à l'humanité pensante dans le respect de la nature. Je dis qu'il rêve, mais c'est une façon de parler, étant tout le contraire d'un rêveur, et dans sa croisade pour les éléphants il se montre un être d'action résolu et de vigoureuse énergie. Il a commencé par des pétitions raisonnables en faveur d'une réglementation de la chasse. Il a intéressé un peu partout à la protection de ses chers animaux d'innombrables amis des bêtes. Il promène dans ses prospections africaines une serviette gonflée de signatures, qui ne le quitte pas, non plus qu'une efficace carabine. Il a provoqué en France, en Scandinavie, en Amérique, un fort mouvement de sympathie, et son obstination a fini par l'assurer d'une belle réputation de générosité autant que de bizarrerie.
(Extrait du journal Le Monde du 24 octobre 1956) 
Il n'avait pas du tout l'air d'un rogue __ c'est ainsi qu'on l'avait surnommé, par allusion à cet éléphant qui vit seul, porte en général une blessure secrète et finit par devenir méchant et hargneux au point de vous attaquer. Il était plutôt costaud, râblé, avec un visage énergique et un peu sombre et les cheveux châtains et bouclés, qu'il écartait parfois d'un geste vif __ tout ce qu'il faisait, il le faisait avec brusquerie __ On sentait qu'il n'aimait pas les hésitations. On l'avait fort peu vu à Fort Lamy. Plus tard on découvrit qu'il avait pourtant vécu un certain temps dans la ville indigène __ On ne lui avait pas prêté attention. Ce n'est pas d'ailleurs, qu'il cherchât à passer inaperçu. Au contraire, il avait trouvé moyen d'ennuyer à peu près tout le monde avec une histoire embrouillée et ridicule de pétition au gouvernement. « Il paraissait sûr qu’on n’allait pas refuser, bien qu’il n’y eut pas une seule signature en bas du texte.» En général, au premier mot de pétition, les gens lui tournaient le dos, en disant qu'ils ne s'intéressaient pas à la politique. « Il ne s'agit pas de politique voyons.» s'exclamait-il aussitôt avec irritation. « Il s'agit d'une simple question d'humanité.» (Extrait du roman page 36)
Morel rencontra pour la première fois Minna au "Tchadien" une fin d'après-midi alors qu'elle choisissait, derrière le bar les disques pour la soirée... [...]...__ Je voudrais parler à Habib __ il n'est pas là. __ Vous êtes Allemande ? __ Oui __ Eh bien nous sommes presque compatriote, J'ai été déporté pendant la guerre, et je suis resté deux ans dans différents camps __ Vous êtes planteur ? __ Non je m'occupe des éléphants __ Vous connaissez M. Haas, alors Il travaille pour les zoos et les cirques __ Je connais M. Haas, dit-il lentement. Il y a longtemps que je l'ai repéré... Un jour ou l'autre M. Haas sera pendu. Non, mademoiselle je ne capture pas les éléphants. Je me contente de vivre parmi eux. Je passe des mois entiers à les suivre, à les étudier, à les admirer, plus exactement. (Extrait du roman page 48)...... __ Et voilà mademoiselle pourquoi je suis en Afrique, voilà ce que je défends. Et quand il y a quelque part un salaud de chasseur qui tue un éléphant, j'ai une telle envie de lui loger une balle là où il aime bien ça, que je n'en dors pas la nuit. Et voilà pourquoi aussi j'essaye d'obtenir des autorités une mesure bien modeste.... Il ouvrit sa serviette, pris une feuille de papier et la déplia soigneusement sur le comptoir. __ J'ai là une pétition qui demande l'abolition de la chasse à l'éléphant sous toutes ses formes, à commencer par la plus ignoble, la chasse pour le trophée, pour le plaisir, comme on dit. C'est le premier pas, et ce n'est pas grand-chose. Ce n'est pas trop demander. Je serais heureux si vous pouvez signer là.... Elle a signé. (Extrait du roman page 56)......
Dans la colonie il y avait un homme qui n'était pas de la race des dupes ce fut bien Orsini, l'ancien chasseur.... N'avait-il pas clamé dès le début que l'homme était dangereux, que semblable affaire risquait de mettre l'Afrique à feu et à sang... [....]... En dehors de lui, le seul qui prêta à Morel quelque attention fut le Père Fargue, qui s'occupait plutôt des lépreux. Ancien aumônier de l'aviation de la France libre c'était un franciscain qui avait le verbe violent, la bonté colérique, facile le coup de point sur la table.... un homme se présenta devant lui, à la mission de Fort Lamy et vint lui coller sous le nez une pétition ridicule où il était question de défendre des éléphants. __ Vous pouvez vous les fourrer quelque part, vos éléphants, avait gueulé le Révérend Père, et il poursuivi : Il y a sur ce continent je ne sais combien de lépreux, sans parler de toutes les autres maladies. Et vous venez m'emmerder avec des éléphants __ Écoute-moi bien curé répondit Morel : bon tu es missionnaire; bon tu as toujours le nez en plein dedans. Je veux dire, tu voies toutes les plaies et toutes les laideurs à longueurs de journée....., la misère humaine quoi. Alors quand quant tu as bien vu tout ça, quand tu as bien torché le derrière de l'humanité, est ce que t'as pas envie de voir quelque chose d'autres, quelque chose de beau pour une fois et de libre....même si ça n'est que pour continuer à croire en ton dieu. Alors, signe la pétition. Pas la peine d'avoir les jetons : ce n’est pas avec le diable que tu signes. C'est seulement pour qu'on ne tue plus d'éléphants...... Et rappelle-toi curé, qu'ils n'y sont pour rien dans toutes nos cochonneries. Ils ne sont pas coupables.__ Qui ça? gueula Fargue. __ Les éléphants curé __  Nom de.... mais il se rattrapa à temps : Assieds toi là... [...]... Le gars s'assit, racontait plus tard Fargue au Père Tassin qui était venu le voir..... et nous sommes restés un moment à nous regarder. Vous comprenez, il me poignardait dans le dos, ce salaud-là, avec ses éléphants « qui n'étaient pas coupables ». Ce que ce cocu était en train d'insinuer c'est que les hommes, eux, étaient coupables et qu'est ce que je pouvais lui répondre, moi un curé....Il me poignardait dans le dos, il me visait dans ma religion.... [...]... Je lui répétai que s'il avait besoin d'oublier les hommes, de se tourner vers quelque chose d'autre et de vraiment grand, il avait tort de s'arrêter aux éléphants. Il ferait mieux de défendre un animal qui était encore plus menacé d'extinction dans le cœur de l’homme, c'est à dire le Bon Dieu ! Il eut une espèce de sourire et me dit: « Ca se peut curé, mais dis-moi, qu'est ce qui t'empêche de signer ? C'est pas ton âme qu'on te demande. C'est seulement une signature. Tout ce que je veux, c'est qu'on ne tue plus les éléphants. C'est pas bien méchant. Alors, qu'est ce que t'a à te tortiller? » Je dois dire que là il me tenait. C'est vrai, qu'est ce qui m'empêchait de signer ? . J'en suis resté comme deux ronds de flan..... J'ai finit par me mettre en rogne et je l'ai foutu à la porte, lui et ses éléphants. Mais ça a continué à me turlupiner. Pourquoi n'ai-je pas signé? Ca n'a aucune importance, ce n'était pas de la politique, l'évêque n'aurait rien pu dire. J'ai pas pu roupiller la moitié de la nuit, en cherchant la raison et finalement je crois que j'ai mis le doigt dessus : J'ai pensé à tous les copains qui ont donné leur vie pour quelque chose de propre, et j'ai trouvé qu'il charriait vraiment celui-là avec ses éléphants. Il y en avait que pour eux. Et puis je n'aime pas les désespérés, chaque fois que j'en vois un j'ai envie de lui botter le cul. Le père Tassin l'interrompit doucement : « Je voudrai rencontrer ce garçon », dit-il. (Divers extraits du roman de la page 37 à la page 63)
Morel commence même par inquiéter l'opinion : gouverneur et administrateurs locaux, chefs de cercle, émus des manifestations de ce maniaque qui, de simple protestataire, tourne peu à peu à l'agitateur. De la pétition il a passé à l'action directe, et bientôt, accompagné de partisans fanatisés et aussi détachés que lui de ce monde de l'ordre, où 60 % de la population du globe crève de faim, il entreprend de corriger à coups de fusil les ennemis des éléphants: marchands d'ivoire, organisateurs de grandes chasses et chasseurs. Ses expéditions punitives vont jusqu'à incendier les magasins et les habitations de ceux qu'il tient pour responsables des tueries et de leur basse exploitation commerciale. (Nouvel extrait du journal Le Monde.)
Puis les évènements de précipitèrent dans un crescendo effarant, et la ville entière passa d'abord de l'incrédulité à la stupeur, ensuite à l'indignation, pour finir, lorsque les premiers envoyés spéciaux des journaux commencèrent à débarquer d'avion à Fort Lamy, dans une sorte de fierté de propriétaire......Langevielle, qui avait été autorisé à chasser les troupeaux d'éléphants qui ravageait régulièrement sa plantation et les potagers des indigènes fut ramené dans un avion sanitaire à l'hôpital de Fort Lamy avec une balle dans la jambe. Il n'avait rien vu, rien entendu, simplement au moment de tirer sur le plus beau mâle d'un troupeau de quarante bêtes qui étaient en train de dévaster méthodiquement un champ, il avait eu la jambe traversé par une balle. Puis, Haas arriva sur une civière au poste d'infirmerie d'Assuas. Il hurlait dans son hollandais natal des jurons bien fournis à cet égard. Il avait les fesses labourées d'une balle du même calibre que celle qui avait interrompu si malencontreusement le beau coup de fusil de Langevielle... [...]...Et cette balle ? demanda Schölscher. Le visage du Hollandais prit un air malin : __ C'est cet imbécile d'Abdou grogna Haas. C'est la dernière fois que je lui confie un fusil. __ J'ai parlé à vos boys, dit le commandant. Vous leur avez bien appris leur leçon, mais vous sous-estimez le prestige de l'uniforme. Tout ce qu'ils savent, c'est qu'ils vous ont trouvé couvert de sang et disant des gros mots. Haas parut se résigner __ Écoutez vieux, je vais vous le dire, mais que ça reste entre nous. Si on connaît l'histoire, je serai la risée de la colonie. Schölcher attendait. __ La vérité est que lorsque j'ai vu l'éléphant arriver sur moi, j'ai perdu complètement la tête, j'ai mal visé et je me suis logé une balle dans le cul. Schölscher se leva __ Bon, dit-il. C'est bien ce que je pensais. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi vous cherchez à protégez le tireur. Le vieux Hollandais leva la tête ; il avait l'air sérieux et un peu triste : __ Figurez-vous Schölscher que moi aussi j'aime les éléphants, dit-il. Si je fais ce métier c'est parce qu'il me permet depuis trente ans de vivre parmi eux, de les connaître, et je sais moi, que chaque éléphant que je prends c'est autant de moins pour les chasseurs..... Schölscher se leva et dit : __ Le meilleur service que vous puissiez rendre à ce malheureux, c'est de nous aider à lui mettre la main dessus. Sans ça, la prochaine fois, il va tuer quelqu'un et nous ne pourrons plus rien pour lui. Il ira pourrir en prison. (Divers extraits du roman de la page 66 à la page 72)..... [...]...
Schölscher passa les quelques jours suivants dans la brousse sur les traces de Morel, qu'on signalait un peu partout, mais chaque fois qu'il interrogeait les indigènes dans un village il ne rencontrait que des visages vides.... Un soir qu'il rentrait à Fort Lamy vers une heure du matin et à peine couché, il fut tiré de son lit par un ordre urgent du Tchad. Il arriva au milieu d'un véritable conseil de guerre. Le gouverneur était en train de dicter des télégrammes. En sa compagnie se trouvaient le secrétaire général Froissard et le colonel Borrut, commandant militaire du Tchad. Un peu à l'écart se tenait Laurençot  l'inspecteur des chasses, un colosse noir qui n'avait pas beaucoup le sens de la hiérarchie administrative. Le gouverneur accueillit le nouveau venu avec impatience : __ Ah, Schölscher...tout de même ! je suppose que vous n'êtes au courant de rien, comme d'habitude?....Peut-être avez vous cependant entendu parler d'Orlando ? .... Schölscher sourit. Depuis trois semaines, l'Afrique équatoriale retentissait au nom d'Orlandeau. Son arrivée avait été précédée de tant de télégrammes officiels de recommandations, d'instructions confidentielles... Orlando était le journaliste le plus célèbre des États-Unis, un chroniqueur lu, écouté à la radio et admiré à la télévision américaine et les consignes de Paris étaient de faire bomme impression sur lui... [...]... Et voila dit le gouverneur en repoussant le tas de télégramme loin de lui. A Paris et à Brazzaville on n'est pas très content de moi. J'ai quarante huit heures pour arrêter Morel, car, bien évidemment je lui aie mis ça sur le dos. Notre version a été immédiatement qu'il s'agit d'un fou, de misanthrope, qui s'est mis en tête de défendre contre les chasseurs..... Schölscher et Laurençot sortirent ensemble, la nuit était encore là et marchèrent un moment en silence avant que Laurençot se lâche « Comment pouvons nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les plus nobles manifestations de la vie ? Ce Morel, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il va peut être réussir à ameuter l'opinion public. Bon dieu, je me sent capable de rejoindre don maquis, son noyau de résistance....» (Divers extraits du roman de la page 73 à la page 83)
Tous ces remuements africains, dont Morel est cause, ont fait du bruit à Paris même ; le gouvernement a donné des ordres pour empêcher de nuire ce gêneur, et le gouverneur est bien embêté des complications qui s'ensuivent ; d'autant qu'un des magnats de la presse des États-Unis, Ornando, a voulu venir voir sur place ce que c'était que le tapage mené autour de ce Morel et de ces éléphants, et, s'étant mis à en tuer lui aussi quelques-uns pour agrémenter ses week-ends, reçoit à son tour une balle vengeresse de l'implacable ami des bêtes. Il n'en mourra pas. Morel n'étant pas un tueur. Mais l'incident a retenti, et l'affaire Morel a remué toute l'Amérique ; au reste, Ornando n'a pas porté plainte contre l'énergumène courageux. Morel n'en a pas moins à ses trousses, à travers pistes et forêts, toute la maréchaussée d'A.-E. F., tirailleurs et méharistes y compris. (Nouvel extrait du journal Le Monde.)
Ornando reçut le gouverneur dans sa chambre à l'hôpital De fort Archambault. Il pouvait à peine parler.... Il ne s'était pas plaint, n'avait pas dit un mot, et s'était contenter de saigner en silence.... A présent il observait les vœux de bon rétablissement que le haut fonctionnait lui exprimait.... __ Dites lui bien monsieur, conclut le gouverneur, que le coupable recevra le châtiment qu'il mérite. Le secrétaire traduisit. Ornando s'anima soudain...__ M. Ornando vous demande instamment de laisser cet homme tranquille, traduit-il enfin. Il y tient essentiellement... Le gouverneur eut un sourire entendu.__ C'est très généreux de la part de M. Ornando, et veuillez le remercier, dit-il, Nous informeront la presse de ce geste.... Néanmoins, la justice suivra son cours. M Orlando n'est d'ailleurs pas le seul à avoir été attaqué par cet individu...... Orlando se mit subitement à gueuler... Le secrétaire affolé traduisit __ M. Ornando me prie de vous dire que si vous touchez à un cheveu de cet homme  il mènera pendant des années, s'il le faut une campagne contre la France, dont votre pays se souviendra longtemps..... Et Par ailleurs il vous propose, à vous personnellement, vingt mille dollars pour laisser cet homme en paix.... Le gouverneur se mit à vociféré à son tour; il hurla quelques phrase au nom de la France, puis rugit en frappant sa légion d'honneur puis tourna les talons en criant encore des mots comme honneur et dignité. Arrivé à l'aéroport il annonça au colonel commandant la place, qu'il avait quarante huit heure pour mettre la main sur Morel et l'amener menotter à Brazzaville.....Puis il prit l'avion pour rentrer à Fort Lamy où l'attendaient trois envoyés spéciaux arrivés de Paris le jour même et Air France en annonçait de nouveaux pour le lendemain. Les journalistes criblèrent de questions le gouverneur. Pouvait-il leur donner quelques renseignements sur ce Morel... [...]...Il parvint quand même à monter dans sa voiture...__  Ouf ! Eh bien mes enfants, qu'est ce que vous en dites? Pas une un mot au sujet d’Ornando ! Tout ce qui les intéresse c'est Morel. __ Les journaux ne parlent en effet que de lui dit Foissard, le public se passionne toujours pour les histoires d'animaux. Il y a tout ce qu'il faut pour rendre l'affaire romantique à leurs yeux. __ Oui, eh bien, je ne tiens pas à jouer au traître dans cette affaire. Ce qui me fait penser... Comme j'aurai sans doute à recevoir les journalistes dans mon bureau, vous allez me faire le plaisir d'enlever les défenses d'éléphants qui couvrent les murs. Sans ça, vous voyez ce que ça va donne, s'ils prennent des photos ?
Schölscher sourit. __. Vous pouvez sourire mon ami, mais après leurs questions, on voit très bien où vont les sympathies du public. Ce n'est pas que je cherche la popularité, ce n'est pas mon tempérament, mais je ne tiens pas non plus à passer pour une espèce de bureaucrate sans trace de sensibilité. Vous allez voir que si l'on met pas rapidement la main sur ce salopard il deviendra un héros. Qu'est ce qu'ils disent à Paris ? __ Il semble avoir tout dit pour l'instant pour le moment monsieur le gouverneur. Par contre..... Par contre, concernant Morel, il y a du nouveau...__ Alors? Alors qu'est ce qu'il y a encore ? __ Il a attaqué une plantation, la plantation Sarkis. Le Syrien n'était pas là, mais ils ont brulé sa maison. Car il n'est plus seul: il a toute une bande avec lui. __ Eh bien, j'aime encore mieux ça, dit lentement le gouverneur. Au moins à présent c'est clair et net. Nous avons affaire à un vulgaire bandit, qui en est réduit à brûler les fermes. Oui, j'aime mieux çà. S'il s'agissait vraiment des éléphants, il serait à peu près difficile de faire quelque chose contre lui...Il est difficile de lutter contre les légendes. Mais comme ça il n'y a plus à hésiter. C'est un desperado, probablement le dernier aventurier de l'Afrique.
(Divers extraits du roman de la page 83 à la page 95). 

Voila un article de blog bien assez long: j'en suis au chapitre XIV page 99, d'un magnifique roman qui comporte quarante XXXX chapitre et se termine à la page 495. J'ai donc présentés aux lecteurs de ce blog  20% du roman, la première partie où presque tous les personnages de l'histoire sont présentés. J'ai ajouté aussi quelques extraits d'un article du Journal Le Monde su 24 octobre 1956 que j'ai trouvé sur internet à l'adresse suivante pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sans avoir à se taper 500 pages de lecture, ce qui serait regrettable. 

Dans quelques temps je vais faire un article ciné-cure concernant le réalisateur John Huston dont la filmographie est exceptionnelle...... sauf que le film qu'il a fait en adaptant le roman de Romain Gary est loin d'être un chef d'œuvre. Il vaut mieux lire le roman. 
 


 

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