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Presse aidant..... Article hommage du journal le Monde à Henri Vernes

31 Juillet 2021 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

 J'ai appris par Le Journal Le Monde daté du 29 juillet 2021 le décès de Henri Vernes l'auteur de romans dont le héros est Bob Morane, une série qui a bercé mon adolescence notamment mes années de pensionnat quand j'avais de 13 à 15 ans et ça remonte à plus de 60 ans. 

En mars 2017 j'ai déjà proposé un article intitulé « Rencontre avec Henri Vernes.» Le lecteur pourra s'y reporter avant ou après avoir lu l'article du journal Le Monde qui suit. 

Henri Vernes, romancier, créateur de Bob Morane.  

Si on arrête on est mort confiait Henri Vernes en 2012, alors qu’il n’avait « que » 93 ans. L’écrivain belge était toujours aussi infatigable. Il a rendu les armes, plutôt la plume, le 25 juillet, à l’âge de 102 ans. Bien qu’il ait écoulé 40 millions d’exemplaires de ses livres en soixante ans de carrière, Henri Vernes fait partie de ces romanciers éclipsés par la notoriété des héros qu’ils ont créés. Le sien s’appelle Bob Morane et a suscité l’admiration de plusieurs générations d’adolescents. L’écrivain mena dans sa jeunesse une vie presque aussi rocambolesque que celle du célèbre aventurier. Né le 16 octobre 1918 à Ath, dans la province de Hainaut, en Belgique, élevé par ses grands-parents à la suite du divorce de ses parents, Charles-Henri Dewisme, de son nom d’état civil, est tombé à 19 ans sous le charme d’une Chinoise rencontrée dans le port d’Anvers. Il la suivit à Canton, où la dame tenait ce qu’il faut bien appeler un bordel flottant. Rentré au pays, il épousa la fille d’un diamantaire et s’engagea dans le négoce des pierres précieuses. Pendant la seconde guerre mondiale, épris d’une agente du MI6, il travailla comme espion pour les services secrets britanniques.

 Il a publié en 1944 un premier roman, la porte ouverte, passé inaperçu. A la Libération, il vivait à Paris où, assure-t-il dans ses Mémoires (Jourdan, 2012), il fit la connaissance de Jean Cocteau, de Blaise Cendrars et de Juliette Gréco. Il collabora à divers journaux, en qualité de correspondant ou de nouvelliste et, en 1949, signa un roman noir, La Belle Nuit pour un homme mort (réédité en 2012 aux éditions Lucien Souny).

Quatre ans plus tard, une rencontre changea sa vie. Le directeur littéraire des éditions Marabout cherchait, en vue d’une collection destinée aux adolescents, un auteur assez prolifique pour donner rendez-vous à ses lecteurs tous les deux mois en librairie. Charles-Henri Dewisme fit l’affaire. Pour lui, il s’agissait d’un travail alimentaire.. 

Le 16 décembre 1953 parut La Vallée infernale, signé du pseudonyme Henri Vernes, la toute première apparition de Bob Morane, trentenaire aux multiples talents. Orphelin de père et de mère, ce jeune Français diplômé de Polytechnique, aux yeux gris acier, aux cheveux noirs coupés en brosse et à la carrure athlétique, est un héros de la bataille d’Angleterre. Dans la Royal Air Force (RAF), il était flying commander, un grade imaginaire correspondant à la fonction de chef d’escadrille. Autant dire qu’il sait aussi bien piloter des avions de chasse que conduire d’une main, à tombeau ouvert, sa Jaguar type E, à moins que ce ne soit sa petite Citroën, plus discrète. 

Nyctalope et polyglotte, il est expert dans le maniement d’un grand nombre d’armes, maîtrise pratiquement tous les arts martiaux et a des relations bien placées dans différents services secrets. Question train de vie, il n’est pas démuni non plus, possédant un appartement quai Voltaire, à Paris, un monastère en Dordogne et un domaine au bord d’un lac péruvien.

 Signée du dessinateur Pierre Joubert, la couverture de ce premier volume des aventures de Bob Morane met en scène le jeune homme en vareuse, cartouchière à la ceinture, se battant dans la jungle contre des guerriers indigènes. Comme on l’apprend dans le récit, l’action se situe en Nouvelle-Guinée et les locaux – du moins les méchants, car il y a aussi les bons… – sont des Papous, bien sûr, anthropophages !

 Le succès fut immédiat. Et durable. S’ensuivirent, dans l’aventure, l’espionnage ou la science-fiction, plus de… 220 titres, étalés sur un demi-siècle ! Car, jusqu’en 2011, Henri Vernes a tenu la cadence sans faiblir. Seules les cinq dernières livraisons, à partir de 2012, sont écrites et cosignées par des auteurs travaillant sous son autorité. a-t-il raconté dans ses « J’écrivais… J’écrivais… écriture automatique, presque. Ma machine à écrire cliquetait au hasard d’une imagination que je ne maîtrisais pas bien, que je ne tenais pas à maîtriser. Un roman doit épouser les hasards de la vie, être lui-même le résultat du hasard, et j’y allais sans savoir exactement où j’allais », Mémoires.

A Bob Morane, Charles-Henri Dewisme a donné sa propre date de naissance, un 16 octobre. Il lui a aussi prêté les vies qu’enfant il s’inventait et l’a fait énormément voyager. D’un volume à l’autre, les ennemis du célèbre justicier se succèdent, et les années filent, sauf pour lui qui reste âgé de 33 ans.

Charles-Henri Dewisme soutenait que, dans un roman d’aventures, le personnage le plus important est le méchant. Aussi soigna-t-il ses portraits de tueurs à gages, psychopathes et savants fous qui, régulièrement, défiaient son héros. L’Ombre jaune, alias Monsieur Ming, scientifique immortel et ennemi absolu. L’adipeux espion Roman Orgonetz, d’une laideur repoussante. Le D Xhatan, maître de la lumière et spécialiste des enlèvements. Jules Laborde alias le Tigre, un ex-clochard sur lequel des scientifiques ont provoqué des mutations génétiques. Les Hénaurmes, surnom de trois frères (Hink, Honk et Hunk)  qui vendent leur force physique au plus offrant. Miss Ylang-Ylang, la belle Eurasienne à la tête d’une organisation de mercenaires.

 La liste des personnages acharnés à la perte de Bob Morane ou, ce qui revient au même, à celle de l’humanité, est aussi diverse qu’infinie : coupeurs de tête, dictateurs, vampires, extraterrestres, hommes-oiseaux, dragons… Subtilité : le grand amour – strictement romantique – de sa vie est Tania Orloff, . la nièce de l’Ombre jaune, qui ne l’aime pas mais le respecte, ce qui fait de ces deux-là un couple paradoxal. 

Guidé par son sens aigu de la justice, l’intrépide jeune homme non seulement parcourt la planète, mais se hasarde aussi dans l’espace et dans des univers parallèles. En témoigne Le Cycle d’Ananké, cinq volumes parus dans les années 1970 où, toujours flanqué de son inséparable compagnon, le colossal et jovial Ecossais Bill Ballantine, lui aussi ancien de la RAF, Bob Morane doit franchir les « onze murailles » (jardin des morts, grand désert blanc, porte de glace, etc.).

Cette incursion dans la science-fiction recueille un tel succès auprès des lecteurs qu’il conduisit Henri Vernes et son dernier éditeur, Claude Lefrancq, à baptiser Ananké la maison d’édition qu’ils fondèrent ensemble en 2001.

 En 1982, le groupe de rock Indochine lui consacra un hymne avec son tube ( ). L’Aventurier « Et soudain surgit face au vent Le vrai héros de tous les temps, Bob Morane contre tout chacal, L’aventurier contre tout guerrier… » Cette année-là et jusqu’en 1988, alors que Bob Morane était provisoirement en sommeil, l’écrivain donna vie, sous le pseudonyme de Jacques Colombo, à une autre série de onze livres intitulée Don, dont le héros tente d’échapper à des parrains de la pègre et multiplie actions violentes et scènes de sexe. Car si Morane est chaste, Don est un séducteur érotomane. En recourant à une nouvelle signature, Charles-Henri Dewisme cloisonnait ses registres d’écriture, évitant ainsi que ses jeunes lecteurs ne soient attirés par sa « série rose ». Décidément producteur au kilomètre, il a publié aussi, avant et après avoir créé son héros principal, d’autres livres, plus ou moins pour adultes, sous d’autres pseudonymes encore : Jacques Seyr, Lew Shannon, Pat Richmond et Ray Stevens. Mais jamais aucun de ses autres personnages n’a atteint le statut de mythe adolescent et de phénomène éditorial qui reste celui de Bob Morane. Ses aventures, traduites en dix-huit langues, dont le russe et le japonais, ont été adaptées en BD, dessins animés, séries télévisées et jeux vidéo. Contrairement à certains de ses fans qui, une fois adultes, s’extasient des romans qui ont bercé leurs jeunes années, Henri Vernes n’idolâtrait pas son héros : lit-on dans ses  mémoires« On n’éprouve de la nostalgie que pour les choses qui en sont dignes »

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