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Presse aidant .... Les partenaires de l'U.E. du président Macron sont plus conscients du chemin accompli depuis 2017 que ses concitoyens.

26 Avril 2022 , Rédigé par niduab Publié dans #Pressa aidant

C'est une chronique géopolitique de Sylvie Kaufman, publiée dans le journal Le Monde du 21 avril que j'ai découvert avec un peu de retard et que je veux partager et conserver sur mon blog.    

 Vu de Londres, le spectacle a quelque chose de réconfortant, près de six ans après le vote du Brexit pour lequel la moitié des Britanniques continuent de se mordre les doigts : observer les électeurs d’outre-manche saisis par le doute et tentés par les sirènes souverainistes, il n’y a pas de petit plaisir. Mais sur le continent, le choix offert en France le 24 avril laisse perplexe : pourquoi les Français voudraient-ils se défaire d’un président qui, vu de l’extérieur, a été l’un des dirigeants les plus actifs sur la scène européenne depuis cinq ans, au point parfois d’en irriter ses partenaires ?

 A quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, les raisons pour lesquelles une présidence Marine Le Pen serait désastreuse pour la place de la France en Europe et dans le monde sont connues, abondamment exposées. On s’est moins attaché à décrypter l’impact, à la même aune, d’un deuxième mandat d’Emmanuel Macron.

 L’Europe, dit-il, est dans son ADN. En 2017, il s’est fait élire sur le drapeau bleu étoilé, celui-là même que Marine Le Pen promet de retirer de la photo officielle si elle entre à l’Elysée. Macron l’européen ? Cinq ans plus tard, ses partenaires de l’UE sont plus conscients du chemin accompli que ses concitoyens. Nous avons demandé à quatre personnalités européennes, d’horizons géographiques et politiques différents, ministres ou anciens ministres, quel rôle le président Macron a joué et pourrait encore jouer en Europe. Ce ne sont pas des inconditionnels ; Carl Bildt, ancien premier ministre et ex-chef de la diplomatie suédoise, par exemple, a été très critique de certaines orientations de la politique macroniste. Mais, à l’heure du bilan, leur verdict est clair.

Le discours de la Sorbonne, prononcé le 26 septembre 2017 et qui se voulait la feuille de route européenne de la présidence Macron, avait fait sourire parmi les Vingt-Sept, tant il fourmillait de propositions. Aux prises avec ses propres élections et ses négociations de coalition, Angela Merkel avait tardé six mois avant de répondre. Rétrospectivement pourtant, ce discours a porté ses fruits, jugent nos interlocuteurs. Dans deux domaines, principalement : l’idée d’autonomie stratégique et la solidarité économique comme instrument de résilience face aux crises.

Sur ce deuxième point, le gigantesque plan de relance européen adopté en juillet 2020 pour faire face à la crise économique due à la pandémie reste une avancée majeure pour l’Europe ; Emmanuel Macron y est crédité d’un rôle crucial. Pour Franziska Brantner, élue des Verts allemands, aujourd’hui secrétaire d’Etat dans le grand ministère de l’économie et de l’action climatique du vice-chancelier Robert Habeck,  « les initiatives prises par Emmanuel Macron pour briser l’immobilisme d’Angela Merkel ont été absolument nécessaires, surtout pour accroître la capacité d’action et la résilience de l’UE » face aux multiples crises, géopolitique, climatique et sanitaire. Parmi ces initiatives françaises, Mme Brantner cite le discours de la Sorbonne, la proposition de nommer Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission, l’accord sur les objectifs européens pour la protection du climat et le plan de relance.

L’Espagnole Arancha Gonzalez, qui a été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez et dirige depuis peu l’école des affaires internationales de Sciences Po, loue aussi le plan de relance « inspiré par un document espagnol » précise-t-elle. « Macron s’en est emparé et a amené Merkel à travailler dessus. Ils y ont ajouté la dimension changement climatique. » « Macron, ajoute-t-elle, a une vision. Il faut aussi des dirigeants comme ça en Europe, on ne peut pas avoir que des plombiers…Il a anticipé le besoin d’autonomie stratégique, essentielle pour que l’UE pèse dans le monde de demain.»

 Le cheminement de l’autonomie stratégique n’a pas été consensuel, souligne Arancha Gonzalez,« Macron irritait deux types de partenaires en Europe : les ortho-atlantistes et les libéraux, par son réflexe protectionniste. » A la mi-mandat, le président français s’est mis aussi à dos les Européens de l’Est et du Nord par son initiative solitaire de dialogue avec Vladimir Poutine, avec le succès que l’on sait, et ses réticences sur l’élargissement de l’Union aux pays des Balkans occidentaux. A l’automne 2019, il déclarait l’OTAN « en état de mort cérébrale » . Scandale. Le concept d’autonomie stratégique en a pris un coup. dit l’ex-ministre espagnole. « Mais sur l’OTAN, finalement, il a eu raison, L’OTAN s’est recentrée sur l’Europe, au lieu de s’égarer en Chine et dans le Pacifique. »

Les événements, en fait, y sont pour beaucoup. Trump, le Brexit puis le Covid-19 font prendre conscience à l’Europe de sa vulnérabilité. Fin 2021, le nouveau gouvernement allemand fait sien le concept de « souveraineté stratégique.», version germanique de l’autonomie stratégique. L’invasion russe de l’Ukraine remet l’OTAN en selle ; la défense européenne devient une évidente nécessité.

Pour Radek Sikorski, député européen de centre droit, ancien ministre polonais de la défense puis des affaires étrangères, « Macron est notre seule chance de créer une superpuissance capable de faire face à Poutine et de partager le leadership avec les Etats-Unis. L’Allemagne commence à penser sérieusement à la sécurité, mais elle a besoin de la vision stratégique de la France et du territoire de la Pologne pour concrétiser cette pensée. Sous une présidence Le Pen, la France deviendrait vassale de la Russie. L’OTAN et l’UE n’y survivraient probablement pas. »

Carl Bildt, à sa manière, ne dit pas autre chose : « Macron a contribué à rétablir la foi dans la capacité des Européens à agir sur les grands sujets du moment et à penser stratégiquement. C’est d’une importance cruciale, même si tout le monde n’est pas immédiatement prêt à le suivre jusqu’au bout sur tout. »

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