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No pasaran!...por desgracia pasaron. Santander

6 Août 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

Miguel et Pilar vivaient avec leurs 3 filles rue Burgos dans la vieille ville de Santander ; Santander est la capitale de la Cantabrie région du nord de l’Espagne et c’est l’un des 3 ports importants espagnols sur l’Atlantique (Golfe de Gascogne) ; Santander est situé entre Gijon à l’ouest en Asturies et Bilbao à l’est en Pays Basque.
Fils de Victoriano Andres et de Hipolita Sanchez, Miguel est né le 29 septembre 1899 à Villasarracino dans la province de Palencia en Castille-Leon à une centaine de kilomètres au sud de Santander. A l’age de 8 ans, à la suite à un coup de pied porté par un autre enfant qui lui provoqua une gangrène, Miguel perdit une jambe. Elève d’une très grande intelligence, l’instituteur du village voulu l’envoyer au collège mais ce n’était pas le choix du père qui, dans cette région de travail agricole, ne voyait qu’un avenir possible pour son fils, faire un des métiers artisanaux traditionnellement dévolus aux infirmes: Miguel serait cordonnier-bottier. Apprenti il appris le métier chez un artisan de sa région puis à 18 ans Miguel quitta son village et sa famille, pour aller gagner sa vie à Santander. Quelques mois plus tard, à force d’économie, il était en mesure de se payer une jambe artificielle qui allait faire de lui un autre homme, un homme respecté par son travail en devenant maître bottier (il sera, plus tard sous la république, délégué de l'industrie de la chaussure de Santander) et par son intelligence qui en fit un pivot des mouvements activistes de Santander en cette période de dictature de Primo de Rivera.
Pilar est née le 22 mai 1896 à Santander. Fille de Saturnino Nieto-Perez qui était originaire de Ventosa (province de Logroño en Vieille Castille) et d’Encarnacion Toca-Herrera originaire de Liencres près de Santander.
Miguel et Pilar se marièrent en février 1923 alors que Pilar était enceinte. Miguel,  en raison de la crise économique en Espagne  faisait de fréquents séjours en France ; c'est au cours de l'un d'eux,  accompagné de son épouse, courant 1923 début 1924,  que naquit la petite Encarnacion ….(la future mère de Pilou…oui je sais que c’est un peu difficile à suivre avec cette manie des espagnols, et d’autres, de donner à tous les enfants d’une même famille les même prénoms de génération en génération ; que de Encarnacion, de Pilar et même de Genoveva dans cette famille Andres) ….la petite Encarnacion vit donc le jour à Paris, le 6 septembre 1923, ce qui lui permettra plus tard de choisir la nationalité française.
Le couple retourna courant 1924 à Santander calle Burgos où naquirent en 1925 puis en 1927, Genoveva et Pilar-Modesta. (Encore…et sans compter une autre Genoveva, la sœur de Pilar qui épousa un Adolfo au prénom prémonitoire et tragique car ce beau-frère de Miguel prendra lui,  le parti des franquistes)
La république fut accueillie en 1931 par le couple avec un immense espoir. Miguel avait d’ailleurs été l’un des fondateurs du parti socialiste de Cantabrie. Cet espoir dans la démocratie enfin conquise balbutia en 1936 puis bascula en 1937 ; l’équilibre familial aussi.
 
Au début de l’insurrection franquiste, les républicains de cette région nord étaient confiants, c’était même sans doute de toute l’Espagne, les républicains les plus confiants : Cette vaste et riche région qui s'étend des Asturies jusqu’au Pays Basque avait des liens économiques très forts avec l’Angleterre et la France, les intérêts économiques et financiers faisaient que ces puissances ne pouvaient pas « lâcher » la république, c’était une certitude….sans compter que le Front Populaire était arrivé au pouvoir en France. Quelle erreur de jugement et quelle désillusion ! Effectivement des cargos et la marine royale britanniques patrouillèrent dans le golfe de Gascogne au large de Bilbao, de Santander et de Gijon dès le début de l’insurrection franquiste. Fin 1936 début 1937, des bateaux français, le plus souvent affrétés par des mouvements de gauche, vinrent aussi contribuer au ravitaillement (dont des armes) et en retour ils durent bientôt procéder aux premières évacuations.
Pour les putschistes, il était primordial de réduire cette région nord afin d’isoler le plus vite possible Madrid. Cette bataille majeure, les franquistes l’emportèrent grâce à l’appui puissant et sans restriction des forces allemandes et italiennes. L’offensive lancée fin mars 1937, connu son point crucial avec la destruction de Guernica par la légion Condor et le millier de victimes des bombes incendiaires qui y furent testées pour la 1ère fois. A partir de ce drame l’émotion fut telle qu’elle provoqua l’abattement dans le camp républicain déjà malmené par les divisions internes. Le Nord de l’Espagne tomba finalement assez facilement malgré les sacrifices des combattants républicains : Bilbao le 19 juin, Santander le 25 août puis Gijon le 21 octobre : le nord devenait franquiste et le sort de la démocratie en Espagne était scellé pour ….très, très longtemps : plus de 40 ans.
Les premières évacuations par bateaux de civils et surtout d’enfants se firent d’abord de Bilbao….puis au fil de l’avance des troupes franquistes le gros des départs se fit ensuite de Santander où 20 000 personnes furent embarquées rien qu’en Juillet 1937, avec 15 bateaux qui assuraient les transports par rotation (9 anglais et 6 français selon Pierre Marques dans son ouvrage « Les enfants espagnols réfugiés en France »).
Avec l’avancée des franquistes, puis le blocus de Santander qui se mettait en place, il apparu fin juillet qu’il ne restait plus guère de solution que d’évacuer les derniers enfants sur Gijon d’où ils pourraient embarquer ; c’était la dernière chance et Miguel et Pilar, eux qui étaient repérés par leur activisme républicain, durent se résigner à l’inimaginable pour sauver leurs enfants, la séparation, et faire partir leurs 3 filles qui avaient respectivement 14, 12 et 10 ans. Ce dernier transfert vers Gijon, se fit le 3 août.
On imagine que cette séparation fut douloureuse ; Les chances de se revoir étaient, pour le moins, très incertaines, mais il fallait y croire et surtout le faire croire aux filles. 2 jours plus tard, il y a aujourd’hui 70 ans, les enfants étaient embarqués, accompagnés par une institutrice sur un bateau nommé Istanbul à destination probable de Lille.
En fait le bateau s’arrêta à Bordeaux, où les enfants furent retenus à bord plusieurs jours, en « quarantaine ». Le bateau fut ensuite déplacé vers Pauillac où ils purent enfin débarquer ; là les 3 soeurs furent lavées, récurées, désinfectées, vaccinées, rasées : ces journées resteront pour Encarnacion le souvenir d’une terrible humiliation. Les enfants furent ensuite dirigés vers Paris, enfermés dans des wagons avec très peu de nourriture et surtout très peu d’eau ce qui fut un calvaire. A Paris ils seront hébergés sur une péniche, gardés par la police, pendant que les autorités cherchaient des familles d’accueil, mais il y avait peu de volontaires spontanés. Cette situation infernale eut bientôt raison de la santé mentale de la seule adulte accompagnatrice du groupe d’enfants de Santander ; l’institutrice se suicida. Ce geste désespéré a peut être été une sorte d’électrochoc qui a conduit à débloquer la situation, car les autorités décidèrent enfin de diriger les enfants vers le Nord, destination initiale du bateau où manifestement un comité d’accueil de militants et syndicalistes avait été prévu et s’était organisé pour les placer dans des familles.
La plus chanceuse fut Pilar-Modesta la plus jeune, qui fut placée dans la famille d’un riche industriel. M. Meurice était franc-maçon et fut, bien plus tard, après la guerre maire d’une petite ville du Morvan. M. et Mme Meurice qui n’avaient eu que des garçons, dont le dernier sensiblement de l’âge de Pilar,  l’élevèrent comme leur propre fille.
Encarnacion et Genoveva furent placées dans des familles où elles eurent à travailler, parfois durement ; elles étaient considérées comme des bonnes à tout faire. C’est pour Genoveva (12 ans) que ce fut sans doute, le plus difficile, mais heureusement, « Papa » Meurice, intervint et lui trouva une autre famille d’accueil.
 
Pendant ce temps les parents avaient réussit à fuir de Santander ; Miguel qui était très impliqué dans la défense de la ville fut trahi par son beau-frère Adolfo qui le dénonça et remis des informations cruciales aux franquistes. Miguel et Pilar réussirent à s’échapper, à gagner les Pyrénées puis la France, pour revenir quelques temps défendre la république à Barcelone. Après la défaite complète des loyalistes ils se réfugièrent à Cordes dans le Tarn. C’est encore M. Meurice qui aida la famille à se retrouver dans cette pittoresque petite ville de type médiéval où Encarnacion et Genoveva vinrent rejoindre leurs parents et où ils restèrent pendant plusieurs mois (sans doute 2 ans) avant de s’installer en 1941 ou 1942 à Toulouse. Pilar-Modesta était restée dans la famille Meurice qui avait quitté le département du Nord lors de l’invasion allemande pour s’installer sur Toulouse où M. Meurice avait des magasins.
Pilar mourut à Toulouse en 1943, à 47 ans des suites d’une pleurésie.
Quand Encarnacion épousa Luis à Toulouse en 1946, M Meurice fut le témoin de la mariée. Miguel resta auprès de sa fille aînée et de Luis. Il ouvrit une cordonnerie botterie, au nom de sa fille française, en région parisienne où il avait des contacts (à cette époque ces artisans faisaient des chaussures) ; Miguel forma Luis, qui abandonna le métier de coiffeur pour celui de cordonnier, ...de la tête aux pieds. Une première boutique fut ouverte à Alfortville mais la demande de travail fut telle qu’il fallait s’agrandir et le choix se porta sur Champigny où il y avait derrière la boutique une maison à remettre en état, ce qui occupa Luis lors de ses rares journées de repos. Dans cette cordonnerie Pilou y trouva son 1er jouet : un marteau.
Miguel qui avait été condamné à mort par contumace, par le régime franquiste, ne retourna pas en Espagne avant 1957. Cette année là, Luis demanda et obtint la naturalisation française ; toute la famille pouvait alors aller passer les vacances en Espagne ….tous sauf à priori Miguel…...Le désir de revoir son pays fut plus fort et il tenta une demande de visa qu’il obtint….il fit ce 1er voyage quelque peu inquiet, mais ce mois d’août 1957, se serait plutôt bien passé, heureux de revoir toute la famille et en évitant d’aborder les sujets du passé qui auraient certainement encore fâché, 20 ans après ; mais sur la route du retour, il fit un malaise cardiaque. Ce ne fut certes qu’une alerte, dont il se remit, mais cette alerte l'a poussé à se décider à rentrer chez lui. Avant la fin de l’année 1957 il prit toutes les dispositions et quelques semaines plus tard il repartit s’installer à Santander où il mourut, dans la rue, victime d’une crise cardiaque, le 1er septembre 1958, à un peu moins de 59 ans.
  
 Pilou, moi et les enfants nous avons fait plusieurs voyages à Santander (comme à Grenade et Barcelone). Le dernier à Santander ce fut en juillet 1996 : je pourrais parler de cette jolie ville si calme et qu’on a du mal à imaginer dans ces heures tragiques. Je pourrais parler de la plage d'El Sardino, de la péninsule de Magdalena qui abrite le palais royal d’Alphonse XIII, je pourrais encore parler des magnifiques paysages, de très beaux sites comme la proche source de l’Ebre et je pourrais même parler du petit village de Villasarracino écrasé par le soleil d’été, avec personne dans les rues à mi journée et qui me faisait, alors, penser à un village de western à la Sergio Léone…..mais tout ça, c’est déjà une autre histoire.
 
(à suivre)
 

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