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Cousins, cousines.......... Un poilu, poil au........

12 Novembre 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #Cousins cousines

Les charentais sont des poètes, c’est bien connu…… Mon 1er poète favoris fut Ernest, bien avant Prévert (quelle connerie la guerre), bien avant Brassens (Moi mon colon celle que je préfère c’est la guerre de 14/18) et forcément bien avant Fraise des bois. Fraise qui aujourd’hui sur son blog évoque les Haïkus qui sont, comme tout le monde le sait, de très courts poèmes japonais.

Ernest qui n’était pas un grand orateur était encore plus concis avec son traditionnel « Ya ka….poil au bras ». Je n’ose imaginer ce qu’il aurait trouvé s’il avait entendu parler des Haïkus….d’ailleurs les japonais n’étaient ni sur la Marne, ni à Verdun…..Avec les allemands c’était très laconique : « Les boches poils aux balloches ». C’était poétique car ça rimait. (C’était généralement avec une partie de son anatomie). Ce talent il l’a d’ailleurs transmis à ses filles (surtout Mauricette, mais un peu aussi à Simone….par contre ce n’était pas trop le style de Raymonde). Oserai-je préciser que ces poèmes étaient souvent accompagnés d'un pet rageur.....j'ai osé.

Ernest pour tout dire c’était mon grand père maternel et je me suis souvent demandé si cette manie poétique avait un rapport avec ses 4 années d’armée (poil au nez), ses 4 années au front (poil….au front ? non au menton) durant la guerre de 14-18, avec son passé de poilu (poil au cul) ?

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Ernest est assis au centre de cette photo prise en août ou septembre 1918, quelques semaines avant la quille.

Il naquit le 15 janvier 1893 à Marillac le Franc, village d'environ 500 habitants à l'époque, au lieu-dit la Gagie où se trouvait la modeste ferme de ses parents, Jean Bauchaud et Marguerite Joubert.

Marillac le Franc se trouve en Charente dite Limousine, à l’est d’Angoulême et plus précisément à 5 km de La Rochefoucaud.

La famille Bauchaud était enracinée dans cette région, dans un triangle géographique Montbron, La Rochefoucauld, Chasseneuil, un triangle sensiblement équilatéral de 15 km de côté. Jean et Marguerite étaient tous les deux nés à Marillac respectivement en 1867 et 1874 de parents cultivateurs, journaliers et marchands de bestiaux, parfois même domestiques. C’était le prolétariat rural.  

A noter que le nom de famille sur les actes d’état civil a perdu le « e » à la naissance de Jean en 1867. Son père Pierre né en 1826 était un Beauchaud de Montbron comme son père Emery (né en 1772) et son grand père Jean (né en 1730). Toute une lignée donc de cultivateurs beaux et chauds. Tous eurent de nombreux enfants avec 2 épouses, la seconde bien plus jeune, après le décès de la première. Presque tous ces ancêtres sont issus du second lit, d’un père assez âgé et d’une jeune mère…. Seule Marguerite Joubert fût assez solide pour faire 9 enfants et accompagner son mari pendant près de 40 ans. Ils finirent, tous deux, leurs jours en région parisienne où une grande partie de leur progéniture avait émigré lors des années 1930, les années de crise économique.

Ernest était l’aîné (Marguerite n’avait pas 19 ans) puis suivirent Adrienne en 1895, Céline en 1897, Lucien en 1899, André en 1905, Renée en 1908, Fernand et Fernande en 1911 et enfin, le dernier, Raymond qui est né en 1916 pendant qu’Ernest se battait.

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A la fin de la guerre, Ernest était retourné vivre en Charente. Il voulait s’installer et faire un travail de négoce dans le milieu rural.

C’était un homme de la terre rugueux et endurci par ces 4 années de guerre et quelle guerre ! La grande boucherie. Il était dur avec lui mais aussi avec sa famille et notamment avec son frère Lucien.

Il se maria assez rapidement après son retour avec une fille du pays, Anne Gady, mais la vie était difficile à cette époque, son caractère aussi, et quelques années plus tard il largua les amarres et mis le cap sur Paris où il voulait refaire sa vie. 

Sans doute vers 1922 ou 1923 il rencontra une jeune veuve de guerre Marie Jeanne Combes, née Fabre en 1891 et originaire de Chaudes-aigues dans le Cantal. Marie Jeanne avait quitté son Auvergne, avec son fils Guillaume qui devait avoir 7 ou 8 ans à l’époque, pour chercher du travail à Paris. Marie Jeanne, s’était retrouvée seule après le décès de son mari Antoine, mais aussi celui de ses parents Maurice Fabre et Marie Montvallat ce qui l’a, sans doute, incité à partir et chercher refuge auprès de son oncle Guillaume qui tenait, avec sa femme Marie, un hôtel rue des Moulinets à Paris.

Marie Jeanne et Ernest se rencontrèrent à l’usine. De leur amour naquit Raymonde en juillet 1924 puis Simone en janvier 1926. Anne Gady ayant eu, entre temps, la bonne idée de quitter ce monde, les deux tourtereaux purent enfin régulariser leur situation et se marier en janvier 1927. L’oncle Guillaume et la Tante Marie prirent leur retraite au début des années 30 et vendirent l’hôtel pour se retirer à Limours. 

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Raymonde avec sa grand mère , ses oncles et ses tantes.

Pendant quelques temps Ernest et Marie Jeanne vécurent dans un logement très modeste rue de Saïda, où vit le jour leur 3ème fille Mauricette puis vers 1934, ils se lancèrent dans une nouvelle aventure : La gestion d’un hôtel restaurant, l’hôtel des deux frères (32 chambres) rue de Flandre, et ce une nouvelle fois en partenariat avec un autre membre de la famille de Chaudes-aigues, la tante Antoinette Montvallat.

Ernest était aux fourneaux et Marie Jeanne s’occupait avec sa tante du service. Il semble que cette période, qui sera celle du front populaire ait été plutôt heureuse, c’est du moins une époque qui fut souvent évoquée, avec nostalgie, lors des rencontres familiales. Elle prit fin en 1938, sans doute en raison de quelques difficultés ou du départ de tante Antoinette. Ernest reprit un emploi d’ouvrier et la famille, quitta Paris pour Champigny sur Marne en bord de Marne, au quai Lucie, près du Viaduc où passe la ligne de chemin de fer vers l’est de la France et l’Allemagne.

En 1940 lors de l’exode la famille se dispersa. En fait Simone et Mauricette avaient été envoyées quelques temps auparavant à Chaudes-aigues, rejointes ensuite par Ernest qui fit le trajet à pieds ou en vélo chapardé (à la guerre comme à la guerre). Guillaume le frère aîné était en train de fonder une famille et s’orientait vers le Nord de la France, Rouvroy sur Lens, où il deviendrait mineur de fond pour échapper au STO. Marie Jeanne et Raymonde, elles, en fuyant l’arrivée des allemands se retrouvèrent dans le Loiret où elles restèrent quelques semaines avant de se décider à rentrer Quai Lucie. D’ailleurs tout le monde rentra progressivement à la maison et la famille se retrouva au complet, sans doute courant 1941. Raymonde avait 17 ans et Simone 15 ans et il leur fallait commencer à travailler, à sortir et à se faire aussi des amis…C’est à cette époque que Simone a connu la bande de jeunes du Tremblay dont Didi qui avait exactement le même âge qu’elle (15 jours d’écart)……

Fin 1942, Roger, le frère aîné de Didi, fut démobilisé. Il s’était engagé à 19 ans, et se trouvait depuis la débâcle au 10ème régiment d’artillerie coloniale à Nîmes. Le 11 novembre 1942 après le sabordage de la flotte française à Toulon, les allemands pénétrèrent en zone sud dite libre: Le régiment, comme la plus grande partie du reste de l'armée française, fut dissous et Roger rentra à la maison après 2 ans d’absence. Pendant quelques mois, début 1943, il travailla avec Didi à Bagnolet et retrouva sa petite bande de copains du Tremblay, avant d’être réquisitionné par le STO et de se retrouver en Allemagne du côté de Trèves. Entre temps il avait eu le temps de tomber amoureux de Raymonde à qui il adressait le 11 novembre une lettre très, trop optimiste, quand à un possible retour en fin d’année 1943 (Il ne rentra que fin 1944 et encore parce qu’il avait fait la malle….)

Ma petite Reine,

En ce jour anniversaire national ma pensée n’est pas seulement pour toi, elle est aussi avec le passé : 25 ans ! Il y a 25 ans cessait une terrible guerre : la rafale était passée, plus de mitraille, plus de balle touchant les hommes, plus d’orphelin……mais à quoi a servi tant de sacrifices, puisque une fois de plus nous sommes encore en guerre. Quand va-t-elle finir ? Quand viendra cette délivrance qui me ramènera pour toujours vers toi ? Qui sait ?

Je tiens à t’annoncer une bonne nouvelle que j’ai déjà annoncée à maman. Je serai très probablement pour Noël chez nous. Pas pour longtemps mais assez pour aller voir tes parents et faire leur connaissance, assez pour te serrer dans mes bras, assez pour revoir la France, le Tremblay. J’espère que tes parents ont reçu la lettre que je leur ai adressée dernièrement.

Je te quitte Petit Ange, que cette lettre t’apporte un espoir, notre bonheur.

Reçois de ton petit fiancé les plus affectueux des baisers. Roger.

Il leur faudra attendre Noël 1944 (Les allemands avaient du annoncer Noël sans préciser l’année). Ils se marièrent l’été 1945 et moi je suis né l’été 1946

Ernest est venu vivre avec nous…. à partir de 1964 quand nous sommes retournés en région parisienne, 2 ans après le décès de papa. Maman travaillant c’est lui qui se mettait aux fourneaux….et c’était un sacré cuistot et peut être plus encore un fameux pâtissier (Ah ses « Saint Honoré »….poil au nez….des comme ça on n’en trouve plus …poil au cul). Ernest est mort en juillet 1980….Le jour des funérailles il faisait un temps de chien, un temps de novembre, un temps d’armistice. 

Au fait en parlant d’armistice le 11 novembre c’est surtout l’anniversaire de Pilou, comme le 15 août est celui de Cécile…  des jours fériés ; malignes les filles de la famille.

 

(A suivre)

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