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Saga Africa & Co...................Un site de verdure où......

16 Novembre 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #saga africa

Quand je suis arrivé pour la 1ère fois sur le site du futur barrage ce n’était pas, loin s’en faut, un site très vert, khder…..Je découvrais de part et d’autre de la route un vrai désert de caillasses ….avec parfois, au détour d’un virage un point d’eau, une noria, presque une oasis, quelques masures, à toit plat, semi enterrées….. Le plus surprenant était d’apercevoir dans ces champs de cailloux, un paysan en train de labourer, avec une rustique charrue tirée par un âne et un chameau. Que pouvait-il pousser sur ces terres de misère ? En fait la misère c’était le manque d’eau d’où cette politique étalée sur plusieurs décennies de construction de barrages pour aménager et fertiliser ces plaines.
 
Ce jour là on était le 5 novembre 1976 et je me rendais sur le chantier du futur barrage de Sidi Cheho où j’allais travailler et vivre pendant 3 ans. J’avais quitté le Zaïre début juillet, pris 2 mois de congés en France et puis j’avais été affecté au Laboratoire du Génie Civil du Maroc. Je devais participer à la construction d’un barrage près d’Agadir, le Barrage de Tamzaourt.
 
J’étais arrivé au Maroc courant octobre pour avoir la mauvaise surprise d’apprendre que ce chantier était repoussé d’au moins 1 an….et on me proposait de travailler, en attendant, à Casablanca, ce qui ne m'enchantait pas malgré le charme de la ville….et puis au bout d’une ou deux semaines, une bonne nouvelle, un petit miracle, il y avait un autre grand chantier de barrage qui venait de commencer à 70 km de Settat sur l’Oum er Rbia, et le technicien en charge du poste béton ne voulait pas rester car ce monsieur, un français, dépendait hiérarchiquement d’un ingénieur marocain. Il y a des mecs qui n’avaient pas encore compris en ces fins d’années 70 que le mode colonial n’était plus de mise ; ce noc sera vite remercié après un court passage à Marrakech.
Bref une tournure des évènements qui me convenait mieux et j’étais, donc, en route pour Sidi Chého ce 5 novembre 1976. Je me souviens parfaitement de la date pour 2 raisons : La veille (ou avant-veille peu importe) aux USA, dans le cadre de l’élection présidentielle, Jimmy Carter avait battu Gérald Ford et le lendemain 6 novembre c’était le 1er anniversaire de la marche verte, jour férié au Maroc. Quelques jours plus tard, j’appris d’ailleurs que le barrage perdait le nom du site, celui d’un marabout, pour devenir le prestigieux barrage d’Al Massira.
 
La marche verte, Al Massira, fut un événement extraordinaire pour le Maroc ;  extraordinaire et bien orchestré. Le roi, Hassan II, demanda à son peuple de l’accompagner à la frontière du territoire du Sahara occidental pour exiger la restitution de ce territoire marocain annexé par l’Espagne. Près d’un demi million de personnes firent, en trains, en camions, en cars un déplacement d’environ 1 000 km pour soutenir leur roi et effectuèrent ce 6 novembre 1975 une marche pacifique, en pénétrant de quelques centaines de mètres dans le territoire occupé avec en mains un coran et un drapeau marocain. Cette démonstration populaire eût un retentissement international et a fortement impressionné le gouvernement espagnol, qui dans un contexte délicat (l’agonie de Franco) accepta de signer avec le Maroc et la Mauritanie la restitution du Sahara espagnol. Les accords de Madrid du 14 novembre 1975 ne furent annoncés qu’après la mort de Franco (le 20 novembre 1975) et la présence des dernières troupes espagnoles prit fin le 28 février 1976.
 
Le barrage devait être réalisé sur l’oued Oum Er R’bia qui sépare, dans cette région de Settat, la plaine de la Chaouia et la plaine de Doukkalas. L’Oum Er R’bia est le second fleuve du Maroc. Il prend sa source dans le Moyen Atlas près de Khénifra et, après un parcours de 600 km, se jette dans l’océan Atlantique près d’El Jadida. Il a un débit moyen de 120 m3/s (*), ce qui a permis le construction de 8 barrages sur ce bassin fluvial. Il y aurait, aujourd’hui, encore 4 projets ce qui porterait, sur 50 ans d’aménagement, la superficie de terres irriguées à 1 million d’hectares et une perspective, à terme, d’autosuffisance pour ce qui concerne la production nationale de blé.
(*) Ce qui semble faible à côté des 70000 m3/s du Congo au barrage d’Inga d’où je venais.
Ce chantier fut un beau et grand chantier. On travaillait en 2 équipes, jour et nuit, du lundi matin à tard dans le nuit de samedi à dimanche. En journée la production des granulats en carrière, les approvisionnements divers et les préparations (coffrages et ferraillages) des parties d’ouvrage à bétonner la nuit. Le bétonnage se faisait toujours la nuit pour limiter les risques de retrait thermique lié au dégagement de chaleur lors de la prise du ciment pour ces ouvrages de grande masse. De jour les travaux concernaient aussi les terrassements de la digue de fermeture….car l’ouvrage était immense et complexe. Un barrage à contreforts de 350 000 m3 de béton, d’une hauteur de 82 m et d’une longueur en crête de 400 m et un ensemble de digues en de cols d’un volume de 1 million de m3 de remblais avec noyau étanche en conglomérat limoneux, un système filtrant et drainant et une stabilité assurée par des enrochements.
 
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Ce fut un travail passionnant et comment expliquer à ceux qui n’ont jamais vu un tel spectacle ? ……..Comme c’est beau et même poétique un grand chantier de bétonnage de nuit….j’avais connu ça au Zaïre, j’ai persévéré au Maroc et je récidiverai pour le pont de l’île de Ré en 1987 et 1988.
 
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Enfin il faut préciser que le résultat est magnifique : L’usine en aval a une production d’électricité non négligeable, le barrage permet une bonne régularisation de l’eau pour les centres côtiers urbains et industriels et a permis d'irriguer 100000 hectares de terres agricoles. Il faut ajouter à ce bilan économique incontestable, les résultats environnementaux. Le lac d’une superficie de 14000 hectares, constitue (selon les informations trouvées sur le net) une importante zone refuge pour l’hivernage des oiseaux migrateurs ; il est le plus important site d’Afrique du nord de reproduction de nombreuses espèces. Il est aussi l’un des sites les plus importants de pêche du Maroc.
 
Dès mon arrivée en novembre je sus que nous nous plairions sur ce site. L’entreprise qui réalisait les travaux était française, Campenon-Bernard. Parmi les cadres de la Direction de l’hydraulique il y avait des jeunes ingénieurs et techniciens marocains et des agents de maîtrise de l’EDF. Le chef d’aménagement était un Ingénieur réservé d’une très grande compétence. Il y avait 2 cités très bien aménagées, distantes de 2 km, la cité de la Direction de l’Hydraulique et la cité de l'entreprise avec une école assurant maternelle et le primaire (3 enseignants pris en charge par l’entreprise) et un magasin restaurant…   Et puis Settat n’était qu’à 70 km, et Casablanca et Marrakech à 150 km. Notre maison était très agréable de type arabe avec un patio intérieur.
 
Dans un prochain billet je raconterai quelques anecdotes de ces 3 années marocaines. J’y parlerai de mes amis marocains El Bachir Z., Ahmed B., Mohamed C., Younes N., des techniciens de chantier, Balni, Melki, Benkas et tant d’autres, et bien sûr de nos amis français, dont certains que nous voyons encore de temps à autres comme Alain et Liliane K.
  Ces bâtisseurs  auraient,  tous, pu être récompensés, en fin de chantier, du très glorieux ruban, mais cet honneur fut réservé et ça se comprend, à ceux qui officiaient comme chef d’un service à la direction de l’hydraulique. 
.....Il y aurait en prévision un rassemblement des anciens de ce chantier au printemps prochain.
 
(b-es-slâma)

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bader nadine 13/07/2010 23:19


j'ai moi aussi habité la cité de Tamzaourt et j'en ai gardé un excellent souvenir. Cordialement Nadine