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No pasaran!.........Les compagnies de travailleurs étrangers

20 Novembre 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #no pasaran

Cet article, comme le précédent de cette rubrique « No pasaran......Une auberge espagnole » s’appuie sur le mémoire de maîtrise d’espagnol de Cécile « Les réfugiés espagnols dans les compagnies de travailleurs étrangers en Poitou-Charentes. »
A la fin du précédent article j’indiquais que les réfugiés espagnols du camp de Barcarès avaient été affectés, dès la déclaration de guerre en septembre et progressivement jusqu’à la fin de l’année, dans les compagnies de travailleurs étrangers. Luis et Rafaël Rozon, et quelques compagnons d’infortune furent envoyés en Poitou.
 
Luis et Rafaël ont, encore, pu rester ensemble et, après avoir passé la nuit de Noël dans un baraquement de la gare de Bordeaux, avec en guise de réveillon un morceau de pain et du café, ils arrivèrent quelques jours plus tard à Saint Jouin de Marnes. 
Pendant tout l’hiver ils durent dormir dans les wagons avec seulement des couvertures pour se tenir chaud. A la 132ème compagnie, il y avait 2 types de travail : Soit travailler au chaud, sous contrôle militaire, au dépôt de munitions situé entre Saint Jouin de Marnes et Borq sur Airvault, soit travailler, en plein air, sous les directives des cheminots à l’entretien et à la remise en état de la voie ferrée. Luis et Rafaël ont préféré la très froide semi liberté …..bien leur en a pris car en restant près de Saint Jouin de Marnes ils purent faire valoir leurs compétences diverses et notamment le fait qu’ils étaient coiffeurs de métier : Ils devinrent assez rapidement les coiffeurs et barbiers de la compagnie, mais également des militaires qui les gardaient le soir et bientôt…..le dimanche dans le petit café du village ils se mirent, aussi, à couper les cheveux et à raser les habitants du village……Ils se faisaient, ainsi, un peu d’argent, utile pour améliorer l’ordinaire. .... et au bout de quelques mois, ils eurent même le plaisir de pouvoir se nipper, de pouvoir s'endimancher. Après ce long hiver, 4 années de guerre, de misères, de privations, le printemps arrivait-il enfin ? Il fut de très courte durée car dès juin les allemands envahissaient la France. 
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     Quand on lit les témoignages de leurs camarades de Barcarès on voit qu’ils ont tous suivi des itinéraires semblables :
 José Tamborero déclarait «  Nous sommes arrivés le 28 décembre 1939 dans un village de la Vienne nommé Availles où se trouvait la 169ème CTE. On était affecté à la reconstruction d’une poudrerie. Un petit groupe s’occupait de la construction de ponts alors que d’autres déchargeaient des trains. Pour la somme très modique de 50 centimes par jour nous déchargions diverses marchandises et surtout des rails et traverses. Le travail était très pénible à cause du froid et du manque de nourriture, presque exclusivement des topinambours. Nous étions logés dans des fermes abandonnées et nous n’avions pratiquement aucun contact avec la population française. Au moment de la débâcle on nous a fait partir à pied vers la Dordogne : là nous avons participé aux moissons et à divers travaux agricoles avant que notre compagnie ne soit à nouveau rassemblée pour devenir le 648ème groupe de Travailleurs Etrangers ».
Léo Aranda eut le même parcours, en travaillant d’abord 6 mois dans la Vienne, avant que sa compagnie soit déplacée et dispersée en Dordogne : De l’été 1940 au printemps 1941, ces travailleurs purent être embauchés, pour des clopinettes, les uns chez des paysans, un autre chez un menuisier, ou un garagiste avant d’être, à nouveau, regroupés en mai 1941 pour être conduit à La Rochelle, pour travailler sous commandement allemand à la construction de la base sous marine de La Pallice. » Aranda comme Tamborero purent s’évader, le premier en 1942, le second courant 1943, pour essayer de rejoindre la résistance. Aranda fut finalement repris et interné jusqu’à fin 1944 au camp de Rouillé dans la Vienne. Tamborero fut plus chanceux car il pu rejoindre son frère dans le Jura.
Luis Bonet arriva en Poitou à la gare d’Airvault. Comme c’était déjà le cas dans les camps de Barcarès et Argelès il fit fonction d’interprète. En plus des 50 centimes par jour il avait une prime de 20 centimes. Comme pour ses camarades il connut une période incertaine au moment de la débâcle, les militaires français conseillant à la compagnie de décamper au plus vite et de s’éparpiller dans les fermes. Ils purent compter sur le soutien des paysans auxquels ils offraient, il est vrai, en échange du gîte et du couvert, une main d’œuvre gratuite. A la fin de l’été les groupes de travailleurs furent reconstitués. Luis Bonet fût repris par les gendarmes et conduit, courant août 1940, au camps de Montendre où il put, pour l’essentiel des années qui suivraient, retrouver le métier qu’il avait en Espagne en travaillant dans des imprimeries de Montendre et Jonzac…où à ce poste, il put aussi  faire profiter la résistance de ses compétences.
 
Luis et Rafaël, en Juin 1940 à la débâcle, ont écouté leur ami le capitaine français : « Partez les allemands vont arriver, partez le plus loin possible vers la Méditerranée. Les militaires français leur ont même fait cadeau de 2 bicyclettes. A la force des mollets ils ont rejoint Carcassonne, où s’était installé un de leurs amis, Valérian.
Ils ont pu se faire refaire des cartes de travailleurs et chercher du travail. Ils quittèrent Carcassonne pour rejoindre Castres où Luis avait trouvé un emploi de coiffeur. Rafaël lui s’improvisa chauffeur et finalement s’en tira très bien. Ils durent ensuite revenir dans l’Hérault pour devenir ouvriers agricoles. Finalement le travail qui permettait de gagner un peu plus d’argent était celui de mineur.  ils acceptèrent de rejoindre la mine de la Caunette. Luis y fut chef de chantier et tous les deux, dans des conditions de travail difficiles, testèrent la possibilité de gagner un peu plus en travaillant beaucoup plus ; mais c'était déjà à l'époque un marché de dupe…..….Un jour il y eut un effondrement et Luis fût sérieusement blessé. A partir de ce moment Rafaël refusa de redescendre à la mine et sut persuader son frère que l'essentiel était de rester en vie. Un soir ils se sauvèrent de la mine pour rejoindre Toulouse où ils se firent embaucher à l’entretien d’un terrain d'aviation.  Recherchés par les gendarmes, pour abandon de poste à la mine, ils furent appréhendés et reconduits à La Caunette d’où ils s’évadèrent, à nouveau, la nuit venue, pour d’abord, se cacher à Carcassonne puis, quelques semaines plus tard retourner à Toulouse.
 
On devait être à ce moment fin 1943 ou début 1944. Les 2 frères se séparèrent pour la 1ère fois depuis 1936. Luis avait trouvé un emploi de coiffeur à Toulouse, tandis que Rafaël rejoignait les FFI.
A la libération ils se retrouvèrent, tous les deux, coiffeurs à Toulouse où Rafaël s’installa avec Margueritte. Luis qui avait épousé Encarnation, changea de métier en se faisant cordonnier comme son beau père Miguel et la famille alla s’établir en région parisienne
 
(à suivre)

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daniel 19/07/2008 05:39

Merci pour ce témoignage Monique. Mon épouse et moi, nous serions heureux d'avoir un peu plus d'informations.
Vous pouvez m'envoyer un mail à l'adressesuivante :
daniel.baudin@wanadoo.fr
Cordialement.

monique 17/07/2008 11:43

je suis très émue car je viens de trouver des renseignements que je cherchais: j'avais 5 ans en 1939 et mon père était le chef de gare à saint jouin de marnes. J'ai le souvenir de familles dans des wagons, d'un monsieur très gentil qui était interprète et je me demande toujours ce que sont devenus ces personnes à l'arrivée des Allemands. vous ne pouvez pas imaginer comme je suis curieuse de savoir .je n'ai même pas pris le temps "d'éplucher" vos pages, il fallait que je vous dise tout de suite !!!