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A livre ouvert.........Persiste et signe.

19 Décembre 2007 , Rédigé par daniel Publié dans #à livre ouvert

Dans ce livre Edgard Pisani raconte un demi siècle de notre histoire, de l’appel du Général De Gaulle au second septennat de François Mitterrand, (Le livre fut écrit fin 1991).
J’avais déjà beaucoup lu Pisani qui, progressivement, à partir des années 1980, supplantait dans mes références René Dumont dont les diatribes, qui m’avaient longtemps convaincu, finissaient par m’irriter. Plus constructif dans ses analyses, Pisani avait déjà publié « La Main et l’Outil »  en 1981, puis « Pour l’Afrique »  en 1988 et en ces années de déception face à la politique africaine de Mitterrand, si semblable à celle de ses prédécesseurs, je m’accrochais désespérément à ses écrits, à ses idées, à son utopie tellement réaliste.
Je ne connaissais pas vraiment l’homme, et je crois, même, que j’avais peur de connaître ce socialiste rallié à De Gaulle et qui, quand ce dernier a quitté le pouvoir, est revenu dans sa famille politique. J’ai découvert son parcours, ses engagements dans ce livre « Persiste et signe » et ma confiance en lui en est sorti confortée……et puis je me suis, souvent, demandé ce que j’aurais fait si j’avais eu, comme mon père, 22 ans en 1944 et 36 ans en 1958, pendant la guerre d’Algérie ; mon père que, tout gamin, j’ai vu acclamer et crier « Vive De Gaulle » à Foix vers 1960 lors d’une visite du président de la République en Ariège.
 
Extraits de « Persiste et signe »
Page 34 l’auteur fait référence à « Antigone » d’Anouilh, « et si j’osais je dirais que je suis en même temps Créon et Antigone : La raison de l’Etat et celle de l’individu. Toute ma vie va balancer de l’un à l’autre sans que jamais ni l’une, ni l’autre ne doive parvenir à remporter une victoire définitive. Mais, les exigences du service public et de la Loi qui, un temps, ont occupé tout le champ de mon effort et de mon attention, le cèdent insensiblement aux exigences de la société des hommes. Suis-je en train de vieillir ou enfin de devenir jeune ? Antigone, en moi, prend le dessus sur Créon ; sans pourtant le faire taire.». J’ai été très intéressé par cette réflexion, étant moi-même à la confluence de plusieurs cultures, plusieurs influences dont la mémoire gaulliste paternelle, celle des parents de Pilou républicains espagnols et ma passion « anarchisante » pour Brassens, Prévert et Brel (« Je chante, persiste et signe, je m’appelle Jacques Brel » dans les « F… », sur son dernier disque)  
 
Page 98 : « Sauf exception, on ne peut être un grand politique que si l’on a été un professionnel éprouvé. Sans cela la politique est un jeu……celui qui n’a rêvé que de la politique, qui n’a fait que cela, ne peut bientôt plus imaginer rien d’autre que de la politique….les hommes qui n’ont pas la capacité de faire autre chose sont bientôt prêts à toutes les soumissions. En politique, il faut garder la capacité de rompre pour demeurer fidèle à soi-même et à ses valeurs. » Un vrai problème qu'on élude au PS en se cachant derrière un pseudo statut de l'élu qui ne pourrait être qu'impopulaire ....et pourtant, depuis les années 80, les cadres socialistes sont essentiellement recrutés et formés dans le vivier du MJS et son prolongement, pour les meilleurs, dans la côhorte des attachés parlementaires. Ah bien sûr, tous ne sont pas à jeter et ça donne  un air de jeunesse au parti.....et puis ça nourrit un temps les minorités rénovatrices que j'ai bien cotoyées durant 25 ans....un temps seulement car les incohérences et les ambitions au sein d'une même génération conduisent inexorablement et assez rapidement à l'implosion de ses sensibilités et la rénovation est toujours renvoyée aux calendes grecques. La quadrature du texte en quelque sorte. Je reviendrai sur ce thème dans un article qui sera consacré au NPS qui fut une magnifique espérance puis une cruelle déception mais,....pour illustrer mon propos voici une courte histoire: 
  Un samedi matin attendant, du côté de l'Assemblée, le début d’une réunion, je prenais un café avec une jeune, mais expérimentée, attachée parlementaire que je connaissais vaguement ; elle me demanda ce que je faisais comme profession (bien trop vieux pour être attaché parlementaire) «  Je suis dans le BTP ». Elle m’a regardé d'un air surpris et le cri du cœur a surgi « Mais alors qu’est ce que tu fais au PS ? ». Bizarre je croyais que c’était un parti sensé représenter les travailleurs. Camarades cherchez l’erreur….puis rénovez vraiment.
 
Page 157 « Sans rêver d’un nouvel ordre économique international, je ne crois pas que le marché seul répondra aux besoins des masses humaines du Sud. Je crois à la nécessité d’une régulation telle que cesse de s’accroître une inégalité humaine, contre productive et dangereuse…….Le marché ne saurait être notre loi. Il est notre outil. Je suis prêt à avoir des égards pour lui parce que je sais que ce n’est pas sans risque qu’on intervient dans son fonctionnement. J’accepte les lois du marché et non sa loi ». Samedi dernier j’étais délégué pour la fédération 79, à la Convention Nationale, qui se tenait à La Villette, Cité des sciences et de l'Industrie , sur le thème « Quels modèles de croissance et de redistribution juste et durable aujourd’hui ? ». Pratiquement tous les intervenants étaient sur cette ligne. Il était temps….et pourvu que ça dure....
 
Page 237 à 252 dans le chapitre consacré à l’Europe : «  Il existe une nation française, une nation espagnole ….existe-t-il, existera-t-il une nation européenne. S’il s’agit d’une unité de destin, je le crois volontiers. S’il s’agissait d’une unité de culture, de civilisation, d’être, j’aurais des doutes et ferais des réserves….. A vue humaine, nous ne sommes pas destinés à constituer un Etat Nation, car nous tenons trop à nos diversités ; elles constituent l’une de nos richesses et les Etats en place ne sont pas près de rendre l’âme. Que se passera-t-il plus tard ? »  Edgard Pisani précise qu’il espère la naissance d’une nation pluriculturelle tout en craignant l’immense danger « d’un Etat européen avide d’abolir les différences. », en ajoutant en fin de chapitre « …Je ne sais pas la voie que les Etats d’Europe occidentale choisiront d’adopter. S’il leur arrivait de faire de la Communauté un pseudo Etat sans pouvoir régulateur, s’il leur arrivait de ne pas dessiner les perspectives d’un accomplissement politique, s’il leur arrivait de prétendre construire l’Europe en subissant la loi d’une puissance extérieure, s’il leur arrivait d’ouvrir la Communauté à de nouveaux venus au risque de la rendre impuissante, s’il leur arrivait de se laisser fasciner par l’Est au point d’ignorer le Sud alors je me battrais contre leur Europe. »
Le 24 avril 1992 Edgard Pisani est venu faire une conférence à Niort. Il parla beaucoup de la République, de l’Afrique et l’Europe (nous étions à quelques mois de référendum pour ratifier le traité de Maastricht). Après chaque thème il y avait des échanges avec le public assez nombreux, mais peu participatif. Manifestement j’étais le seul à avoir lu son livre et j’ai abusé de cet avantage pour intervenir souvent, ce qui me semble-t-il, ne lui a pas déplu. Je lui ai dit mon hésitation à voter « Oui » et j'ai relu, dans cette salle, la fin de ce chapitre pour lui demander si ses réserves étaient levées. Il a répondu qu’il fallait absolument voter « Oui » pour ne pas en rester sur les bases du précédent traité, l’Acte unique, entré en vigueur en juillet 1987 qui n’était qu’une étape et qu’il fallait impérativement dépasser pour ne pas rester une zone de libre échange ….mais il fallait rester vigilant car les réserves demeuraient. J’ai suivi son conseil et le 20 septembre 1992 j’ai encore voté « Oui »
Je ne sais pas qu’elle fut sa position lors du référendum sur la constitution du 29 mai 2005. Pour moi, cette fois, ce fut Non. Au NPS nous disions alors que nous refusions la constitutionnalisation des traités antérieurs. « Supprimez le Titre 3, et malgré de nombreuses et importantes réserves nous voterons Oui » avaient dit Montebourg et Peillon. Selon la même logique je suis enclin, aujourd’hui, à accepter le mini traité (le plan B qui n’existait pas)….mais il est inacceptable, antidémocratique, que ce nouveau traité ne soit pas, après le Non du peuple français, lui aussi, soumis à référendum…même avec les probables bénéfices d’une victoire attendue à Sarkozy. 
 
Page 270 à 271 dans le chapitre consacré à l’Afrique : « Les grands barrages de Diama et Manentali,….travail pharaonique destiné à maîtriser l’eau du fleuve Sénégal pour produire de l’électricité et irriguer…..les ingénieurs ont réalisé des miracles d’ingéniosité technique…..mais on n’a pas pensé développement……..je parie que l’ouvrage ne sera utile qu’à 10 ou 20% , qu’il accablera les finances publiques, qu’il s’ensablera et apparaîtra bientôt comme un contresens commis au Sud par le Nord… » J’étais en terrain connu et nous en avons parlé mais cette fois après la conférence.
 Page 278 à 283 : « Beaucoup de chefs d’Etats africains se sont scandaleusement enrichis, beaucoup ont les mains tachées de sang et tout cela est insupportable…..Mais je me demande quel est le gouvernement qu’il soit de l’Ouest ou de l’Est, qui se soit interdit d’aider de telles turpitudes lorsqu’il y avait politiquement, stratégiquement,  économiquement avantage »
Page 294 : « il faut que soit entreprise la refonte des institutions de Bretton Woods et celle du système des Nations Unies. Je crois qu’au moment où se mondialisent les échanges de biens, de services, d’informations et où les migrations concernent des hommes, des femmes des enfants de tous les continents, un lieu de veille et d’action efficace est plus que jamais nécessaire »
Page 302 et 303:  « Le libéralisme est la thèse des gagnants….Si le monde n’était fait que de produits, de biens, sans aucune autre considération, le libéralisme serait sans doute la seule thèse défendable….. Aujourd’hui j’ai tendance à penser, tout en étant résolument partisan des mécanismes du marché, que le fait de soumettre le monde à la seule loi du marché constitue un des crimes les plus graves qui pouvaient être commis. Nous sommes en train de créer les conditions d’une déchirure de laquelle le monde ne se remettra pas ».
 
A lire, aussi, un long chapitre émouvant sur la Nouvelle Calédonie et les accords obtenus avec Jean Marie Tjibaou et Jacques Lafleur et Dick Ukeiwé.
  
Page 428 et 429 en fin du chapitre « Monde Arabe »: « Créer la Méditerranée, c’est créer un espace de coresponsabilité euro-arabe, c’est se donner une chance de gérer positivement un espace de contact entre le Nord et le Sud, c’est créer les conditions pour que cesse l’isolement orgueilleux et amer d’un monde arabo-islamique que nous rendons intolérant par notre propre désinvolture……..Isolé , le monde arabe m’inquiète parce que je ne le vois pas résoudre ses problèmes quand il est encore temps, parce que je le sens tenté ou de se replier, ou de se soumettre, ou encore de se révolter contre un sort et un monde qui l’accablent et dont il ne se pardonne pas d’être complice. Mais le monde arabe m’enchante parce qu’il est une richesse humaine et culturelle toute proche avec laquelle une Europe partenaire peut construire cet espace de sécurité, de prospérité et de civilisation qui recherchent depuis des siècles les peuples de la mer. En rappelant qu’Edgard Pisani est né en Tunisie, originaire de Malte et qu’il a présidé l’Institut du monde arabe de Paris de 1988 à 1995.
 
Enfin et pour la forme un dernier chapitre où l’auteur évoque ses relations avec François Mitterrand et sa complicité avec Michel Rocard.
 
Edgard Pisani qui a eu 89 ans en octobre 2007, continue à enrichir notre réflexion : « Vive la révolte » publié en 2006, et « La politique mondiale pour nourrir le monde ». Je suis particulièrement fier qu’il m’ait consacré une dizaine de minutes, après sa conférence, ce soir d’avril 1992, et permis de parler avec lui de l’Afrique et notamment de construction de barrages en Afrique. Il m’a fait une gentille dédicace «  A l’africain, l’hydraulicien, le militant » , la plus belle de toutes celles, assez nombreuses, que j’ai eu le bonheur de recueillir.
 
Comment la France n’a-t-elle pas su mieux utiliser cet homme politique hors du commun?…..Peut être n’a-t-il pas su être suffisamment, ambitieux ? Quel dommage quel gâchis.
Au PS dans la génération des quadras j’en connais un qui a, j’en suis convaincu, un immense talent, une compétence équivalente et avec les mêmes priorités ce qui me touche particulièrement:…..j’en parlerai plus tard, beaucoup plus tard, pour ne pas le gêner …mais je lui adresse quand même un petit message. « Ami, lances toi, n’attends plus pour voler de tes propres ailes. Actuellement tu mets ton talent au service d’une tête d’affiche qui n’a pas le dixième de ta compétence. C’est pire que Pisani, car lui au moins, s’est effacé pour De Gaulle et Mitterrand. »
 
Pour terminer j’ajouterai que cette année là, plus tard vers octobre ou novembre 1992, nous eûmes, en Deux Sèvres, une conférence de René Dumont accompagné par Charlotte Paquet qui avait co-écrit avec lui « Démocratie pour l’Afrique ». Le vieux lion était fatigué (il avait 88 ans à l’époque) mais encore rugissant. J’ai senti que les questions des élus verts de la région qui souhaitaient le faire s’engager sur des problèmes locaux comme le barrage de la Touche Poupard, l’emmerdaient. Son écologie était mondialiste et ce soir là c’est l’Afrique qui le faisait s’emporter, qui motivait sa colère. Sa réaction m’a beaucoup plu.
 
 (à suivre)

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