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Blog à part.............Soleil en Gâtine.

25 Janvier 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #Blog à part

Soleil est arrivée en Gâtine le 19 novembre 1993 assignée à résidence sur ordre de ce Charlot de Pasqua le ministre qui avait pris ses fonctions 6 mois plus tôt en déclarant qu’il allait terroriser les terroristes. Il lui fallait, comme tous mauvais ministres de l’intérieur, faire du chiffre……
Soleil avait été arrêtée la veille chez ses parents en Normandie. Que lui reprochait-on ? D’avoir au cours de l’été 1993 travaillé dans une association pour le Kurdistan. Jhinor, de son vrai prénom qui signifie soleil en kurde, avait fait un remplacement de 2 mois dans cette association légalement reconnue. Malheureusement à l’automne il y avait eu des attentats en Allemagne qui furent mis sur le compte des Kurdes du P.K.K. Les gouvernements français et allemands, à la demande de la Turquie avaient alors suspendu et interdit tous les mouvements et associations kurdes. Les interpellations et arrestations ont touché tous ceux qui avaient eu, peu ou prou, des contacts avec cette mouvance au cours des derniers mois ; c’est ainsi que Soleil fut interpellée et déplacée en Deux Sèvres.
Elle avait un peu moins de 20 ans et était arrivée en France, en Normandie, avec ses parents et ses frères et sœurs, 10 ans plus tôt. Elle fut installée dans un hôtel en Gâtine, hôtel réquisitionné dont elle fut donc la seule pensionnaire, avec les 4 policiers attachés à ses basques (pas de confusion surtout ce n’est qu’une expression pour dire qu’ils ne la quittaient pas d’une semelle). A tour de rôle l’un d’eux devait passer la nuit en faction devant sa porte.
Bien sûr l’affaire fit grand bruit dans le landerneau deux-sévrien, la Nouvelle République et le Courrier de L’Ouest firent plusieurs articles et furent rapidement relayés par la presse nationale dont l’Humanité et Libération qui en firent, en presse pressée, un portrait de pasionaria de la cause kurde…. La vérité était nettement plus prosaïque…..mais si la vérité, comme le soleil, permet de voir clair, encore faut-il, elle aussi, pouvoir la regarder (Victor Hugo).
Certes jusqu’à mi janvier la menace d’expulsion en Turquie était réelle ce qui contribua à mobiliser les associations humanitaires, les syndicats, les partis de gauche, les écologistes les démocrates …. Tous rassemblés dans un comité de soutien qui fut particulièrement efficace et que devaient rejoindre spontanément de nombreux inconnus, lecteurs au cœur sensible de notre presse régionale. Je fus particulièrement heureux de voir aussi la forte implication de personnalités religieuses, prêtres, pasteurs, et la jeunesse chrétienne qui accompagnaient, complétaient, crédibilisaient la première vague de soutien qui, elle, avait été essentiellement politique…. Il convient de se rappeler que tout au long de cette trop longue période de fin d’année 1993 l’angoisse de l’expulsion demeurait et hantait nos pensées.
Fin décembre la Ligue des droits de l’homme, le MRAP et SOS racisme rencontrèrent le chef de cabinet du ministre de l’intérieur.  Selon le bras droit de Pasqua il n’était pas question de la renvoyer en Turquie où elle serait immédiatement emprisonnée ou pire…….
Nous étions soulagés…. mais alors pourquoi la gardaient-ils sous surveillance renforcée ? Le 12 janvier à l’assemblée nationale, Ségolène Royal interpellait encore le gouvernement.
Cette surveillance, comme celle de toute la mouvance kurde avait probablement pour cause la venue en France de Mme Ciller le 1er ministre Turc. Sinon pourquoi maintenir en résidence surveillée une personne à qui la justice ne reprochait rien et qui n’était pas en situation irrégulière ? Et puis il n’y avait aucun recours puisque c’était une simple mesure administrative.
L’angoisse du pire étant passée, le mouvement de solidarité pris une tournure amicale plus festive ; la gentillesse et le charme de Soleil y étaient pour beaucoup.
Elle passa le réveillon de fin d’année en compagnie des jeunesses chrétiennes. Le lendemain c’était le comité « politique » qui venait lui souhaiter une bonne année et partager avec elle et les flics d’astreinte, un repas au restaurant de l’hôtel. Des agents des R.G. qui se demandaient quand même, si la surveillance de cette soit disant « dangereuse terroriste » allait se prolonger longtemps. A force les mots croisés ou fléchés c’est lassant même pour les forces de l’ordre.
Quelques jours plus tard, je fis la connaissance de Fatiha infirmière de Médecins Sans Frontières qui, entre deux missions, passait quelques semaines de vacances chez ses parents à Niort. Elle rentrait du Kurdistan irakien et était allée l’année précédente en Kurdistan Turc. Elle n’avait pas encore entendu parler de cette affaire et après que je l’eus mis au courant elle me demanda, avec enthousiasme, de la conduire auprès de Soleil. Deux jours plus tard c’était chose faite et une solide amitié s’établissait entre les deux jeunes femmes. Fatiha allait voir Soleil presque tous les jours et c’est elle qui nous apprit que le 25 janvier elle fêterait son anniversaire, ses 20 ans… Avoir 20 ans en Gâtine sous la surveillance de policiers ce n'est pas banal, même si il faut bien le reconnaître les flics s’efforçaient d’être le plus agréable possible avec elle ; tout comme les propriétaires gérants de l’hôtel qui faisaient de bonnes affaires en cet hiver, habituellement creux, avec toutes les chambres réservées par l’Etat, et  des visiteurs qui, souvent, dînaient au restaurant. La patronne Marie-Thérèse avait une attitude très maternelle avec sa pensionnaire.
 
Le jour de son anniversaire une petite fête folklorique fut organisée à la salle des fêtes du village avec thé et pâtisseries et la venue de Poitiers ou Niort de musiciens kurdes. Il n’y eut aucune hostilité de la part de la préfecture à la tenue de cette manifestation malgré le rassemblement de quelques kurdes…… c’était bon signe nous semblait-il. Il est vrai que Mme Ciller était repartie chez elle après avoir commandé quelques hélicoptères…… Mais alors pourquoi gardaient-ils encore Soleil?

 
    Le vendrediNum--riser0001-copie-6.jpg soir suivant, le 28 janvier, nous fîmes un grand repas d’anniversaire au restaurant : il y avait toute l’équipe du Comité de soutien, soit une trentaine de personnes dont un personnage haut en couleur le Père Roger. Moi je représentais le PS accompagné par Pilou et Geneviève qui était à l’époque Conseillère Générale et bien sûr Fatiha. 
   Ce fut une belle fête et Soleil était heureuse, peut être un peu trop heureuse, sous le regard attentif des agents des renseignements généraux. Soleil remerciait tout le monde, elle aimait tout le monde, en affichant ostensiblement sa joie, son bonheur  (sans doute que tout n’était pas si rose dans la vie d’une très jeune femme au sein de la communauté kurde ). 
  Drôle de paradoxe car au fil du temps, l’angoisse de l’expulsion passée, elle semblait découvrir la liberté par son assignation à résidence loin de chez elle. Elle nous disait qu’elle avait trouvé en Deux Sèvres une seconde famille.
 
  Cela n’arrangeait pas les affaires des autorités. Petit à petit la surveillance se relâchait : de quatre les policiers surveillants ne furent plus que deux, parfois un seul….. et nos braves pandores ne s’ennuyaient que plus. Les amis continuaient à venir voir régulièrement Soleil de plus en plus radieuse…. La préfecture dut en conclure, que la jeune femme n’était vraiment pas prête de s’enfuir….. ce qui semblait bien être la seule solution à l’impasse administrative dans laquelle s’était mis notre Charlot national.
Mi-février, elle fut soudainement déplacée : Les autorités lui avaient trouvé un autre lieu de villégiature dans l’Ouest, un peu plus au Nord, pour la rapprocher des siens….. et surtout l’éloigner de ses amis. Dans sa nouvelle région d’accueil, ils réussirent à imposer un quasi silence médiatique. Tous les membres du comité de soutien cherchèrent des relais sur place… mais la mayonnaise n’a pas pris car l’intérêt politique était retombé. Soleil eut bien quelques rares visites d’amis des Deux Sèvres dont Fatiha, mais la distance, les impératifs des uns et des autres limitaient ces déplacements. Pour Soleil ce fut la fin d'une amicale ambiance, d'un étrange  bonheur ....  l’ennui prit place... et puis cette vraie fausse surveillance et cette porte qui restait grande ouverte sur le printemps qui arrivait ……Soleil finit par prendre la poudre d’escampette….. rendant à Pasqua le service qu’il attendait….et elle est rentrée chez elle…..
Parce que chez ces gens-là, Monsieur, on ne s’en va pas… on ne s’en va pas …..
 
A suivre.

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