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Touche pas à mon rugby...... De l'ombre à la lumière.

12 Avril 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #Touche pas à mon rugby

 Avec mon copain Ninine, Christian de son prénom, nous nous connaissons depuis septembre 1964. Le premier match que nous avons fait ensemble c'était à Choisy Le Roi. Il jouait 3ème ligne aile dans l'équipe junior de l'E.S.V. que, mon frère et moi, arrivant de Montpellier, nous intégrions en prenant place au centre de la ligne de trois-quart. J'ai du jouer avec Ninine pendant 5 ans, d'abord en junior puis en première.... jusqu'à ce que je délaisse le rugby pour prendre le large......vers les régions équatoriales.
 Christian était un excellent joueur, flanker de grand champ (à l'ancienne) ou centre perforateur (d'avant-garde). Sur le terrain il n'y avait pas besoin de chercher après Ninine.... il était toujours là où ça chauffait le plus.... en attaque comme en défense. Il avait de surcroît un coup de botte phénoménal (je l'ai vu passer des coups francs de plus de 55 m) à rendre jaloux le très honnête buteur que j'étais.

 Mais je n'écris pas ce billet pour parler des talents passés (et malheureusement lointains) de rugbyman de mon pote mais pour raconter une bien jolie histoire de fraternité.
 Quand nous étions jeunes nous ne causions pas trop de nos familles, d'ailleurs rares étaient les sujets de conversation qui sortaient vraiment du cercle rugbystique.... et si, il y en avait un qui était particulièrement discret, c'était bien Ninine, à tel point que je croyais à l'époque qu'il était orphelin et qu'il était élevé par sa tante...
 J'ai donc perdu de vue Christian fin 1969 ou début 1970 pour commencer à bourlinguer. Je ne l'ai revu qu'un quart de siècle plus tard en juin 1994 à l'occasion du mariage de notre ami commun Jeannot.... Une journée de retrouvailles à revivre nos histoires d'anciens combattants de l'ovalie. Et puis nous avons du nous revoir une ou deux fois avant de nous retrouver pour le cinquantenaire du club à la Pentecôte 2004.... Et c'est ce jour là qu'il m'a  raconté son histoire..... comme il a senti que j'étais touché, ému même, par cette aventure, il m'a remis le lendemain un opuscule rédigé avec talent par Michèle son épouse : un récit de 65 pages intitulé « De l'ombre à la lumière » qui resplendit de tendresse, d'amour, d'émotion mais aussi de poésie.....

 Michèle décrit avec pudeur comment, jeune fiancée puis jeune épouse, elle vécut avec les secrets de Christian : le faux père, le faux frère, une famille inventée.... il avait fallu les formalités de mariage pour qu'elle sache qu'il était né à C....dans les Pyrénées Atlantiques ; il fallut le décès de Nadia sa « mère » pour que Christian reconnaisse qu'il savait être un enfant adopté. Que cet état dut être lourd à porter à l'enfant Christian pour qu'il enfouisse, si longtemps au fond de lui, ce secret.

 Au cours de l'été 2001, Christian tomba gravement malade. Hospitalisé, il fut soumis à de nombreux examens et analyses qui mirent en évidence un lymphome, une maladie tumorale déjà étendue.
 Le professeur qui reçut Michèle annonça des séances de chimiothérapie et une autogreffe, et demanda si Christian avait des frères ou des sœurs......
 C'est René un cousin qui, quelques jours plus tard, a levé le secret quand il apprit la question du médecin.
  « Moi je sais ...Christian à un frère ...je connais même son nom de naissance il s'appelle R.... ».....«...son père était marin pêcheur, personne ne sait pourquoi la mère a abandonné son enfant » .... «....Diana est allée le chercher et il est arrivé, ici, tout bébé...»

  Michèle et leur fille ainée Laeticia prirent contact avec la mairie de C... Avec insistance et persuasion elles finirent par obtenir l'acte de naissance de Christian où étaient mentionnées non seulement des informations sur ses parents José et Lydia R. mais aussi la référence du jugement d'adoption. Par Internet Laeticia releva qu'il y avait, au moins, sept familles nommées R... dans cette petite ville basque ; elle avait la liste des numéros de téléphone. 
  Pour la suite de l'histoire je prends une petite partie du récit de Michèle (en bleu.... avec  quelques changements de nom pour les lieux et les gens que je ne connais pas):

 Laeticia pointa un nom au milieu de la liste.
-« Jean Claude R..., tiens lui je le sens bien, vas y appelle »
Je cédais à son insistance et je composais le numéro sans savoir ce que j'allais dire. Aussitôt une voix d'homme me répondit.
-« Bonjour Monsieur, excusez-moi de vous déranger, suis-je bien chez Madame Lydia R... »
-« Ah !..Non, »
-«  Mais vous la connaissez ? »
-«  Oui, c'est ma mère..... mais pourquoi me posez vous  cette question »
-«  Je ne voudrais pas vous choquer, mais savez-vous que vous avez un frère qui s'appelle Christian ? »
-« Vous ne me choquez pas, nous l'avons entendu dire par des voisins mais nous pensions que c'était de la méchanceté, notre mère ne nous a rien dit. »
-« Christian est gravement malade, et nous vous avons recherché dans un contexte médical. Il n'est pas informé de notre démarche. Votre maman est-elle toujours vivante ? »
-« Non elle est décédée depuis une dizaine d'années, elle a eu une vie infernale, cela a été très difficile pour elle et pour nous, notre père n'était jamais là, il était marin pêcheur.... Elle a eu beaucoup de mal pour élever ses enfants... nous étions pauvres. »
-« Ses enfants ? Vous êtes donc plusieurs »
-« Oui, nous étions dix au total, sans compter votre mari....Christian ; six garçons et quatre filles mais quatre sont décédés .... »

  Michèle et Laeticia eurent encore le même soir, sur recommandation de Jean Claude, une longue conversation avec une sœur de Christian, puis encore les jours suivants. Des liens forts de fraternité se nouaient.... Les frères et sœurs se rassemblaient pour téléphoner en famille à Michèle . La plus âgée des sœurs pleurait pour se libérer d'un lourd secret :
 Elle raconta qu'elle avait onze ans lorsque Christian est né, elle était dans la chambre, elle se souvenait que sa mère était dans son lit, elle pleurait...., trois femmes, dont une américaine, étaient près d'elle, elles parlaient, il y avait un landau, de petites affaires qui était prêtes, puis elles ont enveloppé Christian et elles lui ont dit de l'embrasser. Elle ne l'a plus revu, elle pensait qu'il avait été emmené en Amérique, elle ne pensait plus le revoir. 
 
  Avec beaucoup de générosité Michèle décrit dans son récit la gène et le grand bonheur de tous les frères et sœurs de Christian..... Mais il restait encore à prévenir Christian toujours hospitalisé. Après avoir pris conseil auprès de la psychologue du service ce fut le grand moment :

 - « Nous avons quelque chose d'important à te dire... c'est délicat... nous avons beaucoup hésité, mais sache que c'est une bonne nouvelle ! .... Tu sais que tu as été adopté... et bien nous connaissons ton histoire... »
 Michèlle lui raconta son histoire, lui révéla son nom de naissance lui dit qui était sa mère, son père, lui annonça l'existence de ses frères et sœurs, décrivit les contacts pris, leur gentillesse, leur émotion :
- « Ils aimeraient te rencontrer....».
- « Moi aussi je voudrais les voir... »

  Quelques mois plus tard Christian découvrait à 55 ans sa famille..... et je ne sais si ce grand bonheur a contribué à sa guérison mais je sais pour l'avoir encore vu il y a quinze jours à l'assemblée générale de notre association des anciens qu'il est en très bonne forme.
  Cette association nous permet de nous retrouver au moins une fois par an.... au moins car il y a aussi, des voyages et des anniversaires prétextes à festivités et retrouvailles. 
  Lors de la dernière assemblée générale Christian annonça qu'il abandonnait ses fonctions de trésorier pour cause de déménagement.... Michèle et lui quittaient la région parisienne pour le sud-ouest..... Il se rapprochait de ses racines familiales....

 Texte écrit avec l'aimable autorisation de Ninine....... 

 (A suivre.)

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