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Souvenirs en vrac.... donnant plus de blé qu'un meilleur avril...

2 Mai 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #Souvenirs en vrac

   Je ne sais à quoi il pensait le grand Jacques quand il écrivait cette phrase de « Ne me quittes pas », merveilleuse chanson triste à chialer.... Peut-être comme moi ces jours-ci, à faire sa déclaration d'impôts.

 Mes souvenirs du mois d'avril sont essentiellement liés à des voyages déjà racontés dans d'autres billets, à mon travail avec des phases importantes pour des grands chantiers, notamment le démarrage de chantiers d'autoroute ou la fin de grands chantiers de barrages ou de ponts et surtout beaucoup de rendez-vous politiques. Sur le plan familial il y eut le décès de Roger, mon père le 6 avril 1962 mais j'en ai déjà parlé fin mars, et coïncidence morbide, celui de sa mère Geneviève, huit ans plus tôt le 9 avril 1954....mais parlons d'autre chose.... de politique par exemple.

  En 1974 je n'ai pas pu voter. Nous étions au Zaïre à Inga et l'élection précipitée par le décès du président Pompidou, ne nous permit pas de trouver à temps quelqu'un pour voter pour nous sur Arles où nous étions inscrits ou ailleurs .... car le système était assez bizarrement fait à cette époque, et cela ne nous mettait pas forcément en confiance : Il en fut de même en avril 1978 pour les législatives, alors que nous étions au Maroc, nous avons, en fait, voté au consulat de Casablanca pour une circonscription de l'Isère.

    En 1981 nous étions à Wittelsheim près de Mulhouse où dans une ambiance extraordinaire j'ai participé à l'avant dernier meeting de Mitterrand. Le champagne était déjà au frais....on allait enfin gagner c'était certain..... mais cela avait été certain, déjà tant de fois.... Il fallait attendre le 10 mai.

  Mon véritable engagement militant avec l'adhésion au PS s'est concrétisé au Cameroun en fin avril ou début mai 1984, quelques semaines après la tentative de coup d'état, mais sans aucune relation.... C'était le prolongement normal de mon adhésion à l'ADFE. Ma première grande désillusion est survenue assez vite, l'année suivante, début avril 1985, quand j'ai eu l'occasion de rencontrer, en délégation de l'ADFE, le secrétaire d'état à la coopération, Christian Nucci. J'en garde un souvenir horrible, un grossier personnage qui jurait comme un charretier : « Après la victoire de Mitterrand, et l'état de grâce qui en découlait, on aurait pu, dans de très nombreuses circonscriptions, présenter une vache avec une rose dans le cul et elle serait devenu députée ». Quelle délicatesse ! C'était donc ça un ministre socialiste ? Quelques mois plus tard il se renversa dans un carrefour du développement....sans grande surprise pour moi qui ne l'avait vu qu'une heure... rien qu'à sa façon de conduire ....une réunion.

 En avril 1988 nous étions installés depuis peu à Niort ; L'élection présidentielle allait se traduire par une victoire éclatante de la génération Mitterrand, et puis Chirac avait été tellement mauvais... jusqu'au bout, jusqu'à Ouvéa, jusqu'au débat télévisé....
 A l'époque je ne comprenais pas trop quels étaient les centres d'intérêts du PS local ; ça me paraissait trop niorto-niortais et je m'intéressais plus au jumelage coopération avec Atakpamé.... Et puis Pilou et moi nous étions très occupés par notre installation sur Niort et moi par la fin du chantier du pont de l'île de Ré...
 Et puis pendant les vacances de Pâques nos amis Jef et Nickie et leurs enfants, nos amis des environs de Sète, sont venus nous voir à Niort.
 Nickie avait réussi à convaincre Jef de quitter, de son plein gré, quelques jours sa garrigue. J'ai pris cette venue pour un très grand honneur (ils sont quand même  revenus plusieurs fois depuis cette première) .... Et en récompense, mais surtout parce que les circonstances s'y prêtaient, j'ai permis à mon ami d'enfance, d'être le premier civil à rejoindre l'île de Ré par le pont. Le dernier voussoir ayant été posé, fixé et câblé - scellé la veille... la voie était dégagée...je connaissais bien le chantier... alors en piste. C'était le 6 avril 1988 et bien entendu il n'y avait pas encore de péage : Jeff fut le premier à franchir le pont et gratuitement, pour quelqu'un qui venait pour la première fois de sa vie en Poitou-Charentes... ce n'était pas mal....

    La dernière semaine d'avril, celle qui s'appuie sur le 1er mai, est la semaine de la Foire exposition de Niort. Je ne suis pas un grand fan de cette manifestation mais il y eut une exception celle de 1990... je ne me souviens plus quel était le thème mais ce dont je me souviens c'est que sur le plan artistique j'ai eu, cette année là, la très grande chance de voir et d'écouter Marcel Dadi et son extraordinaire virtuosité picking à la guitare. (Dadi fut victime du crash du vol TWA 800 à New York en 1996). Le lendemain, cerise sur le gâteau, il y avait Kassav : une cuvée exceptionnelle.

 Fin avril 1992, pour fêter la belle victoire de Geneviève sur le canton Niort-est, l'équipe de campagne, presque au grand complet, est allée passer une petite semaine de vacances dans le Gers. Nous avions loué une grande maison près de Lupiac et, trois ans avant la sortie du film d'Etienne Chatiliez nous avons pu constater que le bonheur était dans le pré. Nous étions douze, Geneviève, bien sûr, Yvette, Catherine, Jean-Paul, Danielle et encore une Danielle, Gérard, Françoise, Jacques, André, Pilou et moi.
 
 Que de franches rigolages, de bonnes bouffes, de jolies sorties : Forcès la seule bastide ronde de Gascogne, Lupiac où naquit en 1611 Charles de Batz de Castelmore plus connu, depuis Dumas, sous le nom de d'Artagnan, Bassoues et son donjon majestueux, Montréal du Gers, l'abbaye de Faran à Valence sur Baïse, Le château de Busca-Maniban à Mansacôme, Le marché de Vic Fezensac, Eauze, Mirande, Nogaro.... et la cave Samalens de Laujuzan où nous avons tout appris sur l'Armagnac et le Floch..... et nous n'avions même pas eu le temps d'aller visiter la capitale du Gers et de l'ail blanc, Saint Clar de Lomagne.....
Le bonheur est dans le pré cours y vite il va filer... extrait du poème de Paul Fort.... une pensée pour André et Jacques qui sont partis beaucoup trop tôt.

  Avril 1995, élection présidentielle : Le 23 avril au 1er tour Lionel Jospin arriva en tête avec 23,3 % des suffrages devant Chirac 20,8 % et Balladur 18,6%. Jospin sera battu au second tour mais après une bien belle et très prometteuse campagne. Lors d'un de ses meetings, celui des Floralies à Vincennes, j'étais assis à côté de Vincent Peillon, quand Jospin prononça la « célèbre » phrase sur le droit d'inventaire de la période Mitterrand. Vincent subitement se mit à jubiler et comme je lui en demandai la raison, il m'expliqua que chargé de préparer les discours depuis le début de la campagne il proposait systématiquement à Lionel cette formule et que pour la première fois il s'était enfin décidé à la prendre à son compte.
 Vincent est venu début avril à Niort animer une réunion publique.... Entre mars et avril j'ai du faire 4 meetings de Jospin ; jamais je ne m'étais engagé à ce point, l'amitié de Vincent, et les liens privilégiés qu'il avait avec le candidat étaient super motivants.

  Il en sera tout autrement en 2002 : je n'ai rien compris à cette campagne, le faible enthousiasme, l'incapacité de motiver les troupes.... on avait l'impression que Jospin jouait perso et pourtant avec la présence de Taubira, Chevènement, Hue, Mamère, Besancenot et Laguiller il était évident que le risque était énorme. Jospin fut éliminé dès le 1er tour : immédiatement et sans le moindre état d'âme j'ai annoncé que je voterai Chirac au second tour. Je ressentais un sentiment de honte, pour mon pays, d'avoir un représentant de l'extrême droite au second tour. ;... et puis tout de suite j'ai compris que c'était grave pour l'avenir.... Jospin, premier ministre, avait fait passer le quinquennat par référendum en septembre 2000. La constitution de la Vème république n'avait de base démocratique que par l'équilibre entre exécutif et législatif grâce au risque de cohabitation. Ce risque supprimé par l'introduction du quinquennat (qui avec le droit de dissolution de l'Assemblée par le président de la république fait que ces 2 élections seront toujours consécutives et donc de même couleur politique) cette constitution n'est plus qu'une vague monarchie républicaine à durée limitée. Insupportable pour le pays initiateur des droits de l'homme. En 2000 tel Don Quichotte j'ai essayé de convaincre mes camarades... mais rien à faire je n'avais pas le talent de persuasion. J'en ai parlé récemment à Vincent qui m'a répondu « Tu avais raison.... mais moi à cette époque j'étais trop Jospinien.... pour aller contre ».

 Avril 2007. Ségolène a fait un score exceptionnel le 22 avril au 1er tour avec 9.5 millions de voix, mieux que Mitterrand en 1981 et Jospin en 1995 qui faisaient 7 millions, et pas très loin de Mitterrand de 1998 qui avait fait 10.3 millions de voix....c'était bien, mais Sarkozy avait fait 11.5 millions de voix et était certain de l'emporter au second tour..... aussi, ai-je été profondément choqué par la prestation de Ségolène ce soir là... le bonheur était sur la terrasse... et le peuple français allait en baver pour au moins cinq ans. Avant le PS avait trouvé son bonheur dans les régionales, aujourd'hui il récidive avec les municipales et les cantonales, .... Le PS fera encore une belle prestation lors des prochaines européennes et pour les prochaines régionales, encore qu'il aura du mal à faire mieux que la dernière fois....mais pour moi, ces résultats aux élections intermédiaires sont assez secondaires car l'essentiel se jouera une nouvelle fois en quelques mois en 2012..... pour une nouvelle monarchie présidentielle, qu'elle soit de gauche ou de droite..... Probablement de droite d'ailleurs car le fond de commerce du PS, parti d'élus, c'est le local.... et comment préserver au mieux ses intérêts locaux ? C'est bien en évitant de se salir les mains dans les enjeux nationaux.... Alors, avec si besoin, quelques divisions bien orchestrées, on perdra même des scrutins imperdables.

 Mais le bonheur est dans le pré, ou au bord d'un champ de blé, ou en garrigue, ou sur une plage de l'île de Ré ou encore dans le Marais Poitevin comme cette bien jolie ballade faite le dimanche 6 avril dernier avec l'association de Goise..... Ça m'a rappelé une critique à la sortie du film de Jean Becker, « Les enfants du marais » : c'est du « pétainisme light » une formule médiocre, déplacée, excessive. (J'adore Becker qui sera bientôt un sujet de Ciné-cure. Son dernier film « Deux jours à tuer » est excellent ). 
 Si la gauche repliée sur son fond de commerce, se sent incapable, dans le cadre de la mondialisation, de réguler le capitalisme libéral, où va-t-on ? Dans le pré ou dans le mur....?.

  (A suivre)

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daniel 04/05/2008 14:56

Un excellent ami, après m'avoir lu m'a rappelé que Brel à cette époque pensait avant tout à une certaine Suzanne G. C'est vrai....mais peut être pensait-il un peu au blé que cette magnifique chanson allait lui rapporter et la partie non négligeable qu'il devrait reverser au fisc... enfin moi comme introduction ça m'arrangeait de d'envisager ça.... et puis tant pis si ce n'est pas la vérité vraie. C'était d'ailleurs peut-être à l'insu de son plein gré....