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Presse aidant...... Jeune Afrique et vieilles lunes.

7 Mai 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #Presse aidant

 Je suis lecteur de «Jeune Afrique » depuis, depuis ......depuis, comme ils disent en Afrique, dans la vie quotidienne où le temps ne compte pas ou moins qu'ici.... Si je reprends ma casquette d'occidental je dirai que je suis lecteur assidu depuis au moins un quart de siècle et peut être même une dizaine d'années supplémentaires en tant que lecteur occasionnel.... car en Afrique il y a parfois (il y a et avait souvent...) de la censure et puis quand cet hebdo paraissait, encore fallait-il être proche de la capitale ou d'une grande ville pour pouvoir se le procurer. Enfin bref ce journal, lancé au début des années 60 par Béchir Ben Yahmed c'est mon journal ;  j'y suis fidèle c'est même l'un des rares dont je n'ai pas abandonné l'édition papier pour une consultation web (cette évolution concerne d'ailleurs essentiellement les quotidiens).
 Dans son édition du 20 au 25 avril, le n° 2467, il y a un dossier spécial sur la R. D. Congo et dans ce dossier complet très intéressant il y a un article, bien documenté, intitulé « Les promesses du fleuve » ; un bien joli titre, titre de roman voire de saga : Saga Inga.
 Voici quelques extraits de cet article de la journaliste Muriel Devey :
 « Alors que le pays dispose d'un gigantesque potentiel hydro-électrique, seuls 6.5% des ménages congolais ont accès à l'électricité....
 .....Devant nos yeux le fleuve Congo bouillonnant d'écumes, étale toute sa puissance. Parsemé d'une myriade d'îlots de verdure, son lit, ici large de trois à quatre kilomètres, débite selon les saisons, 30000 à 60000 m3 d'eau à la seconde. Construit dans le coude que forme le fleuve à cet endroit, les barrages semblent perdus dans l'immensité des lieux. A Inga... le fleuve pourrait produire jusqu'à 45000 MW d'électricité.....rien de plus normal donc, que d'avoir aménagé deux centrales hydroélectriques sur ce site stratégique. Mais, malgré, ce potentiel, la capacité installée d'Inga ne dépasse pas pour l'heure 1775 MW. En fait, la production actuelle n'est même que de 700 MW. Et, pour cause, sur les quatorze turbines existantes (Inga 1 avec 6 turbines pour 350 MW entrée en service en 1972 + Inga 2 de 8 turbines pour 1420 MW inaugurée en 1982), sept sont hors d'état de fonctionner. De quoi désespérer tous ceux qui dépendent de ce site, dont une partie alimente les villes de Kinshasa, Matadi, Boma,...la province du Bas-Congo   ainsi que quelques zones du Katanga. Le reste de l'électricité, soit 150 MW aujourd'hui, contre 250 MW auparavant, est exporté vers le Congo Brazzaville, le Zimbabwe, l'Angola, la Zambie et l'Afrique du Sud. »...... 

 ...« Inga reste le grand espoir de la RDC et d'autres pays africains pour résoudre la crise énergétique qui les mine, d'où la nécessité de remettre à niveau les deux centrales existantes. C'est un projet 500 millions de dollars financé par la Banque Mondiale et la Banque africaine du développement.... ».......« Même remises à niveau, les centrales d'Inga 1 et 2 ne pourront pas, à elles seules, satisfaire la demande du pays et de ses voisins d'Afrique australe. C'est pourquoi, les projets de construction de deux centrales hydro-électriques en aval d'Inga 2 ont été réactivés. Le plus avancé est celui d'Inga 3.... Pas question de limiter la production aux besoins de la seule RD Congo : Le principe d'exporter est acquis ; cinq pays sont concernés : La RDC, l'Angola, la Namibie, l'Afrique du Sud et le Bostwana.... Les sociétés nationales des cinq pays intéressés, sont regroupées en partenariat pour préciser les besoins....l'étude de faisabilité financière, pour sa prise en charge par la Banque Mondiale, est assurée par BNP Paribas. Elle permettra de déterminer le coût exact de réalisation de la centrale évaluée pour l'heure à 3.6 milliards de dollars. On estime à 4320 MW la capacité de production de la future centrale. De quoi faire rêver les millions d'Africains concernés.
 Le second projet, baptisé Grand Inga semble quand à lui relever de l'utopie. Sa capacité atteindrait 39000 MW ! Et pourtant le potentiel est là. Véritable projet intégrateur à l'échelle continentale, il prévoit de desservir trois grandes zones ; l'Egypte, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique Australe. Autant dire qu'aucun pays ne pourra réaliser, seul, un tel chantier, le montant nécessaire à la réalisation de l'ouvrage étant estimé entre 40 milliards et 50 milliards de dollars......

  39000 MW c'est gigantesque : le 28 février 2005 un record de consommation d'électricité avait été battu en France en franchissant pendant quelques minutes le seuil de 83000 MW.
 Etant loin de Kinshasa et d'Inga en distance et en temps car j'ai quitté le Zaïre de Mobutu en 1976, et tout ce que je sais, du pays devenu, maintenant la République Démocratique du Congo (il est plus facile d'écrire R.D. Congo pour diverses raisons.....) de Kabila (fils), c'est par la lecture de J.A. plus quelques reportages de télé et Internet .... Mais il semble évident que c'est très loin d'être brillant.
 Toujours selon Jeune Afrique, le hors série n°18, « Etat de l'Afrique 2008 », les résultats économiques du RD Congo (ex Zaïre) sont les suivants :
             PIB = 8.5 milliards de Dollars (22ème rang en Afrique)
             PIB /habitant = 130 dollars / h (51ème rang sur 53 pays africains.)
             Dette / PIB = 150 % PIB (49ème rang africain ).
             Consommation d'électricité par habitant (au 32ème rang africain... pour un pays qui a en même lieu, le plus gros potentiel planétaire??)

 Je ne sais s'il faut faire Inga 3, qui est sans doute une chance de développement et de devises pour le pays d'autant qu'il n'y a pas de barrage à faire mais une simple prise d'eau reliée à la retenue d'Inga 2.... mais c'est quand même un projet représentant 42% du PIB annuel.... Même partagé en 5 pays ça ferait sans doute plus de 10 % du PIB pour le R.C. Congo..... et puis pour ce qui concerne la maintenance des équipements des centrales hydro-électriques d'Inga, l'expérience des trente dernières années montre que c'est plus qu'un maillon faible. Compétence de fonctionnement et d'entretien.... A moins de tout sous-traiter à un consortium privé ou semi-public et de faire venir de très nombreux ingénieurs et techniciens expatriés occidentaux ou chinois ou d'Afrique du sud, en spoliant le Congo de son potentiel de richesse... la quadrature du cercle.
  Quant au projet de Grand Inga pour un coût de l'ordre de 6 années de PIB du seul RD Congo ou encore 5% du PIB de l'ensemble de l'Afrique.... de l'utopie ou de la folie douce.
  Tous ces projets, ces vieilles lunes, qui ressortent étaient dans tiroirs depuis, depuis.... J'ai des documents datant de 1970 qui mentionnaient déjà ces projets et en 1975 une équipe d'ingénieurs et de techniciens français déachée par l'EDF, étaient allés faire une étude A.P.S. de ce  projet pharaonique, ou plutôt d'éléphants blancs. ( Lire éléphant blanc et bacille Shigellas.)

  « .... Le Zaïre (Congo), avec un débit moyen de 42000 m3 par seconde est le deuxième fleuve du monde après l'Amazone. En outre, son débit ne varie pratiquement que du simple au double entre l'étiage et la crue annuelle, stabilité rare qui en favorise l'utilisation. Parmi les grands fleuves, il est le seul à présenter sur son cours inférieur une pente très importante. C'est ainsi qu'on relève entre l'île de Sikila et l'embouchure de la Bundi qui ne sont distante que de 15 km une chute naturelle de 102 mètres .Cette série de rapides fait du site d'Inga le plus important gisement de puissance hydraulique concentrée en même point : l'énergie sauvage qui s'y dissipe annuellement est de 370 milliards de kWh...... »

  ......après avoir décrit les projets des années 70 à savoir Inga 1 et Inga 2, le document présente les projets à échéance la décennie 80.
 ....« ....Quant à la l'étape 3, la centrale sera extérieure mais avec galeries d'amenée souterraines.....
 ....cette puissance pourra être considérablement augmentée et des études sont en cours pour déterminer la puissance optimale à réaliser dans la vallée N'kokolo avant de passer à l'étape du Grand Inga qui comporte l'exécution de l'important ouvrage qu'est le barrage du fleuve. Cette puissance optimale semble pouvoir atteindre et même dépasser 40000 MW...
 Les progrès réalisés par la technique en une douzaine d'années contribuent donc à rendre beaucoup plus accessible un projet qui, par certains aspects, pouvait encore paraître démesuré.
Ceux qui le seront dans les prochaines années, contribueront sans nul doute à faire du site d'Inga un aménagement hydro-électrique des plus fantastiques. .......

 

      Voila le type d'arguments susceptibles d'emporter l'assentiment de chefs d'état avides de symboles glorieux .....   
 Plus de 35 ans sont passés depuis. que ce document est paru.... l'état de l'existant serait déplorable, il faut certes réhabiliter ne serait-ce que pour fournir de l'électricité au peuple congolais. Faut-il ensuite réaliser Inga 3 ? Peut-être mais ça sera pour l'exportation et ce qui se trame c'est une privatisation de l'ensemble d'Inga, or il faut savoir que plus de 50% de la dette du pays est le fait d'Inga ;  alors qui va payer cette dette, le consortium privé ou semi public ou le peuple congolais ? Et la dette à venir pour Inga 3 et les lignes à haute tension nécessaires à l'exportation de l'énergie, qui la prendra à sa charge ? 
 Et le grand Inga ? Séduits par tant d'atouts concentrés en un même point le Conseil Mondial de l'Energie a décidé de relancer le projet dont les origines remontent aux années 60. Le 14 mars 2008, sous l'égide du professeur britannique Sir David King ancien conseiller de Tony Blair a présenté la « Task force » chargée de conduire le projet jusqu'à son terme. Trois jours plus tard les représentants de pays africains se retrouvaient déjà au Botswana pour en débattre. Depuis la Banque Mondiale a réactualisée ses prévisions : 80 milliards de dollars. Diantre en quelques mois ça a déjà doublé (la crise des subprimes ?).Les prédateurs sont de retour, pour enfoncer un peu plus les plus pauvres ........
 
......à moins de réver d'un monde meilleur où de tels projets seraient pris en charge à 100% par des instances internationales..... Ce n'est pas demain la veille.

 
A suivre.

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daniel 17/01/2012 09:48

Malheureusement l'énergie électrique voyage mal; énormement de déperditions en lignes. Je ne suis pas sûr que, le grand Inga, ce projet pharaonique soit un bonne idée. La maintenance des
installation sera toujours à la charge du pays.
Les barrages iNga 1 et Inga 2, auquel j'ai participé, ont été un désastreux fiasco pour les finances du pays et déjà d'énormes difficultés de maintenance.

FEDI Jean-Michel 10/01/2012 16:59

Article intéressant. Le grand Inga semble un projet extraordinaire!
Très décevant de voir qu'Inga 1 et 2, qui permettent d'exporter de l'électricité, ne sont pas entretenus et finissent par aggraver la dette de la RDC (si j'ai bien compris ce que vous avez
dit).

Quant à une prise en charge à 100% de la part des instances internationales, l'idée est bonne, mais il serait alors injuste pour les pays importateurs de devoir payer la RDC si celle-ci n'a rien
dépensé pour la construction.