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A livre ouvert.........Mai 68. Histoire sans fin.....

25 Mai 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #à livre ouvert

Quarante ans après, il était dans l'ordre des choses médiatiques de commémorer mai 68 et on n'y aurait, de toute façon, pas échappé mais le petit coup de pouce donné par Sarkozy pendant la campagne présidentielle en annonçant qu'il voulait liquider mai 68 eut, sans aucun doute, un effet amplificateur. Gérard Filoche le reconnaît volontiers mais attend pour cela les dernières lignes de son livre, les dernières lignes de ce pavé de 470 pages.
« ...liquider mai 68. Même pas en rêve ! Il a surtout prouvé, par cet aveu, combien mai 68 l'obsédait encore, lui et son camp, quarante ans après.
 C'est une histoire tellement enracinée dans l'histoire de France, tellement productive, formatrice pour des millions de salariés et de jeunes, tellement décisive au plan social, qu'on se demande encore ce qui peut traverser la tête d'un homme politique de droite se proposant, pour accéder à la présidence, de liquider cette histoire... ». «... Gageons que ce sera l'histoire sans fin de mai 68 qui l'emportera sur Nicolas Sarkozy...»....«... ..L'obsession de mai 68 est salutaire, tant mieux si elle taraude la droite, elle nous ramène à nos espoirs et nos devoirs... ».
 Car c'est ça le cheval de bataille de Filoche, la mobilisation sociale, la lutte des salariés, des forces du travail, ces mouvements de colère contre les injustices.... Bien sûr ce n'est pas tous les jours que le peuple descend en masse dans les rues.... mais quand il le fait et qu'il oblige les gouvernements à reculer ça reste ancré dans les mémoires et cela a, presque toujours, des prolongements politiques quelques années plus tard.... et n'en doutons pas c'est bien ce mai 68 là que Sarkozy veut liquider; l'autre mai 68, celui des médias il s'en accommode, il l'aime même, au point d'y faire l'ouverture de la pèche. Aucun problème pour lui d'attraper à son hameçon Bolloré des vieux combattants, les vieux cons battus, du mai 68 médiatique, les tiers-mondistes, deux tiers mondains, type Kouchner ou autres (il est même dommage que la cote de popularité de Sarko soit retombée aussi vite car il aurait pu rafler la mise sur toute la gauche caviar, Lang en tête.)
 « ...Mai 68 ne fut pas que parisien. Même si 200 000 étudiants sur 550 000 étaient parisiens.
 Mai 68 ne fut pas qu'étudiant. Même si la presse, les médias et les mauvais historiens n'ont voulu retenir que cela.
 Mai 68 ne fut pas que mondain et médiatique, comme il a si souvent été présenté, déformé, caricaturé depuis au détriment de la mobilisation de millions de salariés.
 Mai 68 ne fut pas que libéral libertaire. Il ne fut pas que culturel et hédoniste, comme tant d'autres aiment à le réduire. Il ne fut pas seulement jeune. Ce fut une lame de fond sociale, ouvrière sans précédent.
 C'est cet aspect qui est toujours, à tort, occulté au profit des images de barricades rue Gay-Lussac. La fausse légende de Mai 68, c'est celle des voitures renversées boulevard Saint-Michel ou du sourire malicieux reproduit à l'infini de Daniel Cohn-Bendit.
 Les médias et la droite aiment bien pérorer sur ce Mai 68 ; mais ce n'est pas le vrai. La vérité de Mai 68 c'est 9 à 11 millions de grévistes dans toute la France profonde..... ». 
 
  Ce livre, m'a passionné d'une part parce qu'il présente mai 68 comme je l'ai vécu à savoir deux très courts mois de ma vie et comme l'histoire que nous décrit l'auteur s'étale sur 25 ans du début des années 60 (un peu avant, quelques pages sur son enfance, sa famille ses origines..) jusqu'à son adhésion au Parti socialiste en 1994, les événements de mars 68 à juin 68 ne concernent qu'un chapitre de 42 pages. Et pourtant le livre est construit tout au long de ses 470 pages,  autour de cet axe majeur, refondateur et pourtant toujours renouvelé, mai 68 .... une histoire sans fin.....
 La première partie du livre, est assez courte car elle ne concerne qu'une dizaine d'années d'apprentissage pour l'auteur des réalités politiques, mais elle annonce clairement Mai 68.  L'après est forcément plus fourni, plus dense et décrit une activité militante riche et complexe avec notamment une peinture instructive des mouvements trotskistes, de la construction de l'Union de la gauche, puis les effets différés de mai 68 avec l'arrivée au pouvoir de la gauche.
 Pour moi Mai 68 reste dans ma mémoire un moment très éphémère et pourtant tellement formateur. Contrairement à Gérard Filoche j'étais encore très loin de tout engagement, coincé entre un petit séjour en clinique en mars  pour cause d'appendicite, et un mariage à préparer, programmé pour mi-juin. La déferlante est passée sur moi, sans que je réalise vraiment.....
 Entré dans la famille de Pilou, je faisais connaissance avec une famille de gauche, mais une famille de gauche un peu particulière, des républicains espagnols. Franco y était plus fréquemment cité et vilipendé que De Gaulle. Dans cette famille de cordonniers on aimait les travailleurs, ouvriers et artisans, mais on se méfiait des étudiants, les fils à papa. On aimait Santiago Carillo et Georges Marchais
 Avec eux je m'initiais à la gauche, d'autant que j'étais salarié depuis 9 ou 10 mois et que dans le milieu du travail, la politique était très présente.... et là les têtes de turc, étaient De Gaulle et Pompidou.... Un monde nouveau pour moi. J'étais, aussi, un peu étudiant par le CNAM, les cours du soir en maths gé, mais là je ne me souviens pas d'avoir participé ou même assisté à des mouvements rebelles.... de l'absentéisme, certes, surtout pour cause de difficultés de transports.
 Mon mai 68 fut donc surtout celui du monde du travail, celui des grèves, des difficultés à se déplacer, des longues marches à travers Paris pour aller de Vaugirard à Champigny et vice versa ; Le monde des interrogations, des espoirs de changement, mais aussi des inquiétudes  (où est le Grand Charles? Massu va t-il envoyer l'armée sur Paris?).... et puis Pilou et moi nous avions notre petit nid à préparer... ces arrêts de travail pour coller du papier peint c'était idéal...... d'autant qu'au laboratoire on faisait grève sans vraiment faire grève :    On passait la plus grande partie de la journée, du moins ce qui en restait de présence, à discuter c'est à dire à répéter ce qu'on entendait ou lisait, et puis il n'y avait même pas de gaulliste déclaré dans cet entourage professionnel, ni de menace d'une direction dépassée par les évènements....

 J'ai rencontré Filoche pour la première fois le 16 février 1996. Bien évidemment j'avais entendu parler de ce gauchiste qui venait de quitter la LCR pour rejoindre le PS. Il était venu à Niort à l'initiative de Dufo, pour parler du monde du travail. J'étais méfiant avec ces camarades de la Gauche Socialiste qui, à Liévin, avaient rejoint la majorité quasi unanimiste. J'ai découvert un type passionnant qui connaissait parfaitement le monde du travail, et pour cause il était (et est toujours) inspecteur du travail.....et des "causeurs"  du monde du travail au PS il y en a beaucoup, mais les pratiquants, experts de surcroît, ça ne court pas les rues. Je balayais vite mes préjugés anti G.S. et j'ai participé très activement à ce débat. Il faut dire que  je faisais en quelque sorte le chemin inverse de Gérard venant de l'aile droite du PS, l'aile rocardienne, et plus précisément de la tendance africaniste des rocardiens (Surtout E. Pisani, J.P. Cot et G.Fuchs) j'étais depuis mon retour en France fin 86 au contact de la réalité sociale de mon pays.
 Depuis 94/95 ma société était reprise par une équipe d'aventuriers du capital qui avait en perspective de nous introduire en Bourse sur le second marché....... et la donne pour notre société d'Ingénierie en était changée. Progressivement nous allions passer en quelques années d'objectifs de Marge Nette raisonnables de 3 à 4 % à des objectifs de 10 %, 12% (Près de 20% aujourd'hui... où vont-ils s'arrêter et quand l'explosion se produira t-elle ?). Je cumulai alors un rôle de manager responsable d'une agence avec celui de délégué du personnel. C'est dire si les arguments de Filoche, surtout quand ils concernaient le secteur privé, faisaient mouche sur moi.
 
J'ai dévoré son livre  de 1995 "pour en finir avec le chômage de masse" et  celui de 1997, "Le travail jetable".... et puis on s'est un peu perdu de vue jusqu'en 2002/2003, jusqu'à la création de NPS. Ce fut la grande réussite de NPS, d'arriver à réunir des militants venant d'horizons différents, même si ça a fini ensuite en eau de boudin. J'ai le souvenir d'un trajet en voiture de 20 minutes dans Paris, avec Vincent Peillon et Gérard Filoche au cours duquel nous parlions du syndicalisme dans le secteur privé. C'était génial ; Pourquoi il y a t-il fallu que cette force de rénovation explose?
Pendant cette période Gérard a aussi publié "Carnet d'un inspecteur du travail" qui m'a d'autant plus touché qu'à Niort nous avions eu la douleur de perdre une grande amie, Maggie, dont le coeur n'a pas tenu devant le harcèlement moral d'un patron dégueulasse.....

 Et puis voilà, le temps passe NPS n'existe plus ou de trop..... en 3 ou 4 tendances, on ne compte plus.....
 Gérard est venu  présenter à Niort en décembre 2007 ce magnifique ouvrage : Mai 68. Histoire sans fin.  Il a promis une suite je l'attends avec d'autant plus d'impatience que cette suite sera un voyage à l'intérieur du PS depuis son adhésion en 1994. Ce voyage je l'ai fait aussi dont une bonne partie rattachée à la même motion, de 2002 à .... hier ou avant hier, avant que je ne prenne quelques distances avec ce qui reste malgré tout ma famille.
 En attendant ce deuxième tome je relis encore et encore ces belles pages qui m'ont beaucoup appris notamment sur ce qu'était l'histoire de la LCR du moins celle d'avant Besancenot.

Voici quelques morceaux choisis de ce superbe livre témoignage :
Page 16 " ...Sois le plus rouge possible, mon garçon, me disait Marcel, tu blanchiras bien assez tôt. C'est chez Marcel que, pour la première fois de ma vie, le vendeur de l'Huma Dimanche, me serra la main en m'appelant camarade. Ca me fit drôle... Il devait être plus tard mon secrétaire de cellule et m'exclure du parti.."
Page 63 " ... Deux fois de suite, le 17 mai 1966 et le 17 mai 1967, eut lieu une grande journée nationale de grève et d'action montrant un mouvement social ascendant... en 1966 il y eu 3.3 millions journées de grèves; en 1967 il y en eut 4.2 millions....Une autre grande journée nationale d'action syndicale fut organisée le 13 décembre 1967. C'est comme si tout se mettait en scène.
Page 94 " Nous ignorions être en train d'ouvrir une page aussi importante de l'histoire, notre conscience était en retard sur les évènements.... Ah, que la droite aurait voulu et dû liquider 1936."
Page 101 et 102" La France était entièrement paralysée. Un soulèvement unanime. C'est à ce moment-là que l'on voit qui travaille, qui produit, qui fait fonctionner le pays. Partout, des accords entre les syndicats et les puvoirs publics étaient nécessaires pour remettre les machines en marche, assurer le service minimum....... Qu'est-ce qu'un patron sans salariés? Rien.
Page 116: "C'est dans de telles périodes que se révèle la vraie nature des gens qui n'est pas faite d'égoïsme et d'apathie, mais de rêves et d'espoirs rentrés. Ce potentiel révolutionnaire est en fait le vrai coeur caché, la vraie disponibilité de tous les humains, mais il faut des circonstances exceptionnelles pour qu'il se manifeste collectivement au grand jour. Pour ceux qui redoutent le peuple, c'est la chienlit. Pour nous qui cherchons à exprimer ses plus profondes aspirations, c'est LE moment privillégié."

 Et puis la suite sur 25 ans de vie politique à lire ; je ne peux choisir d'extraits sans être trop long :  je ne peux que conseiller à tous ceux qui ont le coeur à gauche, et même aux autres qui veulent comprendre, de lire cette histoire sans fin. 
 J'ai adoré et appris et même si je ne suis pas toujours d'accord à100 % avec Gérard.... (il n' a peut-être pas suffisamment blanchi sous le harnois, pourreprendre l'avertissement de Marcel, ou moi pas encore assez rougi sous le feu de l'action sociale, mais on a encore de longues années devant nous.....)....., je relativise en me disant que ce type fait un bien énorme au PS aujourd'hui tenté par les sirènes libérales pour quelques uns ou conservatrices pour quelqu'une.

A suivre

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Richard TOURISSEAU 26/07/2008 09:58

J'ai beau connaître l'histoire et l'avoir vécue, à chaque fois que tu la racontes surgissent de nouveaux commentaires qui m'arrachent les larmes de rire. Bien amicalement, Richard