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Saga guyanaise 2008 ....... Retour au bagne....

9 Novembre 2008 , Rédigé par daniel Publié dans #saga africa

 Une petite mission professionnelle en Guyane pour ce mois d'octobre 2008 ça ne pouvait se refuser. Bien sûr Pilou m'a accompagné pour ce séjour d'une dizaine de jours, pour un retour nostalgique 39 ans plus tard ; 39 ans putain que ça passe vite. De début juin à fin octobre 1969 nous avons vécu en Guyane et en ce temps là nous avions une vingtaine d'années  (un peu plus pour moi, mais j'étais encore un gamin de 23 ans) et c'était notre premier séjour hors de métropole.
 Une dizaine de jours en Guyane mais seulement 4 jours pour faire du tourisme, pour retrouver quelques traces, des marques, des souvenirs...
Je ferai un second billet pour parler de l'ensemble du séjour, mais ce premier est consacré uniquement au bagne des annamites.  
 J'ai déjà parlé de ce bagne  dans un article consacré à notre séjour de 1969 intitulé « Saga Africa & Co ... la Guyane, l'effet papillon »   .  Je racontais comment, dans le cadre d'une étude géotechnique routière, mon équipe chargée de la reconnaissance du site et de la recherche de matériaux pour terrassement, était tombée par le plus pur hasard sur ces vestiges de bagne. Je crois qu'à l'époque plus personne ne parlait de ce bagne et que c'est probablement le rapport de l'ingénieur responsable de l'étude qui a ravivé ce passé  peu glorieux.

 Je savais aussi grâce à Internet que depuis le site et l'accès avaient été « aménagés » pour devenir « visitables » et que des études avaient été faites sur le sujet : On peut notamment lire l'article de Danielle DONET-VINCENT  « Les bagnes des indochinois en Guyane (1931-1963) ».

 S'il y avait un site que nous tenions absolument à revoir lors de ce court séjour, c'était bien celui-là ; dès notre première journée non travaillée, et c'était le samedi 11 octobre, nous quittâmes au petit matin notre hôtel de Rémire pour prendre la direction de Tonnégrande. Avant de quitter l'agglomération Cayennaise je me suis quand même arrêté dans une boutique chinoise pour acheter une machette. 
 

Nous avons pris la N 2 jusqu'au carrefour avec la D 5 nommée route du Galion mais que nous appelions en 1969 la route des militaires. Une dizaine de kilomètres plus loin nous atteignions la rivière Tonnégrande. C'est à cet endroit, nommé port Inini, que 2 anciens militaires tenaient, il y a 39 ans, un carbet-bar. Il n'y a plus rien par contre j'ai remarqué qu'il y avait maintenant des maisons dispersées tout au long du trajet alors qu'en 1969 le carbet-bar était la seule habitation sur cette route de Cayenne à Tonate.
 Nous savions trouver 3 km plus loin sur la gauche  un terre-plein avec un panneau indiquant le bagne des annamites. On a trouvé l'endroit mais le panneau était peu lisible ; on discernait juste les deux premières lettres BA. Sur le coté il y a un chemin que nous prîmes, persuadés de nous diriger vers les cellules.... mais après avoir passé une petite colline, au bout de 300 mètres nous nous trouvions devant une zone inondée et marécageuse.

Je me voyais mal passer sur des troncs d'arbres couchés pour atteindre la colline suivante et puis les marais en forêt guyanaise ça ne me plait pas trop, aussi avons nous fait demi-tour pour prendre le temps de consulter notre carte.
 De l'autre coté de la route il y avait un guyanais qui s'affairait ; je l'ai rejoint pour lui demander si en face c'était bien le sentier qui menait au bagne des annamites : il ne savait pas.... ça ne commençait pas très bien.
  Hélène une jeune femme avec qui je travaillais depuis quelques jours m'avait dit qu'il y avait deux chemins dont un qui partait d'une ancienne carrière. Sur la carte Cayenne-Kourou au 1/100000 il est marqué et référencé sentier crique anguille. Il me semble d'ailleurs que c'était  sensiblement le trajet que nous empruntions en 1969 lors de nos investigations dans cette zone et puis j'avais le souvenir de photos de l'époque prises dans ce qui était les vestiges d'une ballastière en bordure de route.  

 
 Nous avons rejoint la zone de la carrière où un terre-plein était aménagé et on trouva un panneau paraissant à première vue indiquer un chemin de randonnée.
 De plus nous avons eu la chance de rencontrer un "métro" a priori touriste en quête  lui aussi du bagne des annamites. Nous avons convenu de faire cause commune ; c'était aussi rassurant d'avoir un équipier supplémentaire pour ce genre d'expédition d'autant que cet homme était plus jeune que nous.
Nous apprîmes par la suite que Jean T. était médecin, qu'il était en Guyane depuis un peu plus d'une année et qu'il était en poste à Papaïchton (Pompidouville) dans le grand est  en pays Boni sur le fleuve Maroni - La Lawa (C'est là que vit le granman chef coutumier et spirituel des noirs marrons bonis).
 Papaïchton se trouve à quelques kilomètres au nord de Maripasoula et des villages amérindiens Elohé et Kayodé. 
 Jean T. était donc un précieux renfort. Nous avons trouvé l'entrée du sentier et nous avons commencé notre randonnée crapahutage.
 Combien de temps avons-nous marché ? Plus de deux heures, et plus nous avancions et plus le sentier se transformait en layon et puis... en plus rien, plus de trace. Nous avons continué à avancer et j'ouvrais le chemin à coups de machette en n'oubliant pas de faire des marques sur les troncs d'arbres pour être sûr de retrouver le chemin de retour. Nous faisions de nombreuses pauses pour souffler et pour admirer et photogaphier des fleurs, des lianes, des épiphytes.
 
A deux occasions nous avons fait fuir un animal, soit un pécari soit un cochon-bois, un paca ou un agouti. Un peu avant midi j'étais convaincu que nous n'étions pas sur la bonne piste ; de mes souvenirs de 1969 je savais que nous devions prendre plus au sud redescendre les collines pour tendre vers les marais et la rivière Tonnégrande.
J'étais déçu d'abandonner mais Pilou et moi nous étions crevés et nous ne pouvions poursuivre plus avant. Il était temps pour nous de retourner vers la route d'autant que la descente des collines vers le sud s'avérait périlleuse. Jean T, vrai broussard, voulait continuer. Nous nous sommes donc séparés. Nous avons retrouvé assez facilement notre chemin et vers 13 H 15 nous étions de retour à la voiture.
 Terriblement déçu je repris la route de Cayenne.... En passant devant l'endroit de notre première tentative nous vîmes des voitures arrêtées et trois personnes en train de mettre des chaussures de marche. Je m'arrêtai et leur demandai s'ils se rendaient au bagne des annamites. C'était le cas et ils acceptaient qu'on les accompagne.
 En fait le premier sentier qu'on avait pris n'était pas le bon, à proximité il y avait un autre chemin forestier dont l'entrée n'était pas évidente à trouver mais qui, ensuite, s'avérait être parfaitement balisé et aménagé notamment dans sa partie initiale marécageuse. 
" Le bagne est à 45 minutes en marchant bien et ce chemin c'est les champs élysées " nous dit l'un de nos nouveaux compagnons. "J'y suis déjà venu plus de dix fois".  Nous nous sommes ré-équipés et en route vers le passé.

Nos  compagnons étaient de Kourou, du moins le couple qui était accompagné d'un jeune homme d'une vingtaine d'années qui, semble-t-il, était de passage en Guyane.
 Ils se rendaient jusqu'à la rivière, en passant par le bagne. Nous, qui avions du mal à suivre leur allure,  savions que nous ne pourrions pas aller beaucoup plus loin que les cellules.... pour le reste on verrait l'an prochain, puisqu'en principe je dois retourner en Guyane en 2009.   

Sur toute la partie inondée le chemin est aménagé avec des caillebotis et la marche est facile. Dans une seconde partie il faut faire un peu d'exercice pour passer sous ou par dessus des arbres couchés mais rien d'insurmontable.... enfin on arriva dans une clairière puis sur les cellules. En 1969 j'avais d'abord trouvé un wc puis divers aménagements comme un puits et un four, des restes de murs en briques.... et ce ne fut que le lendemain qu'on avait trouvé les cellules....  et là il y avait un wc à côté des cellules ce qui ne collait pas avec mes souvenirs..... Mais la mémoire ?.....

Ce fut le moment de la pause, pour faire des photos et pour  discuter, échanger quelque peu avec nos compagnons. Ils furent étonnés d'apprendre que j'avais en quelque sorte "trouvé" ce site "abandonné" en 1969.... et que je n'y étais pas revenu depuis. Je savais qu'il y avait une voie ferrée qui reliait cette base à la rivière Tonnégrande. Ils allaient d'ailleurs suivrent ce chemin jusqu'à crique Anguille. Pilou et moi nous étions trop fatigués pour faire encore plus d'une heure de marche ; nous ne pouvions plus les suivre.
 Ils furent encore plus étonnés quand je leur signalais qu'en 1969 on avait trouvé un cimetière de l'autre côté de la colline. C'était d'ailleurs grâce aux pierres tombales en béton qu'on avait compris qu'il s'agissait d'un bagne de déportés politiques indochinois. Les inscriptions étaient en caractères chinois et les dates indiquaient une période comprise entre 1932 et 1935. Le monsieur qui était déjà venu une dizaine de fois au bagne des annamites n'avait jamais vu ou entendu parler d'un cimetière.

l me suivit et nous avons grimpé la petite colline où l'on trouvait encore de nombreux vestiges du bagne...  et je suis tombé sur les wc. Finalement il y en avait au moins deux et c'est sur ce dernier que je m'étais fait photographier en 1969... Bis repetita placent....
 Nous avons fait le tour de la colline, je l'ai redescendue vers l'ouest là où je situais dans ma mémoire ce cimetière mais je n'ai rien trouvé.... Pressé par le temps je n'ai pas cherché trop longtemps. Il me faudra donc y retourner l'an prochain.
Nous avons pris congé de nos compagnons qui poursuivirent leur randonnées vers la crique Anguille. Pour nous ça sera un bon prétexte pour revenir sur ce site l'an prochain, maintenant qu'on a trouvé l'accès.... et puis je veux retrouver le cimetière qui n'apparaît pas sur le plan affiché à l'entrée du bagne.
 Pour finir voici une information à caractère historique : Ce bagne a été créé en 1931 et fonctionna jusqu'à la guerre. Il aurait accueilli plus de 500 déportés politiques indochinois. Ils étaient astreints à des travaux forcés de développement de la Guyane d'ou la ligne de chemin de fer.
 Un film documentaire a été réalisé par Geneviève Wiels :
 www.film-documentaire.fr/ 
 A voir aussi :  www.imageplus.name/LES-OMBRES-DU-BAGNE, où est rapportée l'histoire de Tran Kha Man, le dernier survivant (en 1998) du bagne des Annamites, et qui vivait alors à Cayenne.

(A suivre)

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