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A livres ouverts.... Pulsions du capitalisme et sagesse des mythes...

13 Janvier 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #à livre ouvert

 Cela faisait quelques temps que je n'avais pas ouvert un livre... du moins dans le cadre d'un billet sur le blog ; ... et pourtant en 2008 j'ai quand même lu quelques livres, des livres très sérieux, (dont certains furent abandonnés en chemin) et d'autres, beaucoup moins mais, qui eurent l'avantage d'être dévorés jusqu'au bout .... et puis là, au cours de ces dernières semaines, je me suis gavé de quelques bouquins  qui, je m'en aperçois avec le recul, avaient la particularité d'avoir une sorte de lien  entre eux .... et c'est ce curieux lien qui m'a particulièrement intéressé, étonné, interpellé .... et qui fait l'objet de cet article. (Est-ce grave docteur ?) .

  Tout est parti de deux billets du blog Fugues ou fougue:

  http://argoul.blog.lemonde.fr/

 Pour le premier billet, celui du 5 décembre, intitulé « Keynes était un libéral », l'auteur avait à cœur de souligner que l'économiste, tant prisé par certains socialistes, était avant tout un bourgeois, intellectuel et libéral qui, certes, pensait  que le marché ne se régule pas tout seul, mais que ce n'était pas à l'État de le remplacer. Keynes était plus incitatif  que planificateur, et ne méritait pas d'être récupéré à ce point par la gauche.

 Comme souvent cet article se finissait par des invitations à consulter divers ouvrages dont un de Bernard Maris, un économiste de gauche que j'écoute régulièrement avec plaisir et intérêt sur France Inter ou sur I Télé.

 Quatre jours plus tard un second billet de ce blog intitulé Bernard Maris « Keynes ou l'économiste citoyen » vantait les mérites et soulignait quelques faiblesses de ce livre. En introduction le rédacteur du billet, un libéral sûr de lui, se devait d'affirmer que « Keynes revient à la mode après avoir été usé par les technocrates avides de régulation d'état ».
 Mais trêves de polémiques, l'essentiel étant que ces billets m'aient vraiment donné envie de commander ce petit livre en rappelant, honnètement, la base de la pensée de l'économiste « Le désir d'argent pour l'argent explique le caractère inachevé, insatiable, infantile du capitalisme... c'est un système immature et transitoire ».

 J'ai reçu ce livre quelques jours avant Noël, un petit livre de 97 pages qui se lirait presque d'une traite si on n'avait pas envie de vagabonder ailleurs, sur internet, pour aller butiner ici et là quelques informations complémentaires notamment pour comprendre et apprécier la conception freudo-keynésienne de la monnaie.

 Keynes se réfèrait souvent aux mythes et plus particulièrement à celui....  de Midas  « Midas meurt de trop désirer l'or, et de ne pouvoir consommer tout ce qu'il touche qui se transforme en or. Certes, cet amour anormal est essentiel dans le fonctionnement capitaliste....Mais le désir d'accumuler de l'argent pour l'argent peut avoir des conséquences terribles.... » A ce stade du billet il me faut préciser que ce petit livre de Bernard Marris fut imprimé en août 2007....bien avant la crise ....(finale ?)

« ... Quel que soit l'angle où on la considère, la théorie keynésienne de l'argent renvoie à la conception freudienne de l'argent... Bref, le fondement de l'économie c'est la psychologie et c'est très grave... ». Keynes craignait le développement des marchés et le risque de voir les entrepreneurs se transformer en spéculateurs... et là ce n'est plus au mythe de Midas qu'il faisait référence mais à celui de Hermès le dieu des voleurs et des joueurs.

  En quittant ce livre concentré, instructif et passionnant je me suis embarqué, parfois un peu égaré, avec les mythes grecs en me procurant, début janvier « La sagesse des mythes » de Luc Ferry. Oui je sais ce fut un bien piètre ministre de droite de l'éducation nationale, mais...... c'est surtout un philosophe et un conteur, les deux allant de paire dans ce gros livre de 400 pages parfois répétitives. Ces légendes et les réflexions de l'auteur sont des leçons de vie, de vie bonne, et, moi-même je me suis souvent pris à chercher dans chaque mythe un lien possible avec la crise financière de l'automne dernier.... ce que ne fait pas Ferry.

 Comment ne pas penser à la crise et ses aspects freudiens dans le chapitre la naissance des dieux et du monde et cet étrange Chaos, puis la castration (le libido freudien)  d'Ouranos qui aurait entraîné l'apparition des divinités de la haine, de la vengeance et de la discorde.

  Comment ne pas se rappeler la manière dont les états ont réagi à la crise, en injectant des milliards dans le système monétaire, avec le récit du combat entre le dieu Typhon et les dieux olympiens pour le pouvoir total : le chaos contre l'ordre. Typhon le dieu monstre aux 100 têtes de serpent que Zeus aurait maîtrisé en lançant une multitude d'éclairs, détruisant une à une ses têtes et expédiant le monstre aux enfers où il rugit encore, de temps à autre, en crachant sa colère par l'Etna.

  Parmi les mythes on retrouve dans ce livre les légendes consacrées à l'hybris qui n'est rien d'autre que la démesure orgueilleuse qui pousse les êtres à ne pas savoir rester à leur place. Pour l'homme l'hybris la plus grande consiste à défier les dieux ou pire des pires, à se prendre soit même pour leur égal... dont les mythes de Midas et de Prométhée.

  On passe vraiment un bon moment avec Luc Ferry, ses mythes grecs et ses leçons de sagesse.... (il faut parfois lire en diagnonale quelques chapitres déjà lus une centaine de pages avant...)  mais juste le temps de finir le livre que je découvrais en librairie « Capitalisme et pulsion de mort » le dernier livre de Bernard Marris (imprimé en décembre 2008, c'est dire s'il colle à l'actualité) et conçu avec un autre économiste, spécialiste de Keynes, Gilles Doslater.

 Les auteurs approfondissent le lien entre Freud et Keynes qui se sont connus et se sont appréciés.

......« A nouveau le capitalisme, par sa course effrénée au profit, son désir toujours plus d'accumulation, a libéré ce qui est enfoui au plus profond de lui-même et le meut de toute son énergie : la pulsion de mort. Ce que nous croyons être la mondialisation heureuse n'était que la démesure de l'argent fou et sa pulsion destructrice. ».....

...«Il est curieux que dans les mythes fondateurs des religions, les hommes qui vivaient dans l'abondance et la profusion des biens offerts au paradis terrestre aient choisi la chute et ses conséquences..»....

 Marris et Doslater développent leurs thèses Freudo-keynésiennes en revisitant les mythes de Midas, d'Hermès et surtout la dialectique Eros et Thanotos. On fait alors un petit retour chez Ferry pour connaître Eros l'un des 6 premiers dieux, l'amour qui fait surgir les êtres à la lumière  et Thanatos la mort, convoyeur vers l'enfer. Ce second livre de Marris se laisse lire ; il est intéressant par ce lien avec les mythes et la psychanalyse. Toutefois il est surtout un rappel du premier livre de 2007 qui, dans le fond, est, me semble-t-il, largement suffisant.

   Il me fallait chercher une chute à ce billet et je l'ai trouvé en retournant au billet du 5/12/08 du blog «Fugues et Fougue », et plus précisément à son 1er paragraphe.

« Quand j'ai demandé au Gamin s'il en avait entendu parler, pas de problème : « Tout le monde connaît Keynes.  - Et qui est Keynes ? - Ben, Skandar Keynes, le héros des 'Chroniques de Narnia' ! ».

 Et voilà à chacun ses légendes, sa mythologie, ses centaures, minotaures et autres demi-dieux.

  Martin Wolf éditorialiste économique du Financial Times avait bien raison de déclarer dans le Monde du 6 janvier « A présent, nous sommes tous des keynésiens » :

 Même Sarkozy et ce n'est pas peu dire après ce qu'on a entendu pendant la campagne des présidentielles ....mais j'ai bien peur que lui ce soit tendance Skandar Keynes....

Un peu comme moi, qui étant socialiste, je fus parfois qualifié de marxiste : Oui bien sûr, mais alors tendance Groucho.

 A suivre.

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therizols 22/01/2009 18:31

un peu hors sujet mais pour le plaisir:
perdre de l'argent,ce n'est pas anodin,c'est perdre un morceau de soi,comme l'expliquait FREUD en comparant l'argent à la matière fécale!

Argoul 15/01/2009 11:08

Très bon billet ! Personnel, réfléchi, documenté.

Oui, la démesure est une constante humaine, combattue par toute la culture occidentale depuis les Grecs (les Chrétiens ont repris le combat, les Socialistes aussi, c'est aujourd'hui le tour des écolos et du conservatisme bayroutin).

Mais pourquoi en faire le propre du capitalisme ? Marris a tort sur ce point à mon avis, il fantasme. Il se crée sa propre poupée vaudou "capitalisme" pour lui enfoncer avec délice ses aiguilles critiques. cela afin de se faire mousser. Car il y a ça aussi chez Marris, ce besoin du médiatique... Courrait-il autant les radios et les télés s'il était ce simple chercheur vertueux qu'il se dit ?

Pulsion de mort ? mais elle est partout, en tout être humain selon Freud : pourquoi en "accuser" seulement le capitalisme ? Alors que c'est ce système d'efficacité économique (on oublie trop - grâce à la propagande - que "le capitalisme" n'est pas un mouvement politique - ça, c'est le libéralisme - mais une technique économique) qui a créé le type humain d'entrepreneur, type positif et créateur, s'il en est.

L'entreprise est économique, l'exploitation politique. A confondre les deux, on ne sert pas sa cause. Le capitalisme, comme technique d'efficacité économique - a besoin d'États forts qui assurent le droit (notamment la propriété et les contrats), la justice (pour éviter la loi de la jungle et du plus fort comme dans les Western et dans la Russie d'Eltsine et Poutine) et les biens collectifs que sont les infrastructures, l'approvisionnement en énergie, l'éducation, la défense, le système de santé, etc.

N'y a-t-il pas "pulsion de mort" dans le socialisme de Lénine ? Dans le jusqu'auboutisme absurde des syndicats de cheminots qui scient la branche sur laquelle ils sont assis avec le scandale Saint-Lazare ? Dans l'obstination à se déchirer, à errer et à perdre du PS ? Allons donc ! La pulsion de mort n'est pas propre au capitalisme - elle en est une dérive, comme partout ailleurs.

Il y a de meilleures critiques à faire du système, à mon sens, que cette impasse-là. Mais tu l'as très bien exposé et c'est sympa de savoir que je t'ai incité à lire Marris.

Malgré la crise qui va se développer cette année, bon an 9 - ça ira mieux en 2010. Meilleurs Voeux !