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Ciné-cure........ Coup de torchon.

19 Avril 2009 Publié dans #ciné-cure

 Bien sûr voilà un titre de film qui se prête admirablement à la situation politique de cette année 2009  et ce à tous les niveaux : national, international, économique et j'y reviendrai, sommairement, en fin de billet mais mon but est avant tout de parler de cinéma et de donner un coup de chapeau à un grand réalisateur : Bertrand Tavernier.

  Mercredi son dernier film « Dans la brume électrique.. » sortait en salle. Je l'attendais depuis plus d'un an, depuis que j'avais lu dans un journal (le JDD) que Tavernier allait adapter le magnifique roman de James Lee Burke en tournant dans les bayous de Louisiane. J'ai déjà parlé de ce roman, aux accents faulknériens, dont le titre exact est « Dans la brume électrique avec les morts confédérés » dans un billet du 18 avril 2008 intitulé « A livres ouverts...c'est du polar ou du ronchon » et où j'annonçais déjà ce projet.

Mieux que je ne pourrais l'écrire voici un extrait de la critique de Sandra Benedetti de Studio Ciné-live :

   « ...la brume comme un linceul jeté sur les eaux noires d'un bayou de Louisiane, nacelles de mélancolie suspendues entre passé et présent. La guerre de Sécession, l'esclavage, les cyclones y ont laissé leurs meurtrissures. La caméra de Tavernier les effleure avec ce lyrisme qui n'appartient qu'aux lucides de ce monde. Putréfaction et parfums, couleurs et douleurs d'antan, bruissements de la terre et songes délétères, Tavernier recrée l'impossible....»

  Le film a été dans l'ensemble bien accueilli avec quelques réserves de certains critiques comme celui du journal « Première » qui juge qu'il souffre d'une certaine confusion, probablement moins sensible pour quiconque a lu le livre avant... C'est mon cas et j'ai vraiment adoré ce film bien que je fus obligé, à cause d'une diabolique association qui sévit sur Niort, de le voir en V.O. sous titrée.

 Je me réjouis que Tavernier sur les conseils de Philippe Noiret ait adapté ce roman et je trouve génial que James Lee Burke ait accepté de travailler à cette adaptation. Quelle magnifique idée, aussi, d'avoir choisi Tommy Lee Jones pour interpréter Dave Robicheaux, le flic humaniste à l'âme couverte de bleus. Les paysages et les couleurs sont magnifiques et la musique naviguant entre blues, zydeco, jazz et Haendel est envoûtante.

 Tavernier nous avait d'ailleurs déjà musicalement comblés avec Mississipi Blues en 1980 et Autour de minuit en 1986 un film hommage aux jazzmen avec Dexter Gordon et François Cluzet.

   Il avait aussi démontré sa compétence de scénariste et son aptitude à adapter de grands romans, notamment Simenon pour son premier succès, en 1974, L'horloger de Saint-Paul, avec Noiret et Rochefort (prix du jury à la Berlinale et prix Louis Delluc) puis plus tard en 1996 le roman de Roger Vercel, Capitaine Conan qui devint un film de guerre ambitieux, à l'américaine, avec Torreton et Le Bihan, (César du meilleur réalisateur).

  Je passe très rapidement sur la filmographie de Tavernier qui témoigne de son éclectisme et fait une large place à ses amis acteurs :

  Que la fête commence en 1975 un film historique avec Noiret, Rochefort, Marielle :   libertinage, débauche et quelques sous entendus politiques français des années 1974/75.

  Le juge et l'assassin en 1976 avec Noiret et Galabru (César du meilleur acteur)

  La Mort en direct en 1980 avec Romy Schneider et Harvey Keitel

  Un dimanche à la campagne en 1984. Prix de la mise en scène à Cannes et Sabine Azéma César de la meilleure actrice.

  La vie et rien d'autre en 1989 avec Noiret et Sabine Azéma.

  Daddy nostalgie en 1990 le dernier film de Dick Bogarde.

  L.627 en 1992 avec Philippe Torreton

  La fille de d'Artagnan en 1994 avec Noiret et Sophie Marceau

  L'appât en 1995 adapté d'un roman de Morgan Sportes avec Marie Gillain et Torreton. Ours d'or de Berlin

 Ca commence aujourd'hui en 1999 avec Torreton (César du meilleur acteur).

  Tavernier est aussi un grand cinéphile et un écrivain talentueux : auteur de « 50 ans de cinéma américain » et du récent « amis américains » (un pavé de 1000 pages d'entretiens avec les grands auteurs américains). Il participe aussi à la promotion de nombreux films anciens en DVD en s'impliquant avec érudition dans les bonus, notamment pour les westerns comme L'homme de l'Ouest d'Anthony Mann ou pour des réalisateurs victimes de maccarthysme comme Abrahams Polonsky l'auteur de Willie Boy.

 Bertrand Tavernier, fils d'un grand résistant, est un homme engagé qui n'hésite pas, à travers et au-delà de ses films, à prendre position dans les médias contre toutes les formes d'injustice, de racisme, de colonialisme, et les guerres. 
 

 Il avait déjà adapté un polar américain en 1981 avec Coup de torchon tiré de « 1275 âmes » de Jim Thompson. L'histoire avait été, cette fois, sortie du contexte du roman pour être transposée en Afrique dans les années 30. Ce film fut tourné pour l'essentiel à Saint Louis du Sénégal avec une distribution prestigieuse : P.Noiret, Isabelle Huppert, J.P.Marielle, G.Marchand, Eddy Mitchell, Stéphane Audran.

Il n'est pas sans rappeler, par certains aspects, « Dans les brumes électriques »

Lucien Cordier (Philippe Noiret) policier en poste dans une petite ville coloniale d'Afrique Occidentale Française se transforme en justicier mystique après que sa hiérarchie lui ait fait prendre conscience de sa médiocrité. Un thriller corrigé en ambiance coloniale décadente, façon Céline. Un film remarquable qui obtint 11 nominations au César et fut retenu pour l'Oscar du meilleur film étranger.

  Le coup de torchon  est une expression qui, initialement, caractérisait une belle bagarre très physique.... C'était en quelque sorte la suite normale de l'expression le torchon brûle : l'atmosphère est à la dispute, les coups sont proches et quand les coups pleuvent c'est le coup de torchon. Il semble même que le coup de torchon aurait caractérisé à l'origine des duels entre soldats, le torchon étant en l'occurrence l'épée.

 Le coup de torchon est de nos jours une expression beaucoup moins guerrière caractérisant selon les cas un grand chambardement ou un grand ménage, le torchon prenant le pas sur le coup. Il en est de même de l'expression le torchon brûle de plus en plus ramenée à des disputes, des scènes de ménage... et oui tout se transforme même le sens d'excellentes expressions et on a un peu tendance à mélanger les torchons et les serviettes.

  Je vais donner un exemple de coup de torchon qui me semble bien approprié et c'est un scoop car je n'en ai trouvé nulle trace dans la presse hors le net : Il y aurait eu une tentative de coup d'état au Togo, tentative qui aurait conduit le président Faure Eyadéma, fils de l'ancien dictateur Gnassingbé Eyadéma décédé en 2005, à faire arrêter des membres de son entourage qui fomentaient ce coup... rien que du très normal, du très banal en Afrique ? Et bien non, pas si banal que ça puisque les deux individus arrêtés sont les deux frères du président (plus précisément demi-frères)  Kpatcha (Chef des armées) et Essolizam Eyadéma. Si ce n'est pas un bon vrai coup de torchon cette affaire d'état et de famille ? Les milieux bien informés ( ?) pensent que si ce grand ménage ne se termine pas en guerre civile ça devrait conduire à une avancée significative du pays vers la démocratie. A suivre.

  Le terme coup de torchon depuis quelques mois revient d'ailleurs assez souvent à la une des journaux : Coup de torchon sur les bourses, coup de torchon dans l'immobilier on a même eu droit à un coup de torchon souhaité du capitalisme financier le 25 septembre 2008 à Toulon « L'idée de la toute puissance du marché était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle  ». Punaise ! Sarko devenait subitement socialiste : une nuit du 4 août, fin septembre ; un vrai bon coup de torchon malheureusement vite atténué par de simples rappels à des notions de morale « Si l'on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier est une priorité.»... et puis le temps passant, les états ont, certes, sauvé les meubles en injectant dans le système des milliards que les contribuables devront rembourser ou l'inflation effacer.... et puis le temps passant encore et la montagne G 20 accouchant d'une souris grise comme la liste des paradis fiscaux... et puis le temps passant toujours, la vie politique reprenant le dessus et les élections se profilant à l'horizon, on est entré dans une nouvelle phase nommée la « reprisologie »  et ses signes avant-coureurs mensongers.

  Et la diplomatie qu'en penser ? Ce n'est pas encore le coup de torchon mais le torchon brûle avec un président qui se prend pour le roi du monde en méprisant ouvertement (confidences à l'Elysée à une vingtaine de députés et sénateurs dont pour moitié d'opposition) ses collègues chefs d'état ou de gouvernement. Il suffit de lire la presse étrangère (et ce n'est pas d'hier qu'il est traité de fanfaron ...mais maintenant ,en plus, il est méprisant : Obama lui fait de l'ombre). Il n'en sort pas grandi, le petit caporal !.... La France non plus.

  

A suivre

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