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Souvenirs en vrac... C'est un grand tort d'avoir toujours raison.

3 Mai 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #Souvenirs en vrac

Il me faut mettre immédiatement les points sur les « I » : le titre n’a rigoureusement rien à voir avec l’avant-dernier billet. D’ailleurs je suis bien loin d’avoir toujours raison et ça se vérifie quotidiennement….

 Non ce titre reste simplement, comme pour les autres billets de la rubrique « souvenirs en vracs », un fil conducteur pour faire remonter quelques souvenirs du fond de ma mémoire.
  L’idée de ce titre m’est venu en racontant récemment une curieuse anecdote professionnelle à Arnaud mon jeune coéquipier qui, depuis trois ans, m’a remplacé lors des réunions d’expertises BTP.

  L’histoire s’est déroulée il y a plus d’une vingtaine d’années (en avril 1988 pour être précis) en Charente. Un expert judiciaire m’avait demandé d’être sapiteur dans un litige lié à un sinistre de béton pour un bâtiment récemment construit. Il m’avait transmis les documents techniques et après examen la cause, pour moi, était entendue : je savais indubitablement ce qui avait provoqué le sinistre.

L’expert judiciaire était, comme c’est souvent le cas, un ingénieur d’expertise en retraite, et probablement à la retraite depuis déjà pas mal d’années. Il arrivait à cette réunion avec quelques idées préconçues qui ne collaient pas trop avec mon analyse du dossier et qui s’appuyaient sur des normes qui n’avaient plus cours.

Par ailleurs la partie me parut assez mal s’engager quand le bonhomme, très style IVème république, se mit au préalable, à nous raconter qu’il avait été un grand ami du président Edgar Faure qui venait de disparaître quelques semaines plus tôt… On pouvait certes lui témoigner nos plus sincères condoléances mais cela n’avait aucun rapport avec le béton…. L’expert fût d’ailleurs un peu long sur le sujet ce qui eut l’inconvénient d’énerver divers participants de la réunion. C’était, peut-être d’ailleurs, le but recherché ( ?).

Il fut enfin nécessaire d’aborder la question technique et rapidement nos divergences devenaient flagrantes ce qui était un peu gênant pour moi, car un sapiteur a pour mission d’éclairer l’expert judiciaire et non de le contredire ou alors il fallait le faire avec beaucoup de diplomatie. Il se trouve, toutefois, qu’il m’avait offert une possibilité de le contrer sur son terrain car Edgar Faure est un personnage qui m’a « historiquement» intéressé même si je n’avais pas d’affinité politique avec lui…

Alors que l’expert essayait d’asseoir son autorité, ne tenant, manifestement nullement compte de mon avis et de mes interventions, au point que je me demandais ce que je foutais là… je finis par perdre patience et je lui dis : « Monsieur l’Expert, excusez moi de vous rappeler une maxime du regretté Président Faure : Avoir toujours raison c’est un grand tort ». Le mec stupéfait fit d’énormes billes, façon E.T, et me dit « mais c’est le titre de son autobiographie » et moi de rétorquer « Oui je sais et j’aime beaucoup ces mémoires qui font référence en matière de compromis politiques ». Bingo ! Je m’étais fait un pote et lui était prêt à écouter la voix de la raison et du sapiteur.

Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas atteint par le syndrome papal d'infaillibilité, mais il y eut quand même quelques cas, quelques circonstances, où j’ai eu le plaisir d’avoir raison contre tout le monde, et ça fait du bien......quand ça ne se répète pas trop souvent.

J’ai encore en mémoire la forte intuition de supercherie que j’eus lorsque j’ai lu « La vie devant soi » et je suis, aujourd’hui encore, étonné que la tromperie n’ait, semble t-il, à l’époque, effleuré l’esprit de personne. Je dis bien « me semble t-il » car en ce temps là nous vivions en Afrique avec pour seule source d’informations, la radio RFI et quelques journaux français qui arrivaient avec 2 ou 3 semaines de retard….  mais… le mieux est de raconter l’histoire qui eut pour cadre une soirée entre français travaillant sur le chantier du barrage d’Inga au Zaïre:

Ce soir là, le 11 novembre 1975, nous étions réunis entre amis. Il y avait beaucoup de jeunes de moins de trente ans (dont quelqu’une qui fêtait ses 27 ans) et quelques anciens encore très jeunes dont Jean-Pierre, qui revendiquait fièrement ses 60 ans et son épouse Mariette qui nous recevaient chez eux.

Je profitais de cette soirée pour rendre à Mariette un livre qu’elle m’avait prêté quelques jours plus tôt et qu’elle avait ramené de France, très récemment, au retour de vacances.

Ce livre était donc « La vie devant soi » et était attribué à un certain Emile Ajar, neveu disait-on de Romain Gary. J’avais, d’ailleurs, entendu ce jour là (ou la veille) sur RFI que ce roman venait de recevoir le prix Goncourt…..

Poussé par une conviction quelque peu irrationnelle j’ai provoqué ce soir là un vive débat polémique en prétendant, de façon, sans doute, un peu trop péremptoire, que j’étais persuadé que ce livre était, en fait, l’œuvre de Romain Gary.

Mariette s’offusqua « Ce n’est pas possible, Daniel, le Goncourt ne peut-être attribué qu’une fois et Gary l’a déjà eu pour « Les racines du ciel » et depuis deux mois ce livre est la coqueluche des milieux littéraires et tous ces gens là s’en seraient, assurément, aperçus  immédiatement. ».

Je m’entêtai car il se trouvait que non seulement j’avais lu et aimé plusieurs romans de Romain Gary, dont « La promesse de l’aube » et surtout « Les racines du ciel » le premier roman écologiste publié en 1956 et qui traitait du braconnage en Afrique, de la chasse aux éléphants et du trafic de l’ivoire … mais, en plus, je venais au cours des derniers mois d’en lire deux nouveaux: « Au-delà de cette limite le ticket n’est plus valable » sur le thème du déclin et « Les têtes de Stéphanie » un roman d’espionnage dans un contexte moyen-oriental écrit par un certain Shatan Bogat pseudo assumé sur la jaquette du livre par Romain Gary.

 Dans « La vie devant soi » j’étais quasiment certain de reconnaître le style Gary… et comme ce n’était pas inhabituel pour lui de prendre un pseudo et qu’en plus il était assez provocateur et anticonformiste……et puis ce lien de parenté avec Ajar.. … je trouvais que ça sentait l’embrouille…..

Je scandalisai la gentille Mariette qui restait cependant calme et réservée face à mes soupçons accusateurs….  mais je déclenchai, illico, une bronca des autres amis, notamment ceux de ma génération, qui pour la plupart n’avait jamais lu un roman de Romain Gary mais qui trouvaient là, une bonne occasion et beaucoup de plaisir à se liguer contre « Monsieur je sais tout », le bétonneux qui en savait plus, du fond de la brousse africaine, que tous les grands critiques littéraires parisiens, français et navarrais réunis….Ils avaient effectivement de bonnes raisons de me railler .... mais je n’en démordais pas. Ah ! Comme ils se sont bien défoulés ce soir là les amis Michel, Christian, Joëlle et compagnie.

La supercherie ne fut dévoilée qu’après le décès, en décembre 1980, de Romain Gary et elle fut révélée par celui qui avait endossé publiquement le rôle d’Emile Ajar, c’est d’ailleurs  au total deux ou trois romans que Gary avait publié sous cette couverture…..mais le scandale était pour celui là, car en trichant ainsi il avait obtenu un second prix Goncourt.

Je n’ai jamais pu pavoiser devant mes détracteurs d’avoir eu raison contre tous car, entre temps le chantier était terminé et j’avais perdu de vue tous les anciens d’Inga, à l’exception, de mes amis alsaciens Pierrot et Malou… s’ils s’en souviennent….les vagues vous diront…

Il n’en reste pas moins que je suis, aujourd’hui encore, sidéré du degré de naïveté ou du manque de compétence des journalistes spécialistes et sans doute de la complicité de certains.

 Je vais comme d’habitude dans ce type de billet parler un peu de politique mais avant, j’ai un souvenir qui m’est revenu il y a peu de temps, un souvenir de jeunesse, un peu hors sujet …. encore que… mais c’est avec plaisir que je le mentionne car je sais être lu par quelqu’un à qui ça devrait rappeler quelque chose. 

 

Printemps 1963, un après-midi de vacances pluvieux : Jeff, Jacky, Mick et moi, les quatre mousquetaires baby-footeux de Castelnau nous étions place de la Comédie à Montpellier en quête d’une séance de cinéma. Divergences entre amis : les deux vieux de 16 ans souhaitaient voir un western, les deux minots de 15 ans voulaient voir un Fernandel.  Comme je regardais les photos affichées du western je tirai Mick par la manche en lui disant « Regardes les photos et ne dis rien à Jeff ». A la vue des photos Mick changea immédiatement de camp et en nous rejoignant Jacky et moi nous devenions majoritaire pour aller voir « Les 7 mercenaires ». Jeff bouda et menaça d’aller voir Fernandel tout seul…. mais on ne séparait pas les mousquetaires et il finit par nous suivre en maugréant….

 Quand le film commença Jeff était toujours en train de bouder, problème d’ego, de leadership, …. Soudain juste après le générique, Steve Mac Queen apparut à l’écran…. et Jeff d’hurler, sans retenue, dans la salle archi-pleine « Putain, mais c’est Josh. Il y a Josh dans le film… » .. et nous, ses potes, d‘éclater de rire. Depuis le temps que Jeff nous vantait les mérites de Josh Randall, héros d’« Au nom de la Loi » la série télé du samedi soir de ces temps là.

 Je vais maintenant aborder quelques souvenirs politiques, du moins quelques batailles internes perdues. On ne m’a pas écouté et pourtant j’avais raison et c’est bien dommage… (Non je n’ai pas les chevilles qui enflent).

 J’aime beaucoup Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, d’ailleurs je continue à penser que si l’ego-système qui sévit chez les socialos et foncièrement en eux, n’avait pas été aussi fort, ces deux là, ensemble, main dans la main, auraient pu réformer en profondeur ce parti malade et sans avoir à se rallier à Ségo. Mais même les meilleurs peuvent parfois avoir des œillères et c’est bien regrettable :

Montebourg s’est embourbé avec sa C6R et son discours bloquant concernant le mandat unique. Pour le dernier point je suis philosophiquement d’accord avec lui mais entre la philosophie et la politique il y a la réalité de terrain. Je pense qu’il doit en être d’accord aujourd’hui qu’il est député et président du Conseil Général de Haute Saône.

Pour ce qui concerne la C6R je lui ai exprimé mes divergences. Un régime primo ministériel, comme dans les autres pays européens, est impossible en France depuis que les français ont goûté au poison du suffrage universel pour désigner leur monarque républicain. La seule solution pour un changement de constitution est d’aller maintenant vers un vrai système présidentiel, sans premier ministre mais aussi sans droit de dissolution de l’Assemblée et en imposant que l’élection du parlement se fasse à mi-mandat présidentiel, pour conserver un risque de cohabitation pour la seconde partie du mandat présidentiel, si le bilan n’est pas ce qu’espéraient les citoyens. Et puis il ne faut plus poursuivre cette lubie du grand soir constitutionnel, en rappelant que chacune des cinq républiques est née soit d’une révolution soit d’une guerre.

 Vincent que j’ai connu bien avant Arnaud, je pensais arriver à le convaincre de la bêtise du projet de quinquennat que le PS proposait dans tous ses congrès. Le quinquennat qui fut adopté par Référendum sous le gouvernement Jospin. Ce quinquennat qui, dans le cadre de la Vème République empêche pratiquement tout risque de cohabitation. Ce n’est pas que je sois fan de la cohabitation mais je suis persuadé qu’il est primordial que le risque demeure. L’actuel régime sans ce risque n’est plus qu’une caricature de démocratie quand il est présidé par un populiste fanfaron.

 Il y a des fois où ça fait vraiment « chier » d’avoir raison contre tout le monde, surtout dans le domaine de la politique. C'est comme d’avoir ouvertement craint lors de la campagne des présidentielles de 2002 que les candidatures au 1er tour de Chevènement et Taubira empêchent Jospin d’être au second tour.

 Un dernier exemple pour finir ; tout récent celui là car il est de cet après midi et concerne mon ami Fanfan (et oui je suis en Corse aujourd’hui, rassemblement de vieux copains du rugby nostalgie). Nous avons regardé la fin du match de coupe d’Europe Leicester-Cardiff. Un match assez exceptionnel qui après prolongation (26-26) dut être réglé par des tentatives de transformation… et mon Fanfan, fin psychologue, a souvent raison, surtout pour ce qui concerne le rugby…. Il y eut 3 échecs lors des 16 tirs (8 pour chaque équipe et 2 échecs contre 1) et Fanfan a annoncé à l'avance les 3 échecs, rien qu’en voyant, soit la démarche trop décontracté de l’un, soit le front soucieux de l’autre … Pour le dernier, Martyn Williams, le capitaine gallois, celui par qui le match bascula il fut plus catégorique « Celui là  c’est un perpétuel tricheur….il faut qu’il la colle à côté… il doit la foutre à côté… il va la mettre à côté …. » et de sauter de joie quand le malheureux rata sa transformation : « C’est bien fait !  Tricheur ! ». Fanfan c’est un sorcier du rugby…. Fantastique. Il fut excellent comme joueur, entraîneur, dirigeant et même pour finir docteur es-maul, témoin sapiteur lors d’un procès.

Ah ! Que c’est beau d’avoir raison…. d’avoir de telles convictions ou des ondes maléfiques … qui à plus de 1000 km de distance peuvent influer sur le résultat d’un match.

 

A suivre

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