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Cine-cure...... Rangoon

20 Mai 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #ciné-cure

Il y a exactement 14 ans, le 20 mai 1995, j'allais voir Rangoon, le film de John Boorman. Il était sorti la veille en France, méprisé par la critique. Dans cette salle presque vide je me souviens avoir retrouvé mes amis Astrid et André : la curiosité de cinéphiles mais sans doute plus la curiosité politique, militante. Nous savions que ce film était dédié à Aung San Suu Kyi, figure emblématique de la résistance à une dictature militaire en Birmanie ; Aung San Suu Kyi qui avait reçu le prix Nobel de la paix en 1991.

 Bien sûr j'avais entendu parler de la dramatique situation de ce pays, de la misère du peuple, de l'effroyable dictature, de l'incroyable courage de Suu Kyi, et de l'assourdissant silence des gouvernements occidentaux mais je touchais, palpais réellement  la vérité grâce à ce film « coup de poing » de John Boorman, talentueux cinéaste britannique.
 Depuis 14 ans je reste à l'écoute de tout ce qui se dit ou s'écrit sur Suu Kyi, comme je le fus pour Mandela jusqu'à sa sortie de prison en février 1990 ; c'est d'ailleurs mon second billet sur le sujet (voir ciné cure Total Recall de septembre 2007)

  Ce film n'a pourtant pas été très bien reçu en France ou peut-être n'est-il pas arrivé au bon moment, celui d'un festival de Cannes qui était à tonalité européenne comme le montre clairement le palmarès. Pourtant cette période de fin mai est dramatiquement récurrente pour Aung San Suu Kyi : les généraux birmans se rappellent régulièrement à notre mauvais souvenir vers le 20 mai.... et encore cette année.

  Je reprends deux critiques du film, toutes les deux ont d'ailleurs été signées par Jean Pierre Lavoignat dans Studio.... La première fin avril juste avant l'ouverture du festival de Cannes, la seconde fin mai pour la sortie du film en salles... entre les deux, le festival où Rangoon fut projeté et où ce film n'a pas obtenu la moindre petite place dans le palmarès. (Underground de Kusturica , La Haine de Kassovitz, Le regard d'Ulysse d'Angélopoulos, Carrington d'Hampton etc...) J'ai vu la plupart des films primés par le jury présidé par Jeanne Moreau... j'ai bien aimé la plupart, mais cette année-là il y avait surtout un vrai chef d'œuvre du cinéma et un grand film militant, pédagogique c'était Rangoon. Dommage ....

Fin avril 1995, Lavoignat écrivait « ... c'est une nouvelle fois, la confrontation d'un personnage tout à fait ordinaire avec un monde littéralement sauvage, que Boorman a choisi de raconter. Le film inspiré de faits-divers et nourri d'événements réels, se déroule en 1988 en Birmanie, pays quasiment fermé à l'occident et vivant sous le joug d'une « république » militaire. Une jeune américaine, partie là-bas pour oublier le meurtre de son mari et de son fils va, du jour au lendemain, se retrouver seule au milieu de la tourmente des émeutes, menées par des manifestants non-violents. Révoltée par la répression, elle n'hésite pas longtemps avant de choisir son camp. Amenée à soigner un vieil homme odieusement blessé, elle va l'accompagner dans sa fuite vers les jungles du Nord, vers la frontière thaïlandaise, terre de refuge. En chemin, après mille épreuves elle retrouvera un sens à la vie.......ce film est dédié à Aung San Suu Kyi, militante non violente prix Nobel de la paix en 1991, qui est toujours en détention surveillée à Rangoon.... » 

 

 Voilà les raisons pour lesquelles j'attendais avec impatience la sortie du film : les scènes de fuite dans la jungle, la lutte contre l'oppression,  Aung San Suu Kyi mais aussi Boorman dont j'avais aimé tant de films et  la magnifique Patricia Arquette qui m'avait subjugué par son talent et sa beauté dans True Romance de Tony Scott. Il  faut aussi  mentionner la performance de l’acteur qui joue le rôle de U Aung Ko, le professeur d’université et militant politique, qui doit fuir la Birmanie en compagnie de la jeune touriste américaine interprétée par Patricia Arquette ….  Eh bien cet acteur n’est autre qu’U Aung Ko, lui-même, qui a fui son pays en septembre 1988 lorsqu'une junte militaire a pris le pouvoir. Cela méritait d’être signalé.

Fin mai Lavoignat écrivait : « ...Pour John Boorman, assurément le cinéma est synonyme d'aventure. Pas seulement parce que ses films racontent de belles histoires mais surtout parce qu'on sent toujours, au cœur de ses images, l'aventure physique qu'a représentée le tournage du film lui-même. Ce désir de confrontation avec l'inconnu, ce goût des contrées lointaines, cette volonté de se mesurer aux difficultés et aux obstacles, ce mélange de fascination et de crainte pour la nature à l'état brut, cette inclinaison pour le dialogue de culture et le choc des civilisations........Hélas malgré de somptueuses images et un dépaysement garanti, malgré Patricia Arquette, une comédienne remarquable, qui se donne totalement, avec une générosité et une franchise rares, et bien que l'histoire soit inspirée d'évènements peu couverts par la presse, cela ne suffit pas toujours à maintenir l'intérêt du spectateur... qui ne s'émerveille plus, ni ne s'indigne plus... peut-être qu'après certains films tels la Déchirure d'autres apparaissent trop convenu.... »

  J.P. Lavoignat était bien mal inspiré quand il a écrit ce second article ;... je dirai même que le convenu en la circonstance c'était lui... plus un mot sur la dictature, sur Aung San Suu Kyi, sur la lutte de ce peuple : il s'agit tout au plus de dialogue de culture, de choc de civilisations. Quelle honte d'écrire de telles banalités !..... Et ça fait des décennies que ça dure.

 Ce film est admirable et il vient de sortir en DVD : il faut le voir absolument ....on peut voir aussi La Déchirure de Rolland Joffé, excellent bien sûr, oscarisé à juste titre, mais Rangoon est un film vivant car si le Cambodge n'est plus, heureusement, le pays des effroyables kmers rouges de la Déchirure, Rangoon est, malheureusement, toujours d'actualité.... Cela fera vingt ans le 20 juillet prochain que Aung San Suu Kyi, est soit assignée à résidence soit emprisonnée et traînée devant les tribunaux de la junte.

 
 Suu Kyi est la fille de Aung San le leader de la libération Birmane qui fut assassiné en 1947 alors que sa fille n'avait que deux ans. Sa mère était diplomate et fut nommée ambassadrice en Inde où sa fille l'a suivie à partir de 1960. Elle quitta l'Inde pour faire ses études en Angleterre en 1964 où en 1972 elle épousa un anglais Michael et eurent deux enfants. En 1988 elle retourna s'installer près de sa mère malade. La même année des troubles sociaux éclatèrent en Birmanie, un régime autoritaire fut remplacé par un autre constitué uniquement de militaires mais qui eut la faiblesse de promettre des élections démocratiques pour plaire à l'occident. Aung San Suu Kyi milita à la ligue nationale pour la démocratie. Influencée par les idées de Gandhi et Martin Luther King elle prônait et prône toujours la non violence. C'est cette période trouble de 1988 que raconte le film de Boorman.

 Les militaire l'assignèrent à résidence dès l'été 1989, croyant ainsi pouvoir réduire son exceptionnelle influence et gagner confortablement les élections de 1990. Erreur le LND  remporta 80 % des suffrages : un tsunami.

 Les militaires refusèrent le résultat du scrutin et accentuèrent la dictature et la répression.  Emprisonnée ou assignée à résidence, Suu Kyi devint aux yeux du monde entier la figure emblématique de l'opposition Birmane à la dictature militaire.... Elle pourrait être libérée si elle acceptait de quitter le pays ce qu'elle refuse obstinément. ;... elle ne put même pas se rendre en Angleterre aux obsèques de son mari en 1999 et reste aussi toujours séparée de ses enfants.... Sous la pression des Nations Unies elle fut parfois libérée quelques semaines ou quelques mois ....mais il y avait toujours un prétexte pour l'arrêter à nouveau, un prétexte comme d'avoir rencontré ou simplement croisé quelqu'un de l'opposition.

 Les militaires ont encore promis à l'Occident, pour raisons économiques, des élections démocratiques en 2010. Les grandes manœuvres provocatrices recommencent donc ces jours-ci et Suu Kyi est à nouveau traduite devant les tribunaux.... Son assignation à résidence prenait fin le 26 mai 2009.... Depuis 2003 cette mesure est reconduite, systématiquement chaque année, sous un prétexte ou un autre.

  En 1990 Aung San Suu Kyi reçut le prix des droits humains, en 1991 le prix Sakharov, puis le prix Nobel de la paix. L'un de ses plus célèbres discours commençait ainsi :

 « Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui le détienne, et de la même manière, la peur du fléau que représente un pouvoir corrompu, corrompt ceux qui sont sujets à ce pouvoir. »

  J'ai déjà écrit un billet sur le film Rangoon et Aung San Suu Kyi, mais j'avais choisi comme titre du  billet «Total Recall » pour mieux fustiger Bernard Kouchner auteur en 2002 d'un rapport qui dédouanait l'entreprise Total qui investissait en Birmanie.

  Carla Bruni a pris position en soutien à Aung San Suu Kyi : «  Nous savons désormais qu'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix, risque d'être condamnée à nouveau à une peine d'emprisonnement qui, compte tenu de son état de santé, menace sa vie même...... Au delà de la situation politique en Birmanie, je profite de la position qui est la mienne et de l'écho dont cette lettre pourrait bénéficier, pour me faire le porte-parole de tous ceux, dans mon pays, qui trouvent intolérable le sort réservé à cette femme ... » écrit-elle .... Je ne sais si cela aura une grande portée mais c'est très bien....

  Les restrictions économiques seraient peut-être plus persuasives. Sarkozy était allé dans ce sens : le jeudi 26 septembre 2007 (au moment où j'écrivais le billet «Total Recall »). Il invitait les entreprises françaises à geler leurs investissements en Birmanie.... Mais sous ces latitudes le gel ne dure jamais très longtemps.

   Je ne dois pas oublier que c'est un billet de cinéma aussi vais-je, quand même, consacrer un  paragraphe pour donner un coup de chapeau à John Boorman .... Il le mérite grandement, le bougre. John Boorman a aujourd'hui 76 ans et après des débuts de critique puis de scénariste il réalisa ses premiers films à la fin des années 60.

 Son 1er film « Sauve qui peut » date de 1965 : je n'en parle pas car je ne l'ai pas vu.

 Les deux suivants eurent du succès et sont portés par l'acteur américain Lee Marvin :

 En 1967 « Le point de non retour » un excellent polar sur fond de violence et de manipulation.

 En 1968 « Duel dans le Pacifique » à la fin de la guerre un soldat japonais (Toshiro Mifune) et un soldat américain (Lee Marvin) se trouve face à face sur une île déserte. Les deux ennemis s'affrontent et sont obligés de cohabiter pour survivre.

 En 1970 « Léo de Last »  un film avec Mastroiani dont je ne sais rien sauf qu'il eut le prix de la mise en scène à Cannes.

 En 1972 un film culte « Délivrance » avec Burt Reynold et John Voight... une balade sportive en canoë sur la rivière Chattoga qui se transforme en cauchemar...

 En 1974 : « Zardoz » à la frontière entre science fiction et philosophie avec un Sean Connery qui abandonnait James bond.

 En 1977 : « L'exorciste 2 » alimentaire mon cher Watson : joker.

 En 1981 « Excalibur » quand Boorman revisite, violemment, les chevaliers de la table ronde. Hallucinante quête du Graal.

 En 1985 « La forêt émeraude » avec Charley le fils de John Boorman dans le rôle du jeune, enlevé enfant, et vivant avec des indiens, les invisibles, en Amazonie. Encore une fable écologique et philosophique.... mais surtout un film grandiose. A revoir encore et encore...

 En 1987 «La guerre à sept ans»  La guerre vue par un enfant : un film dont on dit beaucoup de bien et largement récompensé mais que je n'ai pas vu.
 Du déchet ensuite jusqu'en 1995. Peut-être y eut-il de la déception, à cette époque, envers John Boorman, après vingt ans de chef-d'œuvres, ce qui pourrait expliquer l'étonnante froideur des critiques vis à vis de  « Rangoon » qui n'a pas été reçu à sa juste valeur.

 Il y eut ensuite en 1998 « Le Général » avec John Voight l'histoire d'un gangster irlandais type Mesrine en France qui fut abattu par l'IRA. Surprenant..... y compris un nouveau  prix de la mise en scène au festival de Cannes.... des mauvaises langues ont dit que c'était en compensation de l'oubli de 1995.... et puis le président du Jury en 1998 était Scorsese.....

 En 2001 Boorman réalisa « Le Tailleur de Panama » un très curieux film d'espionnage tiré d'un roman de John Le Carré avec Pierre Brosman  dans le rôle principal puis « In my Country » en 2003 un film sur l'Afrique du Sud tentant de panser les plaies de l'apartheid avec les travaux de la commission « Vérité et Réconciliation ». Un film militant assez décevant malgré les présences de Samuel L Jackson et Juliette Binoche. 
A suivre surtout pour soutenir Aung San Suu Kyi.....comme l'a encore fait aujourd'hui Rama Yade.... et malgré des propos surréalistes sur le rôle humanitaire de Total.   

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Félix PROST dit Fanfan de dax 03/06/2010 11:41


Je salue tes idées (de progrès) et j'y adhère pleinement. Je reconnais en toi l'homme de paix et le sora (le vrai) que tu veux nous cacher. Fraternelle amitié.