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Presse aidant.... Le Monde hors-série : la Révolution en héritage.

4 Août 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #Presse aidant

 

Oui je sais, je ne suis pas raisonnable car je n'ai pas encore eu le temps d'accompagner les photos de mon précédent billet de légendes et de petites informations secrètes sur cette semaine aventureuse en Périgord où nous avons accompagné nos jeunes explorateurs des temps passés.... que je m'impose déjà un nouveau chantier.... mais en cette nuit du 4 août je me suis lancé dans la lecture d'un hors-série du Monde étonnant et passionnant : la Révolution en héritage et je souhaite partager ce plaisir, ces réflexions, ces interrogations .... alors, même s'il est probable que ce billet ne sera pas terminé au bout de cette nuit, il m'a semblé nécessaire, au moins, de le commencer afin qu'il soit daté du 4 août, nuit symbolique s'il en est. 

 Parcourons ce hors-série et d'abord l'introduction de Michel Lefebvre:

« ....Aujourd'hui, le débat sur "1789, révolution de la liberté" opposée à "1793 révolution de l'égalité", porteuse de violence voire matrice du totalitarisme, est un peu dépassé.....les historiens que nous avons rencontrés nous invitent à revisiter les origines de 1789, à replacer la Révolution française dans une histoire élargie à "l'ère des révolutions" et à analyser son rôle dans la longue maturation de l'idée républicaine... »
 Il faut lire l’entretien avec l'historien américain Timothy Tackett « Les approches de 1789 sont plus pragmatiques, moins idéologiques ». Extraits :

 A une question du journaliste sur l'influence de la pensée des lumières : « Ce sont en fait les révolutionnaires qui dans, leur volonté de s'inscrire dans une filiation se sont recréés des généalogies en se choisissant quelques figures tutélaires comme Montesquieu, Rousseau ou Voltaire... : c'est la révolution qui a construit les lumières plutôt que l'inverse... »

 A une autre question sur la prise de conscience par les contemporains de la dimension historique des évènements, l'historien répond :  « Sans doute le 17 juin 1789, le jour où les députés se sont proclamés "Assemblée nationale". Ce fut un instant bouleversant. Les gens pleurèrent, certains perdirent connaissance. Trois jours plus tard eut lieu un autre épisode mémorable, le serment du jeu de paume.
 Par la suite d'autres dates furent considérées, sur le moment comme historiques. Comme le 4 août 1789, quand furent abolis les privilèges; les gens eurent alors l'impression de vivre en une nuit plus que ce que leurs ancêtres avaient vécu en plusieurs siècles. Comme si l'histoire s'était formidablement accélérée. » et répondant au journaliste qui s'étonne que le 14 juillet 1789 ne soit pas mentionné Timothy Tackett précise : « Evidemment, bien que la journée ait d'abord été vécue comme un traumatisme par la plupart des députés, effrayés par les débordements populaires. Ce n'est qu'après coup, une fois la fièvre passée, que le 14 juillet fut "recréé" comme un grand jour. 

 Cela en dit long sur les sentiments ambivalents que les députés nourrissaient à l'égard du peuple au début de la Révolution....  »

  La suite de ce hors-série est de la même veine avec des textes très intéressants, très pédagogiques et de jolies ou provocantes illustrations : un petit lexique révolutionnaire, les grandes dates qui ont changé la France, les figures historiques... du bel ouvrage. Je m'arrête un instant sur le récit de cette nuit mémorable du 4 août :
 «  Depuis le 14 juillet, le roi a multiplié les signes d'apaisement : il a rappelé Necker aux affaires, nommé La Fayette à la tête de la garde nationale et même accepté la cocarde tricolore que lui a remise Bailly, le maire de Paris. Mais le peuple est entré dans l'arène et n'est plus prêt à en sortir. Partout dans le pays, l'agitation gronde. Et surtout dans les campagnes où les abbayes sont pillées et les châteaux attaqués........... C'est la "Grande Peur", un gigantesque mouvement de panique qui saisit la France au coeur de l'été.
 Que faire pour calmer les esprits ? »

 C'est la question dont l'Assemblé décide de débattre les 3 et 4  août. Deux hommes vont dominer les débats : Le duc d'Aiguillon et le vicomte de Noailles deux représentants de la noblesse libérale. « ….Pour le premier, la violence est condamnable mais on ne peut que comprendre la colère d'un peuple "qui cherche à secouer un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête." Pour le second, '' l'effervescence des provinces suppose des décisions radicales", comme le rachat des droits féodaux par les communautés et l'abolition des corvées seigneuriales, des mainmortes et autres ''servitudes personnelles". Ces mesures sont adoptées. »

 D'autres suivront au cours de cette nuit de justes folies : suppression des justices seigneuriales, du droit exclusif de chasse, des dîmes, de la vénalité des offices, du casuel des curés etc ... « ..." Grande nuit, on pleurait, on s'embrassait " note dans son journal Adrien Duquesnoy un jeune député du tiers état...  ». Une seule nuit aura suffi pour liquider l'Ancien Régime.

Enfin presque..... Car selon l’historien Michel Vovelle à qui fut confié d'écrire le 1er tome de la riche « Nouvelle histoire de la France contemporaine » (18 tomes au total de 1787 à 1974), intitulé « La chute de la monarchie 1787-1792 », dès le lendemain et avant de rédiger les décrets toutes les décisions de la nuit furent analysées en détail et lors d’âpre marchandages. Il n’était pas question d’un retour en arrière et d’ailleurs la déclaration de principe liminaire affirmait bien que « L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal », mais des clauses, des modalités d’application, venaient compléter les lois de la nuit généreuse pour en édulcorer passablement les hardiesses. En la circonstance les aristocrates purent s’appuyer sur certains ténors du parti des patriotes comme Sieyes et Mirabeau. Ce fut, in fine, un marché de dupes pour le peuple et notamment les paysans, la noblesse et le clergé réussissant à limiter la casse par rapport à ce qui s’était décidé la nuit du 4 août. Sans doute n’était-il pas possible d’aller aussi loin et aussi vite mais cela a aussi, probablement, contribué à entraîner la révolution vers des lendemains moins fraternels.

 Cependant et selon Vovelle : « Quelles que soient les limites de sa portée, la nuit du 4 août conserve une importance majeure dans le déroulement de la Révolution et plus largement dans l’histoire de la France moderne. Dans leur complexité, les stratifications institutionnelles qui faisaient de la France une nation incomplète, inachevée, s’effacent d’un coup. L’ancien régime social d’une société d’ordres, fait place à l’égalité civile appelée par la philosophie des lumières. L’essor du capitalisme au XIXe  siècle trouve dans la libération juridique de l’individu une des conditions formelles qui lui étaient indispensables ; à ce titre, au-delà même de la conscience immédiate qu’elle a pu avoir, c’est la bourgeoisie qui triomphe au 4 août. »

Je reviens au Monde hors série « La Révolution en héritage » il propose aussi un débat politique passionnant. Le journal a demandé à six personnalités de répondre à la question « Que représente pour vous la Révolution française ? ». Je vais citer quelques extraits sans dire de qui sont les déclarations très partielles que je reporte :

1/ «…. Je sais bien que pour Clémenceau, la Révolution est un bloc, mais on doit admettre que la terreur a dérapée jusqu’à l’horreur : Il faut savoir garder un œil critique.… cependant un acquis doit être revendiqué sans complexe, c’est celui de la République. Aujourd’hui la mémoire de la Révolution est pacifiée, c’est un fait. Mais le communautarisme est une grande menace pour ses acquis… »

 2«…. Cet évènement d’une force inouïe, la France a mis un siècle à le digérer. Il a continué à structurer notre pays depuis plus de deux siècles et, aujourd’hui, il est en train d’être détricoté. Le système post-démocratique qu’installent la mondialisation et l’Europe supranationale rétablit des catégories privilégiées.…..…. Le plus beau cadeau de la Révolution c’est sa devise, liberté, égalité, fraternité. C’est cela qui est en train d’être cassé : nous sommes dans une espèce de retour à l’Ancien Régime…. »

 3/ « …Qu’est ce que la Révolution nous a laissé en héritage ? D’abord, une idée troublante : une société peut s’effondrer entière en quelques mois, lorsque la charpente est vermoulue. Cette idée proprement révolutionnaire ne sera pas oubliée dans les deux siècles qui suivront. Deuxième héritage : la souveraineté appartient au peuple et à lui seul. Cet héritage-là malgré les deux Empires ne s’effacera plus. Troisième héritage : les questions religieuses sont pour la politique de la nitroglycérine. Enfin la révolution de 1789 marque le point de passage vers l’instauration d’un Etat centralisé. Cet héritage ne s’effacera pas. 

  4/ « La Révolution française est un événement tellement inscrit dans le conscient populaire que cela en fait une des rares buttes historiques dans lesquelles tous les Français, quelles que soient leurs conditions familiales, sociales, culturelles, peuvent trouver un élément de leur identité. Certains s’identifieront plus au basculement de l’ordre établi, d’autres y verront l’émergence d’une nouvelle citoyenneté, d’autres encore ne veulent retenir que les années de terreur… Chacun y trouvera son éclairage.

 En réalité, aucun de ces éléments n’est dissociable de l’autre. On ne peut résumer la Révolution de 1789 à la guillotine ou aux droits de l’homme. C’est justement par sa diversité et sa complexité que cet événement est fondateur de la France moderne…. »

  5/ « L’année 1789 évoque pour moi l’irruption  du peuple sur la scène politique : la prise de la Bastille bien sûr, symbolisant l’abolition de l’absolutisme…. En quelques jours, en quelques semaines, ce qui apparaissait depuis des siècles immuable et indestructible… s’effondre.

 Beaucoup opposent la conquête de la liberté (1789) et celle de l’égalité (1793)… Je m’insurge contre une telle vision qui vise à mobiliser l’histoire pour justifier les conservatismes d’aujourd’hui….

Plus de deux siècle après, être fidèle à 1789, c’est défendre la nécessité d’un mouvement révolutionnaire émancipateur. Qu’une nouvelle fois, le peuple surgisse là où on ne l’attend pas. »

 6/ «… Plus qu’un évènement, c’est un avènement, qui ouvre une nouvelle période historique. L’essentiel des grandes réflexions depuis deux siècles passe par la réécriture d’un récit et la réinterprétation du moment révolutionnaire….. Beaucoup d’historiens ont opposé la bonne révolution libérale de 1789 à la mauvaise révolution jacobine de 1793, et structurés l’histoire autour d’oppositions fortes : entre liberté et égalité, entre Etat et l’individu…. Pour eux la Révolution avait épuisé ses effets.

 Je pense que ce n’est pas exact. Nous sommes dans une continuité. Opposer bonne  et mauvaise révolution n’est pas juste. L’égalité n’est pas l’ennemi de la liberté. Le mot fraternité qui émerge dans la Révolution française, exprime cette articulation entre les deux.

 Pas plus qu’il n’y a d’opposition entre l’Etat et l’Individu : l’organisation collective est nécessaire à l’émancipation des individus. »

 7/ «Existe-t-il aujourd’hui un risque révolutionnaire ?  Il y a des peurs. Il y a des désespoirs… il y a toujours un terreau dès lors que la France s’inquiète, dès lors qu’elle doute de son destin. Face à une crise d’une gravité exceptionnelle, à la crue sans précédent du chômage, souvenons nous qu’il n’est pas d’exemple dans l’histoire de France d’une dépression économique sans fièvres politiques……. Il y a bien une prédisposition de la France aux révolutions qui a toujours fait sa singularité. La Révolution française a-t-elle jamais été achevée ?

….. Aujourd’hui, cette prédisposition se double de nouvelles vulnérabilités : le sentiment de l’impuissance, le délitement des solidarités et le vide de projet politique. La France craint d’être dépossédée de son destin. Les grandes ruptures de la génération écoulée –décentralisation, construction européenne, mondialisation – ont fragilisé l’Etat, socle historique de la nation…..

…. Au confort annoncé d’un embourgeoisement social s’est substitué une société de la peur, hantée par la précarité et le déclassement, minée par la fracture des générations et le scandale du chômage des jeunes. Le mécontentement trouve-t-il encore un exutoire pacifique ?

….Face à un risque révolutionnaire, la politique ne saurait se réduire à la myopie gestionnaire ou l’aveuglement courtisan. La lucidité et l’esprit de responsabilité peuvent seuls nous guider vers des réformes justes pour désamorcer les tensions et éviter la violence…..

… Nous avons été à l’avant-garde de la révolution des libertés, nous devons être aujourd’hui parmi les pionniers d’une nouvelle donne planétaire. »

    Après avoir précisé que ces personnalités sont : Ayrault, Besancenot, Bayrou, Copé, Dupont d’Aignan, Peillon et Villepin on pourra constater d'heureuses convergences …. Et pourtant tous ne sont pas mes amis mais je dois bien admettre qu’en dehors de Besancenot que l’on reconnaît facilement (texte n°5) les autres ont, dans l'ensemble, des positions assez proches sur le sujet et méritent le respect.

 Question aux lecteurs de ce billet : Avez-vous trouvé à qui appartient chaque citation : Pas toujours évident ! 

 Je dois recommander, aux lecteurs  de se procurer le journal et de lire les déclarations in extenso car, pour certains comme De Villepin, je n’ai reporté que de courts morceaux choisis d'un long argumentaire très politique et manifestement ciblé ; idem pour Ayrault mais pour lui le propos est centré sur Nantes et non contre Sarkozy.  Pour les autres c’étaient des billets plutôt courts, une sorte de synthèse de positions déja connus : ainsi le texte essentiel de Vincent qui avait publié au cours de l’été 2008 un  remarquable ouvrage « La Révolution française n’est pas terminée »  

 

A suivre

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