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A livres ouverts.... "Héros de la révolution Corse" et autres....

3 Novembre 2011 , Rédigé par daniel Publié dans #à livre ouvert

 Depuis mon premier séjour en Corse, et ce n’est pas très vieux puisque c’était en mai 2006, je me suis pris d’un grand intérêt pour l’histoire de l’île de beauté et plus particulièrement la période de 1753 à 1769, la révolution et la construction de la nation. J’élargis volontiers cette courte période aux deux décennies précédentes de troubles et révoltes contre la tutelle de la république de Gênes qui débutèrent en janvier 1730 par les insurrections, spontanées, populaires et sans chef, du Boziu. Je m’intéresse aussi beaucoup aux relations étonnantes entre  les familles Paoli et Bonaparte. 

Cette révolution Corse et la magnifique époque de transformation de la société prit fin en 1769, Gênes ayant cédé la Corse à la France par le traité de Versailles…. L’armée royale française envahissait alors la Corse et battait les patriotes à Porto Novu le 8 mai 1769, obligeant Pascal Paoli, chef du gouvernement de la Corse indépendante depuis le 14 juillet 1755,  à s’exiler en Angleterre ; un exil qui dura 21 ans. 

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Avec la révolution en France en 1789 Paoli  fut amnistié  par l’Assemblée Nationale et put rentrer en Corse en 1790. Hélas, ce retour ne fut pas gagnant car dès 1793 avec l’évolution vers la terreur de la révolution et l’exécution de Louis XVI qu’il désapprouvait, Paoli fut considéré comme traitre. Il fit alors l’erreur de rechercher une solution avec ses amis anglais au détriment de l’unité des corses et il finit par prendre une nouvelle fois et cette fois de façon définitive le chemin de l’exil londonien.

C’est  en 2007 que je me procurai le livre de Paul Sivani « En Corse au temps de Paoli ». Dans ce livre fort intéressant bien qu’un peu confus, l’ordonnancement des chapitres étant plus thématique que chronologique, j’avais noté que Pascal Paoli avait auprès de lui au gouvernement de Corte Charles Bonaparte, le futur père de Napoléon. J’avais aussi relevé,  dans ce livre qu’il y avait une controverse sur l’attitude de Charles Bonaparte présent ou non lors de la bataille et défaite de Ponte-Novu. L’auteur estime que Pascal Paoli avait missionné son frère Clémente et Charles Bonaparte pour partir recruter des renforts pour protéger la capitale, Corte. Selon  Paul Sivani la rumeur d’une trahison de Charles Bonaparte envers Paoli est fausse.  

   Il apparait aussi dans ce livre que le jeune soldat Napoléon admira le père de la nation corse comme en témoigne une lettre datée du 12 juin 1789 ; Napoléon avait alors 19 ans il était jeune officier à Auxonne :

« Général. 

Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille français vomis sur nos côtes, noyant le trône de la liberté dans les flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. Les cris du mourant, les gémissements de l’opprimé, les larmes du désespoir environnèrent mon berceau dès ma naissance. Vous quittâtes notre île, et avec vous disparut l’espérance du bonheur ; l’esclavage fut le prix de notre soumission…..…….. Permettez-moi, général, de vous offrir les hommages de ma famille. Eh ! Pourquoi ne le dirai-je pas de mes compatriotes ? Ils soupirent au souvenir d’un temps où ils espéraient la liberté. Ma mère, madame Laëtitia, m’a chargé surtout de vous renouveler le souvenir des années écoulée à Corte ? Je suis avec respect, général, votre très humble et très obéissant serviteur. »  Une lettre écrite un mois avant la prise de la Bastille.

 En 1790 à 65 ans Paoli se rallie à la Révolution et est accueilli à Paris par La Fayette puis par le club des jacobins de Robespierre. Il se rendit ensuite en Corse où il arriva le 14 juillet 1790 avec le titre de commandant de l’île.

 Les choses vont cependant déraper assez vite et dès 1793 il fut déclaré traître à la patrie par la Convention. Paoli chercha alors un appui de l’Angleterre où il devra après d’ultimes péripéties qui cassèrent l'unité corse et ternirent son image, s’exiler à nouveau.

 Ses relations avec la famille Bonaparte n’étaient plus, loin de là, au beau fixe, notamment avec le jeune Lucien (Le père Charles étant mort en 1785). La famille Bonaparte était devenue  très critique et ça serait même Lucien Bonaparte, âgé de 18 ans, qui aurait dénoncé Paoli à la Convention comme contre-révolutionnaire à la solde des anglais. Joseph et Napoléon rejoignaient leur frère dans une opposition totale à Paoli lors de l’épisode de la création d'un Royaume Anglo-Corse (1794-1796).

 Voilà où j’en étais et ce que je savais de l’histoire de Pascal Paoli, l’homme qui avait en une quinzaine d’années fait de cette île une nation, un Etat ; il avait réalisé l’unité du peuple, doté sa patrie d’une exemplaire constitution démocratique qui instituait la séparation des pouvoirs et le vote des femmes, frappé monnaie, relancé l’économie agraire, fondé une université à Corte et fait administrer une justice égale pour tous, et cela 32 ans avant la constitution américaine, qui s’inspira beaucoup de la constitution Corse, 34 ans avant la révolution française. Partout dans le monde cette fantastique expérience politique et sociale suscitait l’admiration. Les philosophes et tous les esprits éclairés du siècle des lumières saluaient en Pascal Paoli le précurseur de la démocratie……

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 En cet été 2011 je retournais pour la troisième fois en Corse avec pour  lieu de villégiature le village de Carcheto peu éloigné (une quinzaine de kilomètres)  de Morosaglia où naquit Pascal Paoli en avril 1725. La maison natale étant devenue musée départemental et où reposent dans la chapelle familiale les cendres du grand homme. 

Les grands évènements de cette période extraordinaire se tinrent dans des couvents où siégeaient les assemblées des représentants du peuple : Couvent d’Orezza, en 1735 abolition des lois génoises, Couvent d’Ampugnani où Pascal Paoli fut proclamé général en chef de la nation corse le 14 juillet 1755 et enfin le couvent d’Alesani où en 1736 le Baron Théodore de Neuhoff fut élu éphémèrement roi de Corse.

  A Carcheto nous logions aux tours de Tévola une forteresse du XIIIème siècle que le propriétaire rebâtit progressivement depuis une douzaine d’années. Ce propriétaire est un écrivain Jean Claude Rogliano, fort sympathique et dont le dernier ouvrage concerne justement un des héros de cette révolution corse le baron de Neuhoff. Un magnifique roman dont le titre est « Les mille et une vies de Théodore roi de Corse » Riche aventurier, entremetteur mondain, agent secret Théodore promenait ses bottes et son éloquence à travers les cours d’Europe mais il rêvait d’être roi. En échange de ce titre il promit d’apporter son aide aux chefs corses, dont Hyacinthe Paoli le père de Pascal, pour venir à bout de l’oppresseur génois.

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 Je n’avais pas encore lu ce livre ni d’autres d’ailleurs quand j’ai pu dès le premier soir de notre arrivée discuter avec Jean Claude Rogliano. Des conversations très intéressantes et variées dont forcément des échanges sur la révolution corse de Pascal Paoli. J’apprenais beaucoup de choses et j’en étais heureux mais à un moment j’ai voulu montrer que le sujet m’intéressait beaucoup en mentionnant qu'à partir des années 1765,  Pascal Paoli avait pris à ses côtés à Corte, comme secrétaire particulier Charles Bonaparte. « Absolument pas ! » m’asséna assez sèchement le romancier. Craignant m’être mal exprimé je n’insistai pas, d’autant que je n’étais pas absolument certain de ce que j’avançais…..Je fis immédiatement profil bas.

 Deux jours plus tard ne pouvant continuer, pour cause d’une blessure, à faire des randonnées pédestres, avec nos camarades dans les montagnes de forêts de châtaigniers, nous avons fait des balades en voiture élargissant quelque peu notre rayon de vadrouille. C’est ainsi que nous nous sommes rendus à l’île Rousse pour retrouver une amie de jeunesse de Pilou. Ile Rousse, la ville côtière fondée par Paoli. J’en ai profité pour entrer dans une librairie pour acheter des livres de notre hôte auteur, le dernier sur Théodore mais aussi « Contes et légendes de Corses » et «  Le berger des morts » des livres que je pourrai faire dédicacer. C’est en cherchant ces livres que je suis aussi tombé par hasard sur un livre de Pierre Lepidi « Les héros de la révolution Corse.». Il n’était pas trop cher, 9 euros, aussi ne devais-je pas hésiter longtemps.

De courts chapitres mais alléchants : Giacinto Paoli et Luigi Giafferi de la révolte à la révolution, Théodore 1erroi de corse le temps d’un été, Giovan Pietro Gaffori à la conquête du pouvoir, Clémente Paoli, frère de sang, frère d’armes, Pascale Paoli et les lueurs de la révolution, ……etc….. Et c’est en feuilletant le livre que je trouvai page 122 un paragraphe qui me confirmait que je ne me trompais pas : « Etudiant à la faculté de Corte qui a ouvert ses portes quelques mois plus tôt, Charles Bonaparte devient en 1765 le secrétaire personnel de Pasqual Paoli. En le côtoyant au jour le jour. Il ne cache pas son admiration pour le général de la Nation. S’il apprécie ses qualités humaines, il le prend aussi pour modèle en matière de stratégie militaire. Sa vision démocrate de la société insulaire le fascine………

….. Ce n’est qu’après la signature du traité de Versailles, le 15 mai 1768, qu’il intègre l’armée paoline. Etait-il présent lors de la défaite de Ponte Novu. La question divise. Mais comme beaucoup d’autres de ses compatriotes il s’est vaillamment battu sur le sol de corse…… »

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J’achetais donc le livre de Pierre Lepidi, trop heureux de pouvoir montrer que j’avais raison….. …..et puis après réflexion, je me suis bien gardé de revenir à la charge et d’apporter la contradiction à notre hôte romancier, homme de grande culture et avant tout natif corse… Sans doute m’étais-je mal exprimé. La lecture de son magnifique roman « Théodore  roi de Corse » me confirma que j’avais été raisonnable de rester à ma modeste place de curieux qui s’informe.

  Quelques jours plus tard, avec quelques amis randonneurs, nous allions visiter le musée, la maison natale de Paoli à Morosaglia. Hors notre petit groupe de niortais il y avait peu de visiteurs ; j’eus toutefois l’occasion et la chance de discuter avec une enseignante bastiaise qui, lorsque je lui demandais si Charles Bonaparte avait bien été pendant quelques années avant l’annexion de la Corse par la France le secrétaire particulier de Paoli, me fit une réponse catégorique « C’est un mensonge véhiculé par certains historiens. Les Bonaparte ont toujours été les adversaires des Paoli et chacun des exils des Paoli ont à la base des manigances des Bonaparte ».Cette fois je n’avais pas de doute : ma question était bien posée mais elle était politiquement incorrecte du moins pour cette dame : politiquement incorrecte plus de 200 ans après le mort de Pascal Paoli. Curieux, Incroyable même !

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En fin de séjour corse nous passions trois jours chez mon ami Fanfan ! Lui n’avait pas d’avis partisan sur la question mais il doutait, aussi a-t-il fait immédiatement des recherches via internet, Des recherches qui confirmaient ce que j’avais lu.

 Nous avons par ailleurs fait une visite de la citadelle de Corte et on voit à côté du bâtiment siège du Palazzu Naziunale la maison où vivait Charles Bonaparte avec son épouse Laetitia, la maison où naquit le 7 janvier 1768 Joseph Bonaparte.

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Une dernière trouvaille sur les rapports entre Pascal Paoli et les Bonaparte tirée de la biographie « Napoléon » de l’historien Gallois Vincent Cronin : La scène se passe à Corte en 1766 «… Paoli était un célibataire endurci, alors âgé de 41 ans, et qui ne vivait que pour l’indépendance de la Corse. Mais il fut conquis par la timide Letizia, au point que le soir, il cessa d’arpenter sa demeure pour s’installer sur une chaise et jouer au reversi, un jeu de cartes auquel Letizia gagnait si souvent que Paoli lui dit qu’elle avait le jeu dans le sang… »

Vraiment curieuse cette histoire de relations entre les familles Paoli et Bonaparte. Qu’en reste-t-il dans l’histoire ? En Corse manifestement des tensions subsistent,  dans l’Histoire de France Paoli est quasiment inconnu et c’est un scandale.  En Amérique il  y aurait plus d’une dizaine de villes dont le nom est lié à Paoli le précurseur de la constitution américaine et de la démocratie.

 

(A suivre)

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daniel 23/11/2011 16:45

Merci professeur de cette précision importante.... Comme l'écris quelque part je reste à ma modeste place de curieux qui s'informe.
J'adore cette période .... qui s'instruit de l'histoire de ton île natale.
Bises à vous deux.
Tu pourrais également Professeur et cher Sora (peut-être par mail) m'indiquer de monstrueuses fautes d'orthographe que je laisser trainer en chemin

Félix PROST dit Fanfan de dax 23/11/2011 15:05

Le traité de Versailles du 15 mai 1768 rattache la Corse au patrimoine personnel du roi de France. C'est-à-dire que l'île reste juridiquement possession de la République de Gênes mais que de fait,
elle est occupée et administrée par la France.

Il n'existe aucun document sur le rattachement de la Corse à la France. Désolé!!!