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Presse aidant : archives du Monde....Misonéisme à part, le sage avait raison

27 Mai 2012 , Rédigé par daniel Publié dans #Presse aidant

En ces temps incertains pour l’Europe il apparait que la parole se libère dans les réunions et les débats sur la nécessité de booster la croissance  (même à C dans l’air c’est dire !) et les citoyens ''majeurs'' qui veulent bien faire l’effort de réfléchir un peu en abandonnant les positions formatées de fans-clubs, commencent à comprendre le triste rôle tenu par notre ancien président en tant que premier de cordée des lèches-bottes de madame Merkel et ce pour le seul bénéfice de l’économie allemande .

Le supplément économique du Monde du 16 mai dernier rappelle de manière opportune quelques prises de positions historiques puisqu’elles datent de début 1957, de la création du traité de Rome, ….. et qui sont encore, 55 ans plus tard, criantes d’actualité.

 Tout d’abord un éditorial du Monde de Maurice Duverger du 17 janvier 1957. (Qui fut aussi en 1974 l’auteur d’un ouvrage qui fait toujours référence  «  La Monarchie républicaine »)

« Le Pari : Sur le fond, la technique du marché commun soulève des objections graves. Elle tend à ôter aux gouvernements nationaux une part notable de leurs pouvoirs économiques, en ne les transférant à personne. Elle participe d’un mirage libéral dans la tradition manchestérienne : comme si Keynes n’avait pas existé, comme si n’existaient pas les moyens nombreux et précis qui permettent à tous les Etats du monde d’assurer la régulation et l’orientation de l’économie.

Dans le marché commun, ces moyens ne pourront plus s’exercer librement : ils seront réduits, et par conséquent moins efficaces. Une différence capitale distinguera ce marché européen de ‘deux cent millions d’hommes’’ du marché américain, de dimension analogue : A l’intérieur de ce dernier, les autorités de Washington disposent et continueront à disposer de pouvoirs essentiels ; à l’intérieur du premier, aucune autorité réelle n’existera tant qu’on n’aura pas créé une fédération véritable. Le marché commun n’a de sens que s’il est  une première étape vers cette fédération.

Sur le plan intérieur, le problème vital est que l’économie française devienne compétitive. L’avantage du marché commun sera de pousser en ce sens. Les douze ou quinze ans de transition permettront d’atténuer les chocs et de réaliser l’adaptation indispensable avec le minimum de risques. Mais si nos gouvernants n’ont pas le courage de mettre fin aux abus, le mécanisme du marché commun ne va-t-il pas précipiter notre décadence économique ?

Le redressement intérieur devrait avoir la priorité sur la construction de l’Europe, car seule une économie française restaurée pourra affronter la concurrence européenne. Mais ce redressement intérieur est-il possible si le gouvernement n’est pas forcé d’y procéder, poussé par l’aiguillon d’une force extérieure ? Ce que nous savons de nos institutions, de notre personnel politique, des groupes sociaux qui arbitrent le jeu électoral, conduit à une réponse négative.

En définitive, accepter le marché commun prend ainsi l’allure d’un pari. » 

Maurice Duverger.

 

Sur la même page on trouve également un remarquable article de Pierre Bezbakh intitulé « 1957 : Mendes France contre le traité européen. Lors du débat parlementaire sur le traité créant la Communauté économique européenne l’ancien président du Conseil a exprimé des réserves sur le dumping social et l’absence d’investissement.»

L’auteur après avoir rappelé que Pierre Mendes France, partageait les analyses économiques de Keynes avec qui il avait travaillé à Bretton Wood en 1944 pour fonder des instances monétaires internationales sans pouvoir empêcher qu’elles ne deviennent un monopole américain. Il me faudra prochainement consacrer un billet à l’auteur de « Gouverner c’est choisir » (trois tomes parus  en 1953, 1955 et 1958) et « Pour une république moderne » (1962) pour essayer de comprendre, comment la France a pu se passer des services d’un tel homme d’Etat, qui ne fut chef du gouvernement que pendant 7 mois (17 juin 1954/ 5 février 1955).

Lors du débat parlementaire sur le traité de Rome, le 18 janvier 1957, Mendes France avait exprimé un scepticisme prémonitoire et voté contre. Ce discours peut être retrouvé sur internet sur le site:

 http://www.pouruneconstituante.fr/spip.php?article526

 

Voici quelques extraits tirés de l’article de Pierre Bezbakh dans Le Monde du 15 mai 2012.

« Mendes redoutait que la libre circulation des personnes provoque l’entrée en France de population proposant leur travail pour un salaire inférieur à celui pratiqué dans le pays….il regrettait d’ailleurs que rien ne soit envisagé pour ‘’ la généralisation rapide des avantages sociaux à l’intérieur de tous les pays du marché commun  car nos partenaires veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale’’…… Il était également préoccupé par le risque de disparition du tarif douanier commun imposé aux marchandises entrant dans la CEE. Ainsi ‘’notre industrie se trouvera alors découverte contre toutes les concurrences du dehors’’….De même il avait peur que la libre circulation des capitaux oriente les investissements vers les pays à faibles charges et débouche sur un exode des capitaux dont il résulterait ‘’ une diminution des investissements productifs, des pertes de potentiels français et un chômage accru’’. ……. Il déplorait que le fonds d’investissement européen ne soit pas  retenu dans le traité car il aurait permis de financer des opérations de reconversion industrielles nécessaires……… Enfin il craignait que ‘’la délégation de pouvoir à une autorité extérieure qui au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique et dictera une politique monétaire, budgétaire, sociale conduise à une abdication de la démocratie. Nous ne pouvons pas nous laisser dépouiller de notre liberté de décision dans des domaines qui touchent d’aussi près notre conception même du progrès et de la justice sociale….. Prenons-y bien garde : le mécanisme une fois mis en marche, nous ne pourrons plus l’arrêter. ».

 

Que n’a-t-on écouté ce sage ! On trouve dans ce discours la plupart des arguments critiques de l’état où se trouve aujourd'hui l’Europe, trop vite élargie sans avoir, au préalable, approfondi  sa construction…… puisque les traités de Maastricht et de Lisbonne ne prévoient ni politique industrielle coordonnée, ni mécanisme d’aide directe entre Etats, ni convergence sociale….  Et j’ajouterai que la gouvernance française de ces dernières années à toujours joué contre son camp, contre les intérêts français, en approuvant systématiquement, par médiocrité tous les choix et en disant  toujours amen à toutes les décisions, toutes les orientations de Madame Merkel.

 

(A suivre)

 

 

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