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Une histoire de France passant par Niort : Un juge, un poète, un criminel et l'épouse d'un roi...

11 Octobre 2012 , Rédigé par niduab Publié dans #Histoire de rôles

1ère partie : Des cordonniers, un juge et un soldat-poète.

Quelle famille ces d’Aubigné ! Des picto-charentais aventureux et surtout insensibles au vertige, condition sine qua non pour espérer atteindre les sommets.

 Certes il y eut ceux d’avant, les anciens dont on ne parle pas pour ne pas affadir une lignée majestueuse ; ceux de Loudun, des tanneurs, des cordonniers dont Pierre le dernier d’entre eux, le grand-père du poète. S’appelaient-ils d’ailleurs réellement d’Aubigné, avec particule ? Des généalogies les rattachent, à la fin du 15èmesiècle, par un certain Antoine, aux d’Aubigné seigneurs de la Touche, eux même descendants d’un glorieux chevalier croisé du 12ème siècle,(http://racineshistoire.free.fr/LGN/PDF/Aubigne.pdf). Pourquoi pas ? Mais ce sont probablement des affabulations ! Tenons nous en, donc, aux historiens et biographes qui évoquent de modestes artisans  et commerçants du cuir, des bourgeois mais sans noblesse et n’en déplaise à Madame de Maintenon qui aurait bien voulu embellir ses origines.

  Mon premier d'Aubigné, historiquement digne d’intérêt, est donc le rejeton d’une famille roturière du Haut-Poitou  qui aurait quand même réussi à accrocher à son patronyme quelques très modestes particules dotées par mariages et devenir ainsi les d’Aubigné de Brie et de Viguier.

Né sans doute vers 1520 à Loudun, comme son père Pierre, son grand père Jean et un énigmatique aïeul Antoine, c’est Jean d’Aubigné qui donna l’impulsion à cette  lignée qui marqua l’histoire de France des 16e et 17esiècles. Il aurait fait des études suffisamment brillantes pour lui permettre de quitter sa terre natale pour rejoindre la Charente voisine. Il semble avoir été aidé, en ça, par le mari d’une de ses sœurs qui était juge d’Archiac en Saintonge. C’est ainsi qu’il devint, vers 1540, intendant et secrétaire chez Jacquette de Montbron épouse d'André de Bourdeille, elle grande architecte de la Renaissance, lui sénéchal du Périgord (http://siefar.org/dictionnaire/fr/Gilbert_Schrenck.) ; puis, quelques années plus tard, il accédait à la charge de juge à Pons en Saintonge. Il épousait Catherine de l’Estang qui était de petite noblesse et de cette union naquit, le 8 février 1552, Théodore Agrippa ; un garçon dont le second prénom signifiait ‘’né péniblement’’, sa naissance difficile ayant coûté la vie à sa mère. Après s’être appuyé sur ses sœurs tant que l’enfant était en bas âge, l’ambitieux Jean d’Aubigné mit rapidement son fils entre les mains des meilleurs précepteurs. Les biographes affirment qu’Agrippa lisait le grec, le latin et l'hébreu à six ans et qu’à sept ans il aurait traduit le Criton de Platon.

Ardent calviniste, Jean d’Aubigné fut proche des conjurés d’Amboise, mais la tentative échoua en mars 1560, entraînant une répression sanglante. Présent, ou de passage, à Amboise, avec son fils Agrippa alors âgé de 8 ans, Jean lui fit jurer fidélité à la cause protestante et devant les corps de ses quatre compagnons sur leur potence, lui fit prêter serment de les venger.

Cet épisode attisa les haines religieuses, et en 1562 le pays s’enflammait. Jean d’Aubigné s’engagea dans les combats et fut mortellement blessé, en mars 1563, lors du siège d’Orléans. Agrippa âgé de 11 ans se retrouvait orphelin. Son oncle Aubin d’Abeville, le juge d’Archiac devint son curateur. La guerre étant un temps interrompue, l’éducation calviniste d’Agrippa fut poursuivie avec des précepteurs réformistes et humanistes de renom entre Paris, Genève et Lyon.

Quand la guerre reprit en 1568 Agrippa abandonna ses études pour rejoindre  la Saintonge et s’engager dans l'armée protestante de Condé et Coligny. Il avait à peine 16 ans quand il participa à la prise d'Angoulême et de Pons en octobre.

 En mars 1569 il combattit à Jarnac et fut témoin de la mort de Condé.  Agrippa participa ensuite à la sanglante bataille de la Roche l’Abeille en Limousin et à la peu glorieuse victoire sanglante des protestants de Coligny.

 Les mois suivants ne furent que désillusions, les protestant échouant à prendre Poitiers et après la défaite de Coligny à Moncontour les protestants perdaient toutes les villes qu’ils tenaient en Poitou comme Châtellerault, Niort, Lusignan et  Saint Jean d’Angély. La Rochelle était sous blocus maritime.

 En 1570, une paix temporaire était à nouveau établie. Las de la guerre et vaincu Agrippa, qui n’avait alors que 18 ans,  se retira du côté de Blois sur une terre héritée de sa mère. C’est là qu’il s’éprit de Diane Salviati la nièce de la Cassandre de Ronsard. Un amour sans espoir pour cause de question religieuse et d’absence de fortune….  Agrippa désespéré commençait à écrire…. Il avait moins de vingt ans.

 En 1572 il reprit du service dans l’armée de Coligny pour combattre en Flandres. A cette occasion il se distingua par sa bravoure et devint compagnon d’Henri de Navarre. En août, il était à Paris pour le mariage de celui-ci avec la reine Margot, mais pour cause de duel il avait quitté précipitamment Paris échappant ainsi au massacre de la Saint Barthélémy. Il y eut aussi des répressions sanglantes en provinces au cours d'une d'elles il faillit laisser la vie.

L’essentiel de ce qu’on appelle la quatrième guerre de religion se déroulait autour de La Rochelle et Cognac, les gouverneurs catholiques faisant de Niort leur quartier général. Les deux villes reprises par les catholiques, Agrippa d’Aubigné retournait à Paris, à la cour, retrouver son ami Henri de Navarre qui était assigné à résidence et devait montrer au pouvoir royal qu’il avait pris des distances avec ses velléités protestantes ? Agrippa devint son écuyer au printemps 1574 et Henri de Navarre lui demanda d’aller combattre en Normandie mais cette fois pour l’armée catholique. Lors de cette cinquième phase de la guerre de religion le soldat Agrippa d’Aubigné, par stratégie, changeait de camp tout en restant au côté d’Henri de Navarre. Il revint à la cour fin 1575 pour organiser la fuite de son ami ; évasion qui réussit le 4 février 1576, avec une étape-refuge chez lui en Poitou  à Niort « Les niortais eurent la chance de voir en leurs murs Henri de Navarre abjurant le catholicisme au temple en juin 1576.  Peu après sa fuite de la cour sa sœur, Catherine de Bourbon vint le rejoindre au château de Mursay près d’Echiré, fief de son incommode compagnon d’armes, le poète-soldat Agrippa d’Aubigné » (Histoire de Niort p.133)

800px-Château de Mursay-ensemble[1]

 Agrippa d’Aubigné se mit totalement au service d’Henri de Navarre lequel lui confia de nombreuse missions, mais l'exigeant soldat-poète commençait à être déçu par, la manque de clarté et les démarches diplomatiques ambivalentes de son maître, de ses compromis, de ses recherches de conciliation avec les catholiques. La paix de septembre 1577, définie par l’édit de  Poitiers, qu’Agrippa condamnait fermement, le conduisit à quitter la cour de Navarre, installée à Nérac, pour se mettre au vert et privilégier l’écriture. Il commençait alors son grand poème épique « Les tragiques »

Fin 1579 il renouait malgré tout avec Henri de Navarre, alors que le royaume en était à sa septième guerre de religion. Il reprenait son rôle de soldat notamment pour combattre dans sa région entre Charente et Vendée. Six mois plus tard, la paix de Fleys apportait cinq années de paix précaires au pays. En 1583 Agrippa épousait Suzanne de Lezay qui lui donna deux filles nées respectivement en 1584 et 86 et un fils Constant né en 1585.

En 1585 commençait la huitième phase de la guerre de religion. Ce fut la plus longue, la plus sanglante.

«  En janvier 1587, Catherine de Médicis, inlassable diplomate se lasse tout de même, d’attendre, à Niort, un bon mouvement d’Henri de Navarre, retranché à Marans et qui connaissait trop bien sa belle mère… »(Histoire de Niort)

  Agrippa d’Aubigné s’illustrait de nouveau au combat dans sa région. Il participa à la bataille de Coutras, que remporta Henri de Navarre sur l’armée royale, le 29 décembre 1588, il contribua à la prise de Niort dont il obtint la baronnie de Surimeau, et le 1erjanvier il s’emparait de Maillezais dont il devint gouverneur. « Du 29 décembre 1588 au 7 janvier 1589, Henri de Navarre savoura son triomphe, à Niort, dans la place conquise. En mai le siège présidial de Poitiers, ville ligueuse, fut transféré à Niort…. »  (Histoire de Niort)

  Le 1eraoût 1589, le roi Henri III était assassiné à Saint Cloud. Sans descendance la couronne revenait aux Bourbon et donc à Henri de Navarre chef des protestants, ce que refusait la ligue catholique. Henri de Navarre tenta par deux fois, en 1589 et 1590, de s’emparer de Paris, mais finalement  Il préféra laisser du temps et jouer les divisions du camp adverse en gagnant progressivement la sympathie de la bourgeoisie parisienne effrayée par les excès de la ligue. Le 23 juillet 1593, à Saint Denis, Henri de Navarre abjurait le calvinisme. Le 27 février 1594 il fut sacré à Chartres et le 22 mars le nouveau roi Henri IV entrait dans Paris. Paris qui valait bien une messe, ce qu’Agrippa d’Aubigné ressentit comme une trahison. Les divergences politiques et religieuses finirent par le séparer du roi qu'il avait grandement contribué à mettre sur le trône de France.

 Agrippa d'Aubigné s’engagea alors fortement à structurer les protestants de France. Il se rendit à l'assemblée générale des protestants à Sainte-Foy, en Dordogne.

images[3]

 En 1595 sa femme décédait. Peu de temps après il essaya de se réconcilier avec Henri IV, en acceptant d’être l’un des négociateurs de l’édit de Nantes ; il se rendit  de l'assemblée protestante qui se tint à Loudun en 1596, mais pour s'y montrer  intransigeant.  « Dans son histoire universelle Agrippa d’Aubigné note : La paix fut mieux reçues des peuples qu’on eut estimé, mais surtout pour l’opinion des plus avisés qu’elle était avantageuse pour les catholiques et ruineuse aux réformés » (Pierre Joxe : l’édit de Nantes)

En 1597 Agrippa, alors âgé de 45 ans, se retirait en Vendée, dans sa forteresse de Maillezais où il se consacra surtout à l'écriture....

Début 1605, il acceptait d'effectuer un court séjour à la cour. Le roi voulait le regagner à lui mais d'Aubigné se déroba.

 Il ne retourna à la cour qu’après la mort d’Henri IV, en 1610, comme délégué de l’assemblée du Poitou.

 Le soldat et le politique laissaient place à l’écrivain. A Maillezay il  finit « Les tragiques :. Un violent réquisitoire retrace les persécutions subies par les protestants. Suit une mise en accusation de leurs responsables, la cour et le Palais de justice de Paris, l'évocation des martyrs protestants, la fresque des massacres des guerres de religion et l'ouvrage se referme sur le jugement dernier. »

Il écrivit en 1618, le premier tome de « l'Histoire universelle », chronique de la lutte entre l’église romaine et les protestants. Il vivait toujours à Maillezais mais suite à des problèmes avec son fils il finit par s'installer à Saint-Jean-d'Angély.

En 1620, son Histoire Universelle était condamnée et il dut s’exiler à Genève où il fut accueilli triomphalement. En 1623, il épousait Renée de Burlamacchi.

 Il s'éteignit le 9 mai 1630 à Genève, à 78 ans, au terme d'une existence d'orgueil et d’intransigeance, tour à tour soldat, poète, pamphlétaire et historien. Son œuvre littéraire, après des siècles d’ignorance, fut redécouverte au XIXe siècle par Victor Hugo et Sainte-Beuve.

  Voir les 18 pages que consacre le Lagarde et Michard XVIe siècle à Agrippa d'Aubigné; dont le passage suivant A la fois soldat, poète et mystique, Agrippa d'Aubigné incarne admirablement les qualités et les défauts de son temps.....C'est un violent, ses haines sont farouches, furieuses; la chaleur de sa foi aboutit au fanatisme. Il ne faut attendre de lui ni impartialité, ni tolérance. Engagé passionnément dans ces luttes atroces dès son enfance, comment eut-il gardé un jugement froid et un coeur serein. Mais quelle vie généreuse et ardente ! Toujours sur la brèche, il prodigue son sang, son éloquence, son talent à la cause de ses frères et de son Dieu. Sous sa violence perce une sensibilité humaine profonde et vraie, l'amour des humbles, des faibles, de la France, la soif de la justice, l'horreur des vices et des cruautés qui déhonorent l'espèce humaine. Féroce, la plume à la main, il sut être magnanime sur le champ de bataille. Mystique casqué et botté, bon vivant parfois gaulois et calviniste austère, il unit en lui des traits qui nous paraissent inconciliables. Tout nourri du naturalisme païen de la Renaissance, il brûle en même temps d'une foi fervente qui anima sa vie comme elle domine son oeuvre.»  

  

(A suivre ….. une seconde partie)

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