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Ciné-cure.......Disgrâce....

26 Mars 2010 , Rédigé par daniel Publié dans #ciné-cure

J’ai hésité entre le classement de ce billet en rubrique « Ciné-cure » ou en rubrique « A livre ouvert » et si j’ai retenu la première c’est bien pour terminer ce billet, selon mon habitude, en tapant une fois de plus sur l’agité.

Je vais commencer par le livre : En fait, je ne connaissais pas John Maxwell Coetzee et c’est par curiosité que j’ai acheté deux romans de cet écrivain sud-africain quand j’ai appris qu’il avait reçu le Prix Nobel de littérature en 2003.

J’ai du lire d’abord « Michael K, sa vie, son temps » puisque ce livre avait obtenu en 1985 le Fémina étranger : j’ai été emballé par l’histoire et le style de ce roman qui raconte le périple d’un homme qui, fuyant un système absurde, se met en quête de liberté, d’un hypothétique avenir, et avant tout de dignité.

« Pendant la nuit, la pluie s’arrêta. Le matin, il se retrouva sur la route dans ses vêtements humides, le ventre gonflé de fruits et de légumes crus. Quand il entendait le grondement d’un convoi se rapprocher de lui il se terrait dans les buissons ; il se demandait pourtant si maintenant, avec ses vêtement crasseux et son allure épuisée, émaciée, il n’avait pas une chance de passer pour un simple vagabond, un chemineau venu du fin fond du pays, trop ignorant pour savoir qu’on devrait avoir des papiers pour prendre la route….  »

 Le second roman « Disgrâce » est le plus surprenant, étant à la fois passionnant et dérangeant ; c’est l’histoire d’un professeur d’université du Cap, dégoutant, libidineux qui touché par le scandale et devant démissionner de ses fonctions, va rejoindre sa fille qui vit dans une ferme isolée du veld, à l’autre bout du pays, dans une région que les fermiers quittent progressivement devant la montée de l’insécurité. Et c’est là, loin de sa vie urbaine, cloisonnée et donc forcément protectrice, qu’il découvre la réalité de son pays et cette violence qui va les toucher directement, sa fille et lui, pour qu’il saisisse enfin l’infamie qu’il a commise en abusant d’une jeune et fragile étudiante  

 « …. Lucy est entrée et se trouve derrière lui. Elle a mis un pantalon et un imperméable ; ses cheveux sont peignés en arrière, son visage propre n’a pas la moindre expression. Il la regarde dans les yeux. « ‘Ma chérie, ma petite chérie… » dit-il et soudain les larmes l’étouffent…….

Puis après un silence : « David, quand on te posera des questions, je t’en prie de t’en tenir  à ce que tu as à raconter, à ce qui t’es arrivé, d’accord ? » ;

Il ne comprend pas.

« Toi tu racontes ce qui t’es arrivé ; moi je raconte ce qui m’est arrivé » répète-t-elle.

«  Tu fais une erreur, dit-il d’une voix qui s’éteint pour n’être qu’un râle.

« Non ce n’est pas une erreur »

  

J’ai aussi lu, un peu plus tard, « Au cœur de ce pays », un livre plus ancien dans lequel on retrouve les thèmes récurrents de Coetzee, les mêmes marqueurs : l’évolution de l’Afrique du Sud, et ses conséquences sociales et philosophiques sans jamais pourtant que l’auteur ne s’engage vraiment politiquement.

 Dans ces trois livres la violence est permanente, sous jacente sans vraiment exploser tout à fait ; des passages majeurs comme le viol de Lucy dans « Disgrâce »  peuvent passer inaperçu au fil de la lecture et quand on comprend quelques pages suivantes ce qui a du se passer, on est obligé de revenir en arrière pour vérifier si le drame était bien mentionné. Ce choix d’édulcorer les moments les plus dramatiques rend le livre cruel, pessimiste et ambigu. Les personnages sont pris entre culpabilité et soif de liberté ; ils cherchent à s’extraire du passé tout en ayant peur de l’avenir.

Un mélange d’espérance, de  scepticisme et d’absurde….. Il y a un peu du Camus de « La Peste » et de « L’étranger », dans ces romans de Coetzee ; c’est admirable mais en quelque sorte désespérant, surtout si c’est une parabole sur l’avenir de l’Afrique du Sud. L’auteur pense t-il que la fin de l’apartheid était inévitable mais que l’avenir pour les blancs est sans issue compte tenu du mal qu’ils ont fait ? 

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Le film est encore plus dérangeant que le livre au point qu’en le voyant plus de cinq ans après je me suis demandé s’il était fidèle au roman et pourtant en le relisant ensuite je m’aperçus que le déroulement de l’intrigue est parfaitement fidèle sauf que dans les romans de Coetzee la couleur de peau des personnages n’est jamais vraiment indiqué…. Certes compte tenu du contexte on la devine aisément, mais dans le film la discrimination est totalement évidente : David est un bourgeois blanc, Lucy est une marginale blanche, la jeune et frêle étudiante est métissée et les jeunes violeurs sadiques sont des morveux noirs.

 Le réalisateur australien Steve Jacob est peu connu, et c’est son second film. Ancien acteur, c’est avec son épouse la scénariste Anna Monticelli qu' il a entrepris l’adaptation de ce roman hors du commun.

  «…..et la gifle qu’il nous inflige est cinglante. Usant de la même sobriété, de la même distance, il réalise l’exact reflet du texte de Coetzee. Un film bouleversant, glaçant, qui a su emprunter aux mots son essence, à l’aridité des paysages et au talent des comédiens son indépendance. Même le maniérisme de John Malkovich s’efface derrière le désarroi de son personnage. Parfait lorsqu’il méprise le conservatisme des institutions, il abandonne peu à peu son arrogance pour affronter l’indicible sauvagerie et la soumission de sa fille. Incarnée par Jessica Haines la jeune génération de Blancs qui tente de rompre avec les vieux modèles hiérarchiques, au risque de sacrifier son intégrité et de payer cher le tribut de la cohabitation. Quelle que soit la distance qui les sépare, chacun de ces rôles est une clé pour pénétrer la complexité de l’histoire sud-africaine. Dans la chaleur étouffante et sous la lumière crue, Steve Jacobs filme le drame sans fard, sans ostentation non plus. Il préfère la force d’un silence impuissant aux débordements de douleur. Et c’est dans cette retenue qu’il trouve l’image juste d’un monde vacillant sous son propre déséquilibre…….» Selon la critique d’Evènement cinéma.

 Disgrâce : Etat d’une personne qui a perdu la faveur dont elle jouissait….voilà le mot qui définit le mieux le résultat des élections régionales. Certes il y a une sanction du gouvernement Fillon, certes il y a une reconnaissance du bilan et travail protecteur des gouvernances socialistes mais, plus encore, la somme des votes favorables à la gauche et l’abstention massive témoigne de la disgrâce  de l’agité du local de l’Elysée. 
 
Enfin le peuple semble se réveiller et derrière la propagande médiatique le constat de l’incompétence émerge enfin …. Incompétence, bougeotte et mensonges. Il était temps que ça se réveille car je commençais à désespérer de mes compatriotes.
 Du coup la certitude de sa réélection en 2012 s’évapore et l’inquiétude gagne la droite. De la disgrâce des électeurs au lâchage de ses « bons amis » politiques le plus court chemin entre ces deux écueils c’est bien la ligne droite.

Il a ceux qui semblent sincèrement déçus comme Chantal Jouanno, qui ne cache pas sa désespérance devant l’abandon de la taxe carbone (et le rappel à l’ordre de Sar-K.O, cet après midi, confirme cette sincérité) et tous les autres qui veulent avant tout sauver les meubles et la standing ovation que les députés UMP ont réservé à Fillon ne fait qu’accentuer la rivalité entre le Premier Ministre et le Président.; un classique à droite à l’approche des présidentielles. Rien de tel que la recherche d’un joker par les notables de droite pour déstabiliser ce camp.

Et ce n’est pas l’intervention télévisée impromptue du petit Nicolas, mercredi qui permettra de dissiper le trouble ….. Des incantations, des contradictions, les reculs, les fuites en avant droite toute, accompagnés du bla-bla pseudo volontariste et sécuritaire. On a bien compris que l’essentiel était de maîtriser Fillon et de l’empêcher d’effectuer son show le soir même au 20 H de TF 1.

Ca devrait finir par saigner, ça devrait même vachement saigner au point où les souvenirs du match Chirac-Balladur de 1995, pourraient passer pour une gentille bleuette, une comédie romantique….. À moins que Fillon ne se dégonfle …..…..mais si Balladur y est allé, Fillon devrait bien commencer à en rêver en se rasant….. Lui plus Villepin....et pourquoi pas Juppé ?...... Ca commence à sentir la rose. 

Moi, par contre, rien que de savoir que le guignol peut-être battu, et même si ce n’est pas encore gagné pour une présidence de gauche, je commence à avoir le moral en très net regain de forme…

(A suivre)

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