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Ciné-cure..... La Haine, Assassin(s), L'Ordre et la Morale...

24 Mars 2012 , Rédigé par daniel Publié dans #ciné-cure

J’étais parti pour faire encore quelques billets de la rubrique « Trop poli-tique » mais il m’aurait été alors  difficile de ne pas parler de la dramatique période que vient de subir la France,  avec les crimes barbares d’un fanatique. Un meurtrier dont la personnalité et le profil sont troublants et révoltants et dont la fin fut un grand show télévisé ahurissant…. Je  ne pouvais donc pas évoquer cette horreur dans le cadre d’une rubrique politique et à côté de ça je me voyais mal faire un banal billet sur un livre, le rugby ou le Mexique en laissant de côté ce sujet obsédant. Alors et j’espère qu’on ne m’en voudra pas, je vais une nouvelle fois prendre le chemin de la facilité, utiliser le cache-texte en faisant un billet « ciné-cure. »

Ce choix fait, après hésitation, il m’apparaissait évident que nul mieux que Mathieu Kassovitz par son cinéma, parfois déroutant, souvent controversé, correspondait le mieux au sujet. Je vais d’ailleurs surtout évoquer Kassovitz comme réalisateur même si, au passage, je citerai aussi quelques films où il fut acteur (dont certains des siens.)

 

Mais avant de parler cinéma et surtout pour ne pas esquiver le lien avec l’actualité je vais immédiatement en parler.

Je vais reprendre le début de l’interview de Bruno Leroux porte-parole de François Hollande hier, vendredi, dans le « Talk Orange le Figaro ». Pour les 4 premières questions il devait répondre succinctement et si possible par oui ou par non.

1)     « La mise hors état de nuire de Mohamed Mérah est–ce un succès pour Nicolas Sarkozy ?» « C’est un succès pour la police ! »

2)     Jérôme Guedj, Président socialiste du Conseil général de l’Essonne, a-t-il eu raison de demander la démission de Claude Guéant ? : Non !

3)     La menace islamique a-t-elle été sous-estimée par la France comme l’a déclarée Marine Le Pen ? : Je ne crois pas !

4)     Les socialistes ont-ils nié la dangerosité du fondamentalisme religieux comme l’a relevé Jean François Copé ? Jamais !

 

Voila des réponses claires et nettes que je fais miennes, même si pour ce qui concerne la prestation de Guéant et si la question piège avait été posée autrement j’aurais fait une réponse plus critique.

Enfin selon un sondage Sofres publié hier vendredi, il apparait que trois français sur quatre (74%) estiment que le président Sarkozy a eu l’attitude qui convient lors de cette tragédie toulousaine. Je fais partie de ces 74 % même si je n’aime pas le président pour l’ensemble de son œuvre-bilan et que je ne supporte pas le bonhomme qui m’est profondément antipathique et je peux ajouter que j’aurai les boules si ce noc devait être réélu. Mais là il faut reconnaitre qu’il ne l’a pas joué populiste mais qu’il a, pour une fois et subtilement dans doute, tenu le rôle d'un président rassembleur notamment lors de la cérémonie-hommage de Montauban

Idem pour Hollande qui a été très bien pour 56% des sondés (Seulement ? Salauds de droite), et  il est beaucoup moins surprenant que je sois d’accord avec cette majorité.

Ce point politique étant fait je reviens au cinéma (Je me réserve la possibilité de dire encore deux ou trois choses moins conciliantes en fin de billet, mais il me faudra peser les mots pour ne pas déraper.)

 

J’ai trouvé dans « Studio Ciné Live » de décembre 2011, dans le cadre de la promotion de son dernier film « L’Ordre et la Morale », une filmographie, commentée par Mathieu Kassovitz lui-même, intitulée « En guerre ou en paix ». Je vais largement l’utiliser.

 

Selon Wikipédia, « Mathieu Kassovitz est né le 3 août 1967 à Paris. Sa mère, Chantal Rémy est une française catholique, son père Peter Kassovitz, réalisateur, est français d’origine hongroise juive qui a quitté Budapest pour Paris en 1956 au moment de l’insurrection…. Mathieu est marié à l’actrice Julie Mauduech qu’il a dirigé dans « Métisse.»

  

Après quelques apparitions devant la caméra Mathieu Kassovitz s’est lancé dans la réalisation à 26 ans en 1993 avec « Métisse » un premier film qui reçut un très bon accueil. L’histoire tourne autours de Lola qui est enceinte ce qui est banal et sympa, sauf que cette superbe métisse (Julie Mauduech) a deux amants et qu’elle est bien incapable de dire lequel pourrait-être le père. … L’un, Félix (Mathieu Kassovitz)est blanc et juif, l’autre, Jamal (Hubert Koundé), est  noir et musulman. « …. Métisse n’est pas un film polémique sur ou contre le racisme, il est au dessus de tout ça : c’est un film jeune, non pas bêtement parce qu’il parle des jeunes mais parce qu’il a une façon nouvelle et originale de traiter son sujet, qu’il ne donne ni dans la facilité ni dans les clichés, qu’il est inventif et sans concession ;.. Laurent Tirard

 

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En mai 1995, Kassovitz, présentait au festival de Cannes « La Haine » et obtint le prestigieux prix de la mise en scène.

« Ne croyez pas ceux qui vous disent que ‘’la Haine’’est un film sur la banlieue. Pas plus qu’il n’est une œuvre politique, ou une urgence sociale c’est tout simplement une histoire de mecs, de fraternité identitaire et de désarroi existentiel……Dans ce milieu de jeunes banlieusards, blacks, blancs, beurs désœuvrés, la haine c’est l’équivalent de la rage, de la colère, de le frustration. On dit avoir la haine, comme avoir les boules. Mais toute cette haine, qui n’en est pas vraiment une, est surtout une incapacité à formuler l’amour. Les plus beaux moments du film sont ceux ou les trois héros s’insultent…. Denis Parent. ». Les héros qui sont interprétés par Hubert Koundé, Vincent Cassel et Saïd Taghmoui (Les personnages ont les prénoms des acteurs  pour faire plus réaliste tout comme le choix de tourner le film en noir et blanc)

Le film avait obtenu huit nominations aux Césars et trois récompenses dont l’Oscar du meilleur film.

Quel regard porte Kassovitz sur son film seize ans plus tard ? « Avec ‘’La Haine’’  j’ai voulu essayer de comprendre comment le cercle vicieux se mettait en place. La Haine est un film sur le manque de respect…. A traiter les gens de terroristes comme on traite les jeunes de banlieue, on en fait des pourcentages et non plus des humains. On les dénigre en ne reconnaissant pas la légitimité de leur lutte et ça ne peut mener qu’au drame…. Je me suis fondu chez les gens pour mieux raconter leur vie…. Le seul moyen de ‘’graphicaliser’’ la banlieue, c’était d’utiliser le noir et blanc pour rendre le sujet intemporel.  La Haine c’était un moment de grâce. »

J’ajoute que j’ai aimé ce film et adoré les références au cinéma américain comme Scorsese et De  Palma… Notamment avec le « You talkin’ to me » de Travis/De Niro dans ‘’Taxi Driver’’ repris par Vinz/Cassel devant sa glace ou encore  ‘’The world is yours ‘’ de Tony Montana/Al Pacino dans ‘’Scarface’’.

 

La controverse entre le réalisateur et la critique a vraiment commencé avec « Assassin(s) » sorti en mai 1997 :  « …Kassovitz pousse le bouchon beaucoup plus loin et s’en prend, cette fois à la marche du monde. En osant une métaphore pour le moins audacieuse et volontairement provocatrice (nous sommes tous des assassins !), il dresse le sombre constat d’une société à la dérive qu’il symbolise par le flot d’images déversées par la télévision…… Les assassins du film (Serrault, Kassovitz et le jeune Medhi Benoufa) ne sont pas des héros du cinéma. Ils n’entraînent derrière eux ni suspense ni enquête ni poursuite. Rien que le poids du monde et forcément ça déconcerte. Kassovitz ne leur propose rien, il dit simplement ; on est responsable de ce que l’on montre, de ce qu’on regarde…. Et pourtant certains ont trouvé ça insupportable. Christophe d’Yvoire.

«…on a l’impression de se voir infliger une leçon de morale, un tantinet démago et pas vraiment nouvelle. Voilà que Kassovitz qui s’était pourtant établi comme un formidable porte-parole et interlocuteur de la jeune génération se met, sans s’en rendre compte, à leur parler comme un vieux….. On a trop peu de bons cinéastes en France pour ne pas se sentir profondément déçus lorsqu’ils se trompent. Laurent Tirard.

Le jugement de Kassovitz fin 2011 : «….Les réactions des médias m’ont scandalisés. Assassin(s) est un film que j’avais besoin de faire de manière assez révolté pour sortir du système. Si j’avais trop réfléchi, j’aurais eu peur et je ne l’aurais pas fait : mais c’est vrai qu’insulter les journalistes en sachant que ce sont eux qui communiquent sur le film c’était complètement absurde surtout après ‘’La Haine’’. Où je n’avais eu que de bonnes critiques.  Assassin(s) est un film sur la transmission de la violence, que j’illustre à travers la télé qui est un puits à images face auquel il faut être bien armé…. ». Moi j’ai aimé ce film !

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Retour vers le succès avec le film « Les rivières pourpres » sorti fin septembre 2000. En adaptant le thriller best-seller Jean Christophe Grangé, Kassovitz se réconciliait avec le public et les critiques. « …..La mise en scène est élégante et efficace, sobre et puissante. Kassovitz a le sens de l’espace et aussi celui du spectacle. Il sait jouer avec les décors tout autant qu’avec l’imagerie du thriller…. Il réussit à être en même temps réaliste et romantique. Il sait donner du souffle du mystère et de l’émotion à ses images…….. C’est fort, beau et puissant, d’autant qu’il est servi par des interprètes au mieux de leur forme, Jean Reno et Vincent Cassel….. » Jean-Pierre Lavoignat. Quoi dire de plus ? Moi j’ajouterai bien que je suis nettement moins dithyrambique. J’avais lu le roman que j’avais peu apprécié étant manifestement rétif au genre de Grangé que j’ai d’ailleurs arrêté de lire depuis… Le film est plus facile à voir que le livre à lire mais j’aimais mieux ‘’La Haine’’ et même ‘’Assassin(s)’’. … N’empêche que Kassovitz a prouvé qu’il pouvait se lancer sur de nouveaux thèmes et faire un film avec un sujet et des figures imposées.

Il a prouvé le temps d’un film car la suite fut décevante : Peut-être boosté par ses potes comme Jean Pierre Jeunet, avec qui il fit l’acteur dans « Le merveilleux destin d’Amélie Poulain » ou Vincent Cassel, Kassovitz s’est lancé comme réalisateur dans l’aventure hollywoodienne avec ‘’Gothika’’, un film qui oscille entre horreur, mysticisme et thriller. A l’affiche il y a des stars, les magnifiques Halle Berry et Penelope Cruz et l’énigmatique Robert Downey Jr. Les stars font que le film ne fut pas un échec complet (surtout aux Etats-Unis) mais de l’avis quasi général des critiques (mais je ne l'ai pas vu) c’est un film raté, un flop ! Quand on apprend par Kassovitz qu’il avait essentiellement accepté ce contrat pour faire du fric et pouvoir financer son prochain film on comprend mieux.

 Malheureusement ce film suivant « Babylon A.D. », le grand projet de Kassovitz, un thriller futuriste dans un monde de guerre et d’anarchie, adapté du roman de Maurice G. Dantec « Babylon Babies», fut encore un échec. Je n’ai pas vu ce film et je ne peux pas en parler. J’ai lu, ici et là que les causes seraient le casting cocktail artificiel avec Vin Diesel, Michelle Yéoh, Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Depardieu, j’en passe et des pires. En cause aussi semble t-il le montage de production-distribution franco-américaine.

Voyons ce qu’en dit Mathieu Kassovitz  « Ce film me laisse l’impression d’un immense gâchis car j’avais un super scénario, avec un sujet magnifique. Je n’ai pas eu le soutien que n’importe réalisateur doit avoir pour faire son film. Je n’avais pas le bon partenaire pour faire face à un grand studio américain et je devais composer avec une star américaine qui était un abruti patenté… »

J’en arrive enfin au dernier film à ce jour de Kassovitz, « L’Ordre et la Morale » que j’ai adoré (Je l’ai classé à la 6ème position de mon top 10 de ma rétro 2011…..Avec le recul je lui ferais bien gagner quelques places pour qu'il soit sur le podium). Le seul défaut de ce film est d’être sorti deux ou trois mois trop tôt au moment où il y avait trop de bons films à l’affiche, dont  « Intouchables » et conséquence de cet embouteillage il n’a pas eu le succès public qu’il méritait.

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 «  La facture de cet ‘’ Ordre et la Morale’’, impressionnante de maîtrise le prouve, le Frenchy, revenu tout penaud des Etats-Unis qui le faisait jadis fantasmer s’intéresse ici à un sujet bien de chez nous, même si ce chez nous est une île perdue au milieu d’un vague mépris collectif : Ouvéa, Nouvelle Calédonie. En avril 1988, un groupe d’indépendantistes kanaks retenait en otages des gendarmes. Alors qu’en métropole l’élection présidentielle faisait rage, l’armée allait brutalement mater la rébellionThomas Bauez »

Dans le cadre de la promotion Kassovitz disait dans Studio Ciné Live. « Ce film a été difficile à mettre en chantier. On a négocié pendant dix ans. …. Le principal risque était de faire un film qui soit mal interprété. Je ne défends aucune idée. Je montre un personnage (Le capitaine Legorjus) qui a découvert quelque chose. J’essaye de ne pas prendre parti car l’histoire est déjà assez dramatique comme ça pour ne pas avoir à appuyer les choses ; l’injustice est évidente….. La version gouvernementale qu’en a donnée à l’époque n’est pas la bonne….. »

 

Pour finir cette partie cinéma il me faut citer rapidement les bons films dont Mathieu Kassovitz fut un des acteurs principaux :

En 1994 « Regarde les hommes tomber » de Jacques Audiard.

En 1996 « Un héros très discret » de Jacques Audiard.

En 2001 « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain»  de Jean Pierre Jeunet.

En 2002 « Amen » de Costa Gavras.

En 2005 « Munich » de Steven Spielberg.

En 2012 «  La vie d’une autre » De Sylvie Testut, encore en salle et que je n’ai pas encore vu.

Et bien sûr dans ses propres films, « Métisse »  «Assassin(s) » et «L'ordre et la Morale »

Enfin il me faut signaler que Kassovitz a produit en 2011 « Johnny Mad Dog » de Jean Stéphane Sauvaire un très bon film sur les enfants soldats en Afrique tiré du remarquable roman d’Emmanuel Dongala. Merci Mathieu !

 

Retour sur l'analyse politique deux jours après avoir commencé ce billet, et après avoir entendu à la radio, hier soir, un débat entre grands journalistes de la presse européenne. Il apparait que l'intervention de la police française n'est pas considérée, hors de l'héxagone, comme un succès et que le grand responsable de cet ''échec'' serait le mininistre de l'intérieur, Claude Guéant, qui a totalement dirigé la manoeuvre en fonction des impératifs de communication et de la télévision... Au risque de faire du criminel un héros bad boy et des émules.

Polémique également sur l'enquête et le travail du DCRI. Détestation des propos excessifs de Copé, le premier, en homme politique pressé, à sortir du bois pour rentrer campagne. En voilà encore un qui ne sort pas grandi, même dans son propre camp, semble t-il.

Un coup de chapeau, par contre, à Alain Juppé qui estime qu'il faudrait faire la clarté s'il s'avérait qu'il y ait eu une faille au niveau des services de renseignements. 

Une enquète ou des enquètes seront faites, qui conduiront d'abord à des articles dans journaux et puis des livres seront publiés et en bout de ligne sûrement un film pour éveiller les consciences sur l'ordre et la morale. Un film de Kassovitz ou façon Kassovitz qui arrivera au moins dix ans trop tard.... mais ça sera toujours mieux que rien.    

    

(A suivre)

 

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