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Ciné-cure..... Margin Call.....

15 Septembre 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #ciné-cure

J’ai quelque peu laissé tomber ma rubrique «  Ciné-cure » depuis quelques temps. Mes plus anciens lecteurs auront rapidement trouvé l'explication, compris la raison principale : au-delà d’un hommage pour un film, un acteur ou un réalisateur, je me suis aussi beaucoup amusé à exploiter, en guise de conclusion ou parfois d'introduction, un titre évocateur pour tacler le gouvernement ou le président. Mais ça c’était avant …..

Avant mai 2012 bien sûr. Je l’ai encore fait un peu en juin 2012 avec «  Vous avez un message » de Nora Ephron dont ce film était loin d’être le meilleur de sa courte filmographie ; « Nuits blanches à Seattle » était nettement mieux mais, cette semaine là, pour évoquer le Tweet de Valérie Trierweiller c’était moins exploitable.

Faire début juillet 2012, un billet sur le film « The Lady » de Luc Besson alors que Aung San Suu Khy était en visite en France et profiter de la couverture du ''Point'' de septembre 2012 sur les ténors de l’UMP façon « Les Affranchis » pour avoir enfin un titre prétexte pour parler de Martin Scorsese, étaient des occasions trop tentantes….

Pour mes derniers billets ‘’ciné-cure’’ j’ai essayé de rebondir avec « Démineurs » » de Kathryn Bigelow au moment ou sortait en France « Zero Dark Thirty », le film sur la traque de Ben Laden. Deux films politiquement très forts qui ne méritaient pas d’être maladroitement exploités, ce que j’ai bêtement fait. Pour d'autres j’en suis resté à l’aspect cinématographique. Un hommage à Claude Sautet avec « Vincent, François , Paul et les autres » et la découvertes de deux films admirables : « Royal Affair » du réalisateur danois Nicholaj Arcel, vu en décembre 2012 et « Sugarman » de Malik Bendjelloul, même s'il s'agissait de réalisateurs que je ne connaissais pas.

 

Le film dont je vais parler aujourd’hui, « Margin Call » est aussi un premier film, celui d’un jeune réalisateur américain J.C Chandor. Je l'ai vu a sa sortie, en mai 2012, sur les conseils de mon fils ainé, et j’ai adoré ce film malgré l’inconfort de le voir en V.O. Au printemps dernier je me suis procuré le DVD et j’ai pu revoir ce film en version française, réalisant alors qu’il était un peu moins polémique que  ce que j’avais cru comprendre, mais toujours aussi critique contre le système et donc d’autant plus crédible.

Finalement c’est l’éditorial de Monde de samedi qui m’a réveillé et décidé à faire ce billet ciné-cure. Il ne s’agit pas de faire de la récupération politique, mais d’expliquer le contexte, et il me semble qu’avant de parler un peu plus du film je dois reporter cet éditorial. :

«  La faillite qui fit chuter l'Occident. : En ce petit matin du 15 septembre 2008 on apprit une faillite, celle de la quatrième banque d’affaires américaine Lehman-Brothers. Les responsables politiques n’ont pas tout de suite compris. Le grand public encore moins. Une histoire de banquiers, enfin punis par Wall Street.

Les banquiers centraux, au contraire, ont vite saisi la gravité de la déflagration. Lehman Brothers pouvait être un coup de grisou capable de faire sombrer toute la planète finance. Faillites en cascades, panique des épargnants, disparition de la monnaie : le scénario du pire était plausible, plus grave que celui de 1929, dont l’aboutissement  fut la seconde guerre mondiale. »

Heureusement, si l'on ose dire, il y avait eu le précédent de 1929 : la réaction d'urgence fut la bonne. Celle des banques centrales européennes, américaine et japonaise, qui empêchèrent l'apoplexie du système financier. Puis celle des gouvernements occidentaux, qui apportèrent la garantie des Etats à tous les déposants : choisissant éthique e responsabilité plutôt qu'éthique de conviction, ils ont à juste titre sauvé les banques de leurs errances pour préserver l'ensemble du système. Enfin, les dirigeants de la planète, réunis au sein du G20, ont évité toute guerre commerciale ou monétaire, et toute guerre tout court.  

La suite s'est beaucoup plus mal passée : l'économie réelle est tombée comme une pierre, le renflouement des banques par les Etats et les plans de relance a précipité la crise des dettes souveraines, notamment dans la zone euro.

Pour comprendre cet enchaînement, il faut revenir aux causes de la crise. Elle était le résultat d'un cocktail explosif : la forte croissance des pays émergents, qui a sapé la compétitivité du Nord ; la course à l'endettement, public et privé, qui a fait croire aux Occidentaux qu'ils pourraient éternellement consommer les biens produits par d'autres ; une finance folle, qui, dans le délire de l'enrichissement des traders et des martingales mathématiques, permettait de créer de l'argent à partir de rien, totalement déconnectée de l'économie réelle.

Cinq ans après, où en est-on ? La mondialisation, qui opposait les producteurs aux consommateurs, change de nature avec le développement des classes moyennes dans les pays émergents. Le Nord devrait moins subir le dumping social du Sud et retrouver sa place. Le dégonflement des dettes privées et publiques a conduit à un ajustement radical. Celui-ci a provoqué un chômage massif qui eût conduit aux extrémismes des années 1930 sans les filets de sécurité sociaux. Mais, peu à peu, les efforts finissent par payer, notamment en Europe du Sud.

Reste le système financier mondial. Les banques ont dû renforcer leurs fonds propres, la lutte contre les paradis fiscaux commence à devenir sérieuse. Mais le contrôle des risques financiers est encore très insuffisant. Pour preuve, les banques centrales sont encore contraintes, cinq ans après Lehman Brothers, d'inonder la planète de liquidités pour éviter une nouvelle syncope. La moitié du chemin seulement a été accomplie pour sortir de cette grande crise de l'Occident.

Il faut continuer, faute de quoi, comme l'explique Jean-Claude Trichet,'' la période présente n'aura servi qu'à préparer la prochaine crise". L'ancien patron de la Banque centrale européenne n'est pas le plus mal placé pour en juger. »

     

  Pour évoquer ce thème j’aurai pu choisir le film d’Oliver Stone « Wall Street : l’argent ne dort jamais » sorti en France en octobre 2010, mais j’avais déjà fait en janvier 2008 un billet sur «  Wall Street », le premier volet d’Oliver Stone sorti en juillet 2007 lors du précédent krach, la précédente alerte significative. Ce film était d’ailleurs excellent alors que le second fut décevant.

 

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Margin Call par contre fut très bien reçu par la critique. Sur une échelle de 0 à 5 étoiles, pour l’ensemble des médias, il obtint en moyenne 4.1 étoiles avec 38% de 5 étoiles, et 64% de 4 étoiles.

Au générique il y a Kevin Spacey, Jérémy Irons, Stanley Tucci, Paul Bettamy, Zachary Quinto et Demi Moore… du solide, pour un film dont la philosophie (et le sous-titre) est  « Pour survivre à Wall Street sois le premier, le meilleur ou triche !»

Dans le film, si la crise passe à l’automne 2008,  la banque ne s’appelle pas Lehmann Brothers, et d’ailleurs elle va s’en tirer en refourguant ses actifs toxiques aux autres banques.

Tout commence le plus naturellement du monde capitaliste avec un vaste nettoyage des écuries. Parmi les victimes d'un brutal et massif licenciement, les condamnés ne pouvant même pas retourner seul à leur poste de travail, il y a le  directeur du département  ‘’risques’’ . Or depuis quelques jours celui-ci travaillait sur une analyse qui l’inquiétait quand à la bonne santé de la banque. Juste avant de prendre l’ascenseur  qui l’éjecte hors société, il a le temps de serrer la main de quelques collaborateurs restants, et à cette occasion il confie à un jeune  analyste prometteur, une clef USB, où est consigné son travail, en lui conseillant de poursuivre son étude en veillant à rester prudent. Celui-ci intrigué se plonge le soir même dans cette étude et constate que la situation est pire que ce que  pressentait son ex-supérieur hiérarchique. C’est un tsunami qui menace la banque, un nouveau big-krach. L'entreprise a dépassé plusieurs fois depuis deux semaines les limites historiques de l'indice de volatilité. Traduction en bon français par l'un des responsables : « On se retrouve avec le plus grand sac d'excréments de l'histoire du capitalisme. » Problème : à qui le fourguer avant que la panique ne se répande dans le monde entier.

 Pour la suite du scénario voici La critique de Studio Ciné-live : « …..  Cela commence par des licenciements dans une banque d’investissement de Wall Street, cela continue avec des découvertes alarmantes concernant à la fois le marché et les finances de ladite banque, et cela finit par un branle-bas de combat général entre dirigeants  pour prendre les décisions qui sauveront leur argent. Mais seulement le leur. Quel que soit le coût humain, moral éthique…. C’est la veille de la crise économique en 2008. Le premier domino va tomber, les riches vont devenir plus riches et les pauvres vont se retrouver à la rue. Le film pourrait-être austère mais Chandor dissèque le fonctionnement de la chaîne alimentaire d’une grosse société, analyse et explique la gravité de la situation, le tout de façon didactique….. Il sait surtout observer ces requins de Wall Street face au désastre imminent, sans les juger mais en montrant le peu d’humanité et d’âme qu’il leur reste. Il les rend presque tous suffisamment vulnérables pour qu’on éprouve le l’empathie, même furtive, pour eux…. Le casting est impeccable de Kevin Spacey et ses débuts de scrupules à Jérémy Irons en PDG glacial en passant par Zachary Quinto qui malgré son apparente candeur est un futur PDG..»

 Nous sommes en 2008, à l’aube du krach boursier qui a plombé l’économie mondiale. Heure par heure,  Margin Call retrace de l’intérieur cette nuit où tout a basculé et raconte comment quelques cols blancs ont sciemment précipité le naufrage, en jouant sur les marges de manœuvre (le titre québécois) possibles pour sauver leur peau, empocher un pactole, en refourguant  la catastrophe aux confrères.  Ce film est un impitoyable thriller financier qui nous raconte en détail ce qui s’est passé il y a cinq ans.

 

(A suivre)

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