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Ciné-cure......... Les liaisons dangereuses.

16 Janvier 2011 , Rédigé par daniel Publié dans #ciné-cure

C’est l’actualité qui m’a remis en tête d’abord le titre puis le film ; d’ailleurs je devrais dire les films et les titres car il y a au moins trois films, trois réalisateurs et deux titres.

D’abord « Les liaisons dangereuses » de Roger Vadim en 1960 avec Gérard Philippe et Jeanne Moreau ; je n’en parlerai pas ou peu car je ne me souviens pas l’avoir vu, mais je vais essayer de me le procurer en DVD, ne serait-ce que pour les acteurs, car je dois bien avouer ne m’être jamais trop intéressé à Vadim…. Cependant et compte tenu de son passé de séducteur et  son brillant tableau de chasse, on peut se poser des questions ….. D’autant qu’en transposant l’histoire au XXème siècle il écrivit le scénario et les dialogues avec l’écrivain Roger Vailland lui-même réputé hédoniste et libertin. Alors Vadim-Valmont ou Vailland-Valmont ? A noter aussi au générique de ce film Annette Stroyberg (Mme Vadim n°2/6), Jean Louis Trintignant et même Boris Vian comme acteur et la musique de Thelonious Monk. Un film, nouvelle vague, sûrement très jazzy… et forcement immoral.

Ensuite il y eut les deux chefs-œuvre Hollywoodiens « Les liaisons dangereuses » de Stephen Frears et « Valmont » de Milos Forman. Le qualificatif hollywoodien étant réservé aux maisons de production. Frears étant britannique et Forman américain mais après avoir fui la Tchécoslovaquie communiste en 1972 à l’âge de 40 ans  ..

A la base il y a, bien sûr, l’œuvre de Choderlos de Laclos dont il me faudra dire un mot, même si je n’en ai lu que quelques passages..... il y a plus de vingt ans ….juste avant d'aller voir le film. 

 Et puis pour finir ce billet il y aura un point d’actualité sur les liaisons dangereuses de notre temps, Gbagbo ou Ouattara, Servier et l’Assaps, Ben Ali, Mme Ali-Trabelsi et les intérêts ou plus prosaïquement le réalisme français….. etc, etc……

 

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Mais commençons par les deux grands films de la fin des années 80. Ce fut la grande curiosité cinématographique de ces années-là : Deux cinéastes reconnus avaient le même projet, à savoir l’adaptation du récit de Laclos. Ce n’est pas courant dans le milieu ; Je n’ai qu’un autre exemple en tête qui se produisit  d’ailleurs quelques années plus tard, en 1993/94, il s’agit des westerns « Tombstone » avec Kurt Russel et Val Kilmer et « Wyatt Earp » avec Kevin Costner, Dennis Quaid et Gene Hackman. Des désaccords sur le scénario qui conduisirent Costner à produire un autre film qui sortit six mois après le premier et qui gagna beaucoup moins d’argent ; même si en France il semble bien que ce soit « Wyatt Earp » qui ait le mieux marché.

Il en fut de même avec « Les Liaisons dangereuses » Frears a fait un tabac alors que le film de Forman, sorti en second, fut boudé…..Moi j’ai aimé ces deux films même si, avec le recul; j’ai une préférence pour « Valmont ».

Il faut reconnaître que cette victoire de Frears  a fait le plus grand bien à sa carrière : il n’avait pas encore la renommée de Forman ; il s’était fait connaître par un film « social » en 1985 « My Beautiful Laundrette » puis trois autres que je ne connais pas. Je le découvrais avec les liaisons et grâce à ses acteurs : John Malkovich, Glenn Glose, Michelle Pfeiffer, Keanu Reeves et Uma Thurman, une très, très belle affiche.

Du coup je suis allé voir ses films suivants : « Les Arnaqueurs » en 1990 (pas mal), « Héros malgré lui » en 1992 (pas terrible malgré Dustin Hoffman et Andy Garcia), puis « Mary Reilly » en 1996 (Décevant ce docteur Jekyl et Mr Hyde avec Malkovich et Julia Robert).

Je me suis alors fermé à son cinéma pour me rouvrir seulement en 2006 avec « The Queen » (excellent notamment grâce à l’actrice Hellen Mirren, oscarisée) et puis je  me suis à nouveau refermé, probablement de façon définitive l’année dernière avec un navet «Tamara Drewe ». Stephen Frears réalisateur d’un seul chef d’œuvre plus deux ou trois films corrects….. C’est un peu maigre pour un Ciné-cure….. D’autant qu’il ne risque plus de beaucoup se bonifier car il va quand même avoir 70 ans.

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Pour Milos Forman, qui a aujourd’hui 79 ans, le bilan est plus flatteur même si « Valmont » n’obtint pas le succès qu’il eut mérité. Je ne sais rien de sa carrière de l’époque où il vivait et travaillait à Prague. Je l’ai découvert avec son second film américain et c’est le formidable « Vol au dessus d’un nid de coucou » en 1975  avec le génial Jack Nicholson. Oscar du meilleur réalisateur pour Milos et de meilleur acteur pour Jack.

Forman tourna ensuite « Hair » et « Ragtime »  avant de proposer en 1984 le fabuleux « Amadeus » avec Tom Hucle-Mozart et F.Murray Abraham-Salieri. Un film qui obtint 8 oscars et des récompenses dans tous les festivals.

Suivirent « Valmont » en 1989 puis « Larry Flint » en 1996 avec Woody Harrelson et Edward Norton, Ours d’or à Berlin et Golden globe.

Il y eut enfin un film a priori surprenant «  Man of the Moon » de 1999 dont on dit le plus grand bien, mais que je n’ai pas vu.

Comme pour Stephen Frears, la filmographie de Milos Forman est courte, mais avec quasiment aucun ratage et beaucoup de chefs d’œuvre…… Alors bien sûr si on ne compare que « Valmont » et « Les liaisons dangereuses » il y aurait, selon le public et une grande partie de la critique, un  avantage certain à Frears…… Pourquoi pas ? Les deux films étant excellents  même si je préfère celui de Forman ;  à chacun sa sensibilité !

Voyons ce qu’en disait en 1989 Marc Esposito rédacteur en chef de Studio magazine :

« Huit mois après « Les liaisons dangereuses » de Stephen Frears, voici la version très attendue de Milos Forman….. A travers les choix de Frears et Forman c’est leur personnalité qui s’exprime et on a rarement vu plus belle occasion de percevoir l’influence décisive du travail du metteur en scène et du regard qu’il porte sur l’histoire qu’il a choisi de filmer….. Ils ont construit deux films qui s’apparentent à deux genres cinématographiques différents, deux films qui n’ont de semblable ni le ton, ni le style, ni l’ambiance, ni même la morale….

…. Le film de Frears est très dense autour des rapports de forces entre Valmont-Malkovich et Merteuil-Glenn Glose et où le personnage de Valmont est un rapace cynique obsédé par la seule femme qui se refuse à lui.

Chez Forman, Valmont joué par un jeune acteur anglais Colin Firth qui fit par la suite une jolie carrière est un séducteur attendrissant, bourreau par légèreté, victime par naïveté.

En retenant un casting plus jeune et moins connu, Milos Forman donne au film une certaine innocence qu’on ne perçoit pas dans le film de Frears. Celui-ci est l’adaptation de la version théâtrale du récit de Laclos (par Christopher Hampton). » Tout le film de Frears repose sur les acteurs et les dialogues percutants, l’ensemble embelli façon théâtre par les décors et les costumes.

A l’inverse le « Valmont » de Forman s’appuie sur un scénario de Jean Claude Carrière qui adapta le texte pour rendre l’histoire plus humaine, plus cinématographique mais sans en toucher ce qui en fait l’intérêt et la singularité……. Chez Forman tous les personnages sont moins archétypiques que chez Frears, ils sont tous plus normaux, plus nuancés moins maîtres de leur destin….Comme dans « Amadeus » au générique de « Valmont » il n’y a pas d’acteurs ayant une forte notoriété à l’exception d’Annette Bening en Marquise de Merteuil.

« …. La seconde qualité majeure de « Valmont » c’est l’ampleur de la mise en scène, la beauté des images, le faste des décors…… Milos Forman sans en abuser a su inclure dans le film plusieurs scènes à grand spectacle comme celles du duel et du mariage. …Une grande partie du film se déroule à la campagne, le soleil, l’herbe verte, les chevaux, les rivières font partie du décor. Là ou « Les liaisons dangereuses » de Stephen Flears reste du théâtre, admirablement filmé et joué par de très grands acteurs, le « Valmont »de Milos Forman est un spectacle de cinéma total qui réussit à mélanger tous les plaisirs ».

Le scénariste Jean Claude Carrière renchérissait «Les dangers qui menacent une adaptation c’est le respect et l’irrespect. Si on jette les rapports des personnages on en fait un vaudeville, mais si on insiste sur leur méchanceté, on a l’impression que ce sont des fous. Nous on voulait savoir ce qui les faisait avancer. Nous avions deux points de repère : la séduction de Cécile et la mort de Valmont……… »

J’ai le souvenir d’avoir lu ou entendu Carrière dire que, quand on adapte un roman pour le cinéma, c’est comme si on partait en exploration avec une carte. Il y a toujours un risque de se perdre…… avec l'oeuvre  de Pierre Choderlos de Laclos, la carte était assez complexe à comprendre car ce n’est pas un roman mais un ensemble de lettres que les différents personnages échangeaient : 175 lettres composent les 473 pages du livre. C’est ce qu’on appelle un roman épistolaire et hors nécessité universitaire je ne crois pas qu’on puisse prendre, aujourd’hui, un réel plaisir à lire ce livre …. « barbant» est le qualificatif qui me semblait alors le plus adapté mais j’avais au moins essayé…. Vive le cinéma !

Voici à titre d’exemple une courte lettre de la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont (lettre 159) « Je n’aime pas qu’on ajoute de mauvaises plaisanteries à de mauvais prétextes ; ce n’est pas plus ma manière que mon goût. Quand j’ai à me plaindre de quelqu’un, je ne persifle pas ; je fais mieux : je me venge. Quelque content de vous que vous puissiez être en ce moment, n’oubliez point que ce ne serait pas la première fois que vous vous seriez applaudi d’avance ; et tout seul, dans l’espoir d’un triomphe qui vous serait échappé à l’instant même ou vous vous en félicitiez. Adieu.» 

Il est évident que le film de Frears est plus proche du livre que celui de Forman, mais tant pis, je préfère le second….. Plus nature. Il faut dire qu’à l’époque Milos sentait un printemps éclore pour de bon cette fois sur Prague. Cela a-t-il joué ?

L’auteur, Choderlos de Laclos était avant tout un militaire qui, dans l’ennui de la vie de garnison, se fit lecteur assidu (notamment Rousseau) et écrivain amateur. En fait, il n’est connu que pour « Les liaisons dangereuses », le reste de ses écritures étant soit des traités militaires soit des traités d’éducation des femmes qui en donnèrent d’ailleurs, longtemps après, une image de féministe. Il écrivit son roman entre 1778 et 1782 alors qu’il était en garnison à La Rochelle. En 1788 il quitta l’armée pour se mettre au service du Duc d’Orléans dont il resta proche au début de la Révolution mais en 1791 il rejoignit le camp républicain pour retrouver une fonction militaire avec un succès certain pour l’organisation de la bataille de Valmy. Il eut ensuite quelques ennuis, se retrouvant en prison dont il ne sortit qu’après la chute de Robespierre heureux d’avoir gardé toute sa tête.

Il se mit ensuite au service de Bonaparte et mourut malade, à Tarente en 1803, à l’âge respectable pour un soldat de 62 ans.

Pour finir, un petit mot sur les liaisons dangereuses de l’actualité : Il y a bien sûr les accolades de nos présidents aux dictateurs en exercice : les images où l’on voit Mitterrand ou Chirac avec Ben Ali me troublent et quand ses accolades se transforment en embrassades avec l’actuel excité sentimental de l’Elysée……

Il y a les conflits d’intérêts permanents dans notre bon pays républicain et démocratique : notamment entre l’industrie pharmaceutique et les cabinets d’expertises voire les agences de contrôle et validation.

  Mais ce billet étant déjà un peu long je veux réserver, en conclusion, mon traditionnel coup de gueule ciné-cure à des politiciens, référencés de gauche, qui continuent à soutenir Laurent Gbagbo.

Que Guy Labertit, ami de jeunesse de Laurent Gbagbo, ait cru utile d’être présent à la parodie d’investiture est décevant mais à la rigueur cela peut se comprendre d’autant qu'il n’est pas quelqu’un de très connu.

Que quelques socialistes, plus connus, furent gênés aux entournures lors de la reconnaissance, par la direction du PS, de la victoire de Ouattara, m'étonne et me pose même problème..... Y aurait-il des liens sous-jacents qui rendraient bigleux ? J'espère que non !  

Mais que Roland Dumas se précipite à Abidjan accompagné de Jacques Vergès pour soutenir Gbagbo, cela est un scandale inqualifiable. La démarche de ce pitoyable vieillard qui fut ministre des affaires étrangères sous Mitterrand puis président du conseil constitutionnel est une véritable honte pour notre pays.  

 Les liaisons dangereuses de ces tristes sires s’élargissent aussi selon un article de « Jeune Afrique » dont le titre est « L’équipée sauvage » ; L'article mentionne des intermédiaires douteux, hommes d'affaires et avocats dont certains seraient d’anciens militants d’extrême droite. Ici et hier et  là-bas et maintenant .... ou vice versa.  

 

    (A suivre)

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