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Des moments de vie...... avec nos meilleurs vieux de bonheur...

24 Avril 2011 , Rédigé par daniel Publié dans #Les moments de la vie

Quand notre fils aîné nous a demandé si nous étions disponibles pour garder nos petits enfants, Lucie et Gabriel, durant quelques jours fin avril, nous avons accepté immédiatement en proposant même d'élargir la période à une dizaine de jours et en venant les chercher à Paris puis  les ramener à la fin du week-end de Pâques. Il faut dire que ma proposition n'était pas désintéressée car la garde de deux petits de 3,5 ans et 14 mois n'est pas forcément une sinécure et qu'un match à domicile est toujours plus facile qu'un match à l'extérieur…… D'abord parce que nous, nous sommes alors dans nos meubles et nos habitudes et surtout parce que les mômes quand ils sont chez eux en l'absence des parents se sentent  dépositaires du rôle de patrons des lieux et découvrent même les principes enivrant de la libre entreprise. Oui je sais j'exagère un peu ! 

Bien sûr ce n'est pas encore le cas de Gabriel qui n'est qu'un petit ange charmeur de 14 mois….. Encore que…. ! Mais pour ce qui concerne miss Lucie petite fille résolue à ne pas s'en laisser compter à trois ans, six mois et dix sept jours c'est une autre paire de manches…. Comme elle est d'une intelligence, assez exceptionnelle et que son père l'éduque selon une méthode basée sur la négociation permanente (et pour être franc ce n'était pas spécialement ma façon d'éduquer il y a…. au moins 35 ans) les deux ou trois premiers jours sont assez folkloriques entre caprices, entêtements, pleurs.... et puis changement de méthode avec sourires, roublardises, cajoleries.... le but étant toujours de se coucher le plus tard possible et de pouvoir regarder le plus  possible sa télé.. …. Mamie et papy font de la résistance mais parfois de guerre lasse le  jeune papy à l'ancienne fatigué, usé,  finit par lâcher un peu de mou...... du moins pour la télé, mais jamais quand elle l'exige et uniquement en matinée. Déjà notre expérience de nounou de l'an dernier en juin et donc avec dix mois de moins (faites le calcul) avait été nerveusement très fatigante (et encore nous sommes deux et parfaitement solidaires).

L'été dernier nous avions gardé Lucie chez nous  avec un bon programme de sorties, de balades, de nouveautés  et là dans ces conditions, elle avait été adorable, une vraie perle, mignonne comme tout.  On a donc essayé d'obtenir une nouvelle fois que le match se joue chez nous…. Mais ça n'arrangeait pas les parents, aussi avons-nous finalement accepté, en tant que vétérans expérimentés de jouer une nouvelle fois les nounous à domicile.

Il y avait quand même un bon côté, en plus d'être avec nos petits enfants, c'est de pouvoir aller voir mes chers anciens que je regrette tant de ne pas  voir assez souvent… La dernière fois c'était fin novembre : J'étais allé voir mon oncle Didi, mon ami André compagnon de vieillesse de ma mère, mais je n'avais pas pu voir ma tante Simone car aucune de mes cousines ne pouvait, ce week end là, m'accompagner à la maison de retraite et comme trois mois plus tôt j'étais déjà allé la voir seul et qu'elle ne m'avait pas reconnu je ne voulais pas renouveler cette triste expérience.

Nous sommes arrivés chez nos enfants le jeudi avant Pâques : Ca ne commençait pas trop bien car Gabriel avait de la température et faisait peine à voir…. Manifestement un problème de dent. Il fallut quand même voir un médecin le soir, ne serait-ce que pour rassurer les parents qui, tôt le lendemain matin, s'envolaient pour passer quelques jours à Venise.

Vendredi matin nous enfilions nos panoplies de nounou. Le matin nous étions aux petits soins pour Gabriel qui allait mieux, tandis que sa soeur se gavait de «Tiji». L'après midi je devais aller voir ma tante Simone dans sa maison de retraite à l'est de Paris ; Gabriel étant en bien meilleure forme que la veille nous avons respecté notre programme en nous rendant chez ma cousine Mauquette, où nous attendait aussi sa sœur Jacote.  Quelques minutes après notre arrivée, je me suis aperçu que Lucie errait comme une âme en peine et puis elle finit par me demander : «  elles sont les filles? » «Quelles filles ?» « Les cousines » « Eh bien mes cousines ce sont Mauquette et Jacote » « Mais ce sont des dames » « Oui mais ce sont mes cousines…. Elles ont mon âge »…… J'ai cru lire dans son regard quelque chose comme la réplique du petit Gibus « Si j'avais su j'aurais pas venu ! »

 Ensuite nous nous sommes tous rendus à la maison de retraite voir ma tante Simone qui est touchée comme le fut, ma mère, par la maladie d'Alzheimer. Nous nous sommes installés dans le jardin d'accueil pendant que mes cousines allaient chercher ma tante dans sa chambre en lui promettant une surprise.

Quand elle est arrivée j'ai vu au sourire qui illuminait son visage qu'elle me reconnaissait et qu'elle reconnaissait aussi Pilou. En voyant Gabriel et Lucie elle m'a demandé s'ils étaient les enfants de mon fils. Ca me faisait plaisir de voir que la maladie n'évoluait pas comme elle avait malheureusement évolué trop vite pour maman, et que son absence de juin dernier n'avait été qu'un incident qui n'était pas représentatif de son état permanent.  Nous avons passé plus de deux heures avec elle et Lucie et Gabriel ont été magnifiques de gentillesse et de calme. Ma tante fut séduite par Gabriel, disant qu'il me ressemblait beaucoup…. Du moins à ce que j'avais été il y très, très, longtemps quand j'avais son âge et que j'étais comme lui aimable, souriant, blond et frisé….. Il a de ça plus de 63 ans ! Mazette que de changements !

Samedi matin était jour de marché et la mamie s'est faite plaisir : chaussures, chaussons, casquettes, etc…… (Sans compter tout ce qu'on avait amené avec nous, divers cadeaux et chocolats pour le lendemain).

L'après midi dès que les petits furent couchés, nous permettant ainsi une ou deux heures de repos, je me suis éclipsé pour aller voir mon oncle Didi qui est en résidence services au sud de Paris.  Je l'ai trouvé en pleine forme bien que lui ne se trouve jamais très bien avec notamment des trous de mémoire …. (Un internaute de 85 ans quand même....). On a beaucoup discuté, parlé du passé, de la famille, des enfants..... Sachant que j'avais vu Simone  il m'a demandé des nouvelles de ma tante, son ancienne complice de la bande du Tremblay, de la période 1939/1943 avant que tous ne s'éparpillent dans des réseaux de résistances : Simone dans le Cantal du côté de Chaudes Aigues où elle rencontra mon oncle André (décédé en 2009) et Didi dans l'Yonne à Civry. Simone est la sœur de ma mère, elle est née le 21 janvier 1926 et Didi, le frère de mon père, est né le 6 février 1926.

J'ai fait une proposition surprise à Didi dont je parlerai dans un prochain billet.

Aujourd'hui, jour de Pâques, nous sommes allés chez Malou en Seine et Marne du côté de Provins….où il y avait encore des cousines et cousins. Lucie restait méfiante: Certes Sylvie, pour elle, fait plus office de tata que de cousine, mais il y avait aussi Enguerrand  qui a pile poil le même âge qu'elle. …. Et puis les cloches sont passées…. Entre les œufs du poulailler et ceux en chocolat ils ont bien gambadé dans jardin. 

Le job de nounou, n'étant pas un boulot à mi-temps je n'ai guère eu le temps de faire autre chose comme écrire ou lire (un peu quand même) et encore moins d'aller au cinéma ou de regarder la télévision (la chaine unique Tiji n'est d'ailleurs pas très intéressante).

  J'ai vu passer par internet un diaporama très intéressant consacré à une très grande dame Rita Lévi Montalcini qui eut 102 ans vendredi dernier. (Elle est née le 22 avril 1909 à Turin). Elle fut une grande neurologue et obtint en 1986 avec Stanley Cohen le Prix Nobel de médecine. En 2001 Elle fut nommée sénateur à vie par le président de la république italienne. Ses sympathies politiques pour la gauche et ses origines juives sépharades ne lui ont pas fait que des amis, et ce malgré son grand âge et son prestige.

 Elle est également membre honoraire de l'ONG environnementale Green Cross International et présidente honoraire de Green Cross Italie.

 Le superbe diapo qui circule sur internet a été réalisée sur la base d'une interview de 2006 (Rita avait 97 ans). En voici quelques extraits :

« Que faites-vous actuellement ? - Je travaille à obtenir des bourses d’étude pour des fillettes africaines afin qu’elles étudient et se préparent  à travailler pour l’avancement de leurs pays. Je continue mes recherches, je continue ma réflexion.

- Vous n’êtes pas à votre retraite ? - Jamais! La retraite détruit le cerveau. Plusieurs personnes à la retraite abandonnent, cela tue le cerveau et rend malade.

- Comment fonctionne votre cerveau - Exactement comme à mes 20 ans. Je ne note aucune différence dans mes désirs ni dans mes capacités. Demain je participerai à un congrès médical.

- Mais n’y aurait-il pas quelque limite génétique? - Non. Mon cerveau aura bientôt un siècle…, mais il ne connaît pas la sénilité. Mon corps se ride, c’est inévitable, mais pas le cerveau.

- Comment cela se fait? - Nous jouissons d’une grande plasticité neuronale: même si des neurones meurent, celles qui restent se réorganisent afin de maintenir les mêmes fonctions, mais encore faut-il les stimuler.

- Aimez-moi à le faire. - Maintient des désirs, active ton cerveau, fais-le fonctionner, ainsi il ne dégénérera jamais.

- Et je vivrai plus longtemps? - Vous vivrez mieux les années que vous aurez à vivre, et c’est cela qui est intéressant. Le secret c’est demeurer curieux, engagé et avoir des passions.

- Vous avez découvert comment croissent et se renouvellent les cellules du système nerveux. - Oui, en 1942. J’ai appelé cette découverte: ‘‘nerve growth factor NGF’’ (facteur de croissance nerveuse), et pendant presqu’un demi-siècle je fus interdite, jusqu’à ce que soit reconnue la validité de ma découverte. En 1986 je reçu pour cette découverte le prix Nobel .

- Vous l’avez réalisé…, au moyen de la science. - Et aujourd’hui aider les fillettes d’Afrique afin qu’elles étudient. Nous luttons contre la maladie, oui, mais tout peut s’améliorer si nous arrêtons l’oppression de la femme dans ces pays islamiques.

- La religion freine-t-elle le développement cognitif? Le développement de la connaissance? -Oui la religion marginalise la femme face à l’homme, elle la met de côté quant au développement des connaissances.

- Comment vous expliquez-vous la folie nazie?  - Hitler et Mussolini surent parler aux foules, là c’est le cerveau émotionnel qui prédomine toujours sur le cerveau néocortical, l’intellectuel. Ils manipulèrent les émotions, non la raison.

- Est-ce encore ainsi aujourd’hui? - Pourquoi croyez-vous que dans plusieurs écoles des États-Unis on enseigne le créationnisme au lieu de l’évolutionnisme? »

Etc…..

C'est bon de lire qu'on peut vieillir ainsi, comme c'est beau de revoir le film de Jean Becker «La tête en friche» (2009) avec l'admirable Gisèle Casadesus (95 ans lors du tournage du film) face à Gérard Depardieu. Une grande actrice qu'on voit encore dans un autre beau film « Elle s'appelait Sarah» (2010) de Gilles Paquet Brenner.

J'ai déjà parlé récemment dans ce blog de Stéphane Hessel suite à la parution fin 2010 d'un opuscule d''une trentaine de pages intitulé « Indignez-vous !». Le vieil homme indigné de 94 ans, ancien résistant, déporté à Buchenwald, militant des droits de l'homme, ancien collaborateur de Mendes-France puis de Rocard, grand diplomate renouvelle avec «Engagez-vous !» dont voici quelques lignes (page 51/92)

« Le monde déstabilisé dans lequel nous vivons depuis la crise mondiale –déstabilisé  par les grands profiteurs de l'économie mondiale -, ce monde –là est détestable. Il faut le transformer le plus rapidement possible en un monde où la justice, l'égalité pour tous, la liberté pour tous puissent trouver leurs assises. » 

Bien sûr tous les anciens ne sont pas tous du même tonneau? Ceux de Neuilly et ceux de Champigny n'ont pas les mêmes soucis, les mêmes problèmes. Il y a qu'à lire l'article du  «Canard enchaîné » de la semaine dernière où l'on apprend que mamie Zinzin a encore les faveurs de l'Elysée ; «Liliane Bettencourt ne payait pas beaucoup d'impôts: grâce à la prochaine suppression du bouclier fiscal et à la réforme de l'ISF, elle en paiera encore moins en 2012, et peut-être même moins dès 2011. ….»  et «Le Monde» d'hier confirme et renchérit (bonne vanne) « ISF: derrière la réforme fiscale, le cadeau électoral. 300000 contribuables pourraient être exonérés dès 2011» . Analyse confirmée dans le même journal par l'économiste Thomas Piketty « C'est le plus énorme cadeau fiscal aux plus riches du quinquennat ….». On ne donne qu'aux riches.......jeunes ou vieux d'ailleurs sans distinction....... comme la connerie que chantait Tonton Georges...... mais les vieux riches ont eu plus de temps pour voler le peuple et parasiter l'économie.......

Évoquant tonton Georges je profite de l'occasion pour faire la promotion d'un très bon bouquin que j'espérais pouvoir finir pendant ces quelques  journées de garderie. Il s'agit de «Brassens un homme libre » de Jacques Vassals. L'auteur y fait une analyse fine de la manière dont le poète construisait ses chansons. Admirable ! Je pense que mon ami Fanfan, grand lettré autodidacte devant l'éternel (absent ou leurre....au choix) et inconditionnel du poète, devrait se précipiter, si ce n'est déjà fait, sur ce livre.......Fanfan qui, la semaine dernière, est entré dans les 65 trépignants, me précédant  comme chaque année d'une centaine de jours.....ce qui d'ailleurs ne signifie nullement que nous sommes prêts à monter dans le train des vieux « Bande à part sacrebleu ! c'est ma règle et  j'y tiens ....»

Reprise du billet jeudi 28 avril étant de retour à la maison: Je dois ajouter un paragraphe et j'ai un peu de mal ! Je traîne encore un peu en longueur et j'en profite pour préciser que ces journées de gardes des petits se sont très bien passées..... les deux ou trois premiers jours de cadrage furent finalement moins difficiles que je ne le craignais et puis les  suivants, après les cloches, ne furent que du bonheur....

En fait nous venions à Paris pour garder nos petits enfants mais aussi pour voir mes chers anciens : Simone, Didi et André....

......... Je n'ai pas vu  André qui est mort le 9 avril, quatre jours après son anniversaire (81 ans)... Il n'a pas eu la patience de m'attendre.... pourtant il savait que je devais venir pour Pâques..... mais le cancer allait trop vite pour lui.... Je te salue mon ami.... et je te remercie...  pour ta gentillesse et le temps que tu as consacré à t'occuper de maman.

Dans le premier billet de ce blog «Premiers pas » je motivais ma démarche en faisant référence au roman de Paul Auster «Brooklyn Follies » dont le personnage principal Nathan Glass, la soixantaine atteinte, entreprend d’écrire un livre pour consigner ses souvenirs, ses petites histoires mais aussi et surtout celles de ses proches familiers, ses amis ou parfois de simples  rencontres occasionnelles voire de situations impersonnelles: « La plupart des vies disparaissent. Quelqu’un meurt et petit à petit, toutes traces de sa vie s’effacent……». J'écrirai donc, un jour, un billet sur et pour André ..... dans quelques semaines, ou plutôt quelques mois..... dès que je pourrai.

 

A suivre

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