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Invitées..... Deux nouvelles interviews d'outre-tombe.

1 Avril 2012 , Rédigé par daniel Publié dans #L'invité

Un nouveau cadeau pour le blog : deux nouvelles interviews inédites de Jérôme Pintoux, l’auteur  de ce petit joyau « Interviews d’outre-tombe » que l'on peut trouver dans toutes les bonnes librairies de France et de Navarre. Pour ceux, visiteurs occasionnels, qui tombent par hasard sur ce billet, je les invite à lire d’abord celui du 25 février dernier où je présentais ce curieux petit livre pour lequel j’ai eu un grand coup de cœur. L’auteur que j’avais prévenu par mail, m’a transmis et offert en retour, deux interviews inédites, l’une d’Oscar Wilde l’autre de Charles Dickens que je me suis empressé de présenter dans un second  billet, le 29 février

Comme je suis loin d’avoir une grande culture littéraire j’avoue avoir pris beaucoup de plaisir à faire des recherches sur internet pour mieux  comprendre ces interviews : ce fut une sorte de jeu enthousiasmant…. Et quand, en plus, on a la possibilité de correspondre avec l’auteur pour lui demander une confirmation, un avis ou même passer pour un ballot en proposant une interprétation idiote (c’est arrivé), ce jeu devient particulièrement enrichissant.

Jérôme Pintoux m’a envoyé deux nouvelles interviews d’Honoré de Balzac. Dans son livre il y en avait déjà trois : l’une en 1832 au sujet de « Louis Lambert », la seconde en 1837 pour « César Birotteau », et enfin la troisième en 1843 à propos des « Illusions perdues.».

 

Les deux dernières interviews transmises ont trait à la parution du « Cabinet des antiques » en 1837, et de « Séraphita »  en 1834 ; deux romans dont, en toute franchise, je n’avais jamais entendu parler. Désolé professeur !

Pour le Cabinet des antiques », l’interview collait bien avec ce que je découvrais sur internet via Wikipédia., il me semblait alors intéressant de me procurer ce livre pour en savoir un peu plus et la lecture me confirma la  pertinence des questions que l’auteur posait et des réponses de l'écrivain.

Pour « Séraphita » je dois bien avouer avoir été surpris et circonspect car l’interview me faisait plus penser à une pub vue, récemment à la télévision; une pub pour une agence de voyage sur fond d’un film de croisière dans les fjords norvégiens. … ce qui ne correspondait en rien au côté mystique et fantastique du roman, selon l’enquête que j'ai menée sur internet. Difficulté supplémentaire, je n’arrivais pas à trouver le bouquin en question…..Pas même au centre d’action culturel niortais …

 Commençons donc par l’interview de 1837, mais au préalable voici un résumé succinct de l’histoire : « Le Cabinet des Antiques» n'est pas seulement l'histoire d'un jeune provincial noble qui veut s'imposer à Paris, comme le Rastignac du « Père Goriot ». Si Balzac nous conduit de la province à Paris, il nous ramène aussi vers le point de départ, car c'est là que se déroule la lutte qui est le véritable sujet du roman : le libéral du Croisier a juré la perte de l'aristocratique famille d'Esgrignon qui a refusé autrefois une alliance matrimoniale. Pour arriver à ses fins il utilise les faiblesses du jeune Victurnien d'Esgrignon qui, après avoir été élevé dans les mensonges et le mythe de son rang, de sa classe, veut mener une vie de luxe à Paris. Croisier l'encourage à faire des dettes, le pousse vers la malhonnêteté, à faire des faux qui pourraient l’envoyer au bagne. La trame ourdie en province sera dénouée en province, la capitale étant le miroir aux alouettes qui permet d'appâter le jeune naïf pour le ruiner et le déshonorer. Paris, où l'argent triomphe de la noblesse et prouve que, en cette époque de Restauration, l'aristocratie provinciale mène un combat d'arrière-garde.

Interview d’Honoré de Balzac pour « Le Cabinet des antiques », en 1837. 

 

Honoré de Balzac, dans « Le Cabinet des antiques », vous parlez des « Carol » ?

 Oui. Le nom de Carol (les frères Thierry l’eussent orthographié Karawl) était le nom glorieux d’un des plus puissants chefs venus jadis du Nord pour conquérir et féodaliser les Gaules.

Ces nobles avaient-ils l’orgueil de leur race ?

 Jamais les Carol n’avaient plié la tête, ni devant les Communes, ni devant la Royauté, ni devant l’Eglise, ni devant la Finance.

Ils n’avaient jamais fait aucun compromis ?

 Jamais. Une vraie noblesse de province, ignorée depuis deux cents ans à la cour, mais pure de tout alliage, mais respectée des gens du pays.

Le Marquis d’Esgrignon faisait-il plus vieux que son âge ?

 Oui. C’était un pauvre vieillard. Quoique le marquis n’eût alors que cinquante-trois ans en 1800, l’adversité et les cuisantes douleurs de sa vie avaient constamment donné plus de douze mois aux années. Ce vieillard perdit la joie de ses vieux jours en voyant expirer son épouse qui mourut en couches, tuée par l’inhabileté d’un médecin. C’était la plus jolie des créatures humaines, une noble femme en qui revivaient les grâces maintenant imaginaires des figures féminines du seizième siècle.

Le marquis en voulait à maître Chesnel d’avoir voulu marier sa fille à Du Croisier, le type même du parvenu ?

 Oui. Il ne retrouva plus dans les manières ni dans les paroles du marquis d’Esgrignon cette caressante bienveillance qui pouvait passer pour de l’amitié.

Et ce Du Croisier, les avait-il détesté ?

 Bien sûr. Du Croisier, homme haineux et capable de couver une vengeance pendant vingt ans, conçut pour le notaire et pour la famille d’Esgrignon une de ces haines sourdes et capitales, comme il s’en rencontre en province.

Le vieux marquis était-il respecté ?

 Oui. Cette admirable ruine avait toute la majesté des grandes choses détruites.

On faisait appel à lui, à ses services, dans les cas litigieux ?

 Sa délicatesse chevaleresque était si bien connue qu’en plusieurs circonstances il fut pris par des plaideurs pour unique arbitre.

Ceux qu’il ne recevait pas chez lui se moquaient-ils de ses réceptions ?

 Les exclus avaient, en haine de ce petit faubourg Saint-Germain de province, donné le sobriquet de Cabinet des Antiques au salon du marquis d’Esgrignon, qu’ils nommaient monsieur Carol. Les hommes de ce salon offraient les couleurs grises et fanées des vieilles tapisseries.

Et les femmes ?

 Huit ou dix douairières, les unes au chef branlant, les autres desséchées comme des momies.

Comment ce salon était-il décoré ?

 Il y avait un grand portrait équestre de Henri III. Les murs, tendus de tapisseries flamandes, représentaient le jugement de Salomon en six tableaux encadrés de thyrses dorés où se jouaient des amours et des satyres.

Vous intéressez-vous à la littérature gothique ?

 Oui. Maturin et Hoffmann sont les deux plus sinistres imaginations de ce temps.

 

Propos tenus le 29.2.12. Recopiés le 12.3.12. 

 

 Quel style magnifique !  Ce vieux marquis était une admirable ruine qui avait la majesté des grandes choses détruites : C'est trop beau, comme on le dit mal aujourd'hui.

 

 Je ne sais pas comment le Professeur Pintoux arrive à entrer en contact avec d’illustres écrivains, poètes et philosophe et ce, d’ailleurs, de façon récurrente pour ce qui concerne Balzac et quelques autres. S’agit-il de spiritisme, de chaine fluidique, de  tables qui tournent, de cartomancie ou simplement de rêves, d’extases ? Je n’ose pas lui poser cette question indiscrète mais ce qui est incontestable c’est que ça marche car les entretiens confortent les romans en apportant des informations complémentaires aux textes, parfaitement crédibles selon les exégètes d’internet.  

Alors pourquoi, n’éprouve-t-on pas la même ressenti pour l’interview concernant « Séraphita ». Dans  cet entretien, véridique je n’en doute pas une seconde, j’ai  l’impression que le grand écrivain a mené Jérôme en bateau et surtout qu’il a cherché à noyer le poisson.  Je vais avancer une hypothèse en fin de billet mais auparavant  voici en quelques lignes le pitch de l’histoire qui serait selon « wikipédia »: Dans un château de Norvège, situé près d’un fjord, Séraphita, un être étrange semble cacher un terrible secret. Il aime Minna et il est aimé d’elle, qui voit en lui un homme. Mais Séraphita est aussi aimé par Wilfrid, qui le considère comme une femme. Finalement, sous les yeux effarés de Minna et Wilfrid, l’être total se transforme en séraphin et monte au ciel.

 

Interview d’Honoré de Balzac pour « Séraphita », en 1834.

 

 Honoré de Balzac, la carte de la Norvège vous étonne-t-elle ? :

 A voir sur une carte les côtes de la Norvège, quelle imagination ne serait émerveillée de leurs fantastiques découpures, longue dentelle de granit où mugissent incessamment les flots de la mer du Nord ?

On n’y trouve aucune plage ?

 Qui n’a rêvé les majestueux spectacles offerts par ces rivages sans grèves, par cette multitude de criques, d’anses, de petites baies dont aucune ne se ressemble, et qui toutes sont des abîmes sans chemins ?

La Norvège vous fait penser à un saumon ?

 Ne dirait-on pas que la nature s’est plu à dessiner par d’ineffaçables hiéroglyphes le symbole de la vie norvégienne, en donnant à ces côtes la configuration des arêtes d’un immense poisson ?

C’est un peuple de pêcheurs ?

 La pêche forme le principal commerce et fournit presque toute la nourriture de quelques hommes attachés comme une touffe de lichen à ces arides rochers.

Ils sont peu nombreux ?

 Là, sur quatorze degrés de longueur, à peine existe-t-il sept mille âmes.

Les fjords sont très escarpés ?

 Partout la mer est entrée dans leurs cassures, mais partout les rochers s’y sont diversement fendus, et leurs tumultueux précipices défient les termes bizarres de la géométrie.

Sur leurs flancs poussent des sapins ?

 Oui. Des arbres au noir plumage.

Au printemps la fonte des glaces semble impressionnante ?

 Certains fiords sont fermés par des blocs de gneiss couronnés de forêts, d’où tombe en cascades une rivière qui à la fonte des neiges devient un fleuve, forme une nappe d’une immense étendue, s’échappe avec fracas en vomissant de vieux sapins et d’antique mélèzes, aperçus à peine dans la chute des eaux.

  Propos recueillis par Jérôme Pintoux le 30.1.2012.

 

Mon hypothèse est que si Balzac s’efforce de maintenir son interlocuteur sur l’aspect géographique c’est qu’il estime que le sujet du livre est trop personnel. Non pas parce qu’il s’appuie dans ce conte fantastique sur les doctrines du théologien suédois Swedenborg qui vise à transcender la condition humaine. Non ! C’est tout simplement parce que Balzac est amoureux et que ça ne regarde que lui.

J’ai eu cette certitude en me plongeant dans le « Balzac » de François Taillandier : Séraphita est produit en 1834 et le romancier est persuadé que cette histoire d'un être ange est son livre le plus important ; c’est du moins ce qu’il affirme à sa dédicataire Eve Hanska, une admiratrice qui lui écrit d’’Odessa depuis février 1832 en signant romantiquement « L’Etrangère » et en lui témoignant une véritable vénération. L’histoire d’amour de Balzac et d’Eve Hanska va durer dix-neuf ans….  On s’étonne d’une histoire d’amour vécue pour l’essentiel par écrit, et pendant ces dix neuf ans ils ne se rencontrèrent que cinq ou six fois. Mais là en 1834 c’est presque tout neuf et Balzac est plein d'espoir. Eve et Honoré n'en étaient qu'à deux ou trois années de correspondances. Une première rencontre avait eu lieu en septembre 1833 en Suisse à Neuchâtel. Ils se découvraient sans arriver à décrocher le vieux mari de la dame. Nouvelle rencontre à Genève fin janvier 1834 où Eve cède, enfin,  le 26 janvier aux avances pressantes d’Honoré.

Comment voulez vous que Balzac fasse ces confidences au professeur Jérôme qui vient on ne sait comment l'interviewer à l'improviste (était-ce pour l'écrivain début 1834 ou plus tard ? Ca serait bien d'avoir cette précision qui peut avoir son importance). Comment voulez vous que Balzac révèle l’influence de l’Etrangère sur l’être ange ? Alors on parle de la forme de poisson de la Norvège en regardant une mappemonde.......

 

Et que ceux qui n’adhèrent pas à mon hypothèse vérifient la date de ce billet.

 

Une dernière information : Le livre de Jérôme Pintoux a eu, une nouvelle fois, les honneurs de France-Inter : c'était le 20 mars dans l'émission "Ouvert la nuit'' à 22H15. La chroniqueuse Eva Bester a dit beaucoup de bien de ces " Interviews d'Outre-tombe". Peut-être un second tome en perspective.(?)

 

(A suivre)

 

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