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Blog à part .... Du côté de Mauzé sur le Mignon

30 Mai 2010 , Rédigé par daniel Publié dans #Blog à part

Au bout de quelques 265 billets proposés sur ce blog, je fais le constat que rares sont les billets consacrés à notre bonne ville de Niort et aux Deux-Sèvres où nous sommes pourtant installés depuis 1987. Il n’y a pas grand chose hormis quelques articles de la rubrique « trop poli-tique ».  

Rentrant d’Afrique, nous nous étions, assez rapidement, trouvés bien à Niort ; très bien même, dans cette ville laïque, ouverte et agréablement située en bordure du marais Poitevin. Et puis j’étais à équidistance de mes plus ou moins lointaines origines familiales la Charente limousine et le sud Maine et Loire.

Cependant et contrairement à Pilou, qui s’est vite intégrée notamment par les parents d’élèves puis par son travail à la ville de Niort, moi j’étais niortais parce que j’habitais Niort, sans aucune forme d’un chauvinisme, même « light », que tout français normalement constitué manifeste pour l’endroit où il vit, si du moins il s'y plait. Dans le fond je gardais, l’idée (l’espoir ??) qu’au bout de quelques années, notamment lorsque nos deux aînés auraient quitté le nid familial, nous pourrions reprendre la route… après tout, avant d’arriver à Niort, je n’avais fait que ça pendant quarante ans : jamais plus de trois ans au même endroit, dans la même région (Moi mes souliers ont beaucoup voyagé ….) …. Niort ne devait être qu’une étape, une pause sans doute un peu plus longue que les précédentes….mais qu'une étape.

…. Mais aujourd’hui la pause dure depuis plus de vingt ans et maintenant que je suis retraité, que deux de nos enfants sont installés dans cette région, que nous y avons les petits-enfants et que Pilou s'y plait au point d'avoir accepté d’être élue.... je sais qu’il n’y aura pas de nouveau départ. Certes il y aura toujours moyen de s’évader, de temps à autres, en faisant des voyages, mais il n’y aura pas un exode final de retraités vers la Guyane, La Réunion ou le Midi de l’hexagone .... Ça sera définitivement Niort.... Point final. 

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Il est peut-être temps que j’assume cette évidence et que je m'intéresse un peu plus à cette ville, à cette région, à sa vie culturelle, à son histoire,..... Bref et pour finir cette trop longue introduction.... ça fait plus de vingt ans ans que j'habite Niort et je ne suis même jamais entré dans le Donjon le « bijou » si peu attrayant de cette ville.... Pour un premier billet régionaliste j'aurai peut-être du commencer par ça, et écrire, par exemple, quelque chose sur Mme de Maintenon, née dans cette forteresse-prison. J’aurai pu aussi parler d’Ernest Pérochon, de Clouzot, de Largeau, d’autres gloires locales…… qui m'intéressent..... ça viendra sans doute.....  

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   Non ! Finalement  je préfère d'abord parler de Mauzé sur le Mignon, une  petite ville de 2700 habitants,  au nom coquet, située en bordure du marais Poitevin à environ 20 km de Niort et 40 km de Rochefort et La Rochelle. C’est dans ce village que naquit en 1799, René Caillié, qui fut, en 1828, le premier européen à entrer dans Tombouctou….. Et René Caillié est sans doute la seule figure locale que je connaissais vraiment avant de débarquer en Deux-Sèvres ; bien avant même car ce jeune homme habillé en arabe, me fait rêver depuis mon enfance, sûrement découvert dans un de ces beaux livres d’histoire d’école primaire du début des années cinquante.

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Quand René vit le jour en 1799 dans une modeste maison de la grand-rue, son père François avait été arrêté pour un menu larcin qu’il aurait commis en état d’ébriété. Il fut condamné à douze ans de bagne où il mourût en 1808.

Pour une femme et des enfants de bagnard la vie était impossible à cette époque dans un bourg campagnard et ils allèrent se réfugier à Rochefort.

René, enfant traînant sur le port, fut vite attiré par les bateaux et par le large et déjà très jeune il rêvait de voyages.

Sa mère Anne est morte quelques années après son père, René n’avait que douze ans et avec son frère et sa sœur un peu plus âgés ils retournèrent vivre à Mauzé chez leur grand-mère et leurs oncles. A l’école il s’avéra être un élève intelligent et appliqué aimant l’histoire, la géographie et dévorant des romans d’aventures comme « Robinson Crusoé ». A l’âge de choisir un métier, il entra en apprentissage chez un cordonnier.

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A Mauzé il y avait alors un personnage légendaire, il s’agit du contre-amiral Savary qui avait prit sa retraite dans ce bourg peu éloigné de Rochefort et de La Rochelle après avoir servi pour la Compagnie des Indes et navigué entre Amérique, Indes et Chine. Il racontait volontiers aux mauzéens ses aventures et ses campagnes contre les anglais.

Or, en 1816, alors que sa grand-mère venait de mourir, René âgé de 17 ans apprit qu’une expédition se préparait à partir de Rochefort pour reprendre possession du Sénégal que les anglais devaient restituer. De plus l’un des officiers désignés pour cette expédition n’était autre que Joseph Savary, fils du contre-amiral, âgé de 22 ans et que René connaissait bien. Le 27 avril 1816, avec soixante francs dans sa ceinture, Caillié quittait Mauzé pour s’engager, sur l’un des 4 bâtiments de l’expédition dont la célèbre frégate La Méduse. Il embarqua sur la gabare la Loire ce qui lui permit d’atteindre sans encombre le Sénégal, tandis que la Méduse sombrait au large de Saint Louis.  

De 1816 à 1819 René Caillié traîna en vivotant entre Saint Louis et Gorée. Il s’embarqua ensuite pour la Guadeloupe où il resta six mois avant de rentrer en France, puis il repartit à nouveau pour le Sénégal en 1820, retourna encore aux Antilles, revint une nouvelle fois en France pour enfin repartir pour la troisième fois en Afrique en 1824 d’où il ne revint qu’après avoir atteint son accessible étoile.    

Il se rendit d’abord en Mauritanie chez les maures Braknas où il apprit l’arabe et l’islam et se faisant appeler Abdallahi : il apprit aussi à lire et écrire l’arabe et il pouvait réciter par cœur les versets du Coran. Continuant à se forger une identité musulmane il se mit au service d’un roi nomade Hamet-Diou qui le prit sous sa protection. Il passa de longs mois dans ces territoires ingrats à marcher et méditer au sein de petits groupes de nomades pasteurs ou trafiquants.

De retour à Saint Louis, fin 1826, il sut que la Société de Géographie promettait un prix de 10.000 francs au premier Européen qui pénètrerait dans la ville mythique de Tombouctou, interdite aux chrétiens. Il décida de relever ce défit et se lança seul, dans la périlleuse aventure en se faisant passer pour un modeste lettré musulman. Parti le 19 avril 1827 de Kakondy en pays mandingue il finit par atteindre Tombouctou un an plus tard le 25 avril 1928.

Après son extraordinaire aventure Caillié rentra en France en Septembre 1928 et il reçut le prix de 10 000 francs promis par la Société de géographie. Epuisé, malade il lui fallut se soigner, se reposer en cure pendant plus d’une année. C’est à cette occasion qu’il rencontra sa femme Caroline. Rétabli il décida de retourner en province vers sa famille…. D’abord à Mauzé sur le Mignon mais le bourg lui rappelait de trop mauvais souvenirs, aussi avec l’argent du prix il se rapprocha de l’océan en achetant un domaine à Beurlay situé entre St Porchaire et Rochefort ; maison où naitront ses deux premiers enfants.

Il essaya de devenir cultivateur, mais malgré l’aide de sa sœur et de son mari, affaibli et l’esprit toujours occupé par l’Afrique il ne réussit pas sa reconversion. René vendit Beurlay en octobre 1834 et s’installa à Labaderre, toujours en Charente-Maritime, à côté de Pont l’Abbé où deux nouveaux enfants naîtront mais où, fatigué, il finit par s’éteindre le 25 mai 1838, à l’âge de 39 ans. Il fut enterré au cimetière de Pont l’Abbé.

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La ville de Mauzé sur Mignon, rend hommage chaque année à René caillé par une semaine festive fin juin. Cette ville est aussi ouverte à tout ce qui a trait à l’Afrique et la semaine dernière la Mairie offrait une salle à un artiste Beninois qui exposait des tapisseries. Je suis allé voir les « toiles appliquées cousues main » de Julien Yemadje, c’est magnifique.

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L’artiste est originaire de Goho de la province d’Abomey, nous avons longuement parlé de son pays et son histoire ; il fut surpris de voir que j’avais quelques notion de cette riche histoire et que les noms des rois Guézo, Glélé et Béhanzin ne m’étaient pas inconnus….

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Il m’expliqua ce que représentaient ses toiles : Les femmes et le vaudou pour implorer la pluie et plein d’autres dont une petite mais remarquable toile pour un Copenhague 2 illustré par des poissons réclamant la création de la croix bleue pour aider à soigner la planète de la pollution. Une petite toile qu’il me laissa en ce dernier jour d’exposition à moitié prix (je n’avais pas plus sur moi) pour 30 euros.

Je lui ai dit que la ville de Niort par l’intermédiaire de l’Anjca s’activait pour une coopération décentralisée Nord-sud-sud avec Atakpamé au Togo et Cové au Bénin, ce qu’il ne savait pas :

« Mais, me dit-il, j’habite à Goho qui est sur la route entre Atakpamé et Cové…. Si vous y allez vous passez devant ma maison, il faudra entrer….  ». Bien noté cher Julien !

 Voila comment, avec ce billet sur Mauzé le Mignon, je me suis retrouvé embarqué une nouvelle fois pour l’Afrique….. Je pense que le prochain, résolument régionaliste, évoquera la construction, à l’identique, de l’Hermione de La Fayette à Rochefort….. et je naviguerai alors vers l’Amérique….pour changer….

 

A suivre.

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