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L'invité........ Le blog des rendez-vous de Fenouillet.

26 Octobre 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #L'invité

C’est au début de cet été que j’ai découvert  le blog « des Rendez-vous de Fenouillet ». Nous nous étions arrêtés le temps d’un week-end chez des amis habitant cette ville, qui me sachant curieux de tout ce qui touche à la blog-sphère m’informèrent de son existence. C’est le blog d’une association, donc un blog avant tout utilitaire, un lien entre les adhérents. Je m’aperçus cependant qu’au-delà des informations, programmes à venir, compte-rendu de réunions, balades, fêtes, il y avait aussi de très jolies histoires, contes ou fables…. Certains membres de l’association avaient des âmes de poètes.

J’ai rapidement mis sur mon blog un lien avec « Les rendez-vous de Fenouillet » que le lecteur peut trouver dans la colonne de droite, les blogs amis. Je reporte ci-après l’un de ces billets, ancien de quelques mois, paru en trois épisodes, et que je concentre ici en un seul. C’est l’histoire d’une tortue nommé Ping et qui devint Joséphine.

  

De Ping à Joséphine

 Oyez oyez, braves Humains de Fenouillet et d'ailleurs, je suis une tortue dite "de Floride" et je vais vous conter mon  histoire.

Elle commence ainsi :

Arthur était un petit garçon de votre village du bord de Garonne, qui rêvait d'un ami-animal.

Papa ne voulait pas d'un chien, maman ne voulait pas d'un chat.

Un jour, tonton lui a offert... moi, toute petite et trop craquante avec mes petites papattes aux ongles pointus, une jolie petite tache rouge derrière les oreilles, des yeux ronds et curieux, verts et barrés d'un grand trait noir. Arthur m'a appelée Ping.

Ping de Floride, c'était mon nom. J'aimais bien.

blog-tortue-héron

Arthur me donnait des feuilles de salade, des mouches, des vers de terre, un peu de viande hachée, je vivais dans un aquarium avec quelques cailloux et même trois jolies plantes en plastique. Quel luxe !

Arthur me racontait d'une voix monocorde une histoire apprise à l'école : un conte bizarre d'un lièvre qui perdait sa course face à une collègue à moi... mouaifff...

Et puis, comme le font tous les enfants, sans faire exprès, j'ai grandi, j'ai grossi. Quasi 2 kg pour une trentaine de centimètres. 

Quand il faisait beau et qu'Arthur avait le temps, il me mettait au soleil. Mais parfois il m'oubliait.....et j'ai passé l'hiver au fond d'une petite mare qui traînait dans le jardin du voisin. Au printemps, j'en suis sortie et il a tellement plu que je me suis fait des amis avec les escargots qui jouaient à chat-perché sur mon dos.

Mais, braves Humains, l'histoire ne s'arrête pas là.

Un jour, l'horreur est arrivée. Si vous saviez ce que ma vue perçante a détecté... Je n'ai rien vu venir, et pourtant..... j'aurais dû savoir, me méfier...

 Ah les Humains, vous nous en faites des misères !

Tranquille à me chauffer au soleil dans le jardin du voisin pas loin des Gourgues, le long de la Garonne, mon instinct m'avertit brutalement d'un grand danger. Des bottes boueuses approchaient. A peine le temps de rentrer la tête et les pattes dans ma carapace, que déjà retentissait un grondement énorme :- "boudu, c'est quoi encorrrre cette torrrtue, déjà qu'à la pêche elles pullulent de parrrrrtout. Et que ça me mangerrrrait les salades cette sale bête, tééééh oh p..c.n, allez hop ma fille, poubelle, va faire ta nuisible ailleurs...."

Aaaarghhh, vous avez entendu ? P O U B E L L E !!!!!

Il m'a attrapée, je l'ai mordu, gnark... il a crié, je me suis cachée.... il m'a jetée brutalement dans un gros bac en plastique avec plein de trucs malodorants.

Pauvre de moi, l'avenir était bien compromis. C'est qu'il me reste environ une quarantaine d'années à vivre, alors quoi...

Comme je suis sujette parfois à des angoisses, je n'en menais pas large dans la poubelle. Où allais-je finir ? Déjà qu'on ne m'appelait plus Ping, mais "sale bête" "ma fille" ou même "nuisible". Seule et sans ami, en pleine crise identitaire, j'étais triste et désemparée. Des questions venaient :" qui étais-je vraiment, d'où venais-je, où allais-je, quelle était ma place dans ce monde hostile ?" Le salut vint d'un chien errant. Il vaquait tranquillement à ses occupations, et l'une de celles-ci était de renverser les poubelles au bord du trottoir et d'éparpiller leur contenu.

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Poussant les détritus de la tête, allongeant le cou et poussant un "hon" désespéré, je me suis fait repérer. Le chien s'est approché et a commencé à faire valser ma prison et à renifler tout le contenu.

Pouah l'haleine qu'il avait... Mais au moins il m'a permis de revoir l'air libre et frais de la nuit.

De mon train de sénateur, je me suis enfuie vers le lac tout proche.

C'est alors que, au petit matin, alors que j'atteignais le chemin qui longe le lac.......

L'histoire n'est pas finie. Humains, restez et écoutez la fin !

   Joséphine

 La berge du lac était toute proche. Le ciel s'y reflétait et les arbres se miraient dans l'eau tranquille. Un héron-bihoreau veillait sur sa héronne-bihoreau qui nageait près du bord.

Tout allait bien, quand soudain... des pas, des voix :

 - Oh une tortue (quelle nouvelle, je sais encore ce que je suis)

- trooop belle, je la veux !! (eh milediou, que va-t-il encore arriver ?)

 Je fus kidnappée sauvagement par une jeune humaine nommée Jessica, avec l'assentiment des autres humains présents.

Ils m'ont regardée, retournée dans tous les sens, enfermée et balottée dans un sac à dos sans me demander mon avis, entre une bombe anti-moustiques et un trousseau de clefs.

 Jessica habitait près du lac du Bocage. Elle me baptisa "Joséphine", remplit une bassine d'eau, y mis quelques brins d'herbe et appela l'école vétérinaire. Je compris vaguement que ma capture était interdite (ah quand même), et qu'elle devait m'amener je ne sais où pour me laisser dans un enclos, voire.... m'euthanasier..... gloups.

Jessica avait l'air gentille, mais quand elle m'attrapa, je lui filais un grand coup de griffe sur le bras.

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Elle a crié. Pfff ces humains, qu'ils sont bruyants. Comme elle ne voulait pas m'euthananannnaaaa.... elle m'a portée jusqu'au lac où elle me fit glisser dans une belle eau verte pleine de branchages, non loin d'un campement de mes congénères.

Re-milédiou : une vraie surpopulation là-dedans. Mais restons zen, j'ai plongé dans l'eau et rejoint mes collègues.

Maintenant, je fais comme eux, installée au soleil sur une longue branche renversée dans le lac, je passe mes journées à méditer sur cette vie terrible que vous m'avez faite, vous les Humains. Je n'ai jamais rien demandé moi. Jamais je ne connaîtrai ma terre d'origine, quelle avenir nous réservez-vous ?

 Vous venez nous voir, nous admirer, nous photographier. En même temps, vous avez des propos épouvantables : nous détruire, ratisser, nettoyer, nuisibles, envahisseuses, et autres horreurs.

De ma place dans une flaque de soleil à quelques centimètres de la surface de l'eau où nous plongeons dès que l'un de vous s'approche de trop près, il me vient des pensées sur lesquelles je peux philosopher des heures durant.
Mon sujet préféré : et si nous échangions nos rôles ? pour mon prochain anniversaire, je me prendrais bien un petit humain. Et vous verrez ce que ça fait !

 Alors les Humains, ça vous dirait de réfléchir avant de nous trimballer comme vous le faites ?    

 

FIN.  ©lau

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Daniel 27/10/2013 12:49

J'ai quelques problèmes avec l'internet de voyage. Déjà pour mettre le texte, puis pour les photos il m'a fallu me lever à 4 H heure locale.....Mais pour une bonne cause.
Merci à toi.

Clau 27/10/2013 07:45

Merci Daniel !
Des nouvelles de Ping-Joséphine : toujours cachée au fond du lac, elle va bien. Avec l'automne, on ne la voit pas beaucoup, elle reviendra au printemps prochain sans doute.