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Le copain de Didi....... Histoire d'un homme ordinaire.

23 Avril 2013 , Rédigé par niduab Publié dans #Didi

Dans mon premier billet, « Premiers pas » du16 juillet 2007, j’indiquais que je voulais en lançant ce blog évoquer la vie de personnes, plus ou moins proches, un peu comme l'avait fait l’écrivain Paul Auster dans son roman « Brooklyn Follies ». Dans ce récit le personnage central est un écrivain vieillissant, qui décide de consacrer ses derniers écrits à ceux qui l’entourent ou qu’il croise occasionnellement : « La plupart des vies disparaissent. Quelqu’un meurt et petit à petit, toutes traces de sa vie s’effacent…… Quelques objets, quelques impressions vagues, conservés par des tiers. Ceux-ci ont invariablement des histoires à raconter à propos du défunt, mais le plus souvent en mêlant les dates, en oubliant des évènements, et la vérité en sort de plus en plus déformée et quand ces gens là meurent à leur tour, presque toutes leurs histoires s’en vont avec eux… ».

  C’est  ce que j’ai fait, à mon modeste niveau, dans mes premiers billets, notamment les 4ème et 5ème,, en évoquant un épisode important de la vie de mon oncle Didi  qui fut résistant, travailleur de l’industrie du cinéma et artiste. La rubrique « Didi » m’a permis de revisiter, au fil du temps en une trentaine de billets, l’histoire de ma famille. Il en fut de même avec la rubrique « No pasaran » où j’ai pu parler de la famille de Pilou, une famille républicaine antifranquiste, abordée dès les 2ème et 6ème billets. Ces deux rubriques sont, depuis six ans, celles qui ont le plus intéressé mes proches et même éveillé l’intérêt de quelques visiteurs inconnus  qui se sont sentis concernés par les thèmes évoqués. Ces rubriques sont aussi celles qui m’ont apporté le plus de commentaires constructifs où de contacts par courriels ; nous avons même pu, renouer avec des cousins perdus de vue depuis longtemps et rien que pour cela ce blog aura été utile, très utile. Ensuite je me suis diversifié : j’avais épuisé mes sujets familiaux, j’avais moins de grains à moudre et puis je me suis laissé emporter vers d’autres horizons, le cinéma, les voyages, la politique, les livres et surtout le plaisir d’écrire, de raconter façon griot alphabétisé, de faire des recherches, des découvertes, de la facilité parfois, des maladresses souvent.

Aujourd’hui je reviens aux fondamentaux pour parler et rendre hommage à un ami disparu, il y a un peu plus de deux ans. Lui n’a pas participé à la résistance il était un peu trop jeune et son histoire est plus banale, ordinaire mais c’était un mec bien et je crois qu’il mérite de rester dans la mémoire de ceux qui l’ont connu. C’est dire que ce billet n’intéressera que mes proches, ma famille.

André fut un homme attachant, du moins auquel je me suis  attaché et à qui je dois beaucoup ne serait-ce que pour les années de bonheur et de gentillesse qu’il a apportées à ma mère. Il fut d’abord son ami de club de personnes âgées, puis son compagnon de voyages, son compagnon de vieillesse, de maladies. Il fut pendant une quinzaine d’années, pleinement membre de notre famille, accepté par tous, jeunes et anciens, et fut notamment aussi très  copain avec mon oncle Didi.

  Début 2005 je sus que ma mère ne pouvait plus vivre seule chez elle en région parisienne loin de ses trois enfants dont j’étais l’ainé. En accord avec mon frère et ma sœur, tous deux comme moi provinciaux, j’ai décidé de la faire venir dans une maison de retraite, en Deux-Sèvres près de chez moi. J’ai trouvé en banlieue niortaise un établissement de résidences services dans un site particulièrement agréable et qui était en train de s’agrandir en aménageant une structure Ephad. J’ai fait visiter en mai 2005 à Maman et André le domaine qu’ils ont trouvé très sympathique. Par chance quelques studios allaient être libérés pour l’été et nous pouvions  en louer deux pour un séjour de vacances en juillet.

  Pour André ce fut un coup de cœur, une solution, et il décidait de quitter son appartement HLM de banlieue parisienne pour revenir en Poitou, région qu’il aimait et notamment sur Niort où de vieux amis, sa cousine Yvonne et son mari Alfred, étaient installés. Il pouvait ainsi accompagner maman et puis me dit-il « Mes enfants et petits enfants viendront bien me voir quand ils auront des vacances, de toute façon ils ont leur vie, leur travail et je ne les vois pas tous les jours, pas même toutes les semaines ». Il avait pris sa décision et rien n’aurait pu le faire changer d’avis. J’étais certes quelque peu inquiet d’avoir en charge deux personnes âgées, mais d’un autre côté je dois bien avouer que cela rendait plus facile la nécessité de faire accepter à maman de quitter son appartement où elle vivait depuis 40 ans.

Début septembre 2005 ils étaient tous les deux pensionnaires au domaine du château d’Aiffres. Quelques mois après leur installation j’appris par la direction du domaine, qu’André avait des difficultés pour régler sa pension. Il fallut que je devienne juridiquement son curateur et que je gère ses comptes, le montant de sa retraite ne lui permettant pas de faire de gros excès et nécessitait un suivi rigoureux auquel il n’était pas habitué.    

 Deux ans plus tard, ma mère  devait quitter son logement dans l’aile de résidences services pour une chambre et un suivi médicalisé en Ephad. André, un temps désemparé, a continué ses activités au domaine, entre balades, pétanque, jeux et animations diverses etc ….  Il faisait notamment office de Père Noël lors des fêtes de fin d’année….  . Il passait quotidiennement rendre visite à ma mère, dont la mémoire foutait le camp, ce qui ne fut pas toujours très plaisant pour lui, mais ami fidèle, il endurait ces quelques désagréments.

Après le décès de maman en octobre 2008, mais aussi celui de sa cousine Yvonne quelques mois plus tard, il souhaitait toujours rester là. Peut-être aurait-il pu encore obtenir, à cette époque, une place en foyer-logement en banlieue parisienne près de ses enfants.

Il fallut que sa santé décline sérieusement fin 2009, mais aussi qu’il devienne arrière grand-père pour avoir subitement envie de retourner près des siens. Sa fille lui avait alors trouvé une place  près de chez elle, mais c’était déjà trop tard, car quand il fut présenté, la direction de l’établissement a jugé qu’il n’était plus apte à vivre seul et qu’il devait chercher un accueil en Ephad…. Ce qui posait un problème de place disponible et de coût.  Au bout de quelques mois de démarches une solution allait se présenter.

On me demanda en tant que curateur de préparer un topo sur la vie d’André. A ma grande surprise il se prêta à l’exercice d’interview avec enthousiasme, heureux de faire ce retour sur son passé. Ce fut un des derniers fois où, malade et souffrant, je le vis passer un vrai bon moment à se raconter. Ce beau et heureux souvenir m'a incité à faire ce billet : 

« Je suis né à Paris 8ème le 5 avril 1930. Mon père était originaire de Montmorillon dans le Poitou ;  ma mère était de Versailles. J’ai eu une sœur née après moi mais qui mourut en bas âge. D’ailleurs ma mère est décédée quand j’étais très jeune, 4 ou 5 ans, et je ne m’en souviens pas.

  Enfant j’étais un peu sauvage et je fus confié à ma grand-mère et j’ai surtout vécu à Montmorillon. J’y suis resté pendant la guerre car mon père avait été mobilisé et fait prisonnier en Prusse orientale et il n’est rentré qu’en 1945.

  J’ai passé mon certificat d’étude à Montmorillon. J’ai rejoint mon père à Paris à son retour d'Allemagne. Ma grand-mère quittait elle aussi Montmorillon pour la région parisienne pour aller vivre chez ma tante, la sœur de mon père.

  Mon père avait pu retrouver son travail : il gérait les approvisionnements aux Galeries La Fayette. Il s’est remarié avec une vendeuse du magasin. Je ne me sentais pas bien dans cet environnement. Je n’ai jamais pu appeler mon père papa, je disais père, quant à sa nouvelle épouse, je l’ai toujours appelé « madame ». Je suis resté trois ans avec eux, à Courbevoie le temps de fréquenter un lycée professionnel où j’ai eu une formation d’apprenti tôlier. ( ce que je ne savais pas et la je compris mieux la grande complicité qu’il eut avec Didi).

  J’allais souvent à Nanterre chercher refuge chez ma tante Lucienne où je retrouvais aussi ma grand-mère. Je m'étais aussi fait une amie avec Yvonne, une nièce de ma tante, une cousine par alliance, qui vivait dans la maison mitoyenne. Le père d’Yvonne étant la frère de mon oncle, époux de ma tante Lucienne. Je suis resté tout au long de ma vie, très ami avec Yvonne et son mari Alfred. 

  Dès que j’ai eu dix huit ans je me suis engagé dans la marine pour fuir l'environnement paternel. J’y ai passé 4 ans, au début à Rochefort puis 28 mois entre 1949 et 1952 à la base aéronavale d’Agadir. J’ai découvert la vie sociale dans la marine où j’ai d’ailleurs pu passer mon brevet de mécanicien avion et  fait beaucoup de sport.

  A 22 ans, je suis rentré à Paris et j’ai trouvé un emploi d’ouvrier métallurgique à Courbevoie.  J’ai rencontré Irène et nous nous sommes mariés assez rapidement. Nous avons d’abord habité à Paris dans le  14èmepuis à Créteil  et  j’ai  travaillé pendant 17 ans en fonderie à Paris, boulevard Charonne. Dans le cadre de mon travail d’ouvrier en métallurgie et fonderie j’ai eu une activité syndicale. Je fus délégué CGT.

  En 1962  j’ai  changé de métier  en devenant chauffeur livreur en pharmacie pour la  CPF.

 Notre fille Rosine est née en 1955, et nous avons eu un fils, Fred, en 1962, avant de connaitre des problèmes conjugaux qui nous conduisirent au divorce en 1972.

  Je suis resté à Créteil où je vivais seul. J’ai repris aussi un peu le sport (beaucoup de marche et du vélo) et je me suis engagé en politique au début des années 80 en faveur du parti socialiste.

  Ma vie fut largement influencée par mes problèmes de santé. J’étais diabétique, mis en évidence à l’armée. Je suis insulino-dépendant depuis 1978.

  J’ai eu au début des années 80 un accident de voiture dans le cadre professionnel. J’étais au volant du véhicule de la société de produits pharmaceutiques quand j’ai été percuté par un automobiliste qui roulait en sens interdit. J’ai été blessé aux jambes et surtout aux genoux ; accident pour lequel je perçois une petite pension d’invalidité.

  J’ai continué à travailler comme livreur en pharmacie jusqu’en 1988. J’ai alors été mis dans un système type préretraite. Je touchais presque l’intégralité de mon salaire pour rester chez moi.

  En 1990 j’ai pu prendre ma retraite et je me suis installé à Villiers pour me rapprocher de ma fille. Je participais activement au club des anciens de Villiers où j’ai eu beaucoup d’amis et j’ai fait la connaissance de Raymonde en 1992. Tout en vivant chacun chez soi, nous avons fait beaucoup de voyages ensemble, notamment en Italie, Espagne, Suisse, et dans de nombreuses régions françaises.  

  Quand Raymonde fut touchée par la maladie d’Alzheimer, et que son fils décida, en 2005, de la faire venir près de chez lui à côté de Niort, j’ai décidé de suivre et de m’installer en résidence service dans le même domaine. J’étais content d’aller à Niort où je savais aussi retrouver Yvonne et Alfred.

  Raymonde est décédée le 20 octobre 2008, puis ma cousine en juillet 2009. Mes petites-filles ont eu des enfants, mes premiers arrières petits-enfants, et comme ma santé décline et que j’atteindrai mes 80 ans début avril 2011, je ne voudrais pas finir ma vie loin de ma famille. Je suis très déçu de ne pas avoir été retenu en résidence service de Villiers. J’ai eu la malchance de devoir me présenter alors que je venais d’avoir un zona ophtalmique et que j’étais très fatigué. J’espère que ma demande d’obtenir une place en Ephad sera retenue.

  J’ai surtout peur, de bientôt, ne plus voir du tout et j’espère aussi ne pas devenir une charge pour ma famille.

  Je ne suis pas croyant et j’ai fait un contrat « obsèques » pour qu’elles soient assurées civilement en crématorium. .. »

 Au printemps 2010, il fit de très nombreux examens à l’hôpital et fut même hospitalisé plusieurs fois, suite aux nombreuses chutes qu’il faisait. Fin mai nous avons su qu’une place en Ephad pourrait lui être proposée avant l’été. Par ailleurs on devait sur Niort lui faire des examens poussés pour ses reins. Nous avons accepté que ces analyses soient effectuées en alertant sur le fait qu’il pouvait très rapidement être transféré en région parisienne. Fin mai j’étais informé qu’une chambre lui était réservée pour le 1er juin. Le même jour, j’allais le voir à l’hôpital où j’apprenais qu’il avait un cancer à un rein et que le chirurgien voulait l’opérer le plus vite possible. Nous avons réussi, ses enfants et moi, avec pas mal de difficultés à le faire transférer vers l’Ephad qui l’attendait et faire ensuite qu’il soit suivi le plus tôt possible par un hôpital proche.

  André fut opéré début juillet avec l’ablation du rein malade. Je suis allé le voir fin juillet, dans sa chambre d’Ephad, il n’était pas en très bonne forme. J’y suis retourné fin août, physiquement il était mieux mais son esprit battait la breloque. Ca c’est un peu arrangé par la suite, je l’ai revu fin novembre et nous avions pu avoir une conversation normale, il a même pu parler à mon frère au téléphone. Sa fille me donnait souvent de ses nouvelles, j’ai su que malgré ses souffrances il était heureux d’avoir pu se rapprocher des siens, qui venaient régulièrement lui rendre visite  Je devais passer le voir pour Pâques 2011, mais il est parti quelques jours plus tôt, il venait d’avoir 80 ans. En avril 2011, il aurait épuisé le peu d'épargne qui lui restait pour compléter sa retraite. A partir de mai il aurait été une charge financière pour ses enfants. Quelle élégance de partir avant !

Tchao André tu étais un type ordinaire mais un mec vraiment très bien !

 

(A suivre)

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