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Le frère de Didi........ La lettre égarée......

11 Novembre 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #Didi

 Ca faisait près de deux ans  que je cherchais cette jolie lettre qu’un jeune homme de 22 ans avait écrite à sa fiancée en 1943 de Trèves en Allemagne. En novembre 2007 je l’avais déjà évoquée dans un billet « cousins cousines.... un poilu... » et puis je l’avais lue à ma mère à l’époque où sa santé déclinait et où, surtout, sa mémoire foutait le camp. Je lui avais aussi montrer leur photo de mariage… rien ! Pas la moindre  lueur dans ses yeux…. Putain de maladie…

 Je croyais avoir perdu cette lettre ; elle n’était plus dans l’album près de la photo…. Depuis maman n’est plus là … et je mets un peu d’ordre dans ces affaires, nos affaires....  et je l'ai enfin retrouvée cette lettre égarée : en voici quelques banals extraits,  banals mais touchants pour que le souvenir de ce couple, mes parents, survive encore un peu…

 Inutile donc de préciser que ce billet dans lequel il n’y a rien d’indiscret, ne devrait intéresser que les lecteurs de la famille…. et éventuellement les amis qui ont connu ma mère….. Les visiteurs du hasard devraient pouvoir trouver, ailleurs, sur ce blog d’autres sujets de lecture.

 Cette année j’ai aussi revu, plusieurs fois, la cassette d’un film réalisé par mon oncle, un film de 1947/48 où l’on voit mes parents et toute la famille… on y voit aussi mes cousines, cousins et moi, de mignons bambins…. Mais l’intérêt n’est pas là… l’intérêt est d’y voir mes parents heureux, jeunes, amoureux… et puis entre cousins, aujourd’hui sexagénaires, nous faisions tous la même remarque en voyant nos jeunes parents : Qu’est ce que nos mères, nos tantes étaient belles….!

   Fin 1942, Roger, alors âgé de 21 ans, était démobilisé de l'armée. Il s’était engagé à 19 ans, et se trouvait, depuis la débâcle, au 10ème régiment d’artillerie coloniale à Nîmes.
 Le 11 novembre 1942 après le sabordage de la flotte française à Toulon, les allemands pénétrèrent en zone sud dite libre: Son régiment, comme la plus grande partie du reste de l'armée française, fut dissous et Roger fit l'erreur de rentrer à la maison après 2 ans d’absence... une erreur malgré tout heureuse, y compris pour moi, car c'est à cette époque qu'il a rencontré celle qui devint ma mère.  Pendant quelques mois, début 1943, il a travaillé avec son frère Didi à Bagnolet avant d’être réquisitionné par le STO pour se retrouver en Allemagne du côté de Trèves.....Didi, plus jeune, fit lui le choix de la résistance ; histoire abondamment  racontée sur ce blog.
 Durant ces quelques mois (fin 1942/ début 1943) Roger retrouvait sa petite bande de copains du Tremblay dont Simone la soeur de Raymonde et puis mes "futurs" parents  finirent par se rencontrer et ce fut le coup de foudre. Ils se connaissaient sans doute un peu, puisque les familles étaient presque voisines, mais Raymonde n'avait qu'une quinzaine d'années quand Roger avait quitté sa famille, pour s'engager début 1940. Sa Raymonde à qui il adressait le 11 novembre 1943 de Trèves cette lettre « rassurante » :

 Ma petite Reine,

 En ce jour anniversaire national ma pensée n’est pas seulement pour toi, elle est aussi avec le passé : un passé que je n’ai pas connu mais dont j’ai tant entendu parler. La grandeur et l’effroyable tristesse. Il y a 25 ans cessait une terrible guerre : la rafale était passée, plus de mitraille, plus de balle touchant les hommes, plus d’orphelin……mais à quoi a servi tant de sacrifices, puisque une fois de plus nous sommes encore sous le joug de la guerre. Quand va-t-elle finir ? Quand viendra cette délivrance qui me ramènera pour toujours vers toi ? Qui sait ?

Je tiens à t’annoncer une bonne nouvelle que j’ai déjà annoncée à maman. Je serai très probablement pour Noël chez nous. Pas pour longtemps mais assez pour aller voir tes parents et faire leur connaissance, assez pour te serrer dans mes bras, assez pour revoir la France, le Tremblay.

 Cette semaine j’aurais été sans lettre, mais par contre un beau colis de maman avec des effets d’hiver et aussi de quoi s’en mettre plein la lampe. Pour l’instant me voici un peu garanti contre le froid et la famine (là je crois que j’exagère un peu…)

Cher ange je reprendrais cette lettre demain soir 

 La lettre sera, en fait, continuée le 13 novembre

  Ce matin à 9 heures mon camarade est rentré de permission et il m’a rapporté de jolies choses. D’abord il a eu l’occasion de voir mes parents à la gare de l’Est et c’est par des paroles d’espoir qu’il a pris congé d’eux, toutefois en me rapportant deux lettres une de Maman et une de toi et un paquet.

Successivement je pris connaissance de tout cela. D’abord le paquet : oh ! Le goinfre ! C’est un cake qu’une tante m’a fait et qui m’a semblé si bon à côté des biscuits plâtreux qu’on nous donne ici. Il y avait aussi la lettre de ma mère où pour la première fois depuis trois mois mon cher frère daignait me mettre un petit mot : un peu de nouvelles des copains et de ce cher Tremblay.

 Enfin et surtout il y avait ta lettre, c’est même celle que j’ai ouverte en premier pour y trouver ce que je désirai depuis longtemps : ta photo. J’ai tout remis dans l’enveloppe, pour la lire et la relire plus tard quand j'ai pu m'isoler.

Tu ne peux pas savoir combien cette lettre et cette photo m’ont repli à la fois de joie et de tristesse. Depuis je n’arrête pas de contempler ta douce image et parfois je crois lire sur tes lèvres un murmure, un aveu.

 J’espère que tes parents ont bien reçu la lettre que je leur ai adressée dernièrement.

Je te quitte Petit Ange, que cette lettre t’apporte un espoir, notre bonheur.

Reçois de ton fiancé les plus affectueux des baisers. Roger.

 Cette lettre fut la dernière que Raymonde reçut fin 1943. Roger n’eut pas de permission espéré pour Noël et plus aucun courrier ne passa ni dans un sens ni dans un autre…. Raymonde a lu et relu cette lettre pendant des mois et de même Roger contemplait la photo de son cher ange.

 Il prit la tangente en février 1945 en plein hiver quand l'armée allemande reculait, refoulée en Allemagne par les troupes alliées dont était Didi. 
 Roger réussit tant bien que mal à rejoindre Champigny fin mars. Quatre mois plus tard mes parents se mariaient .
 Ils furent séparés en avril 1962 par la mort de Roger emporté par un cancer un mois avant d’atteindre ses 40 ans. Raymonde lui a survécu plus de 46 ans, fidèle à sa mémoire pendant 44 ans, l’oubliant lui et tout le reste les deux dernières années de sa vie, prisonnière d’Alzheimer.

 Un autre sujet plus réjouissant, prochainement….

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