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Presse aidant : le Monde ....... Une vieille histoire, la dette publique...

28 Août 2012 , Rédigé par niduab Publié dans #Presse aidant

  L'endettement des états n'est pas une nouveauté dans l'histoire du monde ; Ce n'est pas une anomalie des dernières décennies liée uniquement aux évolutions survenues à la fin du XXe et au début du XXIe siècle, une conséquence de la mondialisation, des déséquilibres des échanges commerciaux, d'une guerre économique qui n'ose pas dire son nom.

Non, c'est une vieille histoire, une constance même ! Certes sa cause a toujours été la guerre, sauf que les formes de guerre ont évolué entre l'antiquité et aujourd'hui : chaque époque eut ses spécificités.

Le Monde a publié lors de la semaine du 14 au 19 août dernier, en six épisodes, au fil du temps, cette instructive analyse, dont je propose une synthèse. 

1er volet  : Quand les Grecs empruntaient aux dieux. (article de Sylvie Arsever

  « Les empires de l'Antiquité avaient aussi, déjà, tendance à trop dépenser. Surtout lorsqu'il fallait faire la guerre. Athènes imagina alors de s'endetter en prélevant dans les trésors des sanctuaires.... C'est Thucyride qui le raconte. On est en 409 avant Jésus Christ. Athènes, à la tête de la puissante ligue de Délos, affronte depuis une vingtaine d'années la ligue du Péléponnèse, formée autour de Sparte. Cette dernière occupe désormais le dème de Décelie, à une vingtaine de kilomètres de la cité, entravant sérieusement l'exploitation des mines d'argent du Laurion, dont l'Attique tire sa capacité monétaire. Reste une possibilité pour continuer les combats. Péricles l'avait évoquée dès le début du conflit : toucher au trésor des dieux ''......'' L'inventaire des objets sacrés du Parthénon garde les traces de cette ponction. Et aussi de la reconstitution du trésor mené à chef malgré la défaite essuyée en 404 av. J-C. Plusieurs indices indiquent aussi que cette façon de faire n'a rien d'exceptionnel : les comptes du sanctuaire de Délos sont parvenus jusqu'à nous. Ils gardent la trace d'emprunts réguliers de la cité et des remboursements afférents, régulièrement versés même lorsqu'un nouvel emprunt est en cours.......''

''..... L'emprunt aux sanctuaires de la cité est évidemment d'un genre un peu particulier : on reste en quelque sorte en famille. il ne s'agit toutefois pas d'un simple transfert de caisse mais bien d'une créance, comportant le versement d'un taux d'intérêt, fixé à 10% l'an dans le cas de Délos. Et l'obligation morale de rembourser est forte......''

''..... En période de nécessité, il est donc naturel de se tourner vers les donateurs potentiels. C'est notamment ce que fait Rome à deux reprises pendant la guerre punique (264-201) . Les citoyens appelés à la rescousse demandent à être remboursés en cas de victoire mais sans exiger d'intérêts.'' ........''Forte de la générosité de ses citoyens, Rome voit l'emprunt d'un mauvais oeil. Elle y recourt d'autant plus plus exceptionnellement qu'elle est en situation de lever, sur les vastes territoires qu'elle contrôle, assez d'impôts pour assurer son équilibre financier, du moins jusqu'aux derniers siècles avant sa chute. Les consuls romains se trouvent en position de  rappeler à l'ordre les cités grecques qui, elles, tendent à s'endetter toujours davantage ....''

'' .... Au 1er siècle de notre ère, Fabius Persicus, gouverneur de la province d'Asie, rappelle à l'ordre les magistrats d'Ephèse, cité lourdement endettée : s'ils empruntent plus qu'ils ne peuvent rembourser en un an, ils seront redevables sur leurs propres biens.....''

''..... C'est donc bien dans la conception de l'Etat, caractérisée par des liens très étroit avec ses citoyens, qu'il faut chercher l'une des explications cette sagesse financière antique...''...»

2eme volet : Les montagnes de dettes des cités italiennes. (article de Sylvie Arsever)

« A Florence, tout commence avec des faillites : en 1343, les Perruzzi, qui ont prêté à Edouard III d'Angleterre, prennent le bouillon à la suite de la décision de celui-ci de faire défaut. Le prêt aux monarques a transformé les riches négociants florentins, Medicis en tête en banquiers de l'Europe.....''.... ''...La chute des deux maisons, suivie d'autre dont celle , aussi puissante, des Bardi, ébranle la République. Il faut trouver de l'argent et l'impôt est exclu.'' .....''....A la place, ils consentent au Trésor public des prêts, volontaires ou contraints, qui ont d'abord été remboursés dans les années suivant leur émission, avant de s'accumuler.

En 1347, les dettes de l'Etat sont regroupées dans un fonds, le Monte Commune, une montagne de dette que les autorités se reconnaissent dans l'incapacité immédiate de rembourser. La commune institutionnalise un intérêt de seulement 5%, mais elle autorise les détenteurs de créances à les revendre sur le marché.

On a vu ''...'' dans ce type d'opération de l'émergence d'une dette publique consolidée au sens moderne du terme à la lointaine origine des billets de banque.''....''....Ces créances acquièrent vite d'un statut de moyens de paiement d'autant plus apprécié que les économies marchandes italiennes sont bridées par la strettezza di denaro, le manque de numéraire, dont la quantité est limitée par celle du métal précieux à disposition. Et cette monnaie là, elle, ne fait jamais défaut....''...

...''.. La fin du XIVesiècle voit se multiplier les émissions publiques où les nouveaux titres sont parfois vendus à la moitié ou au tiers de leur valeur nominale. Les raisons de ce besoin d'argent sont circonstancielles et structurelles : l'impôt de plus en plus, est absorbé par les intérêts de la dette..''....''.... Les revenus des octrois et des gabelles, qui grèvent les citoyens, aboutissent dans la bourse de ceux qui ont pu faire les prêts les plus importants. En 1352, les 2% des florentins les plus riches détiennent 25% des richesses; en 1404, leur part atteint 45%. Aussi les critiques fusent contre un processus qui prive les actifs du capital et enrichit les oisifs....''...

...''... La question est d'autant plus brûlante que le prêt à intérêt est l'objet d'une véhémente querelle théologique. Pour les Pères de l'Eglise, l'argent doit circuler et aller vers ceux qui en ont besoin....''....''... Si le Vatican reste ferme dans sa condamnation de l'usure, des juristes tentent d'adapter la doctrine : après tout, celui qui, mû par la charité chrétienne, prête à un malheureux ne se prive-t-il pas du profit qu'il aurait pu tirer d'un autre usage de son argent ? Progressivement s'instaure la distinction entre l'intérêt légitime et celui extorqué à un emrunteur aux abois; une nuance qui, en pratique, se fonde sur la hauteur du taux pratiqué et explique pourquoi les intérêts sur les ''monti'' restent fixés fixés à 5%....''..

''.... Florence et Gênes s'installent dans une forme d'endettement perpétuel qui inspirera les cours européennes où se répand la pratique de se financer par la vente de la rente....»

  3emevolet : Le miracle de la Banque d'angleterre. (article de Sylvie Arsever)

  «..... '' La société par action Governor and Company of the Bank of England, qui voit le jour en 1694, n'est qu'une réponse pragmatique à la question lancinante du financement de la guerre. Et nul ne sait qu'elle va devenir une des principales banques centrales du monde, la première à mériter ce titre...''...

....''La dynastie des Stuarts, qui accède au pouvoir en 1603, est vue avec méfiance pour ses accointances catholiques et son penchant autocrate. Une révolution aboutit à la décapitation de Charles Ier, en 1649, et porte Cromwell au pouvoir. Les Stuarts revenus sur le trône en 1660, une autre révolution, plus pacifique, en déloge Jacques II, en 1689, au profit de sa fille Marie et de son époux, le Stathouder de Hollande Guillaume d'Orange. Le Bill of Right, signé par celui-ci la même année , consacre une forme de monarchie constitutionnelle....''...

...''.. Charles Ier et Charles II ont dû user d'expédients, le premier en saisissant 130.000 livres d'or déposées par des particuliers à la tour de Londres (qui abrite l'Hôtel des monnaies), le second en faisant défaut sur une partie de la dette de 1672 après avoir tenté de vendre sa conversion au catholicisme à Louis XIV. Mais le nouveau pouvoir jouit d'un avantage : le renforcement des droits du parlement étaie sa crédibilité. En prêtant à l'Etat, on traite avec une institution qui peut lever des impôts.

La richesse ne manque pas sur une île où convergent les revenus des comptoirs asiatiques, des colonies américaines et d'un négoce international florissant, sans compter les bénéfices d'un trafic d'esclaves en plein essor. On commerce sous des formes juridiques modernes''....'' mais la monnaie ne suit pas. Les pièces d'or et d'argent sont rognées voire fonfues à l'étranger où leur valeur intrinsèque dépasse leur prix nominal.

Dans cette situation, ceux qui ont la chance de posséder du numéraire préfèrent le déposer en lieu sûr. La tour de Londres disqualifiée par le coup de force de Charles Ier, on s'est tourné vers les orfèvres. Ces derniers font de plus en plus office de banquiers, émettant des certificats de dépôts''.....'' sans qu'il soit certains que leur contre-valeur en liquide soit toujours disponibles''.....'' on les accuse en outre de rogner les monnaies et de pratiquer des taux usuraires lorsqu'ils font crédit. 

Lorsque la reine et le roi annoncent vouloir lever 1.5 millions de livres sterling pour financer la guerre.''....''..... Contre leur générosité les prêteurs recevrontle droit d'exercer une activité bancaire sous la forme d'une société anonyme à laquelle la souscription servirait de capital. La proposition acceptée, le service de cette nouvelle dette est assurée..''...''...L'opération permet une jolie opération de multiplication monétaire : les espèces réunies pour le prêt restent dans les coffres de la banque, qui remet à la Couronne leur équivalent en billets transférables dûment munis de son sceau. Cette dernière lui retourne des reconnaissances de dette, également transférable....''

...''... Ses billets restent , au début, en concurrence avec ceux des orfèvres et des banquiers, et son statut d'exception ne se construit qu'au fil de nouveaux crédits qui justifient le renouvellement de son privilège. En 1720, la Compagnie des mers du Sud, créée pour exploiter le commerce avec les colonies américaines s'inspire de son concept en émettant son capital contre des titres de la dette publique, alors en essor. Une vague de spéculation entretenue propulse les actions de la compagnie au firmament avant un krach à la fin de l'année.

La première bulle de l'histoire renforce la Banque d'Angleterre, pressentie pour sauver la compagnie. On s'adresse à elle pour escompter les effets de change, les autres banquiers y ouvrent des comptes et lui confient leurs réserves d'or. Peu à peu, ses billets éclipsent les autres.

Parallèlement, la dette publique passe de 1 million de livres en 1668 à 133 millions en 1766...''....''.. Les dépenses de l'Etat sont causées par les guerres, mais celles-ci servent à construire une flotte puissante et à développer les voies fluviales internes, favorisant un essor économique qui, à son tour, finance leur hausse et donne à la Grande-Bretagne un temps d'avance  sur la révolution industrielle. »

( A suivre)  

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