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Les invités du blog..... Georges, Jacques, Léo ....et Chorus.

2 Novembre 2009 , Rédigé par daniel Publié dans #L'invité

Hier, jour de la Toussaint, France-Info commémorait le décès en 1981 de Georges Brassens… entre autres interviews inédits ou oubliés j’ai entendu Brassens commenter le décès de Jacques Brel le 9 octobre 1978 en disant «Aujourd’hui, mort, il est plus vivant que jamais….» et moi l’inconditionnel, j’ai pu ainsi entendre, au moins une fois, tonton Georges dire une connerie. Oh ! Il en a sûrement dit d’autres, mais celle-là était de taille.

 Brassens, lui qui a tant brocardé la camarde, est mort le 29 octobre 1981 à minuit moins une petite poignée de minutes chez son ami médecin, Monsieur Bousquet, à Saint-Gély du Fesc dans l’Hérault. Quitter le monde la veille de la Toussaint était-ce un ultime pied de nez ou un manque de modestie pour être sûr qu’on évoquera très longtemps sa disparition ?

Léo Ferré a fait plus dans la provocation en mourant un 14 juillet. C’est beau mais moins porteur que la Toussaint ! Quelle radio aurait l’impudence de faire une petite place à la mémoire d’un chanteur anarchiste entre les défilés et les feux d’artifice…. Je parie que ça ne se fera même pas pour l’incontournable et traditionnel 20ème anniversaire de la mort d’un chanteur réputé ; ce 20ème anniversaire ça sera en 2013.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Georges et Léo avaient de la suite dans les idées : entre la rigolade morbide pour l’un et des militaires défilant et gerbant en cœur pour l’autre.

Il n’y a que Brel qui soit parti sur la pointe des pieds un 9 octobre : à une date parfaitement anodine même pour mon copain Denis. Anodine du moins jusqu’à ce que le décret de loi d’abolition de la peine de mort ait été promulgué un 9 octobre mais seulement en 1981. Le grand Jacques n’a pas pu savourer cette victoire mais ses deux potes anars ont eu le temps de l’apprendre même si pour Georges ce fût d'extrême justesse.

 

Voilà à quoi je pensais hier en début d’après midi… lorsque je me suis mis à fouiller dans mes archives et que j'ai retrouvé le n°20 des cahiers de la chanson, le Chorus de l’été 1997. J’aime beaucoup cette revue qui parait quatre fois l’an et j’y suis plutôt fidèle. Ce numéro 20 offrait le texte intégral de la rencontre de Georges Brassens, Léo Ferré et Jacques Brel  le 6 janvier 1969 à l’initiative de la radio RTL et du journal Rock & Folk.

En fait je n’avais jamais entendu parler de cette rencontre. Pourtant, début 1969,  je vivais  encore en France, même si je me préparais à m’en éloigner, mais je n’écoutais pas cette radio et je ne lisais pas cette revue.
 C’est un poster de cette rencontre qui date de 1995 et que l'on voyait dans plusieurs boutiques, qui a attiré mon attention ; ce poster Cécile me l’a offert un Noël (1995 ou 1996 ?) et il orne toujours ma mezzanine… Aussi quand en juillet 1997 le texte intégral de cette rencontre historique était, 28 ans plus tard, à nouveau publié dans Chorus, je n’ai pas perdu plus de temps pour l’acheter (
80 F quand même...et d’ailleurs 15 € aujourd’hui).

Ferré avait alors 52 ans il venait de sortir son disque L’Eté 68 avec « C’est extra.».

Brassens avait 47 ans il avait connu une année 1968 difficile avec de sérieux problèmes de santé : son 9ème disque sorti en 1966 comprenait la « Supplique pour être enterré à la plage de Sète » et « La non demande en mariage » et le 10ème disque allait sortir courant 1969 avec « Misogynie à part » et les « Oiseaux de passage ».

Enfin Brel, qui allait avoir 40 ans, avait abandonné les tours de chants en novembre 1966 et venait de retrouver la scène pour la comédie musicale « l’Homme de la Mancha». En 1967 il nous avait offert «La chanson des vieux amants » et en 1968 «Vesoul ».

   Bien sûr on dira  que j'ouvre encore une nouvelle page nostalgie mais à chacun son Panthéon. 

Cette rencontre historique c'était il y a 40 ans... même la réédition de l'interview par Chorus est déjà vieille de 12 ans : Avec le temps dirait tendrement Léo et Georges caustique rajouterait c'est le boulevard du temps qui passe avec une conclusion cynique de Jacques qui entonnerait les bourgeois.

 Aujourd'hui c'est plus facile il suffit d'aller faire un petit tour sur Internet et les curieux ou les fans nostalgiques de mon espèce peuvent trouver les enregistrements.

   Pour le texte http://brassensbrelferre.free.fr/chorus 

Pour voir et écouter l'enregistrement : www.dailymotion.com/video 

Mais le plus simple c'est par  http://video.google.fr/videosearch?...
   et de taper ensuite : La rencontre Brassens, Brel, Ferré.

 Je ne vais pas trop m’étendre sur l’ensemble de l’interview : j’invite ceux que ça intéresse à lire ou écouter ce débat qui est passionnant et qui reste extraordinairement d’actualité. Je vais consacrer l’essentiel de ce billet à analyser le rapport avec la mort de chacun de ces chanteurs artisans poètes comme ils se définissaient eux même

Le journaliste François René Cristiani, qui animait la rencontre l’a fait avec une rare intelligence car tous les trois avaient abordé dans leurs chansons tous les thèmes proposés. Je remarque pourtant qu’ils éludèrent la question sur l’angoisse de la mort.
 C’est Ferré qui fut le plus bavard alors qu’il l’avait pourtant le moins abordé en chanson.
 Brassens s’en est tiré par une pirouette « En acceptant de vivre j’ai accepté de mourir aussi… ».
 Brel n’a rien dit alors qu’il venait d’écrire en 1968, J’arrive 

«…. De chrysanthèmes en chrysanthèmes……. J’arrive, j’arrive

Mais qu’est ce que j’aurai bien aimé, encore une fois traîner mes os

Jusqu‘au soleil jusqu’à l’été, jusqu’à demain jusqu’au printemps, j’arrive, j’arrive…. »

 Et c’est d’ailleurs lui, le jeunot, qui partit le premier … démentant ce que disait Brassens en répondant à une question de Cristiani : Avez-vous la hantise de devenir de vieux chanteurs ?

« En ce qui me concerne, et Ferré aussi - l’autre là il est plus jeune que nous - car on approche de la cinquantaine et on est des vieux,. Mais ne vous inquiétez pas on ne s’en aperçoit pas tellement ! »

 De Brel il faut réécouter : La mort (1960) Le moribond (1961) et puis ma préférée celle que je chante très, très souvent en me rasant ou sous la douche pour être sûr de repousser l’échéance Le dernier repas (1964) et puis celles du dernier disque celui de 1977 quand il savait : Jojo et Vieillir :

«….. Mourir de faire le pitre, pour dérider le désert

mourir face au cancer par arrêt de l’arbitre….

….Mourir cela n’est rien, mourir la belle affaire, mais vieillir…ô vieillir. ».

Brel est inhumé à Hiva Oa aux Marquises à côté de Gauguin.

 Brassens a chanté la mort sous toutes les formes, même en mettant en musique Lamartine « Pensée des morts » ou James « La Prière » ; il a chanté la mort par quelques chansons un peu tristes pour un proche, un parent : « Pauvre Martin » « Bonhomme » ou d’autres nettement plus légères « Oncle Archibald » «  Le vieux Léon » « Les funérailles d’antan » « Les quat’z’arts » « Trompe la mort » « La ballade des cimetières », voire grivoises comme « La fessée ».... et sans oublier son testament pour s’amuser « Supplique pour être enterré à la plage de Sète ». Sa tombe ne se trouve d’ailleurs pas sur la plage de la corniche ni au cimetière marin mais au cimetière du Py avec le commun des mortels Sétois.

 Ferré a peu chanté la mort ou presque uniquement en mettant en musique Aragon, Baudelaire, Rimbaud ou Verlaine…. mais il a quand même écrit et chanté: A mon enterrement.

 Il a surtout créé avec son ami Jean Roger Caussimon une chanson contraire :  Ne chantez par la mort.

 « …. Ne chantez par la mort c’est un sujet morbide,

Ne chantez pas le mort c’est un sujet tabou pour poètes maudits…. »

Et finalement c’est peut être lui qui eût raison car il survécut de nombreuses années à ses deux camarades avant de s’éteindre à 77 ans  en Toscane. C’est d’ailleurs ce qui m'a permis de le voir sur scène en 1986 en rentrant d'Afrique. Des trois chanteurs poètes c’est le seul que j’ai vu en récital. (Pami ceux qui ne sont plus là j'ai vu aussi Claude Nougaro et Serge Reggiani) 

 Lors de cette rencontre de janvier 1969 il fut question de plein d’autres sujets :  De poésie, de chansons, du métier d’artiste, du public, du succès, de l’argent, de la solitude de la liberté, de l’anarchie, de l’amour, de vieillir, de l’enfance, de l’âge adulte…. et des femmes…. Avec manifestement plus de souffrance et de peur devant les femmes que devant la mort surtout de la part de Brel. Extraordinaire analyse qui méritera un billet particulier… un de ces jours.

  En cette journée des défunts je ne peux pas ne pas évoquer certaines coïncidences ; c’est Brassens qui m’y fait penser : Il est mort le même jour que la merveilleuse actrice Natalie Wood (La fureur de vivre, La prisonnière du désert, West Side Story, La fièvre dans le sang, Une certaine rencontre…….). Sûr que si Georges a fait une partie du voyage vers l’au-delà en sa compagnie, il aura écrit un nouveau couplet Des passantes.

Je pense aussi à mon cher ami et cousin Riquet qui s’est donné la mort le 8 janvier 1996 : s’il a pu rencontrer lors du voyage François Mitterrand, décédéle même jour, peut-être lui aura t-il demandé si tout avait vraiment été tenté pour combattre le chômage….  la raison probable de son suicide.

Ma mère est partie l’an dernier le 20 octobre, le même jour et quasiment à la même heure que Sœur Emmanuelle qu’elle aimait beaucoup. Moi qui suis pourtant un mécréant ça me plait de penser que c’était peut-être moins dur de voyager avec quelqu’un qu’elle aimait bien. C’était sans doute stupide mais c’est tout ce que j’ai trouvé à dire quand on m’a demandé de parler d’elle lors de ses obsèques à l'église….. puis j'ai récité le poème de Lamartine « Pensée des morts » que Brassens avait mis en musique mais nous n’avons pas passé la chanson car maman n’aimait pas trop Georges : il disait trop de gros mots.

A suivre..... mais le plus tard possible.

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